dimanche 27 juin 2021

Sujet du Merc. 30 Juin 2021 : EVOLUER.

                                                         EVOLUER

"L'Homme descend du singe". Quels scandales cette découverte n'a-t-elle pas suscités ! L'hypothèse évolutionniste frappait de plein fouet l'enseignement traditionnel délivré et l'autorité des livres saints. 


L'Eglise catholique réagit en 1905 par l'encyclique "Pascendi" par laquelle elle se replia comme dans une citadelle assiégée, et ce n'est qu'en 1950 avec "Humani generis" qu'elle autorisera, du bout des lèvres, ses propres savants à étudier, "avec modération et mesure", l'hypothèse de la formation du corps humain à partir d'une "matière déjà existante et vivante". La réhabilitation, timide et récente, des écrits de Darwin par le Vatican, ne prolongea ces crises de foi que d'un épisode aussi burlesque que les précédents. Burlesque pour deux raisons :

- La première est que les théories de l'évolution ont singulièrement évolué depuis les célèbres recherches du voyageur des Galapagos (depuis Lamarck et Darwin, les lois de Mendel et tous les développements de la génétique). Tellement évolué que plus personne, sauf certains fixistes et autres rétrogrades, ne croit plus même à la formule révolutionnaire du singe, surtout si l'on observe, pour ce cas particulier, l'évolution rétro-anthropoïde de son os pénien.

- La seconde raison est que même le texte biblique ne dit pas que l'homme est sans ascendant. Il a été créé, en effet, dans la foulée des animaux ; de plus les mythes babyloniens dont s'inspire la Genèse (l'épopée de Gilgamesh) rapportent que l'homme a d'abord été proche des animaux avant d'être façonné par la culture. Ainsi l'homme n'a pas été créé "ex nihilo" par Dieu, mais par un processus justement évolutionniste ("faisons l'homme" est au pluriel lorsque Dieu formule sa décision (Gen 1, 26).

Les problèmes philosophiques ne sont pas résolus pour autant. En effet, selon Darwin, l'évolution qui se poursuit par la sélection naturelle, n'effectue pas "la lutte pour l'existence" (struggle for life) ; ce sont les plus forts qui gagnent, qui survivent et qui éliminent les plus faibles. 

Si cette théorie était transposée au niveau d'un nouveau dogme théologique, elle serait très inquiétante. Seuls devraient survivre les élus du Seigneur. Pourraient alors se développer les thèses de Gobineau inventeur du mythe "aryen", d'Alexis Carrel qui justifie les castes sociales sur une base biologique et d'Adam Smith concepteur du libéralisme, c'est à dire de la libre concurrence où les plus faibles sont écartés sous le prétexte d'une progression économique…. "naturelle". 

Quant au surhomme de Nietzsche, point le plus haut de la transcendance humaine, produit de sa volonté de puissance, il ne fait, finalement, que singer le singe qui remonte dans l'arbre, arbre duquel il n'était que trop bas descendu. Évidemment, le débat continue, évolue, sur l'évolution.
- Evolution sous le signe d'un hasard aveugle, ou d'un hasard opportuniste. Intervient alors l'idée de progrès, de sens. L'Homme est-il le but de l'évolution ? 
- Evolution en contradiction ou non avec les lois de l'entropie (Clausius) lorsqu'elles engendrent des phénomènes d'auto-organisation et d'auto-complexification.
Enfin et sans doute pour éviter de rapprocher trop malencontreusement  création-finalité et évolution, faudrait-il attribuer leur place respective à ces deux concepts :
- le premier dans le domaine de la théologie (spéculative) ;
- le second dans celui de la science (descriptive).

Ce serait bien la moindre des choses que de demander à la philosophie de nous faire évoluer plus clairement dans ce panorama où la croyance l'emporte trop souvent sur la raison.


dimanche 20 juin 2021

Sujet du Merc. 23/06/2021 :F. Dolto : la déraison pure.


                           F. Dolto : la déraison pure.


 Après 18 mois d’enfermement et de brimades, de mensonges et de manipulations ; faisant suite à une année de violence extrême contre des revendications que l’on aurait pu penser banales ; où en est la raison ? Et surtout comment en sommes-nous arrivés là ?


Il y a peu, les intellectuels français, se demandaient comment le peuple allemand duquel émergea Goethe, Kant, Wagner, Marx, avait pu plonger dans cet abîme d’horreur que fut le nazisme.


