lundi 8 août 2022

Sujet du Mercredi 10 aout 2022 : SOCRATE a-t-il menti ?

 

SOCRATE a-t-il menti ?

Nous ne connaissons de Socrate presque exclusivement que ce qu’en dit Platon. Il devait harceler les autres, les inciter au dialogue parce qu’il était contraint par un oracle qui faisait de lui « le plus sage des grecs » (Apologie de Socrate).

Pour savoir d’où lui venait cet honneur il se mit donc de poser des questions pour savoir ce qu’il avait de plus que les autres.

Au final il se rendit compte (nous dit Platon) c’est que la seule chose qui le distinguait des autres c'était son absence d'illusion quant à son propre savoir. Ce n'était pas un plus, c'était un moins : il avait moins d’illusions que les autres sur ce qu'il croyait savoir, puisque, précisément, il n'était sûr de rien, tandis que les autre croyaient, sur un sujet, sur un domaine, sur un point de droit, de morale, de politique, ou de religion, savoir quelque chose.

Mais c’est là la version de Platon !

 

S'il faut en croire Xénophon, Socrate était avant tout moralisateur. Peu porté à la rhétorique, il se plaisait à déceler le juste et l'injuste dans les actions dont il était le témoin. Si bien qu’on prit l’habitude de lui soumettre des   cas « difficiles », Souvent invité aux banquets des riches, il savait faire preuve de modération, tant sur les mots que sur la boisson. Encore fallait-il ne pas le provoquer, car, alors, il se révélait redoutable - sur un terrain comme sur l'autre. Jamais ivre, toujours maître de lui aussi bien en paroles qu'en actes, c'est surtout par son mode de vie que Socrate était remarquable.

Selon Xénophon, Socrate vivait pour le « bien » donnant le premier l’exemple de ce qu'était la vie d’un juste. C'était, en outre, le seul moyen de faire renaître pour de bon  dans la cité le goût de la vertu si souvent bafouée.

Mais voici qu’intervient Aristophane, Et là Socrate nous est dépeint sous un tout autre jour.

 

Aristophane ( Les Nuées) reproche à Socrate des faits graves: il s'agit ni plus ni moins de la cohésion interne de la cité et de la permanence de sa protection par les dieux. Selon Aristophane, Socrate méritait l'opprobre parce qu'il enseignait l'art de ne pas tenir ses engagements. Grâce à des raisonnements ad hoc, on pouvait apprendre à faire passer le noir pour du blanc, à neutraliser toute affirmation et à faire naître à volonté l'incertitude, ce qui à l'occasion procurait notamment l'avantage de débouter ses créanciers le jour venu et, par conséquent, de ne jamais payer ses dettes lors qu’on en faisait de nouvelles.

Accusation redoutable! Car, si de tels actes se multiplient, la confiance disparaît entre citoyens, entre générations, entre hommes et dieux.

Du reste, faut-il vraiment choisir? Que Socrate ait enseigné l'art du sophisme, qu'il ait tait payer ses leçons, cela n’est guère compatible avec l'image qu'en donnent ses disciples. Mais qu'il ait contribué à déstabiliser la démocratie en importunant ses concitoyens, à une période où Athènes était particulièrement vulnérable, voilà qui rapproche tous les points de vue.

Le sort d’Athènes était en effet scellé, en -404 ce fut la débâcle. La dictature des Trente dura un an et la démocratie reprit le dessus. Mais Socrate continuait à poser ses questions au point d’importuner les prêtres et les maitres de la cité. Il fut condamné à mort.

 

Il va donc résister à ses amis qui cherchent à le faire s’enfuir de sa prison car il respecte la loi de la cité.

La mort, il ne la craint pas et ce pour trois raisons :

-        Sa dignité

-        Sa force de caractère, il n’a pas peur.

-        Sa doctrine la plus importante, il croit à l’immortalité de l’âme.        

Va pour les deux premières explications rapportées par Platon et Xénophon. Mais la troisième pose problème.

 

Comment l’homme « les plus sage des grecs » celui qui a proclamé partout que « tout ce qu’il savait c’est qu’il ne savait rien », phrase quasi mythologique de toute la philosophie, comment cet homme, s’il prétend ne rien savoir, sait il que son âme est immortelle ?

Dernière pirouette sophistique ? Socrate nous aurait il menti depuis le début ?

Son refus des hommes, lui qui n’a cessé de les questionner, le pousse  t il  jusqu’à la réjouissance de mourir ? Puisqu’il n’a rien pu pour sa cité, n’espère t il plus rien de ses concitoyens ?

Dès lors sa mort telle qu’il la conçoit n’est elle pas une fuite vers un au-delà dont il nous avait secrètement caché le doux réconfort pour un homme âgé et las ?

( Certaines références de ce texte sont extraites du livre de Marc Sautet :un café pour Socrate – 1995 – Ed. R. Laffont )

mardi 2 août 2022

Sujet du Merc. 03 aout 2022 : Philosophie et poésie : comment se rencontrent-elles ?

 

              Philosophie et poésie : comment se rencontrent-elles ?

Philosophie et poésie me semble être dans une quête de vérité, de manières différentes : la première à travers la raison, la seconde à travers les sens. J’ai trouvé intéressant d’amener le questionnement sur ce qui les font se rencontrer, et ainsi ce qui les différencie.

Selon Santo Alessandro Arcoleo, philosophe contemporain Italien, le rapport poésie-philosophie joue un rôle important dans la pensée de Marcel Conche dès ses premières pages dédiées à Épicure, Lucrèce et Montaigne : « Si nombre d’ouvrages de philosophie distillent l’ennui, c’est que la vie en est absente... Le simple jeu des concepts n’apporte pas la vie... Il y a différentes façons de faire vivre un ouvrage. La poésie en est une », écrivait Marcel Conche dans ses réponses à A. Comte-Sponville. La confrontation entre poésie et philosophie ou pour adopter ses termes, entre créativité et sagesse, est très ancienne : malgré ce qui les rapproche parfois, elles demeurent irréductiblement séparées. La vérité de la poésie et celle de la philosophie nous donnent des perspectives tout à fait différentes sur l’homme. « Le réel de l’artiste n’est autre que le réel commun... Quant au Tout, ce peut-être la Nature : la Nature est alors ressentie comme le Tout. Mais la Nature est-elle le Tout ? La question n’est pas posée. Ainsi, il est essentiel à la philosophie de poser des questions que l’artiste, comme tel, ne pose pas : ce sont les questions dites ultimes, par lesquelles la philosophie s’est, dès l’origine, distinguée aussi bien de l’artiste que du savant. » La vision esthétique qui définit la poésie comme connaissance plus élargie de la réalité humaine serait en accord avec l’affirmation de Dostoïevski qui soutient que ce sera la beauté qui un jour sauvera le monde.
En effet, les efforts que la raison produit pour atteindre une connaissance de la réalité humaine pâlissent devant les renseignements de la poésie qui nous conduit à une illusion « productrice de vérité ».
 Appréciant les idées philosophiques et la poésie de François Cheng il me tenait à cœur de le citer ici. Voici comment l’écrivain et poète Matthias Vincenot parle de la poésie de François Cheng:

La poésie de François Cheng est au plus proche des éléments et leur redonne vie, essence, dans l’écriture. Quelque chose naît du mot, qui le charge moins d’une signification que d’une sensation, celle que procure son énoncé même. En effet, si la poésie est une certaine façon de dire le monde, elle est aussi une façon de dire le langage. Non pas nécessairement le réinventer, mais l’utiliser au maximum de ses possibilités. Il y a dans la poésie de Cheng comme une manière d’être au monde, proche de l’essentiel : la pierre, l’arbre, par exemple. Mais leur présence n’est pas anodine, et elle reprend sens par l’entremise de la poésie, qui les réinvestit. Cette poésie est aussi proche du mot, car si la poésie souvent tourne autour du langage, celle de Cheng est, assurément, une poésie du mot. Non du mot juste, mais du mot comme objet à observer et non pas à investir d’un nouveau sens, mais à ressentir, au sens premier. Il y a la définition d’un mot, mais il y a quelque chose avant le sens, et le mot existe, non pas pour lui-même, mais en lui-même.

