lundi 8 août 2022

Sujet du Mercredi 10 aout 2022 : SOCRATE a-t-il menti ?

 

SOCRATE a-t-il menti ?

Nous ne connaissons de Socrate presque exclusivement que ce qu’en dit Platon. Il devait harceler les autres, les inciter au dialogue parce qu’il était contraint par un oracle qui faisait de lui « le plus sage des grecs » (Apologie de Socrate).

Pour savoir d’où lui venait cet honneur il se mit donc de poser des questions pour savoir ce qu’il avait de plus que les autres.

Au final il se rendit compte (nous dit Platon) c’est que la seule chose qui le distinguait des autres c'était son absence d'illusion quant à son propre savoir. Ce n'était pas un plus, c'était un moins : il avait moins d’illusions que les autres sur ce qu'il croyait savoir, puisque, précisément, il n'était sûr de rien, tandis que les autre croyaient, sur un sujet, sur un domaine, sur un point de droit, de morale, de politique, ou de religion, savoir quelque chose.

Mais c’est là la version de Platon !

 

S'il faut en croire Xénophon, Socrate était avant tout moralisateur. Peu porté à la rhétorique, il se plaisait à déceler le juste et l'injuste dans les actions dont il était le témoin. Si bien qu’on prit l’habitude de lui soumettre des   cas « difficiles », Souvent invité aux banquets des riches, il savait faire preuve de modération, tant sur les mots que sur la boisson. Encore fallait-il ne pas le provoquer, car, alors, il se révélait redoutable - sur un terrain comme sur l'autre. Jamais ivre, toujours maître de lui aussi bien en paroles qu'en actes, c'est surtout par son mode de vie que Socrate était remarquable.

Selon Xénophon, Socrate vivait pour le « bien » donnant le premier l’exemple de ce qu'était la vie d’un juste. C'était, en outre, le seul moyen de faire renaître pour de bon  dans la cité le goût de la vertu si souvent bafouée.

Mais voici qu’intervient Aristophane, Et là Socrate nous est dépeint sous un tout autre jour.

 

Aristophane ( Les Nuées) reproche à Socrate des faits graves: il s'agit ni plus ni moins de la cohésion interne de la cité et de la permanence de sa protection par les dieux. Selon Aristophane, Socrate méritait l'opprobre parce qu'il enseignait l'art de ne pas tenir ses engagements. Grâce à des raisonnements ad hoc, on pouvait apprendre à faire passer le noir pour du blanc, à neutraliser toute affirmation et à faire naître à volonté l'incertitude, ce qui à l'occasion procurait notamment l'avantage de débouter ses créanciers le jour venu et, par conséquent, de ne jamais payer ses dettes lors qu’on en faisait de nouvelles.

Accusation redoutable! Car, si de tels actes se multiplient, la confiance disparaît entre citoyens, entre générations, entre hommes et dieux.

Du reste, faut-il vraiment choisir? Que Socrate ait enseigné l'art du sophisme, qu'il ait tait payer ses leçons, cela n’est guère compatible avec l'image qu'en donnent ses disciples. Mais qu'il ait contribué à déstabiliser la démocratie en importunant ses concitoyens, à une période où Athènes était particulièrement vulnérable, voilà qui rapproche tous les points de vue.

Le sort d’Athènes était en effet scellé, en -404 ce fut la débâcle. La dictature des Trente dura un an et la démocratie reprit le dessus. Mais Socrate continuait à poser ses questions au point d’importuner les prêtres et les maitres de la cité. Il fut condamné à mort.

 

Il va donc résister à ses amis qui cherchent à le faire s’enfuir de sa prison car il respecte la loi de la cité.

La mort, il ne la craint pas et ce pour trois raisons :

-        Sa dignité

-        Sa force de caractère, il n’a pas peur.

-        Sa doctrine la plus importante, il croit à l’immortalité de l’âme.        

Va pour les deux premières explications rapportées par Platon et Xénophon. Mais la troisième pose problème.

 

Comment l’homme « les plus sage des grecs » celui qui a proclamé partout que « tout ce qu’il savait c’est qu’il ne savait rien », phrase quasi mythologique de toute la philosophie, comment cet homme, s’il prétend ne rien savoir, sait il que son âme est immortelle ?

Dernière pirouette sophistique ? Socrate nous aurait il menti depuis le début ?

Son refus des hommes, lui qui n’a cessé de les questionner, le pousse  t il  jusqu’à la réjouissance de mourir ? Puisqu’il n’a rien pu pour sa cité, n’espère t il plus rien de ses concitoyens ?

Dès lors sa mort telle qu’il la conçoit n’est elle pas une fuite vers un au-delà dont il nous avait secrètement caché le doux réconfort pour un homme âgé et las ?

( Certaines références de ce texte sont extraites du livre de Marc Sautet :un café pour Socrate – 1995 – Ed. R. Laffont )

mardi 2 août 2022

Sujet du Merc. 03 aout 2022 : Philosophie et poésie : comment se rencontrent-elles ?

 

              Philosophie et poésie : comment se rencontrent-elles ?

