samedi 29 mars 2025

Sujet du Merc 02 Avril 2025 : Et si on parlait de rien ?

 

                                Et si on parlait de rien ?

Rien ce n’est pas grand-chose. Parfois c’est moins que ça. Au café philo nous parlons de tout et de rien. Reste à savoir si c’est séparément ou en même temps !

Et puis sommes-nous si sûrs que cela de parler de tout et de rien ? Après tout un café philo c’est fait pour parler de quelque chose : de philosophie.

La philosophie serait elle ni du tout, ni du rien ?

On pourrait tenter une définition de la philosophie à partir de ce constat d’évidence. La philosophie a-t-elle pour vocation a être un exercice de réflexion totalitaire (globalisant, enveloppant tous les champs de pensée) ? Ou bien est elle un exercice nihiliste qui déconstruit, décortique, anéanti toutes certitude, croyances … ?

Leibniz disait : « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?». Etrange question. Si on est quelque chose (un être humain par exemple), comment pensez le rien absolu, l’absence totale de tout ?

Le rien serait il un jeu conceptuel ? Une expression abstraite pour le non-existant ? Ni pensée, ni matière ?

Discuter sur le rien ne reviendrait il pas alors à une absence de discussion. ? Que serait une discussion où on essaierait de ne parler de rien ? Une page blanche pour un écrivain manchot ?

 

Pourtant ce soir c’est bien à cela que nous sommes conviés à nous exprimer ! « Et si on parlait de rien ».

Au fond nous avons une solution, faire comme si de rien n’était et parler de rien comme concept.

Nous l’avons dit ci-dessus, si la philosophie se contentait de parler de rien elle se lancerait dans un exercice nihiliste. Questionnons donc le nihilisme :

Si Dieu n’existe pas, tout est permis. Par ce biais, le nihilisme est une idéologie qui justifie un activisme politique qui peut verser dans le terrorisme. Mais il est aussi utilisé pour souligner le « néant » qui caractérise l’homme des temps modernes et que nombre de phénomènes accuse : « mort » de Dieu, mépris d’êtres humains gérés comme autant de « ressources », génocides et famines rationnellement organisés, vide d’une culture rabaissée au rang d’obscénités publiquement étalées. En deçà de ses manifestations historiques, le nihilisme provient d’une négation. Que nie le nihilisme ? Ce qui, de toute évidence, est. Nietzsche précise : « Les valeurs les plus élevées se dévaluent » . Ce qui était auparavant estimé, comme le vrai, le beau, le bien, perd son sens.

Arrêtons-nous sur l’idée de vérité. Dire la vérité consiste à faire apparaître ce qui est ; masquer ce qui est sciemment connu revient à dire le faux, à mentir. Dire le faux sans s’en rendre compte, c’est commettre une erreur. Si rien est, toute quête de vérité est illusoire. Il n’est guère difficile de reconnaître ici le credo d’une doxa contemporaine : il n’y a pas de vérité, à chacun ses opinions. Parce que le nihilisme peut s’afficher avec bonhomie, rappelons le mot de Nietzsche : il est « le plus inquiétant de tous les hôtes ». Il se nie sournoisement et, occasionnellement, peut fêter sa victoire à travers des « idéaux » imposés par la violence ou, de façon plus civilisée, au nom d’une « liberté d’opinion » autorisée à répandre des mensonges.

Le fait que le sens de quoi que ce soit ne jaillisse qu’à partir du moment où l’être humain s’interroge sur lui, que rien ne soit ni vrai ni faux sans êtres humains pour se prononcer sur ce qui est, tout cela fait le terreau du nihilisme. Il ne peut nier ce qui est qu’en renonçant à ce qui est humain.

Lévi-Strauss indique : « Cette dévalorisation systématique de l’homme par l’homme se répand, et ce serait trop d’hypocrisie et d’inconscience que d’écarter le problème par l’excuse d’une contamination momentanée » .