Cette présentation se terminera à propos du mystère qui relient philosophie et poésie.

Selon Bernard Grasset, éditeur, l’appel du mystère résonne comme l’appel à une autre parole. Le Logos est le chemin de la pensée et du poème vers le mystère. Que demeure présent le mystère au cœur de l’homme, à son intelligence, qu’il aime le mystère, s’en nourrisse, telle est la tâche la plus haute confiée au poète et au philosophe. Et si les poètes-penseurs, les penseurs-poètes, au sein de notre monde errant, saturé de vide et tremblant d’indéfinissable attente, si les penseurs-poètes, les poètes-penseurs étaient les derniers gardiens du mystère…

Pour terminer, un poème de François Cheng, abordant le thème du mystère :

Bleus de la profondeur,

Nous n’en finirons pas

D’interroger votre mystère

L’illimité n’étant point à notre portée

Il nous reste à creuser,

O bleus,

Du ciel et de la mer,

Votre mystère qui n’est autre,

Que nos propres bleus à l’âme. 

dimanche 24 juillet 2022

Sujet du Mercredi 27 Juillet 2022 : Y a-t-il une origine ?

 

                                  Y a-t-il une origine ?

Les hommes sont mortels. Pour un individu, pour toute l’humanité, l’origine est la date de la naissance (pour certains un peu avant ….), leur fin, celle de leur mort.

C’est probablement cette constatation, comparable à tous les phénomènes de la nature, qui fit penser à tous qu’il y avait un « début », une origine. Mais penser ainsi pose plus de problèmes que cela n’en résout.  
D’abord il va falloir se pencher sur la question de l’Origine avec un grand O. Origine qui ne peut être que quasi miraculeuse et en tout cas extérieure à l’homme. Comment sont nées les montagnes et les mers, les plantes et les animaux ?
On a cru un temps à la « génération spontanée », mais au 19ième siècle c’était fini !
Dieu, la grande chimère, répondait à LA question. C’était lui le créateur. C’est ce que pensent encore des milliards d’êtres humains. Car le gros avantage de dieu (des dieux) c’est qu’il est là du début à la fin. Il préside à la vie (création), il est là lorsqu’on est plus.   
Avec l’idée de dieu (des dieux) l’homme peut se poser les questions de l’origine, du pourquoi, de la mort et ….. surtout il peut y répondre ! Le récit religieux vient encadrer le moment existentiel des mortels pour les rassurer. Il les inclut du même coup dans un destin bordé par la morale et le temps.

Affirmer, comme dans le titre de ce philopiste, qu’il n’y a pas d’origine c’est aller profondément à l’encontre des croyances dominants l’humanité. Et pourtant ce n’est qu’une paraphrase de ce qu’un philosophe grec a énoncé voici près de 2600 ans : Anaximandre.

Anaximandre ( vers -610, à – 546 de notre ère ) est né à Milet sur les rivages de la Turquie actuelle, c'est-à-dire à la confluence de l’Orient où les Babyloniens avaient fortement développés une astronomie très élaborée et de l’Occident encore tout imprégné de mythes fondateurs qui font intervenir une substance première, infinie, immortelle et divine enveloppant et gouvernant toute chose : l’Arché.

Anaximandre va reprendre ce terme d’arché, mais, première rupture, il va écrire en prose alors que toutes les explications du monde précédentes étaient en style poétique. De la théogonie on va passer à ce qui va devenir la conception grecque de l’univers pour des siècles.

Anaximandre rompt de manière radicale avec le mythe en ce sens qu’il démythifie la démarche généalogique de création de l’univers. Dès  lors la porte s’ouvre sur une nouvelle géométrisation du monde. A la question que se posait Thalès qui faisait reposer le monde (et la Terre) sur l’élément eau mais se demandait comment son océan tenait dans l’espace, Anaximandre répond que la terre flotte en équilibre au centre de l’univers et il ajoute que si elle demeure en repos à cette place, sans avoir besoin d’aucun support c’est parce qu’à égale distance de tous les points de circonférence céleste, elle n’a aucune raison d’aller en bas plutôt qu’en haut, ni d’un coté plutôt que de l’autre. Pour la première fois le cosmos est placé dans un espace mathématisé constitué par des relations purement géométriques.

Désormais on rentre dans la période de « l’histoire à travers la physique ». Au lieu de chercher une origine, une source, au cosmos ; un « primus motor » comme dira plus tard Aristote, Anaximandre va désormais utiliser le terme arché dans un tout autre sens. Pour lui point d’origine première ( de création dirions nous aujourd’hui ), l’origine est perpétuelle, et elle peut continuellement donner naissance à ce qui sera. La cause complète de la génération de tout sera nommée apeiron ( infini ou illimité ).  Il n’y a plus de point originel dans le temps.

La matière s’organise selon l’apeiron , cette organisation est présentée par lui comme une séparation de contraires :  « Ce d’où il y a génération des entités, en cela aussi se produit leur destruction, selon la nécessité, car elles se rendent les unes aux autres justice et réparation de leur injustice, selon l’assignation du Temps.[] ».

Eclaircissons cette phrase :

Les choses, les êtres n’existent que dans un flux de processus ininterrompus. Si nous prenons l’exemple d’un mortel. Il nait un jour, meurt un autre. Mais sa naissance est liée à l’existence préalable de millions d’êtres vivants dont il est inutile de chercher la « cause première » dans un dieu.

Penser à l’influence d’un dieu, à une volonté divine c’est, comme le dit si bien Spinoza, se réfugier dans « l’asile de l’ignorance ». Et la disparition du mortel n’est que la transformation de ses composés en d’autres composés qui, à leur tour, fourniront la matière première à l’univers pour refonder d’autres êtres.

La vraie question philosophique est le Comment, pas le Pourquoi.

Mais la vieille métaphysique reste aux aguets pour tirer en arrière tout le genre humain avec ses fables et ses mythes. C’est que l’enjeu est de taille. Au-delà de l’origine il y a la manière dont les hommes, une fois libérés de « leur créateur » peuvent se mettre à penser par eux-mêmes. Si les cieux sont vides de dieux prompts à nous punir, nous faire la morale, nous donner la vie et la mort ; plus personne n’a de pouvoir sur nous.
La naissance de la philosophie nait de ce moment unique.
Si l’ordre ne nait plus du divin, n’est  plus imposé par le destin, alors les hommes peuvent libérer toute leur puissance créatrice, grâce à la raison, pour penser le « vivre ensemble » (et la période d’Anaximandre est celle du début des cités grecques, la sortie de la pré-histoire).