Philosophie et poésie me semble être dans une quête de vérité, de manières différentes : la première à travers la raison, la seconde à travers les sens. J’ai trouvé intéressant d’amener le questionnement sur ce qui les font se rencontrer, et ainsi ce qui les différencie.

Selon Santo Alessandro Arcoleo, philosophe contemporain Italien, le rapport poésie-philosophie joue un rôle important dans la pensée de Marcel Conche dès ses premières pages dédiées à Épicure, Lucrèce et Montaigne : « Si nombre d’ouvrages de philosophie distillent l’ennui, c’est que la vie en est absente... Le simple jeu des concepts n’apporte pas la vie... Il y a différentes façons de faire vivre un ouvrage. La poésie en est une », écrivait Marcel Conche dans ses réponses à A. Comte-Sponville. La confrontation entre poésie et philosophie ou pour adopter ses termes, entre créativité et sagesse, est très ancienne : malgré ce qui les rapproche parfois, elles demeurent irréductiblement séparées. La vérité de la poésie et celle de la philosophie nous donnent des perspectives tout à fait différentes sur l’homme. « Le réel de l’artiste n’est autre que le réel commun... Quant au Tout, ce peut-être la Nature : la Nature est alors ressentie comme le Tout. Mais la Nature est-elle le Tout ? La question n’est pas posée. Ainsi, il est essentiel à la philosophie de poser des questions que l’artiste, comme tel, ne pose pas : ce sont les questions dites ultimes, par lesquelles la philosophie s’est, dès l’origine, distinguée aussi bien de l’artiste que du savant. » La vision esthétique qui définit la poésie comme connaissance plus élargie de la réalité humaine serait en accord avec l’affirmation de Dostoïevski qui soutient que ce sera la beauté qui un jour sauvera le monde.
En effet, les efforts que la raison produit pour atteindre une connaissance de la réalité humaine pâlissent devant les renseignements de la poésie qui nous conduit à une illusion « productrice de vérité ».
 Appréciant les idées philosophiques et la poésie de François Cheng il me tenait à cœur de le citer ici. Voici comment l’écrivain et poète Matthias Vincenot parle de la poésie de François Cheng:

La poésie de François Cheng est au plus proche des éléments et leur redonne vie, essence, dans l’écriture. Quelque chose naît du mot, qui le charge moins d’une signification que d’une sensation, celle que procure son énoncé même. En effet, si la poésie est une certaine façon de dire le monde, elle est aussi une façon de dire le langage. Non pas nécessairement le réinventer, mais l’utiliser au maximum de ses possibilités. Il y a dans la poésie de Cheng comme une manière d’être au monde, proche de l’essentiel : la pierre, l’arbre, par exemple. Mais leur présence n’est pas anodine, et elle reprend sens par l’entremise de la poésie, qui les réinvestit. Cette poésie est aussi proche du mot, car si la poésie souvent tourne autour du langage, celle de Cheng est, assurément, une poésie du mot. Non du mot juste, mais du mot comme objet à observer et non pas à investir d’un nouveau sens, mais à ressentir, au sens premier. Il y a la définition d’un mot, mais il y a quelque chose avant le sens, et le mot existe, non pas pour lui-même, mais en lui-même.

Cette présentation se terminera à propos du mystère qui relient philosophie et poésie.

Selon Bernard Grasset, éditeur, l’appel du mystère résonne comme l’appel à une autre parole. Le Logos est le chemin de la pensée et du poème vers le mystère. Que demeure présent le mystère au cœur de l’homme, à son intelligence, qu’il aime le mystère, s’en nourrisse, telle est la tâche la plus haute confiée au poète et au philosophe. Et si les poètes-penseurs, les penseurs-poètes, au sein de notre monde errant, saturé de vide et tremblant d’indéfinissable attente, si les penseurs-poètes, les poètes-penseurs étaient les derniers gardiens du mystère…

Pour terminer, un poème de François Cheng, abordant le thème du mystère :

Bleus de la profondeur,

Nous n’en finirons pas

D’interroger votre mystère

L’illimité n’étant point à notre portée

Il nous reste à creuser,

O bleus,

Du ciel et de la mer,

Votre mystère qui n’est autre,

Que nos propres bleus à l’âme. 

dimanche 24 juillet 2022

Sujet du Mercredi 27 Juillet 2022 : Y a-t-il une origine ?

 

                                  Y a-t-il une origine ?

Les hommes sont mortels. Pour un individu, pour toute l’humanité, l’origine est la date de la naissance (pour certains un peu avant ….), leur fin, celle de leur mort.

C’est probablement cette constatation, comparable à tous les phénomènes de la nature, qui fit penser à tous qu’il y avait un « début », une origine. Mais penser ainsi pose plus de problèmes que cela n’en résout.  
D’abord il va falloir se pencher sur la question de l’Origine avec un grand O. Origine qui ne peut être que quasi miraculeuse et en tout cas extérieure à l’homme. Comment sont nées les montagnes et les mers, les plantes et les animaux ?
On a cru un temps à la « génération spontanée », mais au 19ième siècle c’était fini !
Dieu, la grande chimère, répondait à LA question. C’était lui le créateur. C’est ce que pensent encore des milliards d’êtres humains. Car le gros avantage de dieu (des dieux) c’est qu’il est là du début à la fin. Il préside à la vie (création), il est là lorsqu’on est plus.   
Avec l’idée de dieu (des dieux) l’homme peut se poser les questions de l’origine, du pourquoi, de la mort et ….. surtout il peut y répondre ! Le récit religieux vient encadrer le moment existentiel des mortels pour les rassurer. Il les inclut du même coup dans un destin bordé par la morale et le temps.

