samedi 30 novembre 2013

Sujet du meredi 11 décembre : Pourquoi débattre plutôt que philosopher ?



POURQUOI  DÉBATTRE  PLUTÔT  QUE  PHILOSOPHER ?
Que de fois n’avons-nous pas à faire à un médecin qui se contente de pratiquer une auscultation ou une analyse superficielle suivie, sans preuves matérielles réelles, du « diagnostic » de telle affection et de telle médication. Ou encore, se bornant aux apparences, le médecin prescrit-il un remède qui atténue les symptômes sans précisément cerner les causes du mal et son identification en vérité afin d’administrer le remède pertinent. Voilà ce que nous réclamons qu’on nous assure.
Dès lors pourquoi ne pas exiger autant de nous-mêmes ? Particulièrement dans notre démarche de recherche relative aux questions que nous nous posons ? Notamment dans nos recherches philosophiques. Servons-nous donc de l’exemple du médecin comme grille de lecture, crible ou tamis pour juger de la pertinence de l’approche que nous adoptons pour traiter tout sujet. Nous verrons alors toute la différence qui existe entre débattre et philosopher…
Déjà on ne peut débattre qu’à au moins deux personnes et le plus souvent à plusieurs à la télévision, dans les réseaux sociaux, réunions d’amis et cafés ou devant un bar. Dans les débats, les protagonistes échangent des points de vue appuyés sur des convictions personnelles ou sur celles véhiculées alentour ou par les médias. Il s’agit souvent d’opinions abusivement affirmées comme vérités. Faible est alors le souci de les étayer par un ensemble coordonné de faits pertinents dûment avérés et vérifiés. Faits dont on aurait dû rechercher les liens essentiels entre eux qui constituent alors des preuves solides. On en aurait aussi recherché les causes profondes et évidentes pour construire l’une ou l’autre hypothèse, principe ou théorie explicatifs probants le mieux argumentés qui soient.
La dernière exigence qu’enfin on s’imposerait ne devrait-elle pas être d’ensuite sans cesse soumettre à la critique et au doute systématique ce principe de fond qui nous apparaît comme la vérité la plus probante ? Une vérification est donc nécessaire par la recherche volontaire et systématique de faits nouveaux d’observation ou d’expérience les plus proches possibles de ceux initialement obtenus afin de déceler dans le principe retenu quelque faille ou contradiction qui s’y cacherait.
Ce sont là les ingrédients coordonnés les uns avec les autres d’une approche scientifique, c-à-d philosophique, qui permet d’accéder à des connaissances authentiques plutôt qu’à des opinions ou idées toute faites. C’était cela la philosophie et la science jusqu’au début du dix-neuvième siècle, mais rarement après Hegel. C’est ainsi qu’on avance dans la compréhension et les connaissances. N’est-ce pas aussi sur les acquis solides et véritables d’une telle démarche que peut se construire une action pertinente ? Plutôt que sur les artifices de vains débats illusoires.
Pouvons-nous ici y arriver entre nous ? Le défi est jeté. Ne pas le relever et continuer à concevoir les choses par effets d’imagination « en notre âme et conscience » et « conviction profonde », n’est-ce pas mettre la charrette avant les bœufs, affirmer sans preuve une opinion toute faite et ne retenir à toute force que les faits qui la confortent tout en niant tous les autres ou encore en voulant par sophisme les tordre jusqu’à ce qu’ils se conforment et soutiennent notre « conviction profonde »? N’est-ce pas là nous confiner à la mé-connaissance, aux croyances fausses, à l’ignorance et aux débats oiseux qui détournent d’une action pertinente et confinent à l’échec les actes que nous posons ? C’est s’inscrire in fine dans la servitude à nos erreurs volontaires en faisant dès le départ le choix de l’impuissance politique de nos actes (pour autant que nous osions en poser).
Dès lors, « pourquoi débattons-nous plutôt que philosopher » (ou rechercher des connaissances) sur un sujet ? Quelle motivation nous anime ? Il y a des vérités qui gênent ; tant les dominants que les dominés, mais pas pour les mêmes raisons bien sûr. Les gens n’aiment pas être dérangés. De plus, souvent ils préfèrent quelque chose de faux mais de vraisemblable à quelque chose de vrai mais d’inhabituel. Ils ne veulent rien d’exceptionnel. Rien qui les remette en question. Ils réclament des informateurs qui offrent des choses faciles à décrypter et qui ressemblent à ce qu’ils connaissent déjà et les réconfortent. Ce qu’ils veulent, c’est être rassurés sans efforts notables de leur part. Cela assure une satisfaction ou un plaisir immédiats sans devoir attendre les résultats plus lointains d’une recherche de vérité. Quitte à accéder en toute sérénité à la servitude volontaire dans la béatitude de la non-pensée. Le prix à payer de cette aliénation est alors sans limite. Ils s’en plaignent avec acrimonie et même grande violence sans se retourner vers eux-mêmes pour absence de prise de responsabilité radicale de leurs existences.
Que faire alors ? Pour nous sortir de cette terrible impasse.
Rappelons à propos ces mots d’authentiques philosophes étrangers aux affirmations ultérieures d’un Karl Popper très vingtième et vingt-et-unième siècles dont nous sommes si souvent devenus les adeptes (« l’assurance que moi, je trouve là dans ma conscience un certain contenu est l’assise fondamentale de ce qui est donné comme vrai. ») :
-   Hegel : « C’est que la philosophie ne permet pas qu’on ne fasse qu’assurer, que s’imaginer, qu’aller et venir arbitrairement par la pensée en raisonnant. »
-   Feuerbach : pour vouloir « être philosophe, … pense comme un être vivant, réel, … pense dans l’existence, dans le monde, comme un membre de ce monde, et non dans le vide de l’abstraction, telle une monade esseulée,… »

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