J P Vernant notera : « La basileia, la monarchia qui, dans le mythe, fondaient l'ordre et le soutenaient, apparaissent, dans la perspective nouvelle d'Anaximandre, destructrices de l’ordre. L'ordre n'est plus hiérarchique; il consiste dans le maintien d'un équilibre entre des puissances désormais égales, aucune d'entre elles ne devant obtenir sur les autres une domination définitive qui entraînerait la ruine du cosmos. Si l'apeiron possède l'arché et gouverne toute chose, c'est précisément parce que son règne exclut la possibilité pour un élément de s'emparer de la dunastéia. La primauté de l'apeiron garantit la permanence d'un ordre égalitaire fondé sur la réciprocité des relations, et qui, supérieur à tous les éléments, leur impose une loi commune. ».

Il fallait ce passage essentiel de la rupture avec la conception mythologique de l’origine pour que naisse cette pensée singulière qu’on nomme philosophie. Il fallait poser un principe en rupture totale avec le point de vue d’un mortel se regardant et regardant le monde. Ce furent, des siècles plus tard, ce que réalisèrent Bruno, Copernic, Galilée, Darwin.

Le cas d’Anaximandre équivaut pour le monde antique à la rupture que produisirent Copernic et Galilée à l’aube de la Renaissance face à la féodalité déclinante.

Les idées des hommes ne naissent pas de nulle part, Anaximandre, comme Copernic et Galilée vécurent à des périodes d’intenses mutations sociales et économiques. Le problème pour nous, 2600 ans plus tard, n’est il pas de renouer avec cette philosophie là ?  Celle qui dénonçait l’ordre comme fatalité ; l’injustice comme destin, et la Cause de Tout comme ayant source les mythes (littéralement mensonges, fables).

Ne nous faudrait-il pas en revenir à « l’origine » (le comment) de la philosophie !?

              Blog du café philo  http://philopistes.blogspot.fr/

vendredi 15 juillet 2022

Sujet du Merc. 20 Juillet 2022 : POURQUOI DEBATTRE PLUTOT QUE PHILOSOPHER ?

 

POURQUOI DEBATTRE PLUTOT QUE PHILOSOPHER ?

Que de fois n’avons-nous pas à faire à un médecin qui se contente de pratiquer une auscultation ou une analyse superficielle suivie, sans preuves matérielles réelles, du « diagnostic » de telle affection et de telle médication. Ou encore, se bornant aux apparences, le médecin prescrit-il un remède qui atténue les symptômes sans précisément cerner les causes du mal et son identification en vérité afin d’administrer le remède pertinent. Voilà ce que nous réclamons qu’on nous assure.

Dès lors pourquoi ne pas exiger autant de nous-mêmes ? Particulièrement dans notre démarche de recherche relative aux questions que nous nous posons ? Notamment dans nos recherches philosophiques. Servons-nous donc de l’exemple du médecin comme grille de lecture, crible ou tamis pour juger de la pertinence de l’approche que nous adoptons pour traiter tout sujet. Nous verrons alors toute la différence qui existe entre débattre et philosopher…

Déjà on ne peut débattre qu’à au moins deux personnes et le plus souvent à plusieurs à la télévision, dans les réseaux sociaux, réunions d’amis et cafés ou devant un bar. Dans les débats, les protagonistes échangent des points de vue appuyés sur des convictions personnelles ou sur celles véhiculées alentour ou par les médias. Il s’agit souvent d’opinions abusivement affirmées comme vérités. Faible est alors le souci de les étayer par un ensemble coordonné de faits pertinents dûment avérés et vérifiés. Faits dont on aurait dû rechercher les liens essentiels entre eux qui constituent alors des preuves solides. On en aurait aussi recherché les causes profondes et évidentes pour construire l’une ou l’autre hypothèse, principe ou théorie explicatifs probants le mieux argumentés qui soient.

La dernière exigence qu’enfin on s’imposerait ne devrait-elle pas être d’ensuite sans cesse soumettre à la critique et au doute systématique ce principe de fond qui nous apparaît comme la vérité la plus probante ? Une vérification est donc nécessaire par la recherche volontaire et systématique de faits nouveaux d’observation ou d’expérience les plus proches possibles de ceux initialement obtenus afin de déceler dans le principe retenu quelque faille ou contradiction qui s’y cacherait.

Ce sont là les ingrédients coordonnés les uns avec les autres d’une approche scientifique, c-à-d philosophique, qui permet d’accéder à des connaissances authentiques plutôt qu’à des opinions ou idées toute faites. C’était cela la philosophie et la science jusqu’au début du dix-neuvième siècle, mais rarement après Hegel. C’est ainsi qu’on avance dans la compréhension et les connaissances. N’est-ce pas aussi sur les acquis solides et véritables d’une telle démarche que peut se construire une action pertinente ? Plutôt que sur les artifices de vains débats illusoires.

Pouvons-nous ici y arriver entre nous ? Le défi est jeté. Ne pas le relever et continuer à concevoir les choses par effets d’imagination « en notre âme et conscience » et « conviction profonde », n’est-ce pas mettre la charrette avant les bœufs, affirmer sans preuve une opinion toute faite et ne retenir à toute force que les faits qui la confortent tout en niant tous les autres ou encore en voulant par sophisme les tordre jusqu’à ce qu’ils se conforment et soutiennent notre « conviction profonde »? N’est-ce pas là nous confiner à la mé-connaissance, aux croyances fausses, à l’ignorance et aux débats oiseux qui détournent d’une action pertinente et confinent à l’échec les actes que nous posons ? C’est s’inscrire in fine dans la servitude à nos erreurs volontaires en faisant dès le départ le choix de l’impuissance politique de nos actes (pour autant que nous osions en poser).

Dès lors, « pourquoi débattons-nous plutôt que philosopher » (ou rechercher des connaissances) sur un sujet ? Quelle motivation nous anime ? Il y a des vérités qui gênent ; tant les dominants que les dominés, mais pas pour les mêmes raisons bien sûr. Les gens n’aiment pas être dérangés. De plus, souvent ils préfèrent quelque chose de faux mais de vraisemblable à quelque chose de vrai mais d’inhabituel. Ils ne veulent rien d’exceptionnel. Rien qui les remette en question. Ils réclament des informateurs qui offrent des choses faciles à décrypter et qui ressemblent à ce qu’ils connaissent déjà et les réconfortent. Ce qu’ils veulent, c’est être rassurés sans efforts notables de leur part. Cela assure une satisfaction ou un plaisir immédiat sans devoir attendre les résultats plus lointains d’une recherche de vérité. Quitte à accéder en toute sérénité à la servitude volontaire dans la béatitude de la non-pensée. Le prix à payer de cette aliénation est alors sans limite. Ils s’en plaignent avec acrimonie et même grande violence sans se retourner vers eux-mêmes pour absence de prise de responsabilité radicale de leurs existences.

 

Que faire alors ? Pour nous sortir de cette terrible impasse.