Aujourd’hui les intellectuels français, ne s’étonnent point. Il y en même qui eurent le courage de dire qu’il fallait tirer sur le peuple à « balles réelles ». Les intellectuels français se demandent comment tenir avec moins de 3000 euros par mois …. Pas tous bien sûr. « L’élite », les grands noms, les têtes de gondoles et leurs représentants de commerces dans les médias.


Il n’y pas un bloc « intellectuel ». Il y a ceux d’en haut et ceux d’en bas. Les futurs anciens ministres, les plumitifs à la chemise éternellement blanche car lavée avec ardeur par Arielle (le sang lybien requiert ce travail de lessivage). Puis la ribambelle des autres qu’on assassinât avec une distanciation d’autant plus meurtrière qu’elle fut sociale et non physique. Adieu, poètes, théâtreux, intermittents de la création. Et je ne parle même pas des philosophes. Ceux-là ils se turent, ce fut plus radical.

Pour en arriver là, pour qu’à nouveau nous puissions dire comme Goya que « le sommeil de la raison engendre des monstres », il faut de la patience et du travail, de la rigueur et des moyens. 

Aucune destinée ne préside à ces époques-là, à notre époque. Point de fatalisme. Du labeur besogneux de quelques tacherons auxquels on assigne une mission : domestiquer la pensée au nom de la pensée elle-même, déraisonner au nom de la raison, brouiller les cartes, parler compliqué pour faire croire qu’on est savant. Bref, traduire dans le ciel glacial des idées, la domination et la faire accepter comme un bienfait. 

Toutes les guerres classiques se font au nom du bien. Et comme l’a si bien dit E. Macron en 2020 : « nous sommes en guerre ».


Long préambule diront certains. On veut du Dolto ! Pourquoi Dolto au fait ? Parmi les intellectuels qui depuis 1945 recréent la « pensée moderne » à coups de déconstructionisme : Nolte, Schmitt, Arendt, Foucaud, Deleuze, Girard, Furet, Guattari – liste non exhaustive ! J’ai choisi F. Dolto. (les autres suivront) parce qu’elle est probablement à la racine de la fracture qui a permis à ces toxiques intellectuels de s’engouffrer dans le système éducatif français.

Le refus de l’autorité, l’autonomie totale de l’enfant, l’évitement des « frustrations » - dogmes doltoïques - ne sont-ils pas, somme toute, ce nouveau monde du narcissisme roi dans lequel nous sommes désormais plongés ? (Lire à ce propos : C. Lasch, « la culture du narcissisme »).


Avertissement : pour le débat qui va suivre la moindre des choses sera de s’être renseigné – a minima – sur la « pensée Dolto » (elle a beaucoup écrit, et parlé sur les radios). Précisons aussi, immédiatement, que Dolto a fabriqué tardivement son histoire familiale et personnelle. Rien de tel pour une riche « disputatio ».


Le traumatisme initial de la petite F. Marette. En 1986, interrogée par sa fille, Dolto déclare : « ça a été une enfance emprisonnée dans la famille ». Or de 1925 à 1929 elle a de nombreuses activités de loisirs, céramique, faïence, moulage, se passionne pour la radio, pratique la musique, passe des soirées au Carlton de Paris, apprend à conduire (elle à 18 ans) pour les vacances à Deauville où elle joue au bridge, au tennis … En 1929 elle devient infirmière puis en 1932 entreprend des études de médecine (Enfances, 1986). Mais 54 ans plus tard ce n’est plus la jeune fille « élevée de manière très traditionnelle selon Élisabeth Roudinesco, « elle a eu une enfance catholique, d'extrême droite», étant élevée selon les valeurs en cours dans une famille maurrassienne » ; elle est devenue psychanalyste et sa grille de décodage est celui de la psychanalyse c’est-à-dire que « ce qui est conscient » et les actes réels de la vie ne sont jamais la vérité.

Dès lors l’interprétation deviendra son acte de foi.


Marette  = Cosette ? « Je n’avais presque rien pour vivre, juste ce que je gagnais comme externe des hôpitaux » (Enfances). Mais elle nous fait part dans un autre ouvrage (je m’appelle Carlos) d’un courrier à son père daté de 1936 (28 ans) : « Voilà maintenant une question importante. Je n’ai plus que 475 francs… Tu m’avais dit de t’écrire quand je n’aurais plus d’argent… J’ai reçu de la banque l’avis de mise au nominatif de 40 obligations d’électro-chimie… A bientôt mon cher papa, je t’embrasse bien tendrement ». On a vu plus malheureuse en cette époque de Front Populaire. Elle suit, depuis 1934, une psychanalyse avec le Dr Laforgue. En 1938 le papa actionnaire qui finance sa fille devient l’ennemi qui n’a point su la protéger de sa mère. L’être humain ne peut exister qu’en tuant symboliquement, les désirs de ceux qui l’aiment : credo Doltoïque.

