lundi 2 mars 2020

Sujet du Merc. 04 Mars 2020 : Mais quelle est donc cette dérangeante méthode de l’ami Descartes ?


Mais quelle est donc cette dérangeante
méthode de l’ami Descartes ?

Pourquoi en France se prétend-on cartésien en croyant comprendre Descartes sans trop bien réaliser que lui-même n'a pas pensé ce qui lui a permis de penser ? Penser est une chose qui lui semble évidente et qu'on est tenté d'accepter sans examen, alors même qu'elle ne l'est pas.

Essayons ensemble de comprendre tout cela. Par son je pense, donc je suis, ce professeur de raison ne se leurrait-il pas un peu ? Comment peut-il conclure donc je suis – c'est à dire qu'il est – alors qu'il a déjà gratuitement affirmé qu'il est par le je de  je pense ? N'est-ce pas une tautologie ? Mais surtout, ne lui eut-il pas d'abord fallu prouver qu'il est ? Eh oui, professeur, comment penser si on n'est pas encore ? Suis-je irrévérencieux, à l'instar d'Anaximandre envers Thalès ? Oui : Descartes n'aurait-il pas plutôt dû conclure « donc j'existe » plutôt que donc je suis ? Ceci pour la raison que « je suis homme parce que je pense, et que donc j'existe ».

Même si c'est peut-être cela que Descartes avait voulu dire, reste qu'il ne l'a pas écrit et qu'il ne pouvait affirmer être par le je de je pense sans expliquer d'où provient cette possibilité d'un je... C'est crucial. Mais, en réalité, le problème est ailleurs. Descartes se considère d'office en adulte accompli : je pense donc je suis. Implicitement, c'est parce que je suis déjà un homme accompli que je pense pleinement : la seule chose dont je ne puis douter est que je pense. Et donc, c'est parce que je suis occupé à penser que j'existe. Et qu'en conséquence je ne puis douter d'être homme accompli.

Il n'en demeure pas moins que Descartes ne se posait pas la question anthropologique du processus d'hominisation. Celui de l'individu et celui de l'espèce. L'individu part de deux gamètes suivies d'un fœtus, pour passer ensuite par le nouveau-né vagissant tel un animal que son milieu matériel et humain transformera en un être humain vers 7-8 ans, à l'âge de raison. On voit qu'il n'y a pas d'homme qui vaille sans adaptation et éducation. Mais Descartes, lui, était déjà pleinement éduqué quand il conclut je pense, donc je suis.

En toute philosophie, c'est ce processus d'émergence de l'humain qu'il nous faut tenter d'expliquer à sa place, afin de pouvoir ensuite essayer de justifier puis de pleinement comprendre son Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences. C'est peut-être à cause de cet hiatus que souvent nous croyons percevoir son Discours sans bien le comprendre, ni surtout l'appliquer. C'est un comble car pour bien conduire sa raison il faut être pleinement rationnel, ami Descartes. Allons-y en deux points.

1.  Sans méthode pour comprendre l'univers, il resterait vain et vide pour nous. Il serait dénué de signification. Certes, l'univers est. Mais il serait vide d'objets sans les hommes pour leur donner une identité particulière en les nommant. Pour cela, encore faut-il qu'il y ait discours. Or la possibilité d'un discours appartient aux seuls hommes qui, par la conscience d'eux-mêmes qu'ils ne développent que par leurs interactions, acquièrent la pensée auto-réflexive, la conscience. Il faut débrouiller tout cela, avant de passer à une compréhension du Discours proprement dit.

Certes, il faut lire et relire ce grand œuvre philosophique français de 1637. Mais reconnaissons à sa décharge que Descartes n'était pas à la recherche d'une définition de la conscience, mais d'une évidence : un fait capable de résister à toute mise en doute, y compris celle du message de nos sens. Après mûre réflexion sur toutes les observations et expériences de sa vie (les faits), il en induit une et une seule évidence : le fait même qu'il est en train de faire cette recherche. (A cet égard, parler d'intuition reviendrait à dire la même chose. Mais aucune intuition ne tombe jamais du ciel, mais des seuls faits.)

Cette démarche aboutit non pas à un objet mais est un processus, dont l'existence pour lui est indubitable. C'est le cheminement de sa propre pensée. Il ne trouve donc aucun objet (ce qui est). Pas même son propre je. Bien que néanmoins il le prétende implicitement. Tout en se fourvoyant. Le je pense, donc je suis notifie simplement que le processus de sa pensée lui signifie le processus conjoint, non pas qu'il est (un objet figé) mais qu'il existe. Ce qui est bien un processus. Penser présuppose en effet l'existence du je, objet préliminaire dont l'émergence ne va pas de soi. Descartes a éludé ce questionnement. Essayons donc ensemble d'en relever le défi philosophique.

 Il faut donc préciser cette émergence afin de justifier tant son Discours que sa méthode, mais aussi le caractère philosophique et scientifique de celle-ci, tous éléments explicitement énoncés dans l'intitulé de son travail de maturité. Par ces apports, il nous fait le don amical des si dérangeants mais nécessaires efforts de compréhension que requiert sa quadruple méthode. Qu'implicitement il nous invite en toute amitié à sans cesse appliquer.