Rappelons à propos ces mots d’authentiques philosophes étrangers aux affirmations ultérieures d’un Karl Popper très vingtième et vingt-et-unième siècle dont nous sommes si souvent devenus les adeptes (« l’assurance que moi, je trouve là dans ma conscience un certain contenu est l’assise fondamentale de ce qui est donné comme vrai. ») :

-   Hegel : « C’est que la philosophie ne permet pas qu’on ne fasse qu’assurer, que s’imaginer, qu’aller et venir arbitrairement par la pensée en raisonnant. »

-   Feuerbach : pour vouloir « être philosophe, … pense comme un être vivant, réel, … pense dans l’existence, dans le monde, comme un membre de ce monde, et non dans le vide de l’abstraction, telle une monade esseulée,… 

vendredi 8 juillet 2022

Sujet du Merc. 13/07/2022 : Le langage n’est pas inné car la nature n’a rien à dire.

 

                Le langage n’est pas inné car la nature n’a rien à dire.

 

Parler est un apprentissage. Cela se fait dans un contexte donné qui fait que les humains vont avoir une « langue maternelle ».

Nous pouvons parler de la nature, et l’homme ne fait primitivement que cela, mais la nature nous parle-t-elle ? Si nous sommes nous-même des êtres de nature, pouvons-nous imaginer que le langage nous vient d’elle ? C’est ce que pense Chomsky pour lequel il y aurait – un « module du langage »  - une sort d'un programme informatique implanté dans notre cerveau dès notre naissance ; par qui ?

Cela rejoint les courants très à la mode au U$A qui tentent de relier tout l’être humain à des codages préexistants (génétique ou pas) en passant par l’intelligent design (le « dessein intelligent ») qui englobe le tout de l’humain.

Les neurosciences semblent apporter de l’eau au moulin de ces tentatives d’explications. En effet avec l’apport de l’imagerie médical certains scientifiques pensent pouvoir visualiser des zones identiques du cerveau actives dans des langues pourtant différentes (11 –  Paulesu E, Démonet JF, Fazio F, et al. Dyslexia : cultural diversity and biological unity. Science 2001 ; 291 : 2165-7).

Toutefois les chercheurs restent prudents, en conclusion d’une étude de synthèse, ils indiquent : « Puissent ces raffinements technologiques, qui nous font approcher un peu mieux la nature biologique du langage, nous aider à révéler aussi la profonde influence des cultures humaines, trésors à partager via l’activité sans cesse remodelée du cerveau humain, non simplement « machine à symboles » mais surtout « organe social » » (Knops A, Thirion B, Hubbard EM, et al. Recruitment of an area involved in eye movements during mental arithmetic. Science 2009 ; 324 : 1583-5). Ajoutant même : « L’apprentissage implicite joue un rôle prépondérant dans l’acquisition du « langage oral » qui, précisément, se développe progressivement, mais sans effort et même avec un plaisir renforcé par les encouragements de l’entourage, durant les trois premières années ». ( J-F Démonet, Inserm, Toulouse 2009).

Mais si l’on imagine le cerveau comme « organe social » ne commet-on pas là, encore une erreur de  …… langage ? Le cerveau est un organe, soit, mais comment devient-il social ? Pourquoi le cerveau d’autres espèces ne serait-il pas « social » ?

Ce qui caractérise l’homme c’est que c’est un être de langage (le langage producteur de concepts, d’abstractions, concepteur et de distributeur de connaissances ….).  La cause de l’incapacité à parler des singes se situe aussi ailleurs : du côté des capacités cognitives nécessaires à la maîtrise du langage.

Même si les chimpanzés, en captivité, parviennent à mémoriser 250 signes et symboles, et à s'en servir pour "discuter" avec leur maître, ces conversations restent limitées. On n'a jamais vu de singe raconter des histoires...

La nature n’existe pas comme un « en soi » pour l’homme. L’homme est à la fois partie de la nature mais extérieur à celle-ci dans le sens ou lui seul lui donne un sens qu’il peut, de plus, transmettre à ses congénères (techniques, connaissances, émotions…).

C’est en éprouvant la nature, en apportant la preuve CONCRETE qu’il était capable de la modifier car il la COMPRENAIT que l’homme a développé sa capacité à parler, c’est-à-dire à transmettre. On part du concret, du réel, pour aller à l’abstrait d’une connaissance pratique commune.

Mais dernière approche d’une discussion sur le langage : « une chimère, n’étant ni dans l’entendement ni dans l’imagination, peut être appelée proprement par nous un être verbal ; car on ne peut l’exprimer autrement que par des mots. Par exemple nous exprimons par le langage un cercle carré, mais nous ne pouvons l’imaginer en aucune façon et encore bien moins le connaître. C’est pourquoi une chimère n’est rien qu’un mot. » Spinoza. Ce que l’on doit retenir ici c’est que, ce que l’on ne peut que dire n’existe pas, ce qui n’existe que dans les mots n’existe pas. Et les mots sont alors le moyen de déraisonner, de quitter le domaine des choses réelles.

Le mot n’est pas la traduction dans l’élément verbal de l’idée, mais ce qui correspond dans le langage à une image mentale, abstraction fictive d’une pluralité d’éléments singuliers. Chez Spinoza, dans le Court Traité, l’Éthique, et dans le Traité de la réforme de l’entendement, la connaissance du premier genre, par ouï-dire, est clairement définie comme verbale et ne fait reposer la certitude que sur les mots d’autrui, qui ne peuvent suppléer son manque de fondement rationnel. Citons simplement le Traité de la réforme de l’entendement, § 19 : « Il y a la perception que nous avons à partir du ouï-dire ou de quelque signe, qu’on appelle arbitraire ». Si les mots ne se réfèrent à la réalité que de manière imparfaite voire trompeuse, c’est donc à cause de leur lien originaire avec l’imagination. À ce titre, le Traité de la réforme de l’entendement nous fournit le texte le plus explicite : « les mots ont été constitués au gré et à la portée des gens ordinaires, en sorte qu’ils ne sont que des signes des choses, conformes à ce qu’elles sont dans l’imagination et non à ce qu’elles sont dans l’intellect : ce qui ressort clairement de ceci, qu’à toutes celles qui sont seulement dans l’intellect et non dans l’imagination, ils ont souvent donné des noms négatifs, comme sont : “incorporel”, “infini”, etc. ». Un nom doit renvoyer aisément à sa propre trace dans l’imagination, si bien que son aspect matériel dépend du fonctionnement de l’imagination plutôt que de l’intellect. On comprend déjà à travers cette solidarité ce lien étroit entre le langage et l’imagination, ce qui peut inquiéter un pouvoir souverain qui tenterait d’imposer à la multitude son propre discours sous prétexte qu’il serait celui de la raison, en interdisant l’expression de paroles et d’opinions concurrentes, qui n’obéiraient pas aux mêmes règles.

dimanche 3 juillet 2022

Sujet du Merc. 6 Juillet 2022 : L'histoire, déterminisme ou destin ?

 

                     L'histoire : déterminisme ou destin ?

Il existe diverses manières de considérer le rapport que les humains entretiennent avec leur vie et l'enchainement des faits historiques et leur rôle dans ces derniers (liberté)

Les croyants et assimilés acceptent le destin comme décret de la Providence Divine. Dieu est la cause première qui détermine les causes secondes dans le sens du bien et du meilleur. Pour eux généralement il y a un début ( Au commencement était...) et une fin : l’Apocalypse.