 Ce type d’attitude, cependant, a déjà été illustré par Platon, à travers un personnage discret du célèbre dialogue Le Banquet. Il s’agit d’Apollodore, le narrateur. Parce que le philosophe cherche à discerner ce qui est au milieu des apparences, il peut être perçu comme un être « au-dessus » du monde et des autres. C’est dans cette posture que l’on découvre Apollodore. Glaucon lui demande de raconter la fameuse soirée rapportée par Le Banquet. Apollodore se prépare avec plaisir à « parler de philosophie », mais ajoute : « Quand au contraire j’entends d’autres propos, les vôtres en particulier, ceux de gens riches et qui font des affaires, cela me pèse et j’ai pitié de vous mes compagnons, parce que vous vous imaginez faire quelque chose alors qu’en réalité vous ne faites rien » Ne pas faire de philosophie, c’est ne rien faire. Platon indique ici ce que pourrait être une caricature de la philosophie socratique. Ce que font les hommes, dit Socrate, sont des idoles (eidôla), plus ou moins éloignées de l’idée qui les guide. La philosophie n’est donc pas une négation du monde ni des hommes. Comme l’indique Heidegger, le « mè on » platonicien n’est pas un simple « rien », mais désigne ce qu’il ne faut pas prendre pour la norme de ce qui est.

Le souci philosophique de la vérité réclame une attitude critique, qui consiste bien à séparer ce qui est, ce qui n’est pas, ce qui passe pour être. La dialectique platonicienne laisse paraître la « séparation » mais aussi le rapport inapparent des idoles aux idées, à l’insu de ceux qui œuvrent et travaillent sans faire profession de philosophe : artisans, poètes, médecins, architectes, sophistes, hommes politiques. L’attitude philosophique fait jaillir ce qui, au quotidien, semble n’être rien : l’idée, au-devant de laquelle se projettent les ombres qu’il ne faut pas idolâtrer. Il n’y a d’ombre que par le rayonnement d’une lumière. La philosophie se soucie de cette lumière afin de montrer ce que les idoles imitent avec plus ou moins de justesse. Faire de la philosophie consiste à clarifier le rapport mal assuré aux idées afin de « retrouver le chemin de chez-nous », soit de comprendre le monde où il nous est donné de vivre.

Apollodore est la figure prémonitoire d’une interprétation malheureuse de la philosophie de Platon comme doctrine sur « deux mondes ». Ce n’est pas un hasard si Platon le présente comme un rapporteur, non comme un penseur.

 

Voir les activités humaines comme un néant coupe à sa racine la possibilité de penser. Il préfigure ce que l’Occident nommera le nihilisme. Il reste certes le fidèle messager d’une pensée en dialogue. Mais Platon indique déjà que le nihilisme est un rejeton dogmatique de la philosophie, devenue étrangère à elle-même, une fois conçue comme doctrine. Le nihilisme à venir pourra usurper l’attitude critique du philosophe en se prévalant d’un certain sang-froid et d’une certaine hauteur : rien n’est au-dehors d’opinions et de doctrines conventionnelles que l’on peut éventuellement exposer.

 

Le foisonnement « d’informations » qui laisse croire que plus rien n’est à penser par soi-même est sans doute une forme contemporaine du nihilisme. La pensée se fige dès lors qu’aucune question ne vient la solliciter en propre. Ce manque suscite l’agressivité, déjà si bien illustrée par Platon (Le Banquet, 173 d) : « Tu es toujours le même Apollodore, toujours à dire du mal de toi-même et des autres et tu me donnes l’impression de penser que, Socrate excepté, absolument tous les hommes sont des misérables, à commencer par toi. […] dans les propos que tu tiens, tu es toujours agressif contre toi-même et les autres, à l’exception de Socrate. » La négation des activités humaines permet de masquer, non sans un certain snobisme, la difficulté de penser. Les dialogues platoniciens sont des expériences de penser, où le plaisir de découvrir une vérité, si souvent souligné par Platon, s’oppose à la pure et simple hargne dénonciatrice.

 

Là où le philosophe s’attarde à faire paraître la richesse foisonnante de ce qui reste à comprendre, le nihiliste sermonne en agitateur : regardez, il n’y a rien à voir ! Le nihilisme n’autorise pas seulement la destruction d’une humanité considérée comme un rien. Platon montre qu’il tend à justifier l’absence de pensée en la détournant de ce qui la nourrit, la contemporanéité d’une question elle-même ancrée dans un monde partagé. Cette absence de pensée peut être masquée par une assurance prompte à accuser et à dénoncer. Pour cette raison, c’est une erreur de croire que l’on peut combattre le nihilisme en le dénonçant. Penser le nihilisme, ce n’est pas étaler la laideur de ses manifestations.