Affirmer, comme dans le titre de ce philopiste, qu’il n’y a pas d’origine c’est aller profondément à l’encontre des croyances dominants l’humanité. Et pourtant ce n’est qu’une paraphrase de ce qu’un philosophe grec a énoncé voici près de 2600 ans : Anaximandre.

Anaximandre ( vers -610, à – 546 de notre ère ) est né à Milet sur les rivages de la Turquie actuelle, c'est-à-dire à la confluence de l’Orient où les Babyloniens avaient fortement développés une astronomie très élaborée et de l’Occident encore tout imprégné de mythes fondateurs qui font intervenir une substance première, infinie, immortelle et divine enveloppant et gouvernant toute chose : l’Arché.

Anaximandre va reprendre ce terme d’arché, mais, première rupture, il va écrire en prose alors que toutes les explications du monde précédentes étaient en style poétique. De la théogonie on va passer à ce qui va devenir la conception grecque de l’univers pour des siècles.

Anaximandre rompt de manière radicale avec le mythe en ce sens qu’il démythifie la démarche généalogique de création de l’univers. Dès  lors la porte s’ouvre sur une nouvelle géométrisation du monde. A la question que se posait Thalès qui faisait reposer le monde (et la Terre) sur l’élément eau mais se demandait comment son océan tenait dans l’espace, Anaximandre répond que la terre flotte en équilibre au centre de l’univers et il ajoute que si elle demeure en repos à cette place, sans avoir besoin d’aucun support c’est parce qu’à égale distance de tous les points de circonférence céleste, elle n’a aucune raison d’aller en bas plutôt qu’en haut, ni d’un coté plutôt que de l’autre. Pour la première fois le cosmos est placé dans un espace mathématisé constitué par des relations purement géométriques.

Désormais on rentre dans la période de « l’histoire à travers la physique ». Au lieu de chercher une origine, une source, au cosmos ; un « primus motor » comme dira plus tard Aristote, Anaximandre va désormais utiliser le terme arché dans un tout autre sens. Pour lui point d’origine première ( de création dirions nous aujourd’hui ), l’origine est perpétuelle, et elle peut continuellement donner naissance à ce qui sera. La cause complète de la génération de tout sera nommée apeiron ( infini ou illimité ).  Il n’y a plus de point originel dans le temps.

La matière s’organise selon l’apeiron , cette organisation est présentée par lui comme une séparation de contraires :  « Ce d’où il y a génération des entités, en cela aussi se produit leur destruction, selon la nécessité, car elles se rendent les unes aux autres justice et réparation de leur injustice, selon l’assignation du Temps.[] ».

Eclaircissons cette phrase :

Les choses, les êtres n’existent que dans un flux de processus ininterrompus. Si nous prenons l’exemple d’un mortel. Il nait un jour, meurt un autre. Mais sa naissance est liée à l’existence préalable de millions d’êtres vivants dont il est inutile de chercher la « cause première » dans un dieu.

Penser à l’influence d’un dieu, à une volonté divine c’est, comme le dit si bien Spinoza, se réfugier dans « l’asile de l’ignorance ». Et la disparition du mortel n’est que la transformation de ses composés en d’autres composés qui, à leur tour, fourniront la matière première à l’univers pour refonder d’autres êtres.

La vraie question philosophique est le Comment, pas le Pourquoi.

Mais la vieille métaphysique reste aux aguets pour tirer en arrière tout le genre humain avec ses fables et ses mythes. C’est que l’enjeu est de taille. Au-delà de l’origine il y a la manière dont les hommes, une fois libérés de « leur créateur » peuvent se mettre à penser par eux-mêmes. Si les cieux sont vides de dieux prompts à nous punir, nous faire la morale, nous donner la vie et la mort ; plus personne n’a de pouvoir sur nous.
La naissance de la philosophie nait de ce moment unique.
Si l’ordre ne nait plus du divin, n’est  plus imposé par le destin, alors les hommes peuvent libérer toute leur puissance créatrice, grâce à la raison, pour penser le « vivre ensemble » (et la période d’Anaximandre est celle du début des cités grecques, la sortie de la pré-histoire).

J P Vernant notera : « La basileia, la monarchia qui, dans le mythe, fondaient l'ordre et le soutenaient, apparaissent, dans la perspective nouvelle d'Anaximandre, destructrices de l’ordre. L'ordre n'est plus hiérarchique; il consiste dans le maintien d'un équilibre entre des puissances désormais égales, aucune d'entre elles ne devant obtenir sur les autres une domination définitive qui entraînerait la ruine du cosmos. Si l'apeiron possède l'arché et gouverne toute chose, c'est précisément parce que son règne exclut la possibilité pour un élément de s'emparer de la dunastéia. La primauté de l'apeiron garantit la permanence d'un ordre égalitaire fondé sur la réciprocité des relations, et qui, supérieur à tous les éléments, leur impose une loi commune. ».