Il nous faut donc questionner l'universel du je pense. Comment les néandertalo-sapiens ont-ils pu dire cet unique objet faunistique, ce je que Descartes imagine aller de soi ? Comment avoir conscience de soi--même ? La raison est que, contrairement aux autres animaux, les hommes sont seuls capables de se figurer un objet. Considérons la chose. Tout ce qui appartient à l'univers, particule ou astre, caillou ou animal, est, par convention, doté d'être (la prémisse au « je » et au « donc je suis »). Oui, tout objet est. Mais sa définition est arbitraire. Tel caillou n'est considéré comme un élément individualisé que grâce à un observateur qui, traçant les limites de ce qui appartient à cet objet, lui assigne une singularité. Pour être objet de l'univers, il faut être objet du discours d'un observateur.

Certes les hommes ne sont pas les seuls observateurs mais ils sont seuls capables, par exemple, d'aller au-delà de la constatation que des éléments brillants se déplacent dans le ciel. Leur « discours » les nommera astres. En effet par cette constatation tout objet est une création, d'abord de borborygmes alliés à un geste, tous deux échangés entre des êtres (pré)humains. Ensuite, sur des centaines de millénaires d'évolution, il y a une progressive émergence du discours articulé entre eux. Le « entre eux » est la clé de la conscience humaine. Celle du je à la pensée auto-réflexive : je pense, donc je suis. Et donc j'existe ; et surtout, je le sais, j'en ai conscience, la perception auto-réflexive ! Tout objet est une création du discours humain. Sans les hommes, le monde ne serait qu'un continuum sans structure. Et surtout, je dis-je  parce que d'autres m'ont dit tu, dans une réciproque dialectique. C'est cela l'humain. Il faut qu'il y ait un nous pour qu'il y ait un je. Et même, il faut qu'il y ait au préalable un univers d'objets singularisés par un groupe d'hommes.

2.  Ceci étant acquis, passons au Discours de la méthode. Rappelons-nous qu'il fut précédé des discours de Vinci, Copernic, Bruno, Galilée, Brahé, Képler et de tous les sapiens, ensemble, avant eux. Mais aussi, ensemble, après eux. Voici donc la méthode en quatre points et la conclusion du Discours. Il est assez maladroitement adapté en langage d'aujourd'hui (caractères non italiques et non gras), mais cela devrait nous permettre de le comprendre plus directement et peut-être avec plus de justesse :

            ainsi, au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique scolastique est composée, je crus que j'aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.
            Le premier (règle de l'évidence ou des faits avérés) était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse comme vraie pour ce qu'elle m'apparut d'emblée être telle ; c'est-à-dire d'éviter soigneusement toute conclusion hâtive sans examen suffisant, tout comme la prévention et tout préjugé ou idée d'autorité, et de n'inclure rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute (fait avéré).
            Le second (règle de l'analyse qui décompose le complexe en éléments simples, clairs et distincts), de diviser chacune des difficultés que j'examinerais en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour les mieux résoudre.
            Le troisième (règle de la synthèse ou induction), de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître (notamment ceux qui sont connus par l'évidence des faits), pour monter peu à peu comme par degrés jusques à la connaissance des plus composés, et supposant même de l'ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres (Descartes postule que tout objet de connaissance est rationnel et comporte un ordre).
            Et le dernier (règle des dénombrements, des recensements, de la prise en compte ou des précautions à prendre à titre de vérification), de faire partout (aussi bien dans l'analyse que dans la synthèse ou induction) des dénombrements (précautions de vérification ou passage au tamis de critères de pertinence par rapport à la question en étude) si entiers (par la considération de tous les éléments un à un) et des revues si générales (cohérence de l'ensemble), que je fusse assuré de ne rien omettre (de pertinent et juste suffisant parmi les faits par rapport à la question).     

            Ces longues chaînes de raisons, toutes simples et faciles, dont les géomètres ont coutume de se servir pour parvenir à leurs plus difficiles démonstrations (en fait « monstration » ou induction ; ce mot n'existait peut-être pas mais veut actuellement dire l'inverse de dé-monstration), m'avaient donné occasion de m'imaginer que toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes (reconnaissance de notre finitude) s'entresuivent en même façon. Et que, pourvu seulement qu'on s'abstienne d'en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit (effectivement), et qu'on garde toujours l'ordre qu'il faut pour les déduire (en fait, induire !) les unes des autres, il n'y en peut avoir (de questions, d'objets) de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne, ni de si cachées qu'on ne découvre.

On reconnaît ici la démarche philosophico-scientifique de recherche de connaissances authentiques. Elle est aujourd'hui souvent négligée et donc souvent rappelée dans nos assemblées. La voici :

  Mise à l'écart de toute prévention, préjugé, vue de l'esprit ou hypothèse à laquelle on se tiendrait résolument jusqu'à preuve factuelle de son invalidation ou « falsification » (démarche à la K. Popper, par opposition au « Hypothesis non fingo. » cartéso-newtonnien (« Je ne fais pas d'hypothèse. »).

