samedi 2 novembre 2013

Sujet du Mercredi 06 Novembre : Pas de discussions avec les tyrans ?



                            Pas de discussions avec les tyrans ?     
 
Gouvernement d’un seul, la tyrannie est toujours l’exercice du pouvoir fondé sur un coup de force et affranchi des lois. Cependant, ce pouvoir n’est pas nécessairement odieux et particulièrement violent. C’est pour les modernes que la tyrannie est le plus souvent un nom dévolu aux régimes insupportables qui ne valent que par la force qui  les maintient. Aussi le tyrannicide est considéré par eux comme légitime.

Pour les grecs, en revanche, le tyran peut apporter la paix et la sérénité dans la cité. Il suffit qu’il ait assez d’habileté pour tenir en équilibre les forces sociales en présence, et pour paraître, aux yeux du peuple et des notables, un homme sage et modéré, par qui la tranquillité sera maintenue. Le tyran sait se ménager des soutiens. Ce n’est donc pas forcément un délirant, un Néron, qui conduit l’état à la catastrophe.

Cela dit, la tyrannie est caractérisée par l’absence radicale de liberté politique, c’est donc avant tout parce qu’elle constitue la dépendance de tous à l’égard d’un seul que rien ne retient de mal faire, si c n’est sa propre intelligence et son intérêt.

Dans la philosophie moderne, le concept de despote a supplanté celui de tyran. Les anciens réservait la notion de despote à la sphère domestique, relations maitre-esclaves ou familiales. Puis elle fut appliquée au pouvoir seigneurial ou royal, pour suggérer l’analogie entre l’administration de la famille et celle de la société politique par un seigneur ou un monarque.

C’est avec Montesquieu que le despotisme est nettement affirmé comme un équivalent de la tyrannie. Pour lui, le despote et celui qui, sans lois et sans règle, entraîne tout par sa volonté et ses caprices. A partir de la révolution française, les notions de dictature et de dictateurs arrachées à l’oubli se sont imposées comme descriptive d’un type d’exercice du pouvoir. D’autres régimes tels que l’Hitlérisme ou le Stalinisme, considérés comme inédits et plutôt qualifiés de totalitaires.

Certains régimes d’Amérique latine du 20éme siècle, traditionnellement qualifié de populistes peuvent être considérés comme tyranniques, même s’ils ne reposent pas sur l’usurpation, car, le chef populiste, à la fois identifié au peuple et posé comme être supérieur et salvateur, peut bientôt se placer au-dessus de la loi et anéantir toute liberté politique, dans la mesure où, sous la protection du chef, celle-ci est sensée ne plus avoir de signification.

On voit que dans tous les cas, c’est la peur qui fait entrer les hommes en servitude. Comme il faut de la vertu en république, de l’honneur en monarchie, Il faut de la crainte en tyrannie dit Montesquieu, car l’honneur et la vertu y seraient dangereux. Et désobéir serait s’y exposer à une mort violente. Chacun cède au tyran la totalité de sa force et son droit naturel.

Contrairement à Montesquieu Hobbes pense que la paix civile vaut tous les sacrifices et notamment celui de la liberté et que le despotisme est le seul moyen de ramener l’ordre dans les rapports entre les hommes. Un bon despotisme éclairé ? Plus sain que les valeurs fondamentales de l’humanité ?

Le tyran fascine. Il fait, malgré nous, partie de notre histoire. Depuis que l'homme, cet animal politique, cherche à s'organiser, il engendre cet écart de conduite où l'un prétend, en toute impunité, écraser les autres. Kadhafi, Kim Il-sung, et bien d’autres... les tyrans sont parmi nous, avec deux ingrédients sont récurrents : une déviance personnelle et un dispositif idéologique radical. Peut-on les ramener à la raison ?

La Boétie veut prouver que la servitude n’est pas forcée mais volontaire. En effet, la question qu’il se pose, touche à l'essence même de la politique: pourquoi obéit-on ? Comment se fait-il que le peuple continue à obéir au tyran ?  Par méconnaissance de la liberté ? Par lâcheté ? Par intérêt ?

Un homme ne peut asservir un peuple si ce peuple ne s’asservit pas d’abord lui-même. Il suffirait à l’homme de ne plus vouloir servir pour devenir libre. Mais la désobéissance est-elle un comportement passif ? Ne doit-elle pas être assortie d’expressions de volonté et d’aspirations ?

Platon, qui définissait le tyran comme  celui qui, dans la cité, exerce son autorité selon ses propres vues,  pose aussi que la raison et la discussion mènent peu à peu à la découverte d'importantes vérités. Ainsi recherchait-il la relation verbale directe et personnelle conduisant notamment à des politiques du possible, du relatif, du négociable.
Le tyran n’est-il pas un être humain, pourquoi ne serait-il pas intelligent ? Doué de sentiments ou de raison ? Si l’on considère qu'une personne devient tyrannique si on la laisse faire. Pourquoi ne pas apprendre à anticiper et à négocier ?

Une tyrannie docile (quelque fois mise en place de l’extérieur) vaut peut-être mieux, pour ses partenaires étrangers, qu’une démocratie hostile. Les possibilités d’influences existent, souvent guidées par les enjeux stratégiques économiques, ou politiques. Elles peuvent aussi avoir des retombées intérieures bénéfiques pour les peuples, en cas de cohérence de la communauté internationale agissant diplomatiquement, dans le cadre de ses  institutions.

Les démocraties n’ont-elles pas elles-mêmes leur dose de tyrannie ?

Que dire, par exemple, de l’opinion publique, sorte de tyran immatériel, impersonnel et anonyme, aujourd’hui loin de son rôle initial de contrôle et de critique constructive du pouvoir établi ? Sommes-nous si loin de Zola écrivant à Félix Faure, en 1898 ; Ils (les journalistes) ameutent la France, ils se cachent derrière sa légitime émotion, ils ferment les bouches en troublant les cœurs en pervertissant les esprits. Je ne connais pas de plus grand crime civique

Ou de la tyrannie de la majorité exprimée par  Tocqueville ? Avec qui donc pourraient discuter les minorités ?


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