Il fallait ce passage essentiel de la rupture avec la conception mythologique de l’origine pour que naisse cette pensée singulière qu’on nomme philosophie. Il fallait poser un principe en rupture totale avec le point de vue d’un mortel se regardant et regardant le monde. Ce furent, des siècles plus tard, ce que réalisèrent Bruno, Copernic, Galilée, Darwin.

Le cas d’Anaximandre équivaut pour le monde antique à la rupture que produisirent Copernic et Galilée à l’aube de la Renaissance face à la féodalité déclinante.

Les idées des hommes ne naissent pas de nulle part, Anaximandre, comme Copernic et Galilée vécurent à des périodes d’intenses mutations sociales et économiques. Le problème pour nous, 2600 ans plus tard, n’est il pas de renouer avec cette philosophie là ?  Celle qui dénonçait l’ordre comme fatalité ; l’injustice comme destin, et la Cause de Tout comme ayant source les mythes (littéralement mensonges, fables).

Ne nous faudrait-il pas en revenir à « l’origine » (le comment) de la philosophie !?

              Blog du café philo  http://philopistes.blogspot.fr/

vendredi 15 juillet 2022

Sujet du Merc. 20 Juillet 2022 : POURQUOI DEBATTRE PLUTOT QUE PHILOSOPHER ?

 

POURQUOI DEBATTRE PLUTOT QUE PHILOSOPHER ?

Que de fois n’avons-nous pas à faire à un médecin qui se contente de pratiquer une auscultation ou une analyse superficielle suivie, sans preuves matérielles réelles, du « diagnostic » de telle affection et de telle médication. Ou encore, se bornant aux apparences, le médecin prescrit-il un remède qui atténue les symptômes sans précisément cerner les causes du mal et son identification en vérité afin d’administrer le remède pertinent. Voilà ce que nous réclamons qu’on nous assure.

Dès lors pourquoi ne pas exiger autant de nous-mêmes ? Particulièrement dans notre démarche de recherche relative aux questions que nous nous posons ? Notamment dans nos recherches philosophiques. Servons-nous donc de l’exemple du médecin comme grille de lecture, crible ou tamis pour juger de la pertinence de l’approche que nous adoptons pour traiter tout sujet. Nous verrons alors toute la différence qui existe entre débattre et philosopher…

Déjà on ne peut débattre qu’à au moins deux personnes et le plus souvent à plusieurs à la télévision, dans les réseaux sociaux, réunions d’amis et cafés ou devant un bar. Dans les débats, les protagonistes échangent des points de vue appuyés sur des convictions personnelles ou sur celles véhiculées alentour ou par les médias. Il s’agit souvent d’opinions abusivement affirmées comme vérités. Faible est alors le souci de les étayer par un ensemble coordonné de faits pertinents dûment avérés et vérifiés. Faits dont on aurait dû rechercher les liens essentiels entre eux qui constituent alors des preuves solides. On en aurait aussi recherché les causes profondes et évidentes pour construire l’une ou l’autre hypothèse, principe ou théorie explicatifs probants le mieux argumentés qui soient.

La dernière exigence qu’enfin on s’imposerait ne devrait-elle pas être d’ensuite sans cesse soumettre à la critique et au doute systématique ce principe de fond qui nous apparaît comme la vérité la plus probante ? Une vérification est donc nécessaire par la recherche volontaire et systématique de faits nouveaux d’observation ou d’expérience les plus proches possibles de ceux initialement obtenus afin de déceler dans le principe retenu quelque faille ou contradiction qui s’y cacherait.

Ce sont là les ingrédients coordonnés les uns avec les autres d’une approche scientifique, c-à-d philosophique, qui permet d’accéder à des connaissances authentiques plutôt qu’à des opinions ou idées toute faites. C’était cela la philosophie et la science jusqu’au début du dix-neuvième siècle, mais rarement après Hegel. C’est ainsi qu’on avance dans la compréhension et les connaissances. N’est-ce pas aussi sur les acquis solides et véritables d’une telle démarche que peut se construire une action pertinente ? Plutôt que sur les artifices de vains débats illusoires.

Pouvons-nous ici y arriver entre nous ? Le défi est jeté. Ne pas le relever et continuer à concevoir les choses par effets d’imagination « en notre âme et conscience » et « conviction profonde », n’est-ce pas mettre la charrette avant les bœufs, affirmer sans preuve une opinion toute faite et ne retenir à toute force que les faits qui la confortent tout en niant tous les autres ou encore en voulant par sophisme les tordre jusqu’à ce qu’ils se conforment et soutiennent notre « conviction profonde »? N’est-ce pas là nous confiner à la mé-connaissance, aux croyances fausses, à l’ignorance et aux débats oiseux qui détournent d’une action pertinente et confinent à l’échec les actes que nous posons ? C’est s’inscrire in fine dans la servitude à nos erreurs volontaires en faisant dès le départ le choix de l’impuissance politique de nos actes (pour autant que nous osions en poser).

