lundi 22 juin 2015

Sujet du Merc. 24/06 : UNE CROYANCE PEUT-ELLE ÊTRE UNE IDÉE ?



        UNE  CROYANCE  PEUT-ELLE  ÊTRE  UNE  IDÉE ?

-   Oui, elle est une idée authentique si elle est le résultat - et non la source, imaginaire et métaphysique - d’un processus réflexif basé sur des faits avérés et juste suffisants pour la produire (induction philosophique). Quant à la question de la source (les causes), il faut prendre en compte la manière (méthode) par laquelle les déterminations primordiales de la connaissance sont établies. Ainsi l’évidence intellectuelle de la certitude identifiable à la détermination matérialiste des causes (Spinoza) s‘oppose à la croyance floue, irréfléchie, imaginaire, illusoire, métaphysique.

-   Sinon, une croyance n’est pas une idée. Essayons d’argumenter cela. 
Si la philosophie comme science inductrice est matérialiste et vise la compréhension du monde tel qu’il est, alors elle a un rapport avec la recherche de la vérité (la connaissance). Par contre le caractère d’illusion de la croyance, lui, pose problème parce qu’il n’est pas aisément repérable. En effet la croyance a l’apparence du vraisemblable, mais sans la justification rationnelle pour la fonder. Elle est un jugement posé d’emblée avant toute connaissance. Elle n’est qu’un pré-jugé, un préjugé. C’est pourquoi la croyance est une menace plus grande que le mensonge et le faux. En effet, ceux-ci au moins ont la conscience de ce qu’ils sont.
La problématique est alors double, à savoir : 1) la croyance est-elle inconscience de son objet et 2) le doute philosophique est-il le remède aux leurres sophistiques de la croyance ?

1.  La croyance est suspecte parce qu’elle implique une coïncidence entre le sujet et la représentation qu’il se fait. Croire c’est adhérer à son objet, être en intimité et fusionner avec lui ; en un mot l’aimer. La croyance suppose ce laisser-aller, la paresse d’un emportement que le sujet ne peut interroger, évaluer et mesurer. Acquiescer c’est cesser de douter, cesser de questionner et donc de penser. La croyance de quelque chose c’est cela dès le premier instant. C’est l’abandon spontané tout à la fois de la pensée réflexive et de la liberté d’homme et, ainsi, de toute connaissance.
Or ce que Spinoza démontre pour le dénoncer comme croyance c’est l’illusoire libre arbitre que beaucoup imaginent comme produit d’une nature humaine qu’ils s’inventent. Alors que la liberté authentique s’acquiert par la recherche et par la connaissance effective ainsi obtenue des causes de la chose envisagée. Notamment visée à cet égard est la croyance des religions qui imprègnent les hommes, soi-disant à « l’insu de leur plein gré ». A savoir que l’immédiateté de la croyance fait l’impasse sur la prise de conscience d’elle-même et donc sur la volonté qui la fait naître. La croyance une fois acceptée, son auto-justification fait passer sous silence les intérêts du sujet que sa croyance permet ainsi de satisfaire.
Dès lors le croyant a bien du mal à expliquer les ressorts de sa croyance.  Au contraire de la croyance le mensonge et le faux, eux, ont le mérite d’être le résultat d’une volonté consciente et de l’exercice de la liberté d’un choix délibéré issu d’une pensée réflexive.

Ainsi le croyant est-il un inconscient ? A ce titre est-il privé, dès l’instant où il accepte la croyance, de la qualité humaine cardinale de raison qui en ferait un aliéné mental ou autre ? Ou y a-t-il au contraire chez lui au moins un soupçon de conscience et de volonté d’être de « mauvaise foi », caractéristique du mensonge et du faux ? C’est l’argument que Sartre opposa à la fantasque hypothèse de l’inconscient de Freud. Platon avait lui aussi déjà vu dans l’identification du faux comme faux le point de départ de la connaissance et de la philosophie.  En effet, mieux vaut savoir que l’on ignore que d’être complice d’un pseudo-savoir qui n’est que mensonge ; ce que je sais, c’est que je sais que je ne sais pas … grand’chose (inspiré de Socrate). Le crime du sophisme est de faire passer l’apparence pour la réalité et le vraisemblable pour la science, sans s’en référer aux faits pertinents. C’est là qu’on voit précisément que l’objet de la philosophie est celui de la science.
En bref la croyance est l’absence de distanciation, c’est la fusion avec son objet qui neutralise l’émergence de l’esprit critique. La superstition comme la vénération sont des phénomènes de fascination : le sujet est absorbé par l’objet de sa conviction. Il met en sommeil la réflexivité de la pensée qui est une des fonctions principales de la conscience, celle qui distingue les hommes des animaux. C’est cette pensée que n’ont pas les choses et les bêtes qui, elles, sont déterminées de nature telles qu’en elles-mêmes.

2.  Mais la croyance n’est pas qu’un repoussoir de la connaissance. Elle est bien plus. C’est un acte de compensation et de consolation, l’assurance d’un confort. C’est le plus grand risque de la condition d’homme : le danger est moins de « se tromper à son insu » que de trouver le confort dans l’illusion comme contraire de la reconnaissance du réel. C’est verser dans l’idéologie, le dogme et in fine le fanatisme. Celui que l’on voit prospérer alentour.
Il est rassurant de n’avoir pas à aller chercher plus loin que la conviction. La croyance s’accompagne d’une tendance à la fixation. Dogmatisme et fanatisme consistent en une position rigide de l’esprit qui se maintient sans se justifier dans la répétition des mêmes affirmations (« ce que je crois » !) qui sont entérinées par une obstination « imbécile » parce qu’irraisonnée. C’est une impasse, le refus de penser et le contraire de la méthode de Descartes. In fine la fixation des convictions conduit à leur sacralisation qui détermine par réaction des actes meurtriers, tout en occultant les intérêts des croyants prétendument à l’insu de leur volonté …

3.  Réunissant les deux problématiques, on voit que les croyances pèsent sur la recherche de la connaissance des choses du monde, mais aussi et surtout sur la réalisation de la liberté. Les effets de l’une et de l’autre conduisent aux meurtres les plus irrémissibles. Quel paradoxe est en effet plus criminel que celui des croyants soi-disant « bien intentionnés » qui travaillent à la réalisation de leurs confort et intérêt personnels. La veule accoutumance à la croyance dispense l’individu de l’effort réflexif qui en ferait un homme s’il recherchait les racines et causes suffisantes de ses convictions. C’est ce que Spinoza identifia à la liberté authentique, celle qui se gagne à chaque instant dans les actes contrairement à l’illusion d’un libre arbitre de nature dont beaucoup font la croyance continue d’une existence vide.


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