  Recherche de tous les faits avérés, pertinents et juste suffisants (passés au crible ou tamis des  critères de pertinence et de suffisance), utilisés afin d'expliquer l'objet dans la troisième phase ci-après.

  Induction : recherche rationnelle (seul élément de spéculation de la démarche, mais sur ces seuls faits précédemment passés aux cribles) et énonciation du principe général explicatif de l'objet.

  Ce principe explicatif ou loi générale permet ensuite de déduire, ou expliquer des cas particuliers. Si dans cette opération le principe ou loi est invalidé – apportant ainsi un ou des faits nouveaux et, par là, le principe étant transformé en erreur devenant prévention si elle est maintenue (méthode de Popper écartée au point 1°) – il doit être soumis à la démarche décrite ci-avant.

Qu'attendons-nous pour essayer d'appréhender et sans cesse appliquer cette démarche? Plutôt que de nous laisser porter à agir et penser à tort et à travers.

Sans doute préférons-nous nos opinions et excès. Ils nous divertissent souvent plus que le don amical mais rude de l'ami Descartes : une démarche et une méthode visant à conduire notre raison pour tenter de découvrir des connaissances authentiques (philosopher). Mais gare aux troubles qui naissent de l'étourderie d'ignorer ce rude camarade. Ou son ami Epicure qui nous prévient des troubles des personnes, certes, mais aussi de ceux que l'on voit aujourd'hui partout sur nos places, terrasses, cafés et brasseries. Et même et surtout jusque dans nos Etats, entreprises et maisons.

dimanche 23 février 2020

Sujet du Merc. 26/02/2020 : PEUT-ON APPRENDRE A MIEUX VIVRE ET A MIEUX ETRE ?


   PEUT-ON APPRENDRE A MIEUX VIVRE ET A MIEUX ETRE ?

Voilà un thème où la philosophie peut vraiment nous répondre et nous être utile !
Les Grecs nous ont conseillé de « penser mieux pour vivre mieux ». Pour Epicure la philosophie nous aide à interpréter nos tourments et nos désirs confus. Celui qui prétend qu’il n’est pas encore prêt pour la philosophie ou au contraire qu’il est trop tard pour lui est semblable à celui qui croit qu’il est trop jeune ou trop vieux pour le bonheur !

« S’élever au-dessus des contingences extérieures » nous souffle Socrate. Il faut avoir la lucidité de voir le monde tel qu’il est et après tenter d’élaborer une éthique, une règle de vie qui oriente notre action. Pour Socrate c’est mettre à l’épreuve les idées reçues, les mettre à l’épreuve de la raison. Donc la nécessité de s’appuyer sur de solides connaissances qui reste le seul moyen de dépasser nos passions.
La démarche philosophique nous permet d’aller mieux mais aussi de devenir meilleur parce qu’elle remet sans cesse en question nos façons de penser et d’agir. Elle nous propose le doute.

La fonction critique conduit à une quête perpétuelle de la connaissance et nous libère des préjugés et des croyances.

Apprendre à être lucide donc savoir prendre du recul.
Et pour mieux vivre et mieux être, une solution apprendre à mieux penser ! Et pour mieux penser il est indispensable d’aimer la vie. D’abord pouvoir s’émerveiller de l’infiniment petit qui contient le tout dans un atome ou une cellule.
Il faut jouir pleinement: savoir saisir le meilleur de l’instant pour ne pas gâcher sa vie d’inutiles tourments. Le bonheur est accessible maintenant et ici. Etre capable de se satisfaire de ce que l’on a et d’abord de VIVRE : le bonheur et le mystère d’exister. Alors apprendre à savoir vivre en visant la volupté et en dédaignant la tristesse.
Cette recherche du mieux vivre donc d’un certain bonheur consiste à se réconcilier avec le réel et à l’apprivoiser au présent.
Il faut ajouter à la connaissance et au savoir vivre la tolérance et le respect c’est-à-dire s’accepter tel qu’on est et accepter l’autre tel qu’il est. Ainsi Albert Camus nous dit : « pour se connaitre il faut s’accepter donc être soi-même. Ne pas s’accepter c’est devenir malheureux, semer le désaccord et rendre malheureux ceux qui nous entourent ».

« L’homme est désir et conscience » Spinoza. L’essence de l’homme est le désir d’être heureux, de bien vivre et de bien agir !
Pour mieux vivre l’homme doit se sentir libre, conscient de ses affects et de ses passions sinon il prend le risque de rester aliéné particulièrement s’il n’en connaît pas les causes. La libération devient possible par l’autonomie et  cette autonomie mène à la joie.