Dès lors, « pourquoi débattons-nous plutôt que philosopher » (ou rechercher des connaissances) sur un sujet ? Quelle motivation nous anime ? Il y a des vérités qui gênent ; tant les dominants que les dominés, mais pas pour les mêmes raisons bien sûr. Les gens n’aiment pas être dérangés. De plus, souvent ils préfèrent quelque chose de faux mais de vraisemblable à quelque chose de vrai mais d’inhabituel. Ils ne veulent rien d’exceptionnel. Rien qui les remette en question. Ils réclament des informateurs qui offrent des choses faciles à décrypter et qui ressemblent à ce qu’ils connaissent déjà et les réconfortent. Ce qu’ils veulent, c’est être rassurés sans efforts notables de leur part. Cela assure une satisfaction ou un plaisir immédiat sans devoir attendre les résultats plus lointains d’une recherche de vérité. Quitte à accéder en toute sérénité à la servitude volontaire dans la béatitude de la non-pensée. Le prix à payer de cette aliénation est alors sans limite. Ils s’en plaignent avec acrimonie et même grande violence sans se retourner vers eux-mêmes pour absence de prise de responsabilité radicale de leurs existences.

 

Que faire alors ? Pour nous sortir de cette terrible impasse.

Rappelons à propos ces mots d’authentiques philosophes étrangers aux affirmations ultérieures d’un Karl Popper très vingtième et vingt-et-unième siècle dont nous sommes si souvent devenus les adeptes (« l’assurance que moi, je trouve là dans ma conscience un certain contenu est l’assise fondamentale de ce qui est donné comme vrai. ») :

-   Hegel : « C’est que la philosophie ne permet pas qu’on ne fasse qu’assurer, que s’imaginer, qu’aller et venir arbitrairement par la pensée en raisonnant. »

-   Feuerbach : pour vouloir « être philosophe, … pense comme un être vivant, réel, … pense dans l’existence, dans le monde, comme un membre de ce monde, et non dans le vide de l’abstraction, telle une monade esseulée,… 

vendredi 8 juillet 2022

Sujet du Merc. 13/07/2022 : Le langage n’est pas inné car la nature n’a rien à dire.

 

                Le langage n’est pas inné car la nature n’a rien à dire.

 

Parler est un apprentissage. Cela se fait dans un contexte donné qui fait que les humains vont avoir une « langue maternelle ».

Nous pouvons parler de la nature, et l’homme ne fait primitivement que cela, mais la nature nous parle-t-elle ? Si nous sommes nous-même des êtres de nature, pouvons-nous imaginer que le langage nous vient d’elle ? C’est ce que pense Chomsky pour lequel il y aurait – un « module du langage »  - une sort d'un programme informatique implanté dans notre cerveau dès notre naissance ; par qui ?

Cela rejoint les courants très à la mode au U$A qui tentent de relier tout l’être humain à des codages préexistants (génétique ou pas) en passant par l’intelligent design (le « dessein intelligent ») qui englobe le tout de l’humain.

Les neurosciences semblent apporter de l’eau au moulin de ces tentatives d’explications. En effet avec l’apport de l’imagerie médical certains scientifiques pensent pouvoir visualiser des zones identiques du cerveau actives dans des langues pourtant différentes (11 –  Paulesu E, Démonet JF, Fazio F, et al. Dyslexia : cultural diversity and biological unity. Science 2001 ; 291 : 2165-7).

Toutefois les chercheurs restent prudents, en conclusion d’une étude de synthèse, ils indiquent : « Puissent ces raffinements technologiques, qui nous font approcher un peu mieux la nature biologique du langage, nous aider à révéler aussi la profonde influence des cultures humaines, trésors à partager via l’activité sans cesse remodelée du cerveau humain, non simplement « machine à symboles » mais surtout « organe social » » (Knops A, Thirion B, Hubbard EM, et al. Recruitment of an area involved in eye movements during mental arithmetic. Science 2009 ; 324 : 1583-5). Ajoutant même : « L’apprentissage implicite joue un rôle prépondérant dans l’acquisition du « langage oral » qui, précisément, se développe progressivement, mais sans effort et même avec un plaisir renforcé par les encouragements de l’entourage, durant les trois premières années ». ( J-F Démonet, Inserm, Toulouse 2009).

Mais si l’on imagine le cerveau comme « organe social » ne commet-on pas là, encore une erreur de  …… langage ? Le cerveau est un organe, soit, mais comment devient-il social ? Pourquoi le cerveau d’autres espèces ne serait-il pas « social » ?

Ce qui caractérise l’homme c’est que c’est un être de langage (le langage producteur de concepts, d’abstractions, concepteur et de distributeur de connaissances ….).  La cause de l’incapacité à parler des singes se situe aussi ailleurs : du côté des capacités cognitives nécessaires à la maîtrise du langage.

Même si les chimpanzés, en captivité, parviennent à mémoriser 250 signes et symboles, et à s'en servir pour "discuter" avec leur maître, ces conversations restent limitées. On n'a jamais vu de singe raconter des histoires...