- Maréchal me voilà. Premier juillet 1940, pleins pouvoirs à Pétain. « J’aimerais m’occuper d’éducation, puisque, enfin elle va être dirigée dans une voie qui me parait pleine de promesses … dans la ligne amorcée par Pétain… Un pays ne meurt pas tant qu’il y a des hommes sur son sol, nés de lui et se nourrissant de ses produits. » (in : je m’appelle Carlos). En décembre 1941 Dolto est embauchée par Alexis Carrel pour la création du « Centre de la mère et de l’enfant » (Loi du 17 novembre 1941) visant à « étudier les mesures propres à sauvegarder, améliorer et développer la population française ».

Alexis Carrel, collaborateur notoire, dit dans « l’homme cet inconnu » (1935) qu’il faut éliminer les populations inutiles d’Europe et propose un consistoire de savants pour conseillers les dictateurs. A. Ohayon dans son essai « Psychologie et psychanalyse en France » nous apprend que parmi celles et ceux qui furent les collaborateurs de la Fondation Carrel beaucoup « refoulèrent ou nièrent » leur participation et parmi ceux-ci : Jean Delay et F. Marette-Dolto. Dolto était payée 5000F par mois par la fondation, un temps plein, et nous ne disposons d’aucune trace de sa démission éventuelle.


- École je te hais : « « Ainsi très souvent les troubles scolaires sont le signe d'un profond malaise de la personnalité de l'adolescent en difficulté lié aux données de sa relation avec ses parents » (in, la cause des adolescents). Et si les parents ne sont pas condamnables, la faute en incombe aux enseignants et à leurs méthodes pédagogiques. Rappelons-nous que Françoise Dolto qualifie l’enseignant qui se plaint du retard d'un élève en classe de... «nazi».

« Il importe d'adapter l'école aux enfants. On essaie de substituer à une pédagogie de l'échec une pédagogie de la réussite : en valorisant les bonnes réponses plutôt qu'en pénalisant les mauvaises, en attachant de l'importance au rendement d'un groupe d'élèves plutôt qu'en soulignant les performances individuelles, [...] en essayant d'éviter des redoublements » (id. supra). « Accepter d'être jugé par des plus jeunes, cela vaudrait toutes les réformes… Le principal défaut de l'instruction publique, c'est d'être obligatoire. Ce qui est obligatoire prend le caractère du travail forcé. Le bagne existe toujours... dans les esprits » (in, La cause des enfants).


Allant plus loin Dolto déclare : « Si on rayait la notion de mineur? Elle porte avec elle une mentalité rétrograde qui ne fait pas confiance à l'être humain … Ce qu'il faudrait c'est que la loi ne s'occupe plus de l'âge. Ne s'occupe seulement que de l'inceste, des relations entre parents proches, frères, sœurs, parents, oncles, tantes, mais qu'il n'y ait absolument rien entre adultes et enfants comme interdiction » (in, La cause des adolescents).

Comme le souligne le docteur D. Pleux, psychologue clinicien (De l’enfant roi à l’enfant tyran) : « Non, l'égoïsme de l'enfant n'est pas à stimuler, l'excès d'ego délite, nous le savons bien, le lien « Soi-Autrui », c'est-à-dire le lien social. ». 


Mais qu’importe pour Dolto ces considérations « castratrices » de la part d’un professionnel de l’enfance. Avant gardiste, Dolto a co-signée, aux côtés de Matzneff, Sartre, Beauvoir, Sollers, Foucault, Derrida, Althusser, Lang ….. en mai 1977 la célèbre pétition qui se concluait ainsi : « …Les dispositions prétendant à une « protection » de l’enfance …. ou concernant le « détournement de mineur » (sont) … de plus en plus incompatibles avec l’évolution de notre société.. et doivent être abrogés, ou profondément modifiés, dans le sens du droit de l’enfant et de l’adolescent à entretenir des relations avec des personnes de son choix ».


Mais, place au débat. Revenons à la philosophie : « La nature veut que les enfants soient enfants avant que d’être hommes. Si nous voulons pervertir cet ordre, nous produirons des fruits précoces, qui n’auront ni maturité ni saveur, et ne tarderont pas à se corrompre ; nous aurons de jeunes docteurs et de vieux enfants. » (J.J. Rousseau – l’Émile).


Sujet du Merc. 04 Aout 2021 : Le complotisme : mythe ou réalité ?

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