Descartes dit la même chose : « je fermerai mes yeux, je boucherai mes oreilles, j’effacerai même de ma pensée toutes les images des choses corporelles et ainsi m’entretenant seulement avec moi-même et considérant mon intérieur, je tacherai de me rendre peu à peu plus connu et plus familier à moi-même ».
« Bien faire et se tenir en joie » Spinoza
Il faut tenter de surmonter la tristesse et la haine qui est en nous. Surmonter ne signifie pas combattre. Dans l’éthique Spinoza nous propose de surmonter par la présence d’esprit, par la force de l’âme et l’apprentissage de la connaissance. L’éthique est un art de la joie pour entretenir les affects joyeux. La haine peut être vaincue par l’amour et la générosité.

« Si vous voulez que la vie vous sourit, apportez-lui d’abord votre bonne humeur »
« La satisfaction intérieure est d’abord ce que nous pouvons espérer de plus grand ».
Pour Albert Camus las 4 conditions du bonheur :
-La vie en plein air
-L’amour d’un autre être
-L’absence d’ambition
-La création

Ce concept de créativité donne la possibilité d’offrir à l’homme une valeur universelle et beaucoup de responsabilité puisqu’à partir de son intelligence et de ses capacités il peut créer le meilleur et ne pas capituler dans le chaos …
On peut alors se demander pourquoi tant de haine, tant de guerre, tant de souffrance, tant de tristesse
Sommes-nous capables de mieux penser pour mieux être ? Il en y va de l’avenir de la condition humaine.

 Il y a une nécessité de plus en plus essentielle de la connaissance de l’histoire, de la philosophie, de l’écologie pour savoir mieux partager et savoir mieux vivre ensemble. D’où l’importance primordiale de la pédagogie, de l’enseignement et de l’éducation afin de nous permettre de mieux penser.

Je terminerai par cette phrase de Samuel Beckett :
« Vivre c’est bien. Savoir vivre c’est mieux. Survivre c’est sans doute le problème des hommes de demain ».

dimanche 16 février 2020

Sujet du 19 février 2020 : "La bouffe vient d'abord, ensuite la morale" Brecht – Opéra de quat’sous -


                  "La bouffe vient d'abord, ensuite la morale" Brecht
                                                      – Opéra de quat’sous -

Quatre sous pour un opéra. Quatre sous pour cette forme de spectacle – art luxueux par excellence – Quatre sous pour ôter les apparats et avoir une scène théâtrale dépouillée, voici l’opéra de Bertolt Brecht et Kurt Weill attaquant au vitriol les valeurs d’une société naufragée.

Nous sommes en 1928, l’Allemagne jouit d’un essor artificiel fondé sur les prêts bancaires de l’étranger, un déficit commercial chronique et la liquidation physique, par le parti socialiste de l’époque (assassinat commandité par Ebert de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht) de toute opposition ouvrière. C’est la fin des « années folles ».
           
Dans cette lente agonie qui vit une spectaculaire inflation du Mark, c’est toute la société allemande qui part à la dérive. La crise des valeurs surgit sur la scène de Brecht comme dans le quotidien des allemands.     
Un an plus tard :1929 et la fragile Allemagne – entre autres - s’effondre.

Que valent donc nos si chères valeurs ? Au pic de l’euphorie, elles se vendent au prix fort. Au cœur de la crise, elles tombent à trois fois rien. Sous les ors illusoires du capitalisme triomphant et de la bienséance bourgeoise, grondent la misère, le malheur et la faim. Que monte ou chute la bourse, la vie se révèle sans fard – réduite à la survie….

Mais que viendrait donc faire une morale dans cette tempête ? Survivre est la devise. Ventre affamé n’a pas d’oreilles. Brecht dépeint une décomposition sociale.

L’Opéra de quat’sous se fonde sur l’affrontement entre un petit-bourgeois du crime aux grands airs, Mackie-le-Surineur, gentleman serial murder, et un grand-bourgeois de la truanderie, Jonathan Peachum, très respectable chef des mendiants. L’un vit du vol artisanal, l’autre de la charité industrielle. Mais expropriation ou imploration, extorsion physique ou morale, tous deux grappillent les miettes du grand banquet bourgeois – tout en reproduisant l’organisation capitaliste….

Il y a Mackie, le prince des voleurs et des maquereaux :  « Mesdames et messieurs, vous voyez devant vous l'un des derniers représentants d'une classe appelée à disparaître. Nous autres, petits artisans aux méthodes désuètes, qui travaillons avec d'anodines pinces-monseigneurs les tiroirs caisses des petits boutiquiers, nous sommes étouffés par les grandes entreprises appuyées par les banques.
Qu'est-ce qu’une passe partout, comparé à une action de société anonyme ? Qu'est-ce que le cambriolage d'une banque, comparé à la fondation d'une banque ? Qu'est-ce que tuer un homme, comparé au fait de lui donner un travail rétribué ? »
Il y a Peachum, le roi des mendiants : « Il faut que cela change. Mon métier devient impossible; il consiste à éveiller la pitié chez les gens. Il existe bien quelques trop rares procédés capables d'émouvoir le cœur de l'homme, mais le malheur est qu'ils cessent d'agir au bout de deux ou trois fois. Car l'homme possède une redoutable aptitude à se rendre insensible pour ainsi dire à volonté.