Le nihiliste, comme Gorgias, peut prétendre savoir répondre à toutes les questions. A la question éminemment philosophique de savoir ce qui véritablement est, il peut partout répondre : rien ! Sous une forme plus savante : tout dépend des conventions, des opinions, des rapports de force historiques en jeu.

Le nihilisme détourne de la question de l’être par son apparence séduisante. Dès son commencement, il est à la philosophie ce que les idoles sont aux idées : il croît dans son ombre.

vendredi 21 mars 2025

Sujet du Merc. 26 Mars 2025 : Sont-ils-des hommes ?

 

                          SONT-ILS DES HOMMES ?

 

Oui, sont-ils tous des hommes ? Et nous aussi ? Ou y a-t-il des trans-humains ; et des surhommes, des infra-humains et peut-être aussi des hommes ordinaires? Non, tous ont une même apparence et une même organisation physiologique, sauf les premiers. Mais qu’en est-il des autres ? Leur esprit et leur corps sont-ils séparés ? Les religions monothéistes et la majorité des philosophes depuis Socrate, Platon et Aristote l’affirment.

 Les évolutions historiques ne montrent-elles pas une forte tendance dans ce sens ? Pourtant de récentes découvertes archéologiques et neurologiques montrent l’inanité de ces croyances. Les fonctionnalités cognitives reposent sur le cerveau, fait de matière. En réalité, corps et esprit ne sont distincts l’un de l’autre qu’en parole.

 Socrate s’inquiétait de la destinée de son âme (esprit) après la mort. Cette  idée présupposait la séparation de son âme immortelle d’avec son corps matériel et périssable. Platon porte cette croyance jusqu’à l’absolu. L’absolu de la Vérité des Idées pures et préexistantes de l’Esprit, distinctes des apparences trompeuses du monde quotidien et matériel. Qui, lui, en fait n’existerait pas vraiment. En aristocrate bien-né, son inclination le fait classer les hommes selon la prévalence chez eux de l’un ou de l’autre de ces pôles opposés. En essentialisant sexes et genres, la réaction féministe n’adopte-t-elle pas la même démarche ? Et, à terme, n’accentuerait-elle pas la sujétion féminine ? Ou serait-ce in fine la masculine ? Par une réaction en retour.

 Inspiré par Platon, Augustin (un saint chrétien du 4e s., pas mon voisin) décrète que le Bien ultime est le salut de l’âme associé aux lumières de l’Esprit-Saint. Dans ses « Confessions », il écrit : « La perte d’une seule âme non munie du baptême est un malheur plus grand que la mort d’innombrables victimes, même innocentes. ». Serait-il un tueur en série ?

 Et n’a-t-on pas là les prémisses des massacres et génocides techniques du 16e (par canons et caravelles interposés) au 20e et 21siècles ? Cette évolution historique commence par la décimation en masse voire l’extinction des Amérindiens. D’abord par les Espagnols et puis, surtout, par les Etats-uniens. Viennent ensuite celles des Africains et des Asiatiques : esclavage, guerres (néo)coloniales, pseudo « dilemme de l’homme blanc » britannique et « mission civilisatrice » française. Auxquels s’ajoutent les récents « droit d’ingérence » et « guerre juste » des démocraties. Mais aussi les hécatombes planifiées des « camps » allemands, russes, chinois, cambodgiens et israélo-palestiniens.

 Actuellement le massacre de vastes populations du Tiers Monde, Russie et Ukraine – par dizaines de millions pour l’appropriation des ressources nécessaires à la pérennité du capitalisme – ne procèdent-ils pas eux aussi des concepts issus de concepts-clef des philosophies idéalistes ? Ne faut-il pas y ajouter l’appropriation conjointe des pouvoirs et la corruption ? Des oligarques occultes ici, déclarés là-bas, favorisent des mafias et la généralisation des drogues. Certaines sont physiques et visibles. D’autres moins perceptibles incluent le consumérisme et le numérique. Qui, néanmoins, assurent également d’énormes progrès par ailleurs. Les manipulations psychiques et mentales de masse conduisent à une aliénation généralisée. Sur des millénaires, ne renvoient-elles pas à l’esprit de religion et aux dérives propres aux philosophies idéalistes ?

