lundi 22 août 2016

Sujet du Merc. 25/08 : Pour tout cela : le silence !



                                  Pour tout cela : le silence !

Lorsque l'on évoque l'environnement, la conscience sonore, ou le Silence, dans l'opinion, ces sujets prêtent à sourire... Souvent les clichés lamentables fusent, le quidam défoule ses réflexions basiques. C'est dire le gouffre qui sépare la perception sensible d'une réalité sonore, d'une autre majoritaire qui a peu conscience de sa densité.
« Nous sommes ignorants des causes qui nous habitent » Baruch Spinoza

Pour des oreilles encore subtiles, ne sommes-nous pas plus dérangés par le bruit, souvent imposé, que par le silence (tant que ce silence n'est pas, lui-même, imposé de façon rigide). Certaines oreilles usées par les bruits intempestifs, n'ont que rarement l'intuition de la gravité du problème, pas plus que la conscience du manque d'espaces à la faveur du Silence.
Indispensable pour le repos de nos oreilles, notre oreille interne, toutes ces connexions à vif reliées à notre corps, notre cerveau, notre système nerveux, étudiées depuis – 500 avant j.c, dans la médecine chinoise.

Bien qu'il ne soit pas obligatoirement -absolu-, le Silence ne devrait pourtant pas se justifier. Il est une entité comme une autre concernant les phénomènes acoustiques. « Dans le domaine de l'acoustique, environnementale, on définit le silence comme l'absence du désagrément que causent les sons indésirables ».

Si peu de liens avec cette minute dite « de silence », souvent récupérée autour d'un événement dramatique...
Il est, celui de la distance nécessaire, en attendant...afin de trouver les mots justes, espace à la faveur du temps de réflexion avant d'intervenir, par exemple, au café Philosophique. Deuxième temps du café Philo, afin de réfléchir et proposer un sujet sensé, ses fondements réellement philosophiques. Sujet qui ne se vautre pas dans la démagogie ambiante, ses votes troublés par une séduction facile. Séduction d'intervenants ponctuels qui imaginent prendre en otage, notre espace tel une supposée tribune au service de leur narcissisme...

« Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port. Pour la haine montant du fond de l'habitude.
Pour le regard du chien qui veut te pardonner
Pour le percussionniste attentif à ton cœur. Pour son inattention au bout du cardiogramme
Pour le chic d'une courbe où tu crois t'évader. Pour le chiffre évadé de la calculatrice         
Pour la Légion d'Honneur qui sort de ta matrice. Pour le salaire obscène qu'on ne peut pas montrer
Pour l'homme désarmé devant l'arme qui bouge. Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé.
Pour tout cela : le silence...» (Léo Ferré) 

Silence, bien sur, provisoire. Silence, afin de prendre du recul concernant la violence d'un monde étranglé par un système plus que malade, ses nombreux « dommages » dits « collatéraux »...
Constats pathétiques, dans ce système aux valeurs devenues -marchandes- tant d'espaces, dont ceux publics, culturels ou naturels, sont plus que menacés...
Qui entend, l'écho sombre, le bruit sourd d'anciennes et « nouvelles » bottes, de différents fascismes. Ceux qui portent atteintes à notre sens critique et nos libertés ?
Qui entend, le bruit si mal isolé, des machines infernales d'un certain nombre d'industries. Industries qui s'exportent partout dans le monde, qui portent atteintes à la santé publique ?.
Qui entend, l'hypocrisie des métonymies ou technopoles, entre autre, de la silicone valey, qui portent atteinte, de façon plus fourbe, encore, à la santé d'un certain nombre de nos contemporains.
Enfants mineurs, exploités à mort, dans les mines de cobalt au Congo (minerais pour batteries d'ordinateur, téléphone portables et autre voiture électrique...). Dans le bruit de leur condition humaine, de leur aliénation, dans le bruit de leurs outils rudimentaires, peuvent-ils entendre encore l'écho de ce Silence ?
Silence plein qui contribue, intérieurement, à la naissance d'une parole ciselée devant la violence de ces faits et réalités, si peu médiatisés...
Celui qui a la chance de ne pas être aliéné, devrait pourtant nourrir cette possibilité de réfléchir. Qu'il ne la saborde pas. Trouver les mots clefs d'une pensée, c'est aussi rester fidèle à ceux désespérés, désemparés. Ces enfants n'ont sans doute pas droit à la parole. Ici par contre, le versant plus que discutable du silence : condamnés à se taire, ils souffrent dans un silence de plomb, couvert par le bruit sourd des bottes évoquées plus bas, silence pour le coup, mortifère comme dans  les camps de concentration.

SILENCE NON IDENTIFIE, TANT LE BRUIT ET LA SURDITÉ ÉTOUFFENT LE SENS.  A MOINS QUE CE SENS DEVIENNE ORDINAIRE.

