mardi 18 octobre 2022

Sujet du Merc. 19 Octobre 2022 : Peut on faire des hypothèses

 

Peut on faire des hypothèses sur le futur ?


 MARTINO : Non seulement on peut, mais on doit faire des hypothèses sur le futur, car c’est encore la meilleure façon de se préparer pour le vivre. Je te signale que le futur commence à l’instant et, si je n’avais pas fait l’hypothèse que nous allions prendre un verre ensemble au café-philo, peut être n’aurai-je pas eu le plaisir de débattre sur cette question avec toi.

 

ARTHURO : Oui mais le futur est contingent, imprévisible. Ce n’est pas seulement l’exemple de notre verre, proposition assez banale somme toute et à si court terme, et sachant que tu me dois ce pot depuis longtemps, qui me convaincra de la simplicité de la question.

 

MARTINO : Ah bon, c’est moi qui invite ? Je ne l’avais pas prévu.

 

ARTHURO : Tu vois bien que si tu émets une hypothèse, tu t’engages dans une action et rien ne permet de dire que celle-ci aura les effets prévus. Surtout s’ils te paraissaient « évidents ».

 

MARTINO : D’accord mais il faut savoir au préalable dans quel cadre métaphysique tu acceptes de placer la question de la prévisibilité de l’avenir ?

 

ARTHURO : Et toi, dans lequel ?

 

MARTINO : En ce qui me concerne je serais plutôt tendance Leibniz. Selon ce philosophe ayant inspiré le fameux Pangloss, il est un principe de raison suffisante selon lequel chaque chose existe nécessairement. En effet Dieu choisit, parmi tous les mondes possibles, le meilleur.

 

ARTHURO : Mais alors se pose le problème de la compatibilité d’un tel principe déterministe avec celui de la liberté humaine. Puisque le futur est tracé par la volonté de Dieu, toute action humaine, toute hypothèse impliquant cette action, ne pourraient qu’aboutir à un avenir finalisé, justifié à l’avance, prédestiné. On voit bien le danger de cette philosophie d’inspiration totalement métaphysique pour ne pas dire téléologique.

 

MARTINO : Pourquoi le danger ?

 

ARTHURO : Parce que, s’il y a une fin écrite à l’avance, cela donne du zèle à ceux qui cherchent à justifier les moyens qu’ils veulent utiliser pour y parvenir. Et surtout à ceux qui prennent le pouvoir de décrire cette fin, au prétexte qu’ils sont censés la connaître mieux que les autres. Tu veux des exemples ?

 

MARTINO : Mais on doit bien faire des hypothèses sur le futur, ne serait-ce que pour ne pas accepter forcément toutes celles qu’on cherche à nous imposer.

 

ARTHURO : C’est en effet un devoir, mais à condition de rectifier la méthode en inversant le raisonnement finaliste.

 

MARTINO : Et comment inverser le raisonnement ?

 

ARTHURO : La métaphysique de Leibniz qui conduit donc au finalisme (Le meilleur des mondes possibles) est basée sur une sorte de déterminisme à l’envers, un rétro déterminisme en quelque sorte, où l’effet précède la cause. Puisque Dieu a choisi notre futur, et si nous affirmons notre croyance en cette vérité transcendantale, toutes nos actions et hypothèses d’avenir s’inscrivent alors irrévocablement dans cette perspective. Dans ce cas de figure, l’hypothèse n’est qu’un effet, non une cause. Au contraire si nous croyons plutôt à un déterminisme scientifique positif et causal, nous pouvons effectuer une réflexion sur l’analyse des causes qui engendrent les phénomènes de la nature et du monde sans même chercher à savoir si celui-ci a une justification ou une signification qui préexisteraient à l’action humaine. C’est donc par ses libres choix et par la responsabilité de ses actes que chacun d’entre nous devrait décider du sens qu’il entend donner à sa vie pour contribuer à la marche du monde qui l’entoure.

 

MARTINO : C’est bien le point de vue de Sartre et de l’existentialisme athée que tu avances là.

 

ARTHURO : Peut être, mais cette position est le seul moyen de répondre au titre même de notre café-philo de ce jour (Peut-on faire des hypothèses sur le futur ?). Car ce n’est pas  « Doit-on … », mais « Peut-on … ». Alors je dois bien jouer Sartre contre Leibniz si je veux avoir la possibilité de répondre «  Oui, on peut …» et exprimer le pouvoir de ma liberté de penser, plutôt que «  Oui, on peut toujours essayer… », et n’exprimer que mon pouvoir de résignation.