C'est ainsi, par exemple, qu'un homme qui en voit un autre tendre un moignon au coin de la rue, sera prêt, dans son saisissement, à lui donner dix pennies la première fois, mais la deuxième fois, plus que cinq pennies, et, s'il le rencontre une troisième fois, il le livrera froidement à la police.

Il en va de même des armes psychologiques. A quoi bon peindre avec amour les devises les plus nobles et les plus convaincantes sur les plus ravissants panonceaux ? Elles perdent tout de suite leur force de persuasion. Dans la Bible, il y a peut-être quatre ou cinq maximes qui parlent au cœur, quand on les a épuisées, on se retrouve sans gagne-pain.
 Tenez, par exemple, cet écriteau: « Donne et il te sera donné », depuis trois malheureuses semaines qu'il pend ici, il ne fait plus aucun effet. Le public veut toujours du nouveau. Évidemment, je vais encore mettre la Bible à contribution, mais combien de temps cela suffira-t-il ? ! En cinq minutes, je fais de n'importe qui une épave si affligeante qu'un chien fondrait en larmes en le voyant. Que voulez-vous que j'y fasse, si ça ne fait pas pleurer un homme
».

La désintégration du peuple en tant que classe, son émiettement en voyous, maquereaux, mendiants, putains, dealers, braqueurs, assassins ; ne doit pas nous étonner.

Si les lois sont l’instrument de quelques-uns pour asseoir leur domination et non l’expression d’une règle à la validité absolue, la révolte est normale. Mais il ne faut pas attendre de comportement moral de la part de ceux qui n’ont pas le nécessaire pour vivre.
           
Ce qu’on appelle « l’ordre moral », que seule sa durée a transformé en quelque chose qui serait intangible, n’est pour Brecht, que la preuve de l’habileté des oppresseurs qui sont parvenus à le faire reconnaitre par leurs victimes mêmes comme sacré pour mieux asseoir leur domination.

Il faut alors décrypter ce monde où faux mendiants et vrais bandits sont manipulés par bourgeois et forces de l’ordre, et en appeler à le transformer :        

« Qu’est-ce que le cambriolage d’une banque comparé à la fondation d’une banque ? », interroge Mackie.
           
Truands, mendiants, policiers et prostituées forment au fond un seul et même monde, guidé par un seul et même principe – la survie par le profit, sans foi ni loi.

 « Beaux Messieurs, qui venez nous prêcher de vivre honnête et de fuir le péché, Vous devriez d'abord nous donner à croûter. Après, parlez : vous serez écoutés.       Vous aimez votre panse et notre honnêteté, Alors, une fois pour toutes, écoute z:      
Vous pouvez retourner ça dans tous les sens, La bouffe vient d'abord, ensuite la morale.     
Il faut d'abord donner à tous les pauvres gens Une part du gâteau pour calmer leur fringale
. »
Conclusion de ce spectacle réjouissant : « Ne jetez pas la pierre sur les opprimés » (Opéra de Quat’sous).

dimanche 9 février 2020

Sujet du Merc.12 Fev. 2020 : ENSEIGNEMENT OU EDUCATION ?

ENSEIGNEMENT OU EDUCATION ?

« C’est à la maison que votre enfant doit apprendre les mots magiques : bonjour, bonsoir, s’il vous plaît, est-ce que je peux, pardon et merci beaucoup ».

En janvier dernier, des enseignants suédois (quelque peu excédés comme on peut l’imaginer) se sont permis de poster sur Face book ce petit « rappel » à l’attention des parents d’élèves, non sans une touche de remontrances. Soit un petit rappel qui relève de l’évidence. En tout cas pour moi. Évidence qui ne semble pas être partagée ou du moins qui semble avoir été oubliée pour certains. Et vous ?

« Ici, à l’école, nous lui apprenons les mathématiques, le portugais, l’histoire, les sciences, la géographie, l’anglais et l’éducation physique et ne faisons que renforcer l’éducation que votre enfant a reçue à la maison »
Le post n’a pas tardé à être relayé sur l’ensemble de la toile, ce qui a bien sûr alimenté -pour ne pas dire envenimé- un débat déjà délicat : quelle est la véritable posture d’un enseignant ?
  • Un transmetteur de savoirs et de connaissances ? Pas uniquement
  • Un expert disciplinaire ? De moins en moins alors que la transdisciplinarité est à l’œuvre dans les formations professionnelles, mais remise en cause dans l’élaboration des programmes et des emplois du temps scolaire
  • Un éducateur social ? Mais ces jeunes professionnels n’ont pas forcément « signé » pour ça, ou n’en ont pas vraiment eu conscience. Reste encore à savoir comment ces futurs enseignants conçoivent effectivement leur « vocation » professionnelle.

Et qu’en est-il alors de leur formation à éduquer convenablement et pertinemment ces élèves, au delà d’une transmission de connaissances ?

Comment désigner et expliquer cette situation en France ?
Certains prendront le chemin de la facilité en dénonçant une « crise de l’éducation en France » sans vraiment l’expliciter, ni la dénouer, comme nouveau symptôme de lassitude.

