lundi 12 août 2013

Sujet du mercredi 14 Aout 2013 : Toute morale conduit-elle au fanatisme ?



TOUTE MORALE CONDUIT-ELLE AU FANATISME ?
Le terme fanatique vient du latin « fanaticu » construit à partir du mot « fanum » qui signifie temple. A l’origine cela n’avait aucun sens malveillant puisqu’il désignait un prêtre du culte de Bellone, devin inspiré. Il s’agit de quelqu’un qui se croit, inspiré par l’esprit divin. Paradoxalement c’est Bossuet, acteur de l’absolutisme religieux, qui, parmis les premiers, fustige le fanatisme. Il écrit dans son « Oraison de la reine d’Angleterre » : « les trembleurs (les quakers) gens fanatiques qui croient que toutes leurs rêveries leur sont inspirées ».               
Avec les philosophes des lumières, le fanatisme apparaît comme une aversion de la raison, de l’esprit philosophique, comme une passion irrationnelle, un clivage impossible à combler entre l’usage de la raison et l’excès émotionnel caractérisant le fanatisme.        
Le fanatisme devient l’un des mots clefs du XVIII siècle. « L’encyclopédie » lui consacre pas moins de 17 colonnes : « un zèle aveugle et passionné qui nait des opinions superstitieuses et fait commettre des actions ridicules, injustes et cruelles non seulement sans honte et sans remords, mais encore avec une sorte de joie et de consolation »
Le combat de la tolérance contre le fanatisme fait rage, à l’image de Voltaire. « une folie religieuse sombre et cruelle : c’est une maladie qui se gagne comme la petite vérole ». Pour combattre « ces crimes de l’intolérance » l’accès aux évidences d’une raison naturelle et les principes universels de la morale est nécessaire. 
Aujourd’hui, le fanatisme fait référence à une véritable religion de la mort qui prône la fatuité et le non sens de la vie terrestre, revendiquant la réalité d’une vrai vie, post mortem.               
Le concept même de Morale conduit-elle au fanatisme ou seulement certaine définition philosophique de celle-ci ? Pour cela rappelons brièvement quelques approches principales de la morale.      
La morale, du latin « mores » mœurs et plus précisément « moralis » relatifs aux mœurs chez Cicéron qui traduit « éthos » en grec d’où sera tiré éthique. La frontière étymologique entre morale et éthique est donc mince mais fera l’objet peut être d’un autre débat. 
En définition générale de la morale nous pouvons trouver: Science du bien et du mal, théorie de l’action humaine en tant qu’elle est soumise au devoir et a pour but le bien. Ensemble des règles d’action et des valeurs qui fonctionnent comme normes dans une société. En philosophie la notion de morale aborde la théorie des fins des actions, de l’existence de l’homme afin de déterminer les conduites des individus.          
- La morale du plaisir : Epicure identifie le bon à l’agréable        
- La morale stoïcienne : La vertu et non le plaisir. Seule la vertu compte car ce qui ne dépend pas de nous est moralement indifférent. Seul ce qui dépend de nous peut être bien ou mal.             
- La morale du devoir : La morale définie le bien comme la réalisation du devoir. C’est le pur respect de la loi. C’est une morale répondant aux exigences de la raison. C’est la morale de Kant. De plus chez Kant, c’est une morale d’intention. C’est la valeur morale des actions qui compte et non leur résultat.       
- La morale provisoire : Pour Descartes, doutons avant d’agir, cependant comme l’action n’attends pas il faut une morale provisoire « obéir aux lois et coutumes du pays » en attendant l’élaboration d’une morale personnelle fondée sur le bon sens.    
- La morale de l’intérêt : Définition du bien par le bon, repossant sur l’intérêt commun comme agrégation des intérêts individuels. Morale selon Durkheim.    
Autres distinctions intéressantes:          
La morale acquise : par la religion, la société, la culture, l’éducation. Appropriation de règles extérieures comme règle intérieure. Freud l’a nomme « surmoi » par les interdits posés par les parents. L’éducation est là notamment pour acquerir une conscience morale où la société conditionne cette éducation. C’est la morale faite d’interdits. Cela suppose l’existence du désir du mal               
La morale innée ; Rousseau, la morale comme instinct divin, immortel et céleste dans « Emile » : morale voix mise en l’homme par Dieu.        
Après ces précisions, tentons de retourner à notre débat.        