 

MARTINO : Mais alors si la réponse est « Oui on peut… », çà écarte la possibilité de débattre sur le « Non on ne peut pas… ».

 

ARTHURO : A mon avis, et si l’on se place du point de vue sartrien, la question initiale peut être bonifiée et s’interpréter ainsi : « Peut on faire de bonnes hypothèses sur le futur ? ». Et à ce moment là la problématique tourne alors autour de la plus ou moins bonne pertinence de toute méthodologie utilisée lors de l’émission d’hypothèses.

 

MARTINO : Il est certain que si l’on écarte les considérations métaphysiques (sauf à considérer que la science est elle-même une métaphysique mais alors aucune philosophie positive ne serait possible), on peut essayer d’avoir une discussion critique sur le caractère plus ou moins rationnel de la valeur d’une hypothèse.

 

ARTHURO : Et rendre hommage à des gens comme Claude Bernard par exemple.

 

MARTINO : Bien sûr, mais que faire des « prévisionnistes » qui émettent toute une foultitude d’hypothèses sur le futur sans aucun recours à la science, ou alors en l’utilisant malhonnêtement ou comme science « infuse » ?

 

ARTHURO : Je te laisse te dépatouiller, sans moi, avec tous ces camelots de la connerie humaine, à commencer par ceux dont le nom commence par la lettre « a » : aéromanciens, alectromanciens, aleuromanciens, alphitomanciens, anthroposcopiens, arithmanciens,

anthroposcopiens, astrodianosticiens, astrognosiens, astrologues, astromanciens, axinomanciens…et tant d’autres.

 

MARTINO : Et c’est comment, selon toi, une bonne hypothèse sur le futur ?

 

ARTHURO : Une bonne hypothèse est une hypothèse modeste et raisonnable qui n’utilise que l’extrapolation des lois causales dans le respect du cadre de leur domaine de validité et qui est contrôlée en permanence, régulée en quelque sorte, par l’expérience du réel. Une hypothèse est en quelque sorte une idée préconçue, mais pas une idée fixe, qui guide l’investigation. Car il s’agit de « faire » une hypothèse, c'est-à-dire construire une proposition qui a le maximum de probabilité d’aboutir sur une réalité effective. Pas un charabia dont les conséquences ne sont même pas assumées par celui qui l’a prononcé.

 

MARTINO : Vu sous cet angle c’est certain qu’il est plus facile d’émettre des hypothèses finalistes, comme les prévisions catastrophistes dont on fait actuellement état pour nous plonger dans une psychose de peur.

 

ARTHURO : En effet. Et c’est pourquoi la plupart des hypothèses qu’on nous assène sur l’avenir de la planète sont aussi ridicules les unes que les autres, mais malheureusement elles ont une certaine audience tellement la bêtise humaine est infinie.

 

MARTINO : Et pourquoi ces hypothèses sont-elles ridicules, elles sont pourtant cautionnées par des « scientifiques » ?

 

ARTHURO : Parce qu’elles sont émises par des idéologues qui s’habillent en « scientifiques » et qui, pour mieux brouter le gazon qu’on leur laisse en récompense, se placent en réalité au service des grands maîtres du monde, sans ressentir le moindre besoin d’y ajouter un souci d’éthique. L’alliance du MEDEF et des Ecolos lors du dernier « Grenelle » de l’environnement en est un exemple qui ne semble même plus suspect. Mais tu me diras que «  suce  pet » ou « lèche cul » c’est du kif kif.

 

MARTINO : Je pensais que pourtant, le film de Al Gore…

 

ARTHURO : Un imposteur selon Allègre.

 

MARTINO : Et son Prix Nobel ?

 

ARTHURO : Sartre a refusé le sien.  

 

MARTINO : Et le CO2 ?

 

ARTHURO : Bon on arrête, je prends un Perrier. Avec beaucoup de bulles.

 

 

lundi 10 octobre 2022

Sujet du JEUDI 13 Octobre 2022 : D’où viennent les pensées ?

 

             D’où viennent les pensées ?    
« La production des idées, des représentations et de la conscience est d'abord directement et intimement mêlée à l'activité matérielle et au commerce matériel des hommes, elle est le langage de la vie réelle. Les représentations, la pensée, le commerce intellectuel des hommes apparaissent ici encore comme l'émanation directe de leur comportement matériel. Il en va de même de la production intellectuelle telle qu'elle se présente dans la langue de la politique, celle des lois, de la morale, de la religion, de la métaphysique, etc. de tout un peuple. Ce sont les hommes qui sont les producteurs de leurs représentations, de leurs idées, etc., mais les hommes réels, agissants, tels qu'ils sont conditionnés par un développement déterminé de leurs forces productives et des rapports qui y correspondent, y compris les formes les plus larges que ceux-ci peuvent prendre. La conscience ne peut jamais être autre chose que l'être conscient et l'être des hommes est leur processus de vie réel. Et si, dans toute l'idéologie, les hommes et leurs rapports nous apparaissent placés la tête en bas comme dans une camera obscure, ce phénomène découle de leur processus de vie historique, absolument comme le renversement des objets sur la rétine découle de son processus de vie directement physique.

