vendredi 22 mai 2015

Sujet du Mercredi 27 Mai : Sans ?



                                                 SANS ?

La bouffe c’est comme la philo. C’est vrai, au fond il nous faut bien « penser ». Qu’il le veuille ou pas l’homme pense. Le veilleur de nuit et Kant pensent.

Il y en a qui pensent comme quand on se fait un MacDo. D’autres qui préfèrent penser qu’il faut impérativement  s’abstenir de manger du MacDo. Cet impératif là ne nourrit pas son homme, certes, mais à y regarder de plus près obéit à la règle (il en faut !) de « évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé ».

Éviter les excès en tout genre est un gage de « vie bonne », nous assure Épicure. Et il en connaissait un bout lui qui disait par ailleurs « tout vient du ventre ». Remarque frappée du bon sens : sans alimentation ni de boisson point de vie, donc point de pensée.
L’état et ses services sanitaires, veillant sur les hommes mangeant-pensant, ont voulu lui éviter les désagréments d’une nourriture qui était devenue dangereuse. Non que les hommes mangeassent n’importe quoi dans des conditions hygiéniques dégradées…. Que nenni !

En fait depuis plus un siècle environ l’homme occidental ne sait plus faire pousser des salades ou tuer un lapin. L’éducation nationale et la SPA ont réussi à faire sortir les gens de leurs jardins et autres poulaillers pour les amener peu à peu à habiter des poulaillers … sans jardin. Le jardin s’appelle Supermarché. Et c’est Monsieur Supermarché qui tue les lapins.
(Heidegger y voyait là un de ces progrès techniques qui avait perverti l’âme humaine. Auschwitz n’étant, pour lui, que l’extension, à une population donnée, du concept de supermarché = « fabrication de cadavres »).
Si les hommes ont désormais les mains propres (pas de terre ni de sang sur les mains) – Quoiqu’en pense Mr Sartre,  quelqu’un doit veiller à ce qu’ils mangent, car, rappelons-le, l’homme pense !       

Et c’est une tâche difficile. Notre époque le montre parfaitement. L’état et ses services sanitaires veillent à notre santé. D’abord on a arrêté le nuage de Tchernobyl juste au dessus des Alpes (les suisses et les italiens ont tout gardé). Aujourd’hui, grand paradoxe philosophico-nutritionnel (apparent, comme tout paradoxe philosophique), on retire des éléments de nos aliments tout en conservant leur masse et leur prix (ici git le paradoxe !). Désormais on nous donne du « sans » (à défaut de nous fournir du sens, qui semble – pourtant - être le but premier de la philosophie –.
Tous les consommateurs ne sont pas des philosophes, il est vrai – Mais est ce une raison suffisante pour ne point s’interroger ?).
Nous nageons dans l’absence : sans paraben, sans gluten, sans huile de palme, sans lactose, sans sucres, sans gras, sans sel, sans dioxine, sans caféine, sans aspartame, avec 0 calories ….

Que nous reste t il ? :  Des ersatz ? Du minerai de cheval ? Des abats lyophilisés ? Des placebos ?
Et malgré cela, malgré tous ces « sans » qui, logiquement, devraient donner du « moins », nous sommes toujours plus … gros. Au point que c’est devenue une maladie : l’obésité. Comme dirait l’autre : il y a un malaise dans la civilisation. Obèses au Nord, rachitiques au Sud.

A moins que, sortant le nez de nos assiettes afin de voir l’horizon, ce qui est déjà une certaine forme du « penser », nous réfléchissions à d’autre « sans », d’autres absences : les sans emploi, les sans domicile fixe, les sans papiers ….. Mais nous voilà à nouveau confrontés à un autre paradoxe tous ces « sans » ça fait du « plus » : plus d’employés à Pôle Emploi, plus de concerts de soutiens aux pauvres, plus de restos du cœur, plus de bons sentiments et qui plus est on recycle la marchandise périmée vers les pauvres. Mr Supermarché a décidé que les dates de péremptions étaient sans effet sur les corps des pauvres.

Notre société  exalte le « toujours plus », qui se manifeste - sous sa forme extérieure - par l’obésité que nous évoquions plus haut. Forme extérieure, car au fond (sur le fond), que reste t il de nos corps et de nos pensées après un lavage d’estomac sans sucre, sans sel, sans lactose, sans calories ; sans abri, sans travail, sans identité ?

Un Président aurait dit qu’il se méfiait des « sans-dents » ; déjà un roi avait dit qu’il se méfiait des « sans-culotte ». Ils avaient raison. La stabilité politique ne peut reposer sur le dépouillement des gens mais quand il est trop tard faut-il s’étonner de perdre la tête ?. 

Si l’homme pense (présupposé philosophique) c’est que son corps le lui permet, que les conditions qui lui sont faites exigent qu’il pense. Un  grain de riz ou une miette de pain (avec ou sans gluten), pour tout repas, ça laisse à penser Et le problème est bien là. L’illusion ou le réel du « sans » qu’on nous vend pour notre bien c’est la porte ouverte à la réflexion. 

La réflexion est le contraire de la contrainte du « sans ». C’est la libération de la recherche du sens. Et elle ne se construit  qu’avec des …. « avec ». Avec l’autre, les autres, la nature, le travail, la recherche ….
Les hommes ont toujours dû faire « avec ». Ils sont même devenus hommes en s’appropriant des techniques et des savoirs, confrontés qu’ils étaient à une nature qu’ils apprirent à domestiquer. 

A nous de poursuivre ce processus. Il va falloir faire avec !


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