Bossuet, évêque de Meaux dans son discours sur L’Histoire Universelle, qui montre le rôle capital joué par Dieu au sein de la vie des hommes. Il éclaire ainsi le destin providentiel et atteste que l’injustice du sort n’est qu’apparente. Quant aux Jansénistes, le salut dépendait de la volonté et de la grâce de Dieu. Le mérite humain n’avait pas une grande part dans l’affaire. L’homme, corrompu par le péché, ne disposait plus des moyens nécessaires pour gagner seul son salut. Il restait un être déchu tant qu’il n’était pas touché par la grâce divine. Dieu choisissait ainsi ceux qu’Il voulait sauver.

Dans cette vision de l'histoire il est fait appel à la transcendance que l'homme ne peut atteindre Il est le jouet et entre sa naissance et sa mort et sa vie n'est qu'une "vallée de larmes".

La discussion "philosophique", tourne à la scolastique et à la théologie.

Pour ce qui est du déterminisme la chose est plus complexe. Il y a un pas gigantesque entre les conceptions de Spinoza qui nous livre à un déterminisme absolu, et les philosophes matérialistes qui vinrent après lui. " Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent." (Spinoza : Lettre à Schuller). pour lui, ignorants les causes qui nous meuvent nous ne pouvons pas accéder à la liberté; Etant entendu que ces causes relèvent de lois universelles, celles de la Nature.

On retombe ici dans une sorte de destin.

Mais vinrent les philosophes post-Hégéliens comme Marx et Engels, ainsi que les chercheurs qui bouleversèrent les conceptions du monde, comme Darwin.

Tout ne s'avérait aussi mécanique, mécaniste, linéaire. Le hasard et la nécessité s'entremêlaient donnant à concevoir une histoire mue doublement par le hasard et la nécessité.

« D’après la conception matérialiste de l’histoire, le facteur déterminant dans l’histoire est, en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx, ni moi n’avons jamais affirmé davantage. Si, ensuite, quelqu’un torture cette proposition pour lui faire dire que le facteur économique est le seul déterminant, il la transforme en une phrase vide, abstraite, absurde. La situation économique est la base, mais les divers éléments de la superstructure – les formes politiques de la lutte de classes et ses résultats, – les Constitutions établies une fois la bataille gagnée par la classe victorieuse, etc., – les formes juridiques, et même les reflets de toutes ces luttes réelles dans le cerveau des participants, théories politiques, juridiques, philosophiques, conceptions religieuses et leur développement ultérieur en systèmes dogmatiques, exercent également leur action sur le cours des luttes historiques et, dans beaucoup de cas, en déterminent de façon prépondérante la forme. Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards (c’est-à-dire de choses et d’événements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile à démontrer que nous pouvons la considérer comme inexistante et la négliger). Sinon, l’application de la théorie à n’importe quelle période historique serait, ma foi, plus facile que la résolution d’une simple équation du premier degré. Nous faisons notre histoire nous-mêmes, mais, tout d’abord, avec des prémisses et dans des conditions très déterminées. Entre toutes, ce sont les conditions économiques qui sont finalement déterminantes. Mais les conditions politiques, etc., voire même la tradition qui hante les cerveaux des hommes, jouent également un rôle, bien que non décisif. ...Il y a donc là d’innombrables forces qui se contrecarrent mutuellement, un groupe infini de parallélogrammes de forces, d’où ressort une résultante – l’événement historique – qui peut être regardée elle-même, à son tour, comme le produit d’une force agissant comme un tout, de façon inconsciente et aveugle. Car, ce que veut chaque individu est empêché par chaque autre et ce qui s’en dégage est quelque chose que personne n’a voulu. C’est ainsi que l’histoire jusqu’à nos jours se déroule à la façon d’un processus de la nature et est soumise aussi, en substance, aux mêmes lois de mouvement qu’elle. Mais de ce que les diverses volontés – dont chacune veut ce à quoi la poussent sa constitution physique et les circonstances extérieures, économiques en dernière instance (ou ses propres circonstances personnelles ou les circonstances sociales générales) – n’arrivent pas à ce qu’elles veulent, mais se fondent en une moyenne générale, en une résultante commune, on n’a pas le droit de conclure qu’elles sont égales à zéro. Au contraire, chacune contribue à la résultante et, à ce titre, est incluse en elle. C’est Marx et moi-même, partiellement, qui devons porter la responsabilité du fait que, parfois, les jeunes donnent plus de poids qu’il ne lui est dû au côté économique. Face à nos adversaires, il nous fallait souligner le principe essentiel nié par eux, et alors nous ne trouvions pas toujours le temps, le lieu, ni l’occasion de donner leur place aux autres facteurs qui participent à l’action réciproque. Mais dès qu’il s’agissait de présenter une tranche d’histoire, c’est-à-dire de passer à l’application pratique, la chose changeait et il n’y avait pas d’erreur possible. Mais, malheureusement, il n’arrive que trop fréquemment que l’on croie avoir parfaitement compris une nouvelle théorie et pouvoir la manier sans difficulté, dès qu’on s’en est approprié les principes essentiels, et cela n’est pas toujours exact. Je ne puis tenir quitte de ce reproche plus d’un de nos récents “ marxistes ”, et il faut dire aussi qu’on a fait des choses singulières. »

F. Engels - Lettre à Joseph Bloch 21-22 septembre 1890

 

"La liberté n’est pas dans une indépendance rêvée à l’égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en œuvre méthodiquement pour des fins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent l’existence physique et psychique de l’homme lui-même, - deux classes de lois que nous pouvons séparer tout au plus dans la représentation, mais non dans la réalité.

La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause. Donc, plus le jugement d’un homme est libre sur une question déterminée, plus grande est la nécessité qui détermine la teneur de ce jugement ; tandis que l’incertitude reposant sur l’ignorance, qui choisit en apparence arbitrairement entre de nombreuses possibilités de décision diverses et contradictoires, ne manifeste précisément par là que sa non-liberté, sa soumission à l’objet qu’elle devrait justement se soumettre.

La liberté consiste par conséquent dans l’empire sur nous-mêmes et sur la nature extérieure, fondé sur la connaissance des nécessités naturelles ; ainsi, elle est nécessairement un produit du développement historique".     F. Engels dans L’Anti-Dühring

samedi 25 juin 2022

Sujet du Merc. 29 Juin 2022 : "Nécoutez jamais votre coeur" A. D. marquis de Sade.

                              « N’écoutez jamais votre cœur » Sade


« N’écoutez jamais votre cœur, mon enfant, c’est le guide le plus faux que nous ayons reçu de la nature. » in Philosopie dans le boudoir – A.D de Sade


Sade (1740-1814), noble et franc-maçon, passera 27 années en prison. Ses œuvres ne seront publiées ouvertement par un éditeur qu’en 1957.

 

Il connait les auteurs des Lumières de son temps et il partage leur vision du monde. Un monde dans lequel dieu est une chimère au service du pouvoir, un monde dans lequel le citoyen, puis l’individu vont balayer le sujet féodal.

L’homme est désormais libre. Mais sa liberté a-t-elle des bornes ?

Pour Sade l’homme est de nature. Et la nature n’éprouve ni sentiment ni morale. C’est le règne de la nécessité.

Pour Sade si l’homme est de nature, c’est l’homme « fort ». La position sociale (le noble, le bourgeois) s’explique par la force. L’homme sadien n’est pas l’homme kantien : pas de morale sacrificielle, pas d’intérêt général, mais un calcul froid sur ce que peuvent lui apporter les autres ou les situations : “Il ne faut jamais calculer les choses que par la relation qu’elles ont avec notre intérêt“. On retrouve ici Hobbes et Adam Smith.