A l'encontre de la philosophie allemande qui descend du ciel sur la terre, c'est de la terre au ciel que l'on monte ici. Autrement dit, on ne part pas de ce que les hommes disent, s'imaginent, se représentent, ni non plus de ce qu'ils sont dans les paroles, la pensée, l'imagination et la représentation d'autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os; non, on part des hommes dans leur activité réelle, c'est à partir de leur processus de vie réel que l'on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital. Et même les fantasmagories dans le cerveau humain sont des sublimations résultant nécessairement du processus de leur vie matérielle que l'on peut constater empiriquement et qui repose sur des bases matérielles. De ce fait, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l'idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d'autonomie. Elles n'ont pas d'histoire, elles n'ont pas de développement ; ce sont au contraire les hommes qui, en développant leur production matérielle et leurs rapports matériels, transforment, avec cette réalité qui leur est propre, et leur pensée et les produits de leur pensée. Ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience. Dans la première façon de considérer les choses, on part de la conscience comme étant l'individu vivant, dans la seconde façon, qui correspond à la vie réelle, on part des individus réels et vivants eux-mêmes et l'on considère la conscience uniquement comme leur conscience. …

C'est là où cesse la spéculation, c'est dans la vie réelle que commence donc la science réelle, positive, l'analyse de l'activité pratique, du processus, de développement pratique des hommes. Les phrases creuses sur la conscience cessent, un savoir réel doit les remplacer. Avec l'étude de la réalité la philosophie cesse d'avoir un milieu où elle existe de façon autonome.


En fait, le tour de force qui consiste à démontrer que l'esprit est souverain dans l'histoire (ce que Stirner appelle la hiérarchie) se réduit aux trois efforts suivants :

1.               Il s'agit de séparer les idées de ceux qui, pour des raisons empiriques, dominent en tant qu'individus matériels et dans des conditions empiriques, de ces hommes eux-mêmes et de reconnaître en conséquence que ce sont des idées ou des illusions qui dominent l'histoire.

2.               Il faut apporter un ordre dans cette domination des idées, établir un lien mystique entre les idées dominantes successives, et l'on y parvient en les concevant comme des "autodéterminations du concept". (Le fait que ces pensées sont réellement liées entre elles par leur base empirique rend la chose possible ; en outre, comprises en tant que pensées pures et simples, elles deviennent des distinctions que produit la pensée elle-même par scissiparité.)

3.               Pour dépouiller de son aspect mystique ce "concept qui se détermine lui-même", on le transforme en une personne — "la conscience de soi" — ou, pour paraître tout à fait matérialiste, on en fait une série de personnes qui représentent "le concept" dans l'histoire, à savoir les "penseurs", les "philosophes", les idéologues qui sont considérés à leur tour comme les fabricants de l'histoire, comme le "comité des gardiens", comme les dominateurs. Du même coup, on a éliminé tous les éléments matérialistes de l'histoire et l'on peut tranquillement lâcher la bride à son destrier spéculatif.

Dans la vie courante, n'importe quel boutiquier sait fort bien faire la distinction entre ce que chacun prétend être et ce qu'il est réellement ; mais notre histoire n'en est pas encore arrivée à cette connaissance vulgaire. Pour chaque époque, elle croit sur parole ce que l'époque en question dit d'elle-même et les illusions qu'elle se fait sur soi. »

K. Marx, L’Idéologie Allemande 1845(extraits)

 

Alors d’où viennent les pensées, les idées ?

« Tombent-elles du ciel ? Non.

Sont-elles innées ? Non.
Engagés dans des luttes diverses au cours de la pratique sociale, les hommes acquièrent une riche expérience, qu'ils tirent de leurs succès comme de leurs revers. D'innombrables phénomènes du monde extérieur objectif sont reflétés dans le cerveau par le canal des cinq organes des sens - la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût et le toucher ; ainsi se constitue, au début, la connaissance sensible.        
Quand ces données sensibles se sont suffisamment accumulées, il se produit un bond par lequel elles se transforment en connaissance rationnelle, c'est-à-dire en idées.            