D’autres accuseront d’emblée le Ministère de l’Éducation Nationale qui « a tué l’enseignement public à coups répétés de réformes », selon une opinion que je ne cesse d’entendre personnellement sous différentes formulations.

Les uns rejetteront la faute en masse sur le corps professoral ou sur la médiocre formation qui leur serait réservée.

Les autres admettront que les parents ont pris de mauvaises habitudes, et délaissent entièrement ou partiellement l’éducation de leurs enfants aux maîtres et maîtresses d’école.     

Voilà une situation bien délicate et inquiétante alors qu’on ne cesse de prôner toujours plus l’éducation comme une arme d’empowerment, comme bouclier contre l’incivilité et la radicalisation.

 Et que dire de l’image du professeur : admiré et respecté par ces parents d’élèves auparavant ; aujourd’hui en conflits avec ces derniers, et à la merci du regard de la société, réduit à un simple « fonctionnaire fainéant, toujours en vacances, au service de l’instrument politique et responsable de l’uniformisation et de l’alignement des petits français sur un seul modèle, comme coulés dans le moule de l’école Républicaine » (je n’ai pas inventé ces propos, je les ai entendus pas plus tard qu’hier soir).

1979 : depuis quelques années, une réforme des programmes d’histoire peine à s’instituer. A l’école primaire, les activités d’éveil ont remplacé les cours disciplinaires et, dans le collège unique à peine naissant, le ministre René Haby tente de faire admettre un enseignement de sciences sociales qui mêle histoire, géographie et économie. L’association des professeurs d’histoire-géographie s’alarme dès 1976 de cette dissolution disciplinaire. C’est le rôle d’une association corporatiste d’exercer une vigilance sur les changements d’une discipline.

En octobre de la même année, Alain Decaux, féru d’histoire, fait une conférence à Vichy. Ses yeux croisent ceux d’une auditrice : «  C’était à Vichy. Au grand casino. Je venais de prononcer une conférence ; parmi les habituelles vieilles dames qui dans ces sortes d’affaires viennent féliciter le conférencier, j’aperçus une jeune femme qui, sans hâte, attendait son tour. Charmante, quand elle souhaita s’entretenir avec moi, je dois avouer que je ne me suis pas fait prier ». 

A la romance se mêle ensuite la tragédie d’une révélation : « Monsieur, mes élèves viennent en classe d’histoire comme ils iraient à l’abattoir » lui annonce la dite « charmante » jeune femme.



dimanche 2 février 2020

Sujet du Merc. 5 Février 2020 : Se dirige-t-on vers la marchandisation de l’Education ?


        Se dirige-t-on vers la marchandisation de l’éducation ?

Dans un environnement changeant et imprévisible, l’apprentissage constitue la condition de la survie d’une espèce. D’une façon moins utilitaire, l’apprentissage est, entre bien d’autres choses l’une des clés de la compréhension du monde, de soi et de notre place dans le monde. C’est aussi l’apprentissage d’un savoir-faire pratique. L’étymologie du mot apprendre provient du latin appréhende qui signifie saisir ou prendre. Cependant, l'étymologie ne paraît nous livrer qu'un aspect tronqué de ce que signifie apprendre. En effet, apprendre c'est certes acquérir une connaissance ou un savoir-faire, mais c'est aussi enseigner, c'est-à-dire faire acquérir une connaissance ou un savoir-faire . Cette relation réciproque s’observe dans l’éducation scolaire entre celui qui enseigne, le professeur et celui qui apprend, l’élève. Mais alors qu’en disent les philosophes ?


L’Education pensée par quelques philosophes

Pour Platon, L’éducation doit rendre l’homme meilleur et l’amener à penser par lui-même. Platon part du principe que pour apprendre, il faut d’abord « désapprendre », s’affranchir de nos opinions et inclinations pour s’éveiller à ce qu’il appelle la Réalité et le Vrai. Il faut apprendre à aller au-delà des apparences.

Aristote considère que l’homme heureux est un homme éduqué et que seul l’homme vertueux peut être heureux et seule l’éducation permet d’acquérir la vertu. Ce n’est que par l’éducation que le bonheur devient accessible. Ainsi, le bonheur s’enseigne.

Rousseau, dans l’Émile et de l’éducation s’attache à la liberté de l’enfant, il considère alors que le rôle de l’éducateur ou des parents n’est pas d’instruire l’enfant, mais de le guider. L’enfant s’instruit par lui-même en regardant la nature. Il est important qu’il apprenne à se débrouiller seul, ainsi deviendra-t-il un homme libre et autonome.

C’est également par le chemin de liberté que Kant justifie le dessein de l’éducation. Pour lui, L’éducation a précisément pour but de conduire l’homme vers sa propre humanité. Elle lui permet de faire l’apprentissage de la liberté

Une relation intime entre l’Éducation et le marché

Il pourrait bien y avoir autant d’écoles que de thèses philosophiques sur l’Éducation qui, même si elles se rejoignent ou se complètent, peuvent aussi diverger. Mais quand l’on quitte le monde des pensées et que l’on met l’Éducation scolaire en perspective dans nos sociétés contemporaines, on peut dresser un constat majeur : aujourd’hui, Les institutions scolaires et les services liés à l’enseignement émanant du privé, détenus par des entreprises, se multiplient à travers le monde.