Sade défend aussi l’idée d’une absence d’identité ou d’universalité entre les hommes. Chacun, nous dit-il, est unique et porté par sa propre nature, on ne peut donc pas leur demander d’agir de la même manière. En découle un relativisme moral, fondée sur une conception différenciée de l’homme, qui rappelle celle de Sartre sur la question de la nature humaine : “Je vous demande si elle est bien juste la loi qui ordonne à celui qui n’a rien de respecter celui qui a tout : ce qui va pour l’un ne va pas à l’autre”

Pour résumer Sade nous propose une définition nouvelle de la « nature humaine ». Elle est désormais poussée à son paroxysme. Mélange détonant entre l’ouverture des Lumières et le cadre rigide de la structure sociale féodale.
Pour Sade tout provient de la Nature. Et dans sa citation, qui sert de sujet ce soir, il nous dit que le cœur (passions, sentiments, émotions…)
« est le guide le plus faux que nous ayons reçu …de la nature ».
Cette nature qu’il déifie aurait elle donc failli ? Il y aurait donc une imperfection de la nature (à la différence des dieux) et ce serait de croire qu’il est possible de comprendre le monde à partir de ce « cœur » ? Pour le coup nous pourrions dire que chez Sade il y a une ruse de …la nature (pour paraphraser Hegel).

L’œuvre de Sade est complexe, foisonnante. Les biens pensants d’aujourd’hui du style M. Onfray, ont tôt fait de diaboliser « Sade le fasciste ». Mais L’injonction sadienne : « n’écoutez jamais votre cœur » n’est elle pas destinée à rendre les hommes lucides ? Sade ne nous dit il pas aussi : « A quelque point qu'en frémissent les hommes, la philosophie doit tout dire. ». Tout dire ; mais combien de philosophes ou d’écrivains, de créateurs, ont-ils eu le courage, la volonté de « tout dire » ? Peu, et souvent ils l’ont payé cher !

Une piste aussi, peut être, pour rentrer dans la pensée de Sade « Je ne m'adresse qu'à des gens capables de m'entendre, et ceux-là me liront sans danger. ». La philosophie, les choses nouvelles, doivent être vues avec des yeux neufs, que la clarté n’éblouit point. La philosophie est un apprentissage et un savoir. Pas une émotion. Loin des passions.

Bien sûr cela a des conséquences sur celui qui émet des propos nouveaux, scandaleux, dérangeants, « Ce n'est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c'est celle des autres. » répond un Sade qui assume.

Libres à vous, aussi libres que Sade – je l’espère -, de vous prononcer sans détour, ce soir, sur cette phrase sortie de Sade l’éducateur de la « philosophie dans le Boudoir – Français encore un effort pour être républicains ».

Ne craignez rien car, comme le dit le Marquis, : « Plus un homme triomphe des préjugés, plus il est raisonnable. ». Et comme chacun le sait un café philosophique n’est pas un lieu de préjugés. S’en est même un des principes ! 

lundi 20 juin 2022

Sujet du Merc. 22 Juin 2022 : Est ce que ça change ?

 

                                              EST CE QUE ÇA CHANGE ?

Mots et concepts connexes : finalité-finalisme, relativité-relativisme, monisme-dualisme-pluralisme, etc.

Attention, il s'agit là sans doute de la question philosophique qui nous détermine au fond, même si c'est souvent à notre insu. Par l'indéfini du "ça" de l’intitulé on signifie Monde, Univers, Tout : le Tout de toutes les choses qui existent. (L’utilisation de majuscules souligne le caractère idéaliste de ces mots, notions et concepts.)

Cela dit nous pouvons démarrer.

L'intitulé du texte est déroutant. Il suggère le contraire de l'évidence pour des Européens comme nous construits et formatés par trois millénaires de monothéisme et de philosophie idéaliste, spiritualiste et anti matérialiste. Cette situation a des conséquences pratiques radicales. Par exemple, bien que nous constations que tout change sans cesse autour de nous, souvent nous souhaitons et affirmons le contraire. Cela contredit le fait logique relevé par Parménide et les Eléates qu’ "une chose ne peut pas être et ne pas être" ou, en même temps, être et être son contraire.

Ce constructivisme ancien est à l'opposé de la déconstruction actuelle qui, néanmoins, lui reste intimement liée comme l'est l'indispensable contraire de toute chose. Cette évolution a conduit au relativisme qui débouche sur une forme de nihilisme par lequel le plus fort peut prendre le pouvoir et en abuser sans limite. Entre constructivisme et déconstruction, l'un et l'autre constituant une même illusion trompeuse, il y a un réalisme matérialiste pluraliste tenant compte de l'évolution des choses. Voyons cela.

Les Grecs anciens se posaient sans cesse la question lancinante du changement et cela jusqu'à de nombreux philosophes actuels. Ce questionnement a historiquement séparé les philosophes en deux groupes. Nous en sommes les héritiers au quotidien quand nous pouvons affirmer tout et son contraire, croire que tout est permanent et à la fois changeant ! Par exemple, se dire athée tout en croyant à un Principe explicatif directeur.

Un premier groupe comprend ceux qui postulèrent une organisation de ce qu'ils ont appelé le "Cosmos", le Tout ou le Monde qui, pour qu'Il puisse logiquement exister, doit faire saillie, sortir du lot. En effet, toute chose quelle qu'elle soit -- et le Monde en est une, même s'Il comprend toutes les choses -- n'existe que parce qu'elle apparaît quelque part en dehors d’elle-même. C'est tout simplement logique. Et enfin le Monde, le Grand Tout ne peut pas apparaître en lui-même, dans le Monde ; sinon Celui-ci n'est plus le Monde. L'ensemble des ensembles (de toutes les choses) n'existe pas, ainsi que l'a démontré le philosophe logicien Bertrand Russell. C'est pourquoi les premiers philosophes grecs de la nature, afin d'admettre que le Monde existe comme Principe Unique et immuable (permanent, sans changement) qui engloberait Tout, ont dû -- de façon illogique -- inventer le Chaos universel, le Néant du tout sans cesse changeant. Ce que précisément le penser humain peine à appréhender tel quel sans avoir recours à un Principe ou Référent absolu (soutenu par des archétypes). Ce Principe premier est une aporie de laquelle il faut s'échapper pour ne pas tomber dans l'absurde. C'est pourtant là où ordinairement l'on se perd sans se rendre compte de l'inanité de la situation.

Une petite balade philosophique avec Markus Gabriel dans "Warung es die Welt nicht gibt ?" (2013), mais en version française, aidera à le comprendre *.

Reconnaissons qu’un tel Principe de fixité absolue n'existe pas. C'est une illusion dont on aime se bercer. Si bien que, voulant échapper aux mythes et aux dieux, les premiers philosophes en sont néanmoins restés prisonniers. Pour maintenir l'illusion du Principe idéaliste, il leur fallut sans cesse tenter d'abattre tout réalisme matérialiste et pluraliste qui reconnaisse le caractère évolutif de toute chose. Y compris celui du Monde qui ne saurait être fixe, stable et immuable comme issu de toute pièce d'un Dieu créateur, Primus Motor ou Principe originel explicatif d'un Tout illusoire.