C'est là un processus de la connaissance. C'est le premier degré du processus général de la connaissance, le degré du passage de la matière, qui est objective, à l'esprit, qui est subjectif, de l'être à la pensée. A ce degré, il n'est pas encore prouvé que l'esprit ou la pensée (donc les théories, la politique, les plans, les moyens d'action envisagés) reflètent correctement les lois du monde objectif ; il n'est pas encore possible de déterminer s'ils sont justes ou non.   
Vient ensuite le second degré du processus de la connaissance, le degré du passage de l'esprit à la matière, de la pensée à l’être : il s'agit alors d'appliquer dans la pratique sociale la connaissance acquise au cours du premier degré, pour voir si ces théories, politiques, plans, moyens d'action, etc. produisent les résultats attendus. En général, est juste ce qui réussit, est faux ce qui échoue ; cela est vrai surtout de la lutte des hommes contre la nature.      

En passant par le creuset de la pratique, la connaissance humaine fait donc un autre bond, d'une plus grande signification encore que le précèdent.

Seul, en effet, ce bond permet d'éprouver la valeur du premier, c'est-à-dire de s'assurer si les idées, théories, politiques, plans, moyens d'action, etc. élaborés au cours du processus de réflexion du monde objectif sont justes ou faux ; il n'y a pas d'autres moyen de faire l'épreuve de la vérité.

Pour que s'achève le mouvement qui conduit à une connaissance juste, il faut souvent mainte répétition du processus consistant à passer de la matière à l'esprit, puis de l'esprit à la matière, c'est-à-dire de la pratique à la connaissance, puis de la connaissance à la pratique. »

Mao Ze Dong  D’où viennent les idées justes 1963 - Extraits

 

mardi 4 octobre 2022

Sujet du Merc. 06 Octobre 2022 : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » Héraclite.

 

« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » Héraclite.

 

L'expression : « la vie est un long fleuve tranquille » nous renvoie à un image paisible et surtout linéaire de la vie. Notre naissance ( voire notre conception pour certains ) prendrait sa source dans de hautes cimes. Notre vie consciente serait le gonflement progressif de notre entendement, tout comme un fleuve s'enrichit de ses affluents. Notre mort, un mélange final dans le « grand tout » de la « grande bleu ».

 

C'est un point de vue qui, philosophiquement parlant, renferme une conception du monde particulière. Tout est normé, stable. Le fleuve ne sort pas de son lit, nous ne sortons pas de notre destin et, goutte immuable, nous finissons irrémédiablement comme goutte unique dans un océan infini.

 

La marque du destin imprime à l'homme sa fatalité.

 

Nous avons oublié Héraclite. Six siècles avant « notre » ère, il y a 2600 ans Héraclite nous avait pourtant averti :

 

« Ce monde ci, le même pour tous, aucun des dieux ni des hommes ne l'a créé, mais il a toujours été, est et sera ‑feu toujours vivant, s'allumant à mesure et s'éteignant à mesure »

 

On comprend que ces propos marquent une rupture dans la pensée archaïque dominée par les mythes : pas de création, pas de fin, le mouvement est l'explication de tout ; le mouvement est le Tout.

 

On comprend aussi l'acharnement des penseurs qui vont suivre et qui, des siècles plus tard, avec en particulier Platon, vont tenter de remettre l'homme dans sa caverne et ne lui proposer que les ombres, les reflets de son existence.

 

Rien de tel chez Héraclite. C'est le logos de l'homme ( à la foi, raison, pensée et langage ) qui donne vie et sens au monde. Le logos est recherche, il n'est pas figé comme chez Platon ou plus tard chez les monothéistes ou il s'appellera « verbe ».

 

Autre démarcation importante de la pensée héraclitéenne : l'unité des contraires : « Le contraire est accord, des discordances naît la plus belle harmonie et tout devient dans la lutte ». Les catégories figées de la métaphysique qui naîtra après Héraclite sont balayées par lui. La journée n'est conçue que comme alternance du jour et de la nuit.

 

Ainsi le fleuve n'est il qu'une image de la vie, une parabole. Nous vivons et le monde semble tourner autour de nous alors que nous ne sommes qu'une poussière du cosmos. Faut il pour cela se lamenter 9

 

Nous ne nous baignons jamais deux fois dans le même fleuve : notre vie est l'addition contradictoire, brutale, de notre dimension dramatique en ce sens ou le philosophe se doit d'en révéler le fond des agissements et des actions, et de notre dimension tragique, puisque philosophiquement parlant, nos devons nous envisager non pas sous un aspect fragmentaire, unique, mais sous le prisme de l'universalité, universalité qui inclut failles et déchirures de toute totalité..