Pendant, combien de temps allons-nous, prendre l'habitude de nous boucher les oreilles ?
Certes le système a trouvé une bonne partie des solutions pour aliéner l'opinion majoritaire. Concernant les personnes lucides et conscientes, il considère qu'elles ne sont pas dangereuses. Pour « l'entendement » des agents du système, chefs et serviteurs, ces personnes conscientes sont enfermées dans le classement -minoritaire-. Ce système bosse avec tant de moyens, afin que la plupart de nos sens soient altérés ?
Est-ce par hasard, si les autorités en place laissent faire des phénomènes comme l'aliénation aux bruits dans le quotidien des gens, ou dans les campagnes, les rave partys ?.
Concernant l'écoute, une majorité des gens, trop jeunes, moins jeunes, ne deviennent-ils pas de plus en plus sourds ? En effet, une solution de plus, afin d'altérer nos capacités de perception, notamment de la Réalité, loin d'une réalité que le système nous impose en modèle.
Malgré ses trésors naturels, un des poumons importants de la planète, une forêt immense est en danger. Bruits de bulldozers, tronçonneuses, camions qui polluent, travaillent sans relâche à l'abattage de « l'or vert ». En 40 années, 800 000 km2 (une fois et demie la France) de forêt amazonienne, détruits.
Les Populations amazoniennes cultivaient * jusqu'alors, fine écoute et attention concernant leur écosystème, profond respect pour leur environnement. (* il s'agit, en effet, de culture).
Pensées pour ces Indiens d'Amazonie, victimes du viol incessant de leurs espaces ancestraux.
A l'indifférence quasi générale, dans bon nombre de quartiers de villes, villages même, la quiétude, le calme, ne sont plus respectés. Les lois article R. 1334-31 et décrets d'application en date du 31 août 2006, concernant le bruit, ne sont quasiment jamais appliquées, laissant ainsi, tous loisirs, aux nouveaux beaufs, fiers de leur ignorance crasse, d'imposer leurs vulgarités bruyantes et incessantes...
Dans la campagne, dans les forêts ancestrales, réserves naturelles, sur le plateau du Larzac où des petites ordures, petits nazis modernes **, pas même au rang d'apprentis sorciers, ne sont que des installateurs de groupes électrogènes, des diffuseurs obsédés du décibels compressés, du beat porté en devanture, faute d'être réellement créatifs et innovants avec ces outils dits « modernes » ***
Ces violeurs ** de Silence, de quiétude et de calme, organisent leurs rave partys (to rave délirer, s'extasier), sans se soucier, bien évidemment, de l'équilibre profond de notre écosystème, de le faune, des habitants des villages environnants...
Attitudes qui font penser aux méthodes des fascistes, (big brother pourrait s'en réjouir). Seule « nouveauté » leurs sourires pinces à linge à la commissure des lèvres : d'une conformité, finalement totale, avec les buts pitoyables du système que nous subissons.

*** Outils sur lesquels pourtant des compositeurs, dignes de ce nom, travaillent depuis les années 1950 (cf GRM, Pierre Schaeffer, Pierre Henry, Luigi Nono, Bernard Parméggiani, Christian Zanesi...) autres domaines de recherches sur les sons cannelés (gongs, cloches...) : Alain Kremsky... sur le silence, György Ligeti, dans la progression de son œuvre « Lontano », amène progressivement le public vers la possibilité de contempler le Silence...

Même en faculté, qu'en est-il de l'espace de l'écoute, du respect de la parole de l'enseignant ? Le silence, inhérent aux valeurs jusqu'ici considérées dans les bibliothèques, est-il toujours respecté ?...

ESPACES DU SILENCE PLUS QUE MENACES.

Parmi ces espaces en danger : celui du Silence. Silence : « silan, être tranquille, sioul, tranquille », espace de quiétude, intériorité, profondeur, espace où l'on ressent, contemple (de façon simple), où l'on approfondit, étudie aussi les traces d'une mémoire historique, géographique. Traces intenses qui font de nous, intérieurement, individuellement, mais aussi collectivement, des Etres Humains, jusqu'à preuve du contraire, en évolution.
En ce début de XXI ième siècle, un certain nombre d’Êtres Humains ne respectent plus ces espaces.
Combien de familles, sans télévision, sources audio « conformes » au conditionnement ambiant, volume ouvert à fond, sans ordinateur, tablette et jeux vidéos, allumées en permanence ?
Combien de familles, d'enfants jouant encore, quelques fois paisiblement dans leur habitation, « riche » en état de quiétudes, nourrie d'un silence contemplatif (absolument pas austère), quelques livres ouverts ici ou là ? Combien, dans notre région d'exceptions, cultivent-elles encore les aventures et balades exceptionnelles dans la nature ?

CALME ET SILENCE

Qu'en est-il de cette perte d'espaces dont celui du calme et du Silence ? Calme et Silence qui permettent de prendre du recul, de préserver pulsations et fréquences subtiles. Ceux dans les quartiers historiquement anciennement paisibles de nos villes, dans la nature, en bordures de mer, au fond de nos grottes, au fond de nos cœurs et nos poumons, tout ce qui touche au vital, indispensable à la vie.
Espace indispensable afin de mieux retrouver, simplement, notre intériorité sensible, intuitive, cognitive, intelligible. Espace propice aussi aux études, à la réflexion, concernant même une pensée qui précède l'action. L'ouvrage majeur du XVIII ième siècle, des encyclopédistes Diderot et D'Alembert, fût-il approfondi et créé dans le bruit ou dans le calme et le Silence ?

Combien de temps devrons-nous faire l'autruche concernant ces profondes réalités occultées ?
Nécessité vitale d'une certaine élégance, en toutes classes dites « sociales » : pour tout cela : le Silence... Pour tout cela, le Silence, temps de quiétude, indispensable au recul concernant les multiples formes de violences du monde, afin de mieux se « retrouver », nous retrouver, simplement, là où tant de personnes démissionnent, fuient, ne veulent plus approfondir...

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