Là est le fondement des monothéismes, idéologies et fanatismes, tyrannies et autres affabulations, manipulations mentales et propagandes. En voici quelques exemples concrets actuels : la psychanalyse qui sabote les cœurs et les esprits, la propagande de pandémies et de guerres dont la vérité est la première victime, la science de l'écologie retournée en fanatisme religieux. Ou encore le dogme du consumérisme pulsionnel, celui du capitalisme de l'individu-roi incité sans cesse à se berner lui-même comme Narcisse, celui de la réification humaine quotidienne. Bref, ce sont là les effets de l'imposition constante et conjointe du constructivisme et de son inaliénable associée, la déconstruction philosophique des esprits comme participant tous deux d’une même illusion idéaliste.

La simplicité d'un réalisme matérialiste, pluraliste et évolutif admettant la réalité des changements serait sans doute plus proche des choses réelles.

* "Pourquoi le monde n'existe pas ?" (Biblio essais, Le Livre de Poche). Il faut entendre " comment s'y prendre pour comprendre que le concept monde est creux". Dire que le monde existe est une vue de l'esprit et associer cette croyance à l'affirmation que tout change est absurde. Même si la majorité d'entre nous n'arrête pas sans cesse d'affirmer chaque jour et dans un même souffle que ces deux propositions, bien que parfaitement contradictoires et incompatibles, soient conjointement acceptables.

lundi 13 juin 2022

Sujet du merc. 15 Juin 2022 : Qu'est ce que penser ?

 

                      Qu'est ce que penser ?

La pensée est l’une des productions de l’esprit. Les définitions concernant l’action de penser sont multiples. Il s’agit avant tout de former et de combiner des idées, de construire des raisonnements.

Penser par soi-même, c’est ne pas sen remettre au jugement dautrui, c’est se forger sa propre opinion, en s’éloignant autant que possible des croyances ou des idées reçues. C’est savoir se donner des champs de réflexion. Penser, c’est imaginer par avance, prévoir, évaluer les conséquences avant dagir. 

Penser est difficile, parce quune telle activité nous oblige à voir le monde en face, à ne plus nous soustraire à ce quil est, mais aussi à ce que nous sommes. Penser, cest accepter, cest chercher à comprendre. Rien nest plus délicat que de poser ses yeux sur les beautés comme sur les horreurs des Hommes et du monde. Mais penser cest aussi aspirer à la liberté. Exercer sa liberté dans sa pensée, cest accepter, encore, que cette dernière puisse se perdre dans des chemins tortueux. Cest accepter lidée même de la responsabilité d’être à lorigine de ses pensées et l’idée d’être responsable tout court.

Le reste du monde ne vient plus plaquer dans notre cerveau des idées préconçues. Non, ces idées sont retravaillées par un processus intellectuel, sont interrogées, passées au filtre de nos convictions les plus profondes. Sextirper de la dépendance, devenir autonome : tout ceci est déjà délicat matériellement, alors comment ne pas s’étonner de la difficulté à le devenir complètement ? La pensée vient gonfler un peu plus encore langoisse existentielle qui nous habite. Oui, penser en soi est dangereux. Tout le processus est une prise de risque perpétuelle. Penser fait peur, inquiète, parce que ce que nous aimons occulter dhabitude, le Mal, le Chaos, la complexité. Le reste du monde auquel nous sommes assimilés nous contraint à agir en interaction avec les autres. Peu à peu, une pensée collective remplace la conscience qui s’éteint et lhomme disparaît.

 On pourrait affirmer ici que sont négligés les sentiments. On pourrait en effet penser quil est nécessaire d’éteindre le cerveau pour laisser parler son cœur. Les émotions seraient alors plus pures et transmissibles avec davantage daisance. Lamour et lamitié seraient alors débarrassés de la conscience pour pleinement sexprimer.  De même, que dire de lArt, de la Création, de la Culture, si tout devait être intellectualisé? Seraient-ils tués dans l’œuf ? Faudrait-il, à linstar des sentiments, laisser libre cours à la virtuosité, « sans cerveau », pour créer’ inventer, imaginer, contempler’ atteindre ce qui fait de nous des êtres humains ?

La pensée reste un préalable à toutes nos actions. Cest en cela quelle est dangereuse. Parce que nous sommes humains, nous ne pouvons pas aimer, créer, jouir, sans penser. Cest en laissant lesprit vagabonder, contempler, imaginer, que la création sengage. Nietzsche appelle à une forme divresse dans lArt. ne peut-on pas latteindre dans une ivresse de liberté ? dans le chaos de nos pensées contradictoires, dissonantes ? dans langoisse existentielle qui croît chaque jour un peu plus à force de pensées? L’état supérieur auquel nous aspirons dans la création comme dans la jouissance ne sera jamais pleinement vécu en absence de pensée : il sera contenu, retenu par les pensées du monde extérieur immiscées dans nos cerveaux. Les détricoter, les faire nôtres est le seul moyen de nous extirper de l’état actuel et datteindre cet état personnel désiré, inaccessible sil est censuré par la vision des autres.

Cesser de penser nest rien dautre que linterruption de jugement qui conduit à la banalité du mal, tels que vus et revus avec Arendt et Terestchenko. Le risque saccroît chaque jour davantage. Le place que nous avons accordée au travail dans nos sociétés comme dans nos vies ne risque pas de changer la donne. Pire, lintérêt du travail, et linvestissement que nous lui offrons, conditionnent de plus en plus notre souhait de liberté, alors même que le travail et la société consument peu à peu les autres espaces de notre vie. La seconde cherche à simposer dans nos cerveaux pendant que le premier les occupe.

Nos cerveaux devraient être en veille. Non pas placés en veille, cest-à-dire à un état de conscience minimal. Penser « un peu » reviendrait à avoir seulement conscience des grands mécanismes qui cherchent à structurer nos vies, mais sy soumettre tout de même. Penser pour être libre, Mais à quel prix ? Au prix de langoisse, de la peur, de la pleine conscience dun monde incompréhensible? Arendt  répondrait que le plus dangereux restera toujours de ne pas penser.

A l’extérieur, les contradictions qui nourrissent notre époque ne sont pas si éloignées de celles connues par Hegel. Il se demandait comment définir les critères qui nous permettraient de nous assurer de la correspondance entre ce que l’on pense et ce qui est vraiment? Rien n’est vrai par soi-même, tout doit s’avérer, se vérifier. Dans cette logique de négation, chaque nouvelle figure de l’esprit, supérieure à la précédente, en suppose la suppression. Ce mouvement dialectique serait la vie même de l’esprit.

A l’intérieur, Pascal considère que chaque homme est soumis à une guerre des sens qui fait naître en lui une insatisfaction fondamentale conduisant les philosophes à l’orgueil des stoïciens ou au désespoir de sceptiques. Nombre d’obstacles empêche la pensée d’être livrée à elle-même. L’amour-propre centre l’homme sur lui-même et l’empêche de penser au néant, l’imagination permet de meubler le vide qui hante notre condition, le divertissement nous empêche de penser à la mort. Et pourtant, sa pensée, bien que bornée, confère à l’homme une dignité inégalable en le rendant capable de méditer sur sa condition, si misérable soit-elle.