 

Etre philosophe, et pour Héraclite, devenir homme, c'est refuser ceux/ce qui nous amènent à nous lamenter, pour simplement vivre notre vie : « Si le bonheur consistait dans les jouissances corporelles, nous devrions appeler heureux le bœufs quand ils trouvent des pois à manger, les porcs qui se baignent dans la boue, la volaille dans la poussière ou dans la cendre ».

 

Submergés par des siècles de philosophies et de théologies qui ont fait de nous des dualités corps/esprit, âme/matière, brisant cette unité homme/cosmos qu'avait mis en relief Héraclite, nous est il possible, aujourd'hui, d'aller à contre courrant dans ce torrent où nous nous sommes oubliés les uns les autres ‑ les uns avec les autres ‑ à force de trop nous regarder le nombril ?.

 

« Il ne faut pas agir et parler comme des dormeurs, car dans le sommeil aussi nous croyons agir et parler » Héraclite.

vendredi 23 septembre 2022

mardi 20 septembre 2022

Sujet du Merc 21 Sept. 2022 : La liberté peut-elle s'affirmer sans violence ?

 

             La liberté peut-elle s'affirmer sans violence ?

Avant d'aller plus loin il importe de ne pas mélanger les choses. Force et violence : la force contraint quand la violence opprime ou libère.

En 1952, Gandhi présenté comme un apôtre de la non-violence déclare : "Là où il n'y a le choix qu'ente lâcheté et violence, je conseillerai la violence…Je cultive le courage tranquille de mourir sans tuer. Mais chez celui qui n'a pas ce courage, je désire cultiver l'art de tuer et d'être tué plutôt que de fuir honteusement le danger. Car celui qui fuit commet une violence mentale : il fuit parce qu'il n'a pas le courage d'être tué en tuant.

Non-violence n'est pas soumission bénévole au malfaisant. Non-violence oppose toute la force de l'âme à la volonté du tyran."

 

Une volonté libre, une froide détermination, seraient-elles les seuls moyens pour que la liberté s'affirme ?

 

Il faut dire que la violence est mal vue. Tous les auteurs (sauf de rares exceptions) sont contre la violence qui est définie comme un élément du
« pathos », dissociée de la raison elle ne peut être que "mauvaise". Tous les systèmes politiques, inscrivent en lettres d'or la réprobation de la violence au fronton de leur édifices publics.

 

Et pourtant depuis des siècles la violence est là ! Et la liberté si peu présente…

 

En fait il y a deux manières de voir les choses. Soit on considère les choses, les deux concepts : Liberté et violence comme des choses " en soi", immuables, intangibles ; et c'est possible en recourant à la métaphysique. Le risque c'est de sombrer dans la morale, voire la "moraline" (Nietzsche).

Soit on replace les deux termes du questionnement sur la terre des hommes et le concret de leur vie. Dès lors il faut essayer de percevoir ce que liberté et violence signifient sur le plan pratique. Ce sera notre parti pris.

 

Fin du 18° siècle la France pays rural, crève de faim et une noblesse toujours plus arrogante pressure le peuple. Les parisiens défilent sous les fenêtres de Versailles en demandant du pain (la liberté de pouvoir se nourrir), on leur répond qu'il n'ont "qu'à manger de la brioche". La situation se bloque. L'aristocratie veut garder "sa" liberté d'opprimer le peuple. On ne discute pas et la violence s'affirme de plus en plus comme une nécessité pour changer l'ordre des choses. Puisqu'on n'obtient rien par le dialogue et que c'est la VIE même, pas la vie transcendantale, spirituelle ; de millions de français qui est en jeu le seul choix disponible c'est l'usage de la violence. On n'a plus rien à perdre, la vie ne vaut pas grand-chose, autant lui donner un sens politique : la liberté, au prix d'un risque majeur pour soi : la violence (corollaire de l’engagement).

 

Comprenons bien le sens de cet exemple : il ne donne aucune leçon de morale, ou de politique, il ne juge pas les résultats et les conséquences de la révolution de 1789. Il établit des faits dans lesquels les deux notions "liberté" et "violence" sont mis en œuvre.

 

Mais tout cela est bien beau, me dira-t-on, parler de la révolution française, tout le monde est d'accord (pas si sûr). Mais l'utilisation de la violence par les nazis, somme toute au nom de la "liberté de l'Allemagne occupée" (Une partie de l'Allemagne était alors occupée par les puissances qui avaient vaincu en 1918), fait-elle partie de ce point de vue extra-moral ?