La nature n’existe pas comme un « en soi » pour l’homme. L’homme est à la fois partie de la nature mais extérieur à celle-ci dans le sens ou lui seul lui donne un sens qu’il peut, de plus, transmettre à ses congénères (techniques, connaissances, émotions…).

C’est en éprouvant la nature, en apportant la preuve CONCRETE qu’il était capable de la modifier car il la COMPRENAIT que l’homme a développé sa capacité à parler, c’est-à-dire à transmettre. On part du concret, du réel, pour aller à l’abstrait d’une connaissance pratique commune.

Mais dernière approche d’une discussion sur le langage : « une chimère, n’étant ni dans l’entendement ni dans l’imagination, peut être appelée proprement par nous un être verbal ; car on ne peut l’exprimer autrement que par des mots. Par exemple nous exprimons par le langage un cercle carré, mais nous ne pouvons l’imaginer en aucune façon et encore bien moins le connaître. C’est pourquoi une chimère n’est rien qu’un mot. » Spinoza. Ce que l’on doit retenir ici c’est que, ce que l’on ne peut que dire n’existe pas, ce qui n’existe que dans les mots n’existe pas. Et les mots sont alors le moyen de déraisonner, de quitter le domaine des choses réelles.

Le mot n’est pas la traduction dans l’élément verbal de l’idée, mais ce qui correspond dans le langage à une image mentale, abstraction fictive d’une pluralité d’éléments singuliers. Chez Spinoza, dans le Court Traité, l’Éthique, et dans le Traité de la réforme de l’entendement, la connaissance du premier genre, par ouï-dire, est clairement définie comme verbale et ne fait reposer la certitude que sur les mots d’autrui, qui ne peuvent suppléer son manque de fondement rationnel. Citons simplement le Traité de la réforme de l’entendement, § 19 : « Il y a la perception que nous avons à partir du ouï-dire ou de quelque signe, qu’on appelle arbitraire ». Si les mots ne se réfèrent à la réalité que de manière imparfaite voire trompeuse, c’est donc à cause de leur lien originaire avec l’imagination. À ce titre, le Traité de la réforme de l’entendement nous fournit le texte le plus explicite : « les mots ont été constitués au gré et à la portée des gens ordinaires, en sorte qu’ils ne sont que des signes des choses, conformes à ce qu’elles sont dans l’imagination et non à ce qu’elles sont dans l’intellect : ce qui ressort clairement de ceci, qu’à toutes celles qui sont seulement dans l’intellect et non dans l’imagination, ils ont souvent donné des noms négatifs, comme sont : “incorporel”, “infini”, etc. ». Un nom doit renvoyer aisément à sa propre trace dans l’imagination, si bien que son aspect matériel dépend du fonctionnement de l’imagination plutôt que de l’intellect. On comprend déjà à travers cette solidarité ce lien étroit entre le langage et l’imagination, ce qui peut inquiéter un pouvoir souverain qui tenterait d’imposer à la multitude son propre discours sous prétexte qu’il serait celui de la raison, en interdisant l’expression de paroles et d’opinions concurrentes, qui n’obéiraient pas aux mêmes règles.

dimanche 3 juillet 2022

Sujet du Merc. 6 Juillet 2022 : L'histoire, déterminisme ou destin ?

 

                     L'histoire : déterminisme ou destin ?

Il existe diverses manières de considérer le rapport que les humains entretiennent avec leur vie et l'enchainement des faits historiques et leur rôle dans ces derniers (liberté)

Les croyants et assimilés acceptent le destin comme décret de la Providence Divine. Dieu est la cause première qui détermine les causes secondes dans le sens du bien et du meilleur. Pour eux généralement il y a un début ( Au commencement était...) et une fin : l’Apocalypse.

Bossuet, évêque de Meaux dans son discours sur L’Histoire Universelle, qui montre le rôle capital joué par Dieu au sein de la vie des hommes. Il éclaire ainsi le destin providentiel et atteste que l’injustice du sort n’est qu’apparente. Quant aux Jansénistes, le salut dépendait de la volonté et de la grâce de Dieu. Le mérite humain n’avait pas une grande part dans l’affaire. L’homme, corrompu par le péché, ne disposait plus des moyens nécessaires pour gagner seul son salut. Il restait un être déchu tant qu’il n’était pas touché par la grâce divine. Dieu choisissait ainsi ceux qu’Il voulait sauver.

Dans cette vision de l'histoire il est fait appel à la transcendance que l'homme ne peut atteindre Il est le jouet et entre sa naissance et sa mort et sa vie n'est qu'une "vallée de larmes".

La discussion "philosophique", tourne à la scolastique et à la théologie.

Pour ce qui est du déterminisme la chose est plus complexe. Il y a un pas gigantesque entre les conceptions de Spinoza qui nous livre à un déterminisme absolu, et les philosophes matérialistes qui vinrent après lui. " Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent." (Spinoza : Lettre à Schuller). pour lui, ignorants les causes qui nous meuvent nous ne pouvons pas accéder à la liberté; Etant entendu que ces causes relèvent de lois universelles, celles de la Nature.