 


jeudi 2 juin 2022

Sujet du Merc. 08 Juin 2022 : « Le travail : aliénation ou émancipation ? »

 

                               « Le travail : aliénation ou émancipation ? »

Définitions :

·       Travail : du latin tripalium (instrument constitué de trois pieux pour maintenir les bœufs ou les chevaux difficiles à ferrer, plus généralement :   instrument de torture).

 Activité professionnelle et rémunérée, avec une connotation de contrainte pénible.

Mot grecque correspondant : poiësis (fabrication, production), ergon (œuvre)

En latin : labor

·       Aliénation : Etat de l’individu dépossédé de lui –même par la soumission de  son existence  à un ordre de choses auquel il participe  mais qui le domine. 

Plus précisément chez Hegel et Marx :  état de l’individu qui par suite des conditions sociales (économiques, politiques, religieuses) est privé de son humanité et est asservi.

·       Par extension : tout processus par lequel l’être humain est rendu comme étranger à lui-même.
Émancipation : Action de s’affranchir d’une autorité de servitudes, des contraintes sociales.

Il est nécessaire de travailler mais pourquoi ?

Parce qu’il éprouve des besoins (nourriture, protection) que la nature ne satisfait pas immédiatement, l’homme   doit travailler, c’est le travail biologique

 Comment envisager cette activité ? est – ce un asservissement ou une libération ? une contrainte ou un plaisir ?

Tout type de travail serait-il aliénant ? ou bien seulement certains ?

Au contraire que voudrait dire le travail libère ? de quoi ? comment ? à quelles conditions ?

Comment doit –on comprendre l’expression pour vivre ?

Est – ce dans le sens purement physique ?  Le travail est le moyen d’acquérir les biens nécessaires à sa subsistance ; en un sens social ? le travail permet de trouver sa place au sein de la société ; en un sens d’épanouissement personnel ? le travail offrant la possibilité de se réaliser

Le travail est- il d’ailleurs une condition nécessaire à ses différents objectifs ? est –il une valeur universelle ?

Le travail : aliénation ?

L’aliénation intègre une double inflexion conceptuelle : la séparation et l’hétéronomie, prenant la forme de trois paradoxes majeurs dont la source est la contradiction entre capital et travail

Le travail représente pour l’ouvrier un appauvrissement alors qu’il participe à l’accroissement de la richesse produite,

L’aliénation implique un dépouillement physique, moral et économique pour l’ouvrier, donc

Une déperdition de son être,

Elle se traduit en outre par une forme d’étrangeté entre l’activité du salarié et le produit fini.

Dans le travail, l’ouvrier se nie lui-même, il est étranger aux conditions et au modalités de son travail, l’aliénation devient sacrifice de soi. 

Dans la tradition judéo chrétienne, depuis la genèse une malédiction divine (châtiment de Dieu de la faute d’Adam et Eve au paradis terrestre) pèse sur le travail.

Longtemps ce terme n’évoqua qu’un labeur pénible, improductif et méprisant.

Dans la cité grecque, le travail était dévolu aux esclaves, cependant que les citoyens ainsi déchargés des problèmes de subsistances pouvaient se consacrer à la vie politique.

Le travail se distinguait donc de l’action (praxis) qui manifestait la liberté humaine tout autant que la production (poiésis), travail par lequel l’homme s’approprie le monde en transformant la nature à son image.     

C’est au nom de la nécessité du travail biologique qu’Aristote justifiera l’institution de l’esclavage :    

En 1776 , Adam Smith publie un traité intitulé recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations qui  met en lumière les avantages de la division du travail, (séparation de la conception  et de l’exécution) , particulièrement en accroissant la puissance productive des hommes mais en mettant simultanément les travailleurs en état d’hétéronomie qui se manifestera  par un affaiblissement du lien social, de la conscience de classe  et d’un appauvrissement des tâches, le tout conduisant à une déshumanisation de l’acte de production.

Le travail va alors apparaître sous le double aspect de la contrainte naturelle et sociale et de la libération humaine.

Avec l’exercice d’un management  à forme pyramidale (toutes les instructions  partent  du haut vers le bas sans aucune concertation) et le  morcellement du travail  qui  ira  crescendo  au fur et à mesure  du développement de la croissance  économique et de la mondialisation, laquelle aggravera encore les conditions de travail devant l’ exigence des entrepreneurs de taux de profits de  plus en plus élevés eu égard à l’élévation des risques encourus sur les investissements internationaux, le travail n’est plus une valeur et va à l’encontre de la réalisation de soi du travailleur.  

 Marx (dans les manuscrits de 1844) montre que dans la modernité, avec le développement du mode de   production capitaliste, le travail est aliéné. Il cesse d’être une création de soi pour soi. Il devient une source d’abêtissement qui, au lieu d’humaniser l’homme, le rabaisse en deçà de l’humanité.  Ainsi l’homme devient étranger à lui-même, dépossédé à la fois de l’objet qu’il fabrique (séparation totale de la conception et de l’exécution) et de son essence propre.  

Le travail : Emancipation ?

Si parmi les conséquences heureuses de la révolution française on peut retenir l’avènement de la première République, la fin du pouvoir de droit divin et la naissance de l’homme citoyen détenteur de la souveraineté par délégation de la nation et au total la naissance d’un courant libéral qui conduira au cours du 19° siècle au suffrage universel et à la démocratie, donc à un homme ayant conquis la liberté politique ;

La démocratie conduira aussi à la naissance d’un courant égalitariste uniformisant et à une forme d’individualisme qui va s’exprimer à travers le cogito à la mode « je consomme donc je suis » que Marx aurait pu qualifier d’aliénation moderne tant les besoins réels ou artificiels (stimulés par le système) sont sans limite et rendent l’homme encore plus dépendant qu’avant de son travail.

Libérés politiquement mais toujours aliénés par leur travail, tous ceux qui pour vivre ne disposent que de leur force de travail, sont toujours obligés de l’échanger contre un salaire et  parce que leurs besoins se renouvellent  naturellement et que les produits du travail disparaissent dans la consommation sont, tel Sisyphe,  obligés  de  recommencer sempiternellement leur labeur, privés  d’une partie de leur liberté.

 

Réflexions :

Il apparaît donc que ce n’est pas le travail qui est une malédiction en soi mais les conditions dans lequel il s’exerce.

Si le règne de la liberté commence seulement à partir du moment ou cesse le travail  dicté par la nécessité ou les fins extérieures (Marx) ,  l’homme moderne, s’il veut sortir de sa condition « d’animal  laborans » doit exiger que le travailleur soit associé à la préparation  du travail,  voire à sa conception et  que le progrès technique (qui ne se préoccupe plus de l’être)  ne se limite pas  à prendre  en compte, pour en faire une valeur prégnante dans une économie globalisée de concurrence exacerbée, l’augmentation de l’efficacité productive  mais libère le travailleur des tâches pénibles sans porter par ailleurs  atteinte aux conditions de travail.    

Kant nous rappelle que l’être humain est porteur de la loi morale et par conséquent digne de respect, le travail ne pourra donc devenir un facteur d’émancipation que si l’on agit en sorte  de traiter  l’humanité toujours comme une fin en soi et jamais comme un moyen.



Sujet du Mercredi 10 aout 2022 : SOCRATE a-t-il menti ?

  SOCRATE a-t-il menti ? Nous ne connaissons de Socrate presque exclusivement que ce qu’en dit Platon. Il devait harceler les autres, le...