 

Il nous faudra alors creuser plus avant la notion de liberté. La liberté se définit elle d'après des critères concrets ou peut-elle se fonder sur des illusions. Lorsque les nazis parlaient de la "liberté de l'Allemagne occupée", dans le même temps ils bafouaient toutes les libertés individuelles, de réunion, d'association, de religion. Ils brûlaient des livres.

La "liberté" prônée par les nazis s'assumait certes, par la violence. Mais on voit bien avec ce court exemple que l'agitation du drapeau de la liberté, ne signifie pas toujours l'adhésion au principe métaphysique de « La Liberté".

Les majuscules ne conviennent décidemment pas à la philosophie.

Nous nous contenterons donc des minuscules pour tenter d'y voir plus clair.

 

 Qu'est-ce que la liberté ? Faut-il se méfier des appareils d'illusion qui nous la vendent dans les pots de yaourt, les crèmes solaires, les frappes chirurgicales, le "droit d'ingérence" ou "l'axe du bien" ?

 

lundi 12 septembre 2022

Sujet du Merc. 14 Septembre 2022 : L'ARGENT EST-IL LE NÔTRE ?

 L'ARGENT EST-IL LE NÔTRE ?

Sur l’argent, va-t-on faire appel à Marx dans ses œuvres ? Ou suffit-il de réunir de nombreux faits anthropo-archéologiques ? Et même ne suffit-il pas de savoir si peut être nôtre ce qui est créé par quelques puissants à leur strict profit ? Mais à notre détriment.

 

Peut-on imaginer l’ampleur de notre conditionnement à l’argent* ? L’argent est créé et géré depuis des décennies sous forme de dettes et de crédits par des entités privées adossées à des richesses humaines et sociales qui sont nôtres (« Il n’y a de richesse que d’hommes », Jean Bodin, philosophe de la Renaissance). Ces entités privées pratiquent un vol devenu légal bien qu’illégitime et d’ampleur ultime, passé inaperçu par la majorité de la population. En outre, ce crime de faux-monnayage généralisé au monde entier se poursuit par l’imposition d’intérêts sur ce vol ; intérêts à verser aux arnaqueurs et constituant ainsi la dette d’un argent qui n’est pas encore là ! Mais qui le sera par la nécessité de l’emprunter aux mêmes qui l’adosseront à la promesse de notre production future par le travail asservi qu’induit la dette.

 

C’est comme si on capturait l’humanité entière au bord d’une route et qu’on la forçait à travailler tout en la faisant payer en sus le prix de son travail. Le cynisme est absolu car il s’agit du prélèvement forcé ad libitum de notre substance. Tendanciellement de l’intégralité de nos forces de vie. En fait, nos vies elles-mêmes. L’immensité des souffrances, atrocités et carnages constatés par centaines de millions (20 millions annuels de morts de faim qui en découlent, sans compter celles des guerres induites) est le crime ultime perpétré à grande échelle partout et tout le temps dans le monde dans une apparente quiétude générale depuis plus de 500 ans. Ci-après on en parle en vérité.

Cette monnaie de « progrès », de mort et de destruction est à l’opposé des « monnaies humaines et sociales » qui ont perduré pendant quelque 99 pourcent de l’existence de Sapiens, mais qui n’ont subsisté de manière résiduelle jusqu’à il y a encore un demi-siècle que pour finir par être détruites de l’extérieur. Ces monnaies ne servaient nullement au commerce. Non, elles représentaient les obligations fondamentales que se doivent les hommes entre eux en société qui s’édifient mutuellement en tant que tels dès leur naissance (« L’homme est un animal social », Aristote). C’était, par exemple, les obligations pour « la richesse de la fiancée » (procréation et soins de vie) ou pour tenter de compenser l’oblitération volontaire ou pas, partielle ou totale d’une vie humaine (cf David Graeber).

 

Pour passer des « monnaies humaines » (coquillages, plumes de paradisiers, barres de bois rares, laiton, or ou argent, etc.) à d’autres monnaies par perversion des premières, il a fallu des actes de violence comme le rapt ou la razzia de groupes voisins par la capture forcée d’une « fiancée » ou d’hommes convertis en esclaves, en objets. C’est la réification d’humains qui dès lors ne valent que leur prix marchand, exprimé en monnaie devenue commerciale et ayant ainsi perdu tout caractère de dignité humaine. Les hommes ont un prix ou une dignité (Kant). Cette violence par réification de l’humain a ainsi conduit à l’émergence de la guerre sur terre. 