L’Éducation est alors progressivement considérée « comme une marchandise, un bien privé, un produit se faisant le reflet du statut social ; autrement dit, tout le contraire d’un bien public et sociétal » .        
Le service public de l’éducation est en danger, et avec lui, la démocratie et la cohésion sociale. L’éducation serait-elle donc en train de perdre son essence même ? Peut-être, mais ce n’est pas une satire de notre société sur laquelle j’aimerais faire porter langues et regards, mais bien sur un renversement de valeurs, celui du caractère devenu prioritairement marchand et fonctionnel de l’école et non plus celui uniquement d’éclairer l’Homme et de le guider vers les chemins de la connaissance, du savoir-faire et bien évidemment de la philosophie. Alors essayons d’étudier le rapport intime qu’entretiennent aujourd’hui l’école et marché.   

Les preuves attestant de l’inefficacité de l’application d’une logique de marché au sein des services éducatif ne manquent pas. L’OCDE démontre que de cette logique mercantile découle une diminution de la moyenne des résultats scolaires, un affaiblissement de la capacité d’apprentissage et une augmentation des inégalités. Malgré ces évidences, le démantèlement de ce service public fondamental va de bon train, et ce avec la complicité de la plupart des gouvernements.

La marchandisation de l’éducation est un phénomène en extension et prend de multiples formes

« La marchandisation se définit comme la transformation de l’éducation en un produit marchand source de profit. Elle est un processus insidieux aux formes multiples qui touche à la fois les secteurs de l’éducation formelle et non formelle. Il se traduit par le développement d’entreprises commerciales pour le soutien scolaire, des coachings d’orientation scolaire, la production de soi-disant « kits » prêts à penser contre la dyslexie, la dysorthographie ou encore le développement de logiciels numériques dits « éducatifs »… ».
Cette tendance s’étend au monde entier, et la crise dans laquelle l’économie des États européens et nord-américains, entre autres, est plongée depuis 2008 ne fait qu’encourager ce grignotage par le privé d’un secteur public dépecé par des années d’austérité.
« Il existe un vaste éventail de pressions (du privé) sur l’éducation, qu’elles viennent d’entreprises privées, notamment dans le secteur de la recherche universitaire, des fondations, qui ne subventionnent que ce qui leur rapporte ou répond à leurs attentes ».
D’importantes conséquences
-          L’augmentation des inégalités à travers le manque d’accès à une scolarité de base, les frais d’inscription devenant le principal obstacle à la scolarisation des enfants ;
-          La « standardisation des pratiques et des méthodes pédagogiques » [6]. à travers le développement des écoles « low cost » dont le principal objectif est de faire des économies d’échelle en rationalisant l’offre au maximum ;
-          La place de plus en plus grande accordée aux partenariats avec le privé pour le financement de l’éducation, les entreprises du numérique acquérant une emprise croissante sur ce secteur, y compris en ce qui concerne les contenus pédagogiques et les méthodes d’enseignement.

dimanche 26 janvier 2020

Sujet du Merc. 29 Janv. 2020 : LA PHILOSOPHIE : POSER DES QUESTIONS OU DONNER DES RÉPONSES ?


LA PHILOSOPHIE : POSER DES QUESTIONS OU DONNER DES RÉPONSES ?


Le fait de  poser des questions n’est pas propre aux philosophes. On pourrait même dire que « poser des questions » est une des caractéristiques de l’homme . Mais le corollaire immédiat c’est que si l’homme pose des questions ce n’est pas (de manière générale) pour en rester là. Il cherche une réponse et parfois arrive à formuler une réponse appropriée.

Depuis l’apparition des cafés philosophiques et d’une certaine philosophie dite « post-moderne » il est devenu quasiment honteux de donner des réponses à des questions philosophiques. Seule la science aurait la capacité à donner des réponses (provisoires pour certaines) car s’appuyant sur l’expérimentation et le fait qu’on puisse répéter des processus dès lors qu’on en a démontré la cohérence.

Cette attitude honteuse qui revient à dire que la philosophie n’a pas à donner de réponse ne doit elle pas être questionnée à son tour ?