On retombe ici dans une sorte de destin.

Mais vinrent les philosophes post-Hégéliens comme Marx et Engels, ainsi que les chercheurs qui bouleversèrent les conceptions du monde, comme Darwin.

Tout ne s'avérait aussi mécanique, mécaniste, linéaire. Le hasard et la nécessité s'entremêlaient donnant à concevoir une histoire mue doublement par le hasard et la nécessité.

« D’après la conception matérialiste de l’histoire, le facteur déterminant dans l’histoire est, en dernière instance, la production et la reproduction de la vie réelle. Ni Marx, ni moi n’avons jamais affirmé davantage. Si, ensuite, quelqu’un torture cette proposition pour lui faire dire que le facteur économique est le seul déterminant, il la transforme en une phrase vide, abstraite, absurde. La situation économique est la base, mais les divers éléments de la superstructure – les formes politiques de la lutte de classes et ses résultats, – les Constitutions établies une fois la bataille gagnée par la classe victorieuse, etc., – les formes juridiques, et même les reflets de toutes ces luttes réelles dans le cerveau des participants, théories politiques, juridiques, philosophiques, conceptions religieuses et leur développement ultérieur en systèmes dogmatiques, exercent également leur action sur le cours des luttes historiques et, dans beaucoup de cas, en déterminent de façon prépondérante la forme. Il y a action et réaction de tous ces facteurs au sein desquels le mouvement économique finit par se frayer son chemin comme une nécessité à travers la foule infinie de hasards (c’est-à-dire de choses et d’événements dont la liaison intime entre eux est si lointaine ou si difficile à démontrer que nous pouvons la considérer comme inexistante et la négliger). Sinon, l’application de la théorie à n’importe quelle période historique serait, ma foi, plus facile que la résolution d’une simple équation du premier degré. Nous faisons notre histoire nous-mêmes, mais, tout d’abord, avec des prémisses et dans des conditions très déterminées. Entre toutes, ce sont les conditions économiques qui sont finalement déterminantes. Mais les conditions politiques, etc., voire même la tradition qui hante les cerveaux des hommes, jouent également un rôle, bien que non décisif. ...Il y a donc là d’innombrables forces qui se contrecarrent mutuellement, un groupe infini de parallélogrammes de forces, d’où ressort une résultante – l’événement historique – qui peut être regardée elle-même, à son tour, comme le produit d’une force agissant comme un tout, de façon inconsciente et aveugle. Car, ce que veut chaque individu est empêché par chaque autre et ce qui s’en dégage est quelque chose que personne n’a voulu. C’est ainsi que l’histoire jusqu’à nos jours se déroule à la façon d’un processus de la nature et est soumise aussi, en substance, aux mêmes lois de mouvement qu’elle. Mais de ce que les diverses volontés – dont chacune veut ce à quoi la poussent sa constitution physique et les circonstances extérieures, économiques en dernière instance (ou ses propres circonstances personnelles ou les circonstances sociales générales) – n’arrivent pas à ce qu’elles veulent, mais se fondent en une moyenne générale, en une résultante commune, on n’a pas le droit de conclure qu’elles sont égales à zéro. Au contraire, chacune contribue à la résultante et, à ce titre, est incluse en elle. C’est Marx et moi-même, partiellement, qui devons porter la responsabilité du fait que, parfois, les jeunes donnent plus de poids qu’il ne lui est dû au côté économique. Face à nos adversaires, il nous fallait souligner le principe essentiel nié par eux, et alors nous ne trouvions pas toujours le temps, le lieu, ni l’occasion de donner leur place aux autres facteurs qui participent à l’action réciproque. Mais dès qu’il s’agissait de présenter une tranche d’histoire, c’est-à-dire de passer à l’application pratique, la chose changeait et il n’y avait pas d’erreur possible. Mais, malheureusement, il n’arrive que trop fréquemment que l’on croie avoir parfaitement compris une nouvelle théorie et pouvoir la manier sans difficulté, dès qu’on s’en est approprié les principes essentiels, et cela n’est pas toujours exact. Je ne puis tenir quitte de ce reproche plus d’un de nos récents “ marxistes ”, et il faut dire aussi qu’on a fait des choses singulières. »

F. Engels - Lettre à Joseph Bloch 21-22 septembre 1890

 

"La liberté n’est pas dans une indépendance rêvée à l’égard des lois de la nature, mais dans la connaissance de ces lois et dans la possibilité donnée par là même de les mettre en œuvre méthodiquement pour des fins déterminées. Cela est vrai aussi bien des lois de la nature extérieure que de celles qui régissent l’existence physique et psychique de l’homme lui-même, - deux classes de lois que nous pouvons séparer tout au plus dans la représentation, mais non dans la réalité.

La liberté de la volonté ne signifie donc pas autre chose que la faculté de décider en connaissance de cause. Donc, plus le jugement d’un homme est libre sur une question déterminée, plus grande est la nécessité qui détermine la teneur de ce jugement ; tandis que l’incertitude reposant sur l’ignorance, qui choisit en apparence arbitrairement entre de nombreuses possibilités de décision diverses et contradictoires, ne manifeste précisément par là que sa non-liberté, sa soumission à l’objet qu’elle devrait justement se soumettre.