 

Savons-nous que cette monnaie est ainsi devenue strictement privée comme appartenant aux puissants. Dès lors, ceux-ci réunis en entités idoines la créent et la gèrent en manipulant et en exploitant le commun des mortels, le vulgum pecus rendu par manipulation mentale toujours plus « ignorant des causes qui le déterminent » (Spinoza) ? Aujourd’hui ce dispositif a asservi la terre dans ses moindres recoins sans qu’étrangement les hommes ne se soulèvent face à l’urgence de la destruction de toute valeur humaine (éthique).

 

Pour faire simple afin d’éclairer notre lanterne et juger de la situation actuelle en « connaissance de cause », voici l’algorithme qui nous gouverne puisque conçu et géré de mains d’experts, qui pour sûr n’en font pas publicité :

 

                                    Mais comment et d’où vient ce terrible argent-là ?!

 

                                               K = 1 / ( X + Z ( 1 – X ) ) .

 

K :  coefficient multiplicateur de création monétaire par les banques privées.

 

X :  coefficient de préférence de la population pour les pièces et billets. C’est l’effet magique « Carte bleue », de préférence « sans contact » (et zoum, mon paiement éclair ! Je suis libre, rendu comme magique et super puissant ! Youpie !).

 

Z :  coefficient de réserve obligataire de monnaie de fonds propres des banques privées auprès de la Banque centrale (dite nationale ou publique pour mieux occulter sa vraie nature sous main-mise privée) sur lesquels s’adossent les banques pour générer l’argent de dette à profusion. Celui-ci est en sus encore surmultiplié par application d’un taux d’intérêt annuel, en lieu et place d’une simple somme forfaitaire pour prêt d’argent. Par ce génial subterfuge, l’arnaque devient totale. (Youpie pour les banques !).

 

Pour l’illustrer « jouons » avec ce joujou comme nos maîtres le font avec grand sérieux :

1)  Si, comme on nous y incite par l’électronique, l’usage des billets de banque disparaît (X = 0 ) , merci ô grand Dieu-Argent, par usage exclusif de notre amie la Carte bleue, alors K ne vaut plus que  1 / Z .  Tandis que les coûts et gains afférents à la Carte assurent, en sus, de vastes profits à ses émetteurs (cf Margrit Kennedy).

2)  Et si, en outre, par la financiarisation occulte accélérée de « titres pourris » (actions et obligations), Z tendait vers zéro, alors K serait proche de  1 / 0 . Cela, ô grand Dieu-Argent, correspondrait à une création monétaro-financière de l’argent privé presque infinie ! Tout le monde – sauf les puissants émetteurs monétaires qui ainsi peuvent presque s’approprier le monde entier et les hommes -- serait précipité en esclavage au profit des seconds qui créent tout l’argent. Et qui, en outre, en déterminent l’usage puisqu’il est créé par les crédits qu’ils n’accordent qu’à leur gré et qu’à ceux de leur choix. C’est le pilotage économique conduisant aux inégalités vertigineuses et toujours croissantes parmi les hommes, au sein des nations et entre elles. **

3)  Si en outre l’État, qui ne perdure que par nos impôts, s’endette sans fin par le « quoi qu’il en coûte », que se passe-t-il ? Il se rend et nous avec, pieds et poings liés pour des générations à venir, dépendants et esclaves des banques et des fonds d’investissements étrangers privés qui prêtent l’argent qui ne leur appartient pas puisqu’il est strictement adossé à notre « richesse d’hommes » (cf Jean Bodin). Surtout et d’autant plus que s’y ajoutent, crime final, les intérêts indus et arnaqueurs qui exténuent le vulgum pecus que nous sommes.

 

 « Si vous désirez être les esclaves des banques et payer pour financer votre propre esclavage, alors laissez les banques créer l’argent !», Josiah Stamp, gouverneur de la Banque d’Angleterre, 1920.

De son côté, Henri Ford déclarait au début du siècle dernier : « Si les gens savaient comment se crée l’argent, il y aurait une révolution avant demain matin ».

 

A quand une vraie libération mentale ** ? Et puis, à quand une réaction ?

 

Merci.

 

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*          °   °   °        Pour estimer nos dispositions à sortir de nos conditionnements mentaux,

            °   °   °          on peut tenter de relier 9 points disposés en carré par 4 lignes droites non

            °   °   °          parallèles qui ne peuvent pas se croiser entre elles au point central. Réussir est le signe d’une disposition à savoir s’extraire du cadre mental d’un conditionnement. 