La notion de morale chez Kant à la fois acquise et inné comme possibilité de norme universelle, est acquise au sens où dans un premier temps elle est quelque chose de transmis et d’imposé par l’éducation. Mais parvenu à l’âge adulte, tout à chacun est en mesure de penser par soi-même et d’utiliser à cet effet, sa raison. Ainsi si chacun fait l’effort d’utiliser cette raison alors chacun trouvera des critères et des principes moraux universels, qui sont les même pour tous, valables pour tous et qui déterminent le bien. La morale est « a priori », tirée de la seule raison et qu’elle est à ce titre universelle et nécessaire.       
Ces principes moraux universels tirés de la raison sont au nombre de trois : universalité,respect de l’homme et principe d’autonomie. Dans cette reflexion Kant justifie l’exigence morale elle-même et renforce par une fondation sérieuse la moralité afin de garantir l’harmonie entre les hommes. Tout ceci se base sur sa conception d’une réelle autonomie de la volonté. La compréhension de la morale se libèrerais de la religion, de tout dogme, de tout fanatisme ?
Mais alors quand est il du fanatisme qui s’est imposé pendant la sombre période de la Terreur au nom de la raison et de la liberté, souhaité par le peuple et la politique de la vertu des jacobins? L’accent fut mis sur une morale supposant aucun compromis, une exigence totale de pureté, une dévotion totale à l’idéal commun. Une foi inconditionnelle en des idéaux d’égalité, de fraternité et de justice ayant une signification universelle : un fanatisme moral ?
Le précepte évangélique "Ne jugez point" atteste d’une ancienne propension à "juger" autrui, ce qui permet de se blanchir. Le censeur s'érige en autorité. Juger moralement consiste à se réclamer d'un absolu pour séparer le juste de l'injuste. C'est donc se mettre du côté de l'absolu, ou mettre l'absolu de son côté, c'est-à-dire s'arroger abusivement la propriété du Bien, et donc trop souvent transformer ses intérêts propres en lois, en devoirs, en règles, en vérité et en Bien absolus. La morale est alors la ruse pour s'accaparer la force du juste : ruse dont le vrai nom est fanatisme, consistant à vaincre l'adversaire par le moyen détourné et fantasmatique des idéaux, des absolus. Ce fanatique moral, Nietzsche lui a donné le nom de faible, et même de "minable".
Donc, Nietzsche voit dans la moralité diffuse le résultat d’un abêtissement progressif de l’humanité.
Il appelait la morale la "Circé de l'humanité", sa séductrice perverse et morbide : en faisant miroiter des idéaux et des valeurs sublimes, elle discrédite implicitement ce monde-ci et sous prétexte de l'améliorer, permet ainsi d'en esquiver les obligations. La morale, refuge des contemplatifs, sert trop de tours d'ivoire pour vieux sages "hors service", "las de la vie», «chancelants sur leurs jambes".            
En adoptant les valeurs du « troupeau », l’individu renonce à ce que l’existence peut avoir d’exaltante. Les valeurs dominantes, celles qui fondent le conformisme, témoignent de l’influence du christianisme et de la mentalité « démocratique ». Cette obéissance  signifie rien d’autre qu’un asservissement à un idéalisme qui oublie les exigences du corps, de la joie et de la volonté de puissance. Il faut donc aller vers l’abolition de la morale, le rejet du« fanatique de la morale » à la Rousseau et «le connaisseur de l’homme des plus bornés », Kant.
Pour Baruch Spinoza dans son traité théologico-politique, il précise que ce que tu faisais dans un premier temps par obéissance ou crainte, il te reste à le faire librement, joyeusement. On passe de la morale à l’éthique. L’ensemble des devoirs et des interdits (la morale) n’est qu’une infime partie de l’art de vivre (l’éthique). Il faut la morale parce que nous naissons pas libre et l’éthique pour que nous ayons une chance de le devenir.
« C'est aux esclaves, non aux hommes libres, que l'on fait un cadeau pour les récompenser de s'être bien conduits."
Spinoza rejoint peut être là Nietzsche, pour qui la distinction commune du bien et du mal est un "asile de l'ignorance" de la part des humains qui se croient "un empire dans un empire" et se pensent libres de ne pas faire ce qu'ils condamnent :"Car les hommes sont conscients de leurs actions et de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent".


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