lundi 20 juin 2022

Sujet du Merc. 22 Juin 2022 : Est ce que ça change ?

 

                                              EST CE QUE ÇA CHANGE ?

Mots et concepts connexes : finalité-finalisme, relativité-relativisme, monisme-dualisme-pluralisme, etc.

Attention, il s'agit là sans doute de la question philosophique qui nous détermine au fond, même si c'est souvent à notre insu. Par l'indéfini du "ça" de l’intitulé on signifie Monde, Univers, Tout : le Tout de toutes les choses qui existent. (L’utilisation de majuscules souligne le caractère idéaliste de ces mots, notions et concepts.)

Cela dit nous pouvons démarrer.

L'intitulé du texte est déroutant. Il suggère le contraire de l'évidence pour des Européens comme nous construits et formatés par trois millénaires de monothéisme et de philosophie idéaliste, spiritualiste et anti matérialiste. Cette situation a des conséquences pratiques radicales. Par exemple, bien que nous constations que tout change sans cesse autour de nous, souvent nous souhaitons et affirmons le contraire. Cela contredit le fait logique relevé par Parménide et les Eléates qu’ "une chose ne peut pas être et ne pas être" ou, en même temps, être et être son contraire.

Ce constructivisme ancien est à l'opposé de la déconstruction actuelle qui, néanmoins, lui reste intimement liée comme l'est l'indispensable contraire de toute chose. Cette évolution a conduit au relativisme qui débouche sur une forme de nihilisme par lequel le plus fort peut prendre le pouvoir et en abuser sans limite. Entre constructivisme et déconstruction, l'un et l'autre constituant une même illusion trompeuse, il y a un réalisme matérialiste pluraliste tenant compte de l'évolution des choses. Voyons cela.

Les Grecs anciens se posaient sans cesse la question lancinante du changement et cela jusqu'à de nombreux philosophes actuels. Ce questionnement a historiquement séparé les philosophes en deux groupes. Nous en sommes les héritiers au quotidien quand nous pouvons affirmer tout et son contraire, croire que tout est permanent et à la fois changeant ! Par exemple, se dire athée tout en croyant à un Principe explicatif directeur.

Un premier groupe comprend ceux qui postulèrent une organisation de ce qu'ils ont appelé le "Cosmos", le Tout ou le Monde qui, pour qu'Il puisse logiquement exister, doit faire saillie, sortir du lot. En effet, toute chose quelle qu'elle soit -- et le Monde en est une, même s'Il comprend toutes les choses -- n'existe que parce qu'elle apparaît quelque part en dehors d’elle-même. C'est tout simplement logique. Et enfin le Monde, le Grand Tout ne peut pas apparaître en lui-même, dans le Monde ; sinon Celui-ci n'est plus le Monde. L'ensemble des ensembles (de toutes les choses) n'existe pas, ainsi que l'a démontré le philosophe logicien Bertrand Russell. C'est pourquoi les premiers philosophes grecs de la nature, afin d'admettre que le Monde existe comme Principe Unique et immuable (permanent, sans changement) qui engloberait Tout, ont dû -- de façon illogique -- inventer le Chaos universel, le Néant du tout sans cesse changeant. Ce que précisément le penser humain peine à appréhender tel quel sans avoir recours à un Principe ou Référent absolu (soutenu par des archétypes). Ce Principe premier est une aporie de laquelle il faut s'échapper pour ne pas tomber dans l'absurde. C'est pourtant là où ordinairement l'on se perd sans se rendre compte de l'inanité de la situation.

Une petite balade philosophique avec Markus Gabriel dans "Warung es die Welt nicht gibt ?" (2013), mais en version française, aidera à le comprendre *.

Reconnaissons qu’un tel Principe de fixité absolue n'existe pas. C'est une illusion dont on aime se bercer. Si bien que, voulant échapper aux mythes et aux dieux, les premiers philosophes en sont néanmoins restés prisonniers. Pour maintenir l'illusion du Principe idéaliste, il leur fallut sans cesse tenter d'abattre tout réalisme matérialiste et pluraliste qui reconnaisse le caractère évolutif de toute chose. Y compris celui du Monde qui ne saurait être fixe, stable et immuable comme issu de toute pièce d'un Dieu créateur, Primus Motor ou Principe originel explicatif d'un Tout illusoire.

Là est le fondement des monothéismes, idéologies et fanatismes, tyrannies et autres affabulations, manipulations mentales et propagandes. En voici quelques exemples concrets actuels : la psychanalyse qui sabote les cœurs et les esprits, la propagande de pandémies et de guerres dont la vérité est la première victime, la science de l'écologie retournée en fanatisme religieux. Ou encore le dogme du consumérisme pulsionnel, celui du capitalisme de l'individu-roi incité sans cesse à se berner lui-même comme Narcisse, celui de la réification humaine quotidienne. Bref, ce sont là les effets de l'imposition constante et conjointe du constructivisme et de son inaliénable associée, la déconstruction philosophique des esprits comme participant tous deux d’une même illusion idéaliste.

La simplicité d'un réalisme matérialiste, pluraliste et évolutif admettant la réalité des changements serait sans doute plus proche des choses réelles.

* "Pourquoi le monde n'existe pas ?" (Biblio essais, Le Livre de Poche). Il faut entendre " comment s'y prendre pour comprendre que le concept monde est creux". Dire que le monde existe est une vue de l'esprit et associer cette croyance à l'affirmation que tout change est absurde. Même si la majorité d'entre nous n'arrête pas sans cesse d'affirmer chaque jour et dans un même souffle que ces deux propositions, bien que parfaitement contradictoires et incompatibles, soient conjointement acceptables.

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