Il y a toutes sortes de questions. Mais sont-elles toutes à portée philosophique ? Dieu existe-t-il ?  Ou encore, qui est le premier de la poule ou l’œuf ?, peut on répondre à ces deux questions ?  Les théologiens probablement, la philosophie idéaliste aussi au sens ou la réponse est une pure spéculation.
Stricto sensu il n’y a pas de réponses possibles hors la position dogmatique ou le choix binaire qui n’influent de toute façon pas sur le réel. Comme le dit M. Onfray : «Seuls les débats théologiques chrétiens, puis la scolastique affirment que l'exercice de la pensée vaut comme tel, à la manière d'une pure gymnastique intellectuelle séparée du réel. » ( M. Onfray).
Probablement avons-nous oublié ( ou nous a-t-on aidé à l’oublier !)que  : « la philosophie est aussi un art, ce qu'elle a été pendant une dizaine de siècles dans la période antique grecque et romaine, avant l'arrivée puis l'hégémonie du christianisme sur le terrain des idées. Art de penser et de vivre, de vivre pour penser et de penser pour vivre » M. Onfray
Vivre, pour les êtres humains, est en effet – in fine -  un problème de réponses concrètes à des situations concrètes.
Une partie du questionnement est purement métaphysique : pourquoi manger ?, pourquoi aller à l’école ?, Pourquoi suis-je en vie ? . La métaphysique est la spécialiste des  questions qui ne peut avoir que des réponses qui la satisfasse. Pendant que je vais disserter sur le fait de savoir pourquoi je suis en vie un temps infini peut s’couler jusqu’à …. Ma mort.

Ce type de questionnement sur le POURQUOI a le grand avantage de suspendre l’action. Et c’est bien là le but de toute métaphysique dont la question majeure continue à tarauder les spéculateurs : « pourquoi tout plutôt que rien » Leibnitz. On peut encore en parler d’ailleurs !
C’est une toute autre affaire de poser systématiquement la question du COMMENT et de s’en tenir à cette ligne. En fait nous revenons là à la source de la philosophie, comment diviser ce champ ?, comment prévoir de manière certaine les marées, une éclipse ? Comment accéder au bonheur ?  Ce furent parmi les premières questions de premiers philosophes.
Prenons la question du bonheur ou de la « vie bonne », si on la pose métaphysiquement : « pourquoi le bonheur ? » cela peut conduire à formuler des réponses qui vont permettre de rater l’essentiel : la réalisation effective du bonheur. Alors que la question : « Comment le bonheur ? » nous implique totalement dans une action. Notre bonheur dépend à la fois de nous et à la fois ne dépend pas seulement de nous. Pour que l’action se produise, pour que le bonheur se réalise – in concreto -  il faut un double oui ; c’est une question de vouloir et de pouvoir. Est-ce que je veux le bonheur et il faudra que j’agisse, est ce que peux, est ce que j’ai les moyens pour accéder au bonheur? Si le constat et NON, et bien si je veux quand même accéder au bonheur il faudra que, à nouveau j’agisse et que par ma pratique je me donne les moyens d’y accéder.
Ainsi la « prudence » de certains philosophes ou amateurs de philosophie, ne serait elle pas la résurgence de cette posture « d’avoir les mains propres car …..on n’a pas de mains » ? Le fait de craindre les réponses, de poser des questions univoques, qui amènent à des spéculations pures  ne serait il pas aussi une certaine paresse face à tout processus de connaissance c'est-à-dire à toute volonté de se transformer soi-même.
En effet poser la question du COMMENT oblige à utiliser des méthodes de pensée, de disposer d’outils intellectuels, de vouloir accéder à des domaines de connaissances, de faire des efforts. Discuter du sexe des anges peut être un doux divertissement, mais comprendre comment certains alors qu’ils organisaient la traite négrière, et les buchers de l’inquisition, pouvaient s’y adonner, nous renseigne certainement plus sur une certaine idée de l’homme.
Discuter de la démocratie, de la pollution, de la misère, peut aussi être sans fin (fins). « Pourquoi la démocratie ? » : parce que c’est le meilleur des régimes politiques ! ( les plus habiles diront le moins mauvais ). Mais : « Comment la démocratie ? », comment la réaliser concrètement dans ce monde ou des millions d’êtres humains voient leurs vies basculer au nom de la démocratie ( droit d’ingérence ... ), comme hier au nom de dieu tout puissant ?
« Pourquoi la pollution ? » parce qu’on est trop nombreux et que l’homme est un loup pour l’homme ?  Mais « comment la pollution ?», qui pollue, vous, moi ?  Monsanto, Total, Rhône Poulenc ? et au nom de quelle vision philosophique de l’homme ?
« Pourquoi la misère, », parce que nous devons passer dans ce monde « comme dans une vallée de larmes » et que certains sont destinés à y rester plus longtemps que d’autres ?. Mais « comment la misère ? », par quels mécanismes des couches de population entières des peuples entiers hier debout, en sont réduits à survivre avec la famine et la maladie en prime ?
Si un des rôles de la philosophie et des philosophes est de poser des questions, comme tous les hommes le font. La fonction de ceux que la philosophie attire ne serait elle pas d’apprendre à poser les bonnes questions et chercher ensemble non point les bonnes réponses, mais bien les outils méthodologiques qui pourraient permettre aux autres hommes de se passer de toute spéculation ?
«  Nous ne sommes pas pour que dans un monde désorganisé les intellectuels se livrent à la spéculation pure…Nous sommes pour que les intellectuels entrent eux aussi dans leur époque ; mais nous ne pensons pas qu’ils puissent y entrer autrement qu’en lui faisant la guerre. La guerre pour avoir la paix »    A. Artaud

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