La liberté consiste par conséquent dans l’empire sur nous-mêmes et sur la nature extérieure, fondé sur la connaissance des nécessités naturelles ; ainsi, elle est nécessairement un produit du développement historique".     F. Engels dans L’Anti-Dühring

samedi 25 juin 2022

Sujet du Merc. 29 Juin 2022 : "Nécoutez jamais votre coeur" A. D. marquis de Sade.

                              « N’écoutez jamais votre cœur » Sade


« N’écoutez jamais votre cœur, mon enfant, c’est le guide le plus faux que nous ayons reçu de la nature. » in Philosopie dans le boudoir – A.D de Sade


Sade (1740-1814), noble et franc-maçon, passera 27 années en prison. Ses œuvres ne seront publiées ouvertement par un éditeur qu’en 1957.

 

Il connait les auteurs des Lumières de son temps et il partage leur vision du monde. Un monde dans lequel dieu est une chimère au service du pouvoir, un monde dans lequel le citoyen, puis l’individu vont balayer le sujet féodal.

L’homme est désormais libre. Mais sa liberté a-t-elle des bornes ?

Pour Sade l’homme est de nature. Et la nature n’éprouve ni sentiment ni morale. C’est le règne de la nécessité.

Pour Sade si l’homme est de nature, c’est l’homme « fort ». La position sociale (le noble, le bourgeois) s’explique par la force. L’homme sadien n’est pas l’homme kantien : pas de morale sacrificielle, pas d’intérêt général, mais un calcul froid sur ce que peuvent lui apporter les autres ou les situations : “Il ne faut jamais calculer les choses que par la relation qu’elles ont avec notre intérêt“. On retrouve ici Hobbes et Adam Smith.

Sade défend aussi l’idée d’une absence d’identité ou d’universalité entre les hommes. Chacun, nous dit-il, est unique et porté par sa propre nature, on ne peut donc pas leur demander d’agir de la même manière. En découle un relativisme moral, fondée sur une conception différenciée de l’homme, qui rappelle celle de Sartre sur la question de la nature humaine : “Je vous demande si elle est bien juste la loi qui ordonne à celui qui n’a rien de respecter celui qui a tout : ce qui va pour l’un ne va pas à l’autre”

Pour résumer Sade nous propose une définition nouvelle de la « nature humaine ». Elle est désormais poussée à son paroxysme. Mélange détonant entre l’ouverture des Lumières et le cadre rigide de la structure sociale féodale.
Pour Sade tout provient de la Nature. Et dans sa citation, qui sert de sujet ce soir, il nous dit que le cœur (passions, sentiments, émotions…)
« est le guide le plus faux que nous ayons reçu …de la nature ».
Cette nature qu’il déifie aurait elle donc failli ? Il y aurait donc une imperfection de la nature (à la différence des dieux) et ce serait de croire qu’il est possible de comprendre le monde à partir de ce « cœur » ? Pour le coup nous pourrions dire que chez Sade il y a une ruse de …la nature (pour paraphraser Hegel).

L’œuvre de Sade est complexe, foisonnante. Les biens pensants d’aujourd’hui du style M. Onfray, ont tôt fait de diaboliser « Sade le fasciste ». Mais L’injonction sadienne : « n’écoutez jamais votre cœur » n’est elle pas destinée à rendre les hommes lucides ? Sade ne nous dit il pas aussi : « A quelque point qu'en frémissent les hommes, la philosophie doit tout dire. ». Tout dire ; mais combien de philosophes ou d’écrivains, de créateurs, ont-ils eu le courage, la volonté de « tout dire » ? Peu, et souvent ils l’ont payé cher !

Une piste aussi, peut être, pour rentrer dans la pensée de Sade « Je ne m'adresse qu'à des gens capables de m'entendre, et ceux-là me liront sans danger. ». La philosophie, les choses nouvelles, doivent être vues avec des yeux neufs, que la clarté n’éblouit point. La philosophie est un apprentissage et un savoir. Pas une émotion. Loin des passions.

Bien sûr cela a des conséquences sur celui qui émet des propos nouveaux, scandaleux, dérangeants, « Ce n'est point ma façon de penser qui a fait mon malheur, c'est celle des autres. » répond un Sade qui assume.

Libres à vous, aussi libres que Sade – je l’espère -, de vous prononcer sans détour, ce soir, sur cette phrase sortie de Sade l’éducateur de la « philosophie dans le Boudoir – Français encore un effort pour être républicains ».

Ne craignez rien car, comme le dit le Marquis, : « Plus un homme triomphe des préjugés, plus il est raisonnable. ». Et comme chacun le sait un café philosophique n’est pas un lieu de préjugés. S’en est même un des principes ! 

Sujet du Mercredi 10 aout 2022 : SOCRATE a-t-il menti ?

  SOCRATE a-t-il menti ? Nous ne connaissons de Socrate presque exclusivement que ce qu’en dit Platon. Il devait harceler les autres, le...