**  C’est le contraire de la « théorie du ruissellement » illustrée par la pyramide des coupes de Champagne. En réalité elles ne sont pas identiques, leurs bords devenant toujours plus élevés du bas au sommet. La hauteur des bords est calmement ajustée par les maîtres du système monétaro-économique. Le décile supérieur remporte toute la richesse créée (le Champagne déversé), le décile suivant restant inchangé tandis que les suivants sont toujours plus mis à sec (cf Margrit Kennedy). Ainsi, chacun est rémunéré à la mesure de sa contribution. Ne serait-ce que « justice » 

lundi 5 septembre 2022

Sujet du Merc. 07 Septembre 2022 : QUE FAIRE À PART ÊTRE ?

 QUE FAIRE À PART ÊTRE ?


Avant tout traitement de ce sujet il faudra au préalable déblayer rapidement le terrain. Il sera en effet nécessaire de faire un sort à un pan de la philosophie idéaliste (Idéaliste : qui donne une prééminence de l'esprit sur la matière), dont le représentant le plus éminent est Berkeley et son fameux "raisonnement" qui aboutit au non moins fameux solipsisme (enlevons les propriétés des choses observées - goût, couleur, forme, etc…. et nous pouvons alors en conclure qu'elles n'existent pas ! * --- Mais Mr Berkeley existe-t-il ?).

 

Nous poserons donc que nous sommes. Que les divers objets ou être qui nous entourent, sont. De même que les productions que sont nos pensées sont. Mais qu'il est nécessaire, en préalable, d'être.

Être, somme toute, est assez facile. Nous accédons au monde et par des processus naturels et culturels, nous parvenons à l'existence qui, pour les hommes s'adjoint un attribut : la conscience de soi. Jusque là rien de bien compliqué. Mais que faire de cette existence. Que faire à part être ? Les animaux ou les végétaux ne se posent pas cette question. Les hommes eux se la posent. Diverses solutions ont été et nous sont proposées. Nous sommes,
 alors :

Méditons sur la mort ; quel sens à la vie (a la vie) ?; occupons nous de la cité, soyons égoïstes, aidons notre prochain …. La liste pourrait être longue d'injonctions, de conseils, de recettes …. pour "être". Mais toutes ces définitions ont en commun de considérer l'homme en tant qu'individu, en tant que monade isolée.

 

Il faudra attendre Hegel pour qu'avec force soit déclaré :   
" L'association en tant que telle est elle-même le vrai contenu et le vrai but et la destination des individus est de mener une vie collective ; et leurs autres satisfactions, leur activité et les modalités de leur conduite ont cet acte substantiel et universel comme point de départ et comme résultat " Hegel, Principes de la philosophie du droit.

L'essence de l'homme ne pourrait donc se réaliser pleinement que par une "vie collective" et cet "acte substantiel" serait à considérer comme un "point de départ et un résultat"

 

Ainsi Hegel définit un point supplémentaire, heurtant de front la philosophie classique pour laquelle la conscience de soi était le pivot de tout autre manifestation de l'être, celui de son inclusion dans une collectivité. Certes Aristote nous avait dit que l'homme était un "animal politique", mais il n'avait pas vu ce que Hegel révèle de manière pertinente, la question du "point de départ et un résultat".

Qu'apporte donc Hegel à la philosophie qui modifie de manière irréversible la conception - que nous pouvons désormais aborder sous un autre angle - de l'essence humaine ? Certainement la perception dialectique des phénomènes.

On pourrait résumer cette méthode d'analyse de la manière suivante :

-        La vie collective est le point de départ de l'essence humaine

-        Est simultanément elle en est le résultat

 

Pas d'homme sans collectivité et réciproquement pas de collectivité sans homme. L'interaction est permanente c'est ce qu'on appellera un processus. Hegel rompt ici complètement avec les catégories figées et dogmatiques de la philosophie classique qui auraient séparé : l'homme - la collectivité - le point de départ - le résultat.

Un autre philosophe, Moses Hess, reprendra cette conception en l'appliquant au domaine de la liberté.

"Si réellement l'individu correspond à son concept, en d'autres termes, si l'homme est réellement ce qu'il doit être selon son essence, alors la liberté individuelle ne se distingue pas de la liberté générale ; car l'homme véritable vit seulement la vie de l'espèce et ne sépare pas son existence individuelle, particulière, de l'existence générale" Gazette rhénane, 17 mai 1842.

 

Voilà qui nous écarte radicalement des théories hédonistes ou nombrilistes, et qui remet en cause l'aspect infernal que Sartre croyait voir dans les "autres". Mais n'est ce qu'une question de point de vue ? Sommes-nous sans les autres ? Et que pouvons nous faire (agir) à part être (faire)… avec les autres ?


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