 Dans « La Politique »,  Aristote écrit des phrases qui résonnent jusqu’à nos jours autour de la légitimité d’ « esclaves par nature ».

– Tiens, ça existe ça, des esclaves par nature ?

  Pour sûr, c’est évident.

Aristote dixit : « Tous ceux chez qui l’emploi des forces corporelles est le seul et le meilleur parti à tirer de leur être sont esclaves par nature » et « Il est évident que, par nature, les uns sont libres et les autres esclaves ; et que, pour ces derniers, l’esclavage est utile autant que juste ». Ces assertions reviennent 1) à fonder « sur la supériorité et l’infériorité de nature toute la différence de l’homme libre et de l’esclave, des nobles et des roturiers. » ou encore des hommes et des femmes et 2) à justifier « cette chasse que l’on doit donner aux bêtes fauves et aux hommes qui, nés pour obéir, refusent de se soumettre. C’est une guerre que la nature elle-même a faite légitime. ».

 Nourri par deux millénaires de culture platonico-aristotélicienne reprise par Augustin, Colomb écrit une fois arrivé aux Amériques en 1492 : «Ils échangent de bon coeur tout ce qu’ils possèdent … Ils ne portent pas d’armes … Ils feraient de bons serviteurs. Avec cinquante hommes, on pourrait les asservir tous et leur faire faire tout ce que l’on veut. ». Déjà la notion de « minerai humain » n’était plus loin.

 La raison et le doute méthodique ont mis ce paradigme en pièces. Du moins intellectuellement par les avancées de Copernic, Galilée, Bacon, Descartes, Spinoza, les philosophes des Lumières et quelques autres par la suite. Néanmoins, malgré les révolutions, cette vision du monde a toujours su se fortifier dans le combat mené contre ses suppôts, les puissants et les maîtres. Ainsi Sepùlveda, conseiller des souverains espagnols, écrit en 1451 : « Certaines âmes sont supérieures à d’autres, de sorte qu’il est juste de soumettre par la force physique l’homme dont la raison est naturellement faible. Car il ignore ou refuse son propre bien connu de son maître. ». Mais alors, n’eût-il pas fallu déjà que l’âme existât ? Où est la preuve ?

 Progressivement, cette idée d’une hiérarchie des esprits venue de « La République » de Platon – qui néanmoins maintenait la qualité d’homme à tous – déboucha, à la fin du 19e s., sur le nihilisme et la sape des Lumières. Nietzsche remet tout en cause et affirme que tout est faux. C’est comme affirmer que tout se vaut et que tout est vrai, c’est selon. Et donc particulièrement l’opinion de Nietzsche. Son idée de surhomme conduit à « la volonté de puissance » et à son incarnation dans l’« élite », pourvue du droit du plus fort le plus absolu.

 Cette évolution ultime de la philosophie héritée de Platon conduisit au basculement de l’ontologie (l’Être par rapport au paraître) par une inversion radicale. Pour Heidegger, la métaphysique traditionnelle ne peut plus amener « l’étant » (la roture à l’état animal) à « l’Être » (l’élite pourvue de la qualité d’être humain). Pour l’Être, la métaphysique ne peut donc assigner un fondement que dans l’étant. L’étant ne peut donc vraiment exister que s’il y est « convoqué » par l’Être. C’est seulement ainsi que la nature des « animal laborans » (Hannah Arendt, amante et collaboratrice de Heidegger) peut acquérir la dignité d’être humain (c’est le contraire de la dignité de l’humanisme universel de Kant). Encore faudrait-il, évidemment, que l’« élite » condescende à « convoquer » à cette dignité la bête de somme de l’esclave. Qui sinon reste un animal par nature. Ce pouvoir des « Êtres » est proprement divin. « Dieu est mort » disait Nietzsche. Avec Heidegger, une fraction de l’humanité devient Dieu...

 C’est la conversion de l’universalisme humaniste des « âmes » humaines du 16e siècle, certes inégales entre elles, en une dichotomie ontologique : des Êtres authentiques convoqueraient des étants infra-humains à la dignité d’homme. En pratique donc, des esclaves animaux peuvent être convoqués à cette dignité par leurs Maîtres absolus. Qui, eux, sont authentiquement humains par nature. Le nazisme en fut la traduction.

 Des philosophes de l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui ont emboîté le pas de cette nouvelle ontologie par la destruction des Lumières et de la raison. Il s’agit plus particulièrement des pseudo philosophes de la « French theory » et de son prurit sociétal, le wokisme contemporain. Ne faut-il pas le combattre, ne serait-ce qu’au vu d’une certaine filiation nazie ?  Et n’y a-t-il pas actuellement comme un embryon de code de droits et de lois par lequel des animaux peuvent convoler en justes noces dans l’apparat ?

 Et enfin, que dire des promesses du transhumanisme en marche ? Les Gates, Zuckerberg, Musk et autres à venir n’envisagent-ils pas de technologiquement transformer l’espèce ? De quitter l’espèce humaine en la scindant, à l’instar de l’idée première de scission du corps et de l’esprit prônée dès Socrate et Platon. Dans cette veine, Emil Georg publiait en 1998 « Le Marché de la détresse et le Paradigme du Crime Originel Nouveau ». Il se fondait sur des données notoirement « tendancieuses » des Institutions financières internationales de Bretton Woods, conçues et dirigées par l’actuel empire mondial. C.q.f.d. ? Ou, plutôt, non. 

Ne doit-on pas s’appliquer à prouver le contraire de ces démarches de philosophies idéalistes en démontrant d’emblée l’inanité de leurs fondements ?

dimanche 16 mars 2025

 

COMMENT PENSER ?

Le titre du sujet de ce soir ne doit pas prêter à confusion. La question n’est pas comment penser la météo, ou comment penser la mécanique, mais bien comment penser ? C’est donc la question de la méthode qui doit guider notre pensée qui est posée.

 

La question « comment penser ? » a comme but de permettre à l’homme, à chacun d’entre nous de tendre par le raisonnement à la liberté. Comme le faisait remarque Spinoza :

"Les hommes se trompent en ce qu'ils pensent être libres et cette opinion consiste en cela seul qu'ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés." (Baruch Spinoza / 1632-1677 / L'Ethique, Livre II)

 

Le « comment penser ? » est donc une recherche méthodologique pour être en mesure de réfléchir aux causes de ce qui nous entoure, que ce soit la nature, la société, et Spinoza est très clair : ce qui détermine nos actions. Mais si nous pouvons remonter aux causes qui déterminent nos actes, sommes-nous des êtres de liberté ? Car, absolument déterminés, ne sommes-nous pas les jouets du destin et dès lors à quoi bon lutter contre lui ?  Soyons fatalistes.

Mais c’est justement en étant capables de remonter la chaîne des causalités, en vérifiant leur origine matérielle, réelle, que nous pourrons être en mesure d’agir. L’homme est d’abord ce qu’il fait, il est à la fois le produit des circonstances, de l’histoire mais à son tour c’est lui qui peut façonner celles-ci …. A condition de …savoir penser.

 

Penser le contraire c’est se réfugier dans ce Spinoza appelle « l’asile de l’ignorance » : dieu (tous les dieux).

 

Parmi les legs transmis par les philosophes il en est un qui permet, peut être de suivre une première piste. Descartes écrit ceci : « … considérant que toutes les mêmes pensées, que nous avons étant éveillés, nous peuvent aussi venir quand nous dormons, sans qu'il y en ait aucune, pour lors, qui soit vraie, je me résolus de feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit, n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes. Mais, aussitôt après, je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi, qui le pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques * n'étaient pas capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais. » (discours de la méthode.)

 

et d’ajouter : 

 

« Par méthode j’entends des règles certaines et faciles dont la rigoureuse observation empêchera qu’on ne suppose jamais pour vrai ce qui est faux, et fera que, sans se consumer en effort inutiles, mais au contraire en augmentant graduellement sa science, l’esprit parvienne à la véritable connaissance de toutes les choses qu’il peut atteindre. " (Règles pour la direction de l’esprit).

Il s’agit donc désormais de penser, ensemble, une méthode qui nous permette de parvenir « à une connaissance véritable » de ce qui nous entoure aujourd’hui.

 

2300 ans après Platon la plupart de nos contemporains préfèrent encore regarder le spectacle des ombres de la caverne télévisuelle et de ses « faiseurs de prodiges ». Nous semblons disposer de tous les éléments de connaissance pour accéder au réel et à la vérité des faits et en même temps nous constatons un rejet grandissant de la lecture, un appauvrissement du langage, une inflation du pathos.

Le retour du religieux sous  la forme moderne de l’écologie catastrophiste, du droit-de-l’hommisme, des « lois du marché », de la « vérité est ailleurs » (parfois même elle est relative ou n’existe pas ! etc…) ne rendent  elles pas plus que jamais nécessaires la construction ou encore plus simplement l’exhumation  des connaissances et méthodes enfouies par la tyrannie de la pensée unique, du « ne pas faire de vague », du conformisme, de la bêtise érigée en revendication, de l’ignorance comme consolation ?

dimanche 9 mars 2025

Sujet du mercredi 12 Mars : « ET LES NOUVELLES TE FONT MAL JUSQU'A LA PAGE DES SPECTACLES » Léo Ferré

 

 « ET LES NOUVELLES TE FONT MAL JUSQU'A LA PAGE DES SPECTACLES »  Léo Ferré


Cette citation de Léo Ferré interroge notre relation aux médias. Les médias voudraient nous faire croire en de "nouvelles"..."informations"… 

Sans oublier la "fonction" des spectacles (largement sous employées, sous considérés), deuxième couche pour être certain d'anesthésier encore l'opinion.

La page des spectacles (presse ou via internet) "informe" nous le constatons, de plus en plus avec des outils d'aliénation de masse. Le système capitaliste, omniprésent, monothéiste yen ou dollar veut "conditionner" (comme on conditionne des produits ou des outils) public et opinion. Cela afin qu'ils développent des réflexes pulsionnels et superficiels.

MEDIA « désigne, dans l'acception la plus large, tout moyen de diffusion, naturel (comme le langage, l'écriture, l'affiche) ou technique (comme la radio, la télévision, le cinéma, internet) permettant la communication, soit de façon unilatérale (transmission d'un message), soit de façon multi-latérale par un échange d'informations

Au sein de cet ensemble, l'expression médias de masse (de l'anglais « mass-media ») caractérise un sous-ensemble important, les médias qui ont acquis une diffusion à grande échelle pour répondre rapidement à une demande d'information d'un public vaste, complété dans de nombreux cas par une demande de distraction. La plupart des entreprises dites de média emploient des journalistes et des animateurs de divertissement. Ils recueillent dans un premier temps des informations auprès de sources d'information, en leur assurant la protection des sources d'information, ce qui leur permet d'acquérir une audience, et valorisent dans un second temps leur audience par la vente d'espaces publicitaires. À côté de ce modèle dominant, les chaînes de téléachat et les périodiques ne diffusant que des petites annonces et publicités sont aussi considérés comme des médias ».

Etymologie : « en latin, media est le pluriel de medium (milieu, intermédiaire). La notion d'intermédiaire a aussi une origine grecque, médiation développée par de nombreux philosophes notamment Socrate puis Bergson et nouvellement Francis Balle. Le terme media est maintenant rarement employé selon son orthographe latine, « Médias » désigne plusieurs supports et « Média » un support unique ».

Médias et communication : les médias sont des outils de communication.

« Le choix d'un média dépend évidemment du type de communication recherché » Outils afin de faire croire à un semblant d'information, faire peur d'un côté, tout en faisant le plus vite possible oublier le sens, le contenu et de possibles analyses concernant les réalités du monde. Manipulation des médias par le passé certes. D'autant plus aujourd'hui que les outils médiatiques (h)omniprésents sont d'une puissance ravageuse...

Déroulement d'un journal télévisé, où l'on met en scène générique, début, milieu et fin. Stratégies d'une guerre de la séduction, de la communication. Guerre entre les chaînes. Chaînes de télévision elles-mêmes assujetties à des groupes financiers liés, pour exemple, à une multinationale bétonnée ou cette autre armée...

Il arrive même que l'on ait, à d'autres reprises, une sensation de bouillie obsédante. Quand un événement est "spectaculaire", il est diffusé en boucles, donc à l'identique.  Il arrive parfois même que des associations douteuses voir hyper maladroites se fassent entre événements et pseudo reportages.

cf 7 ième point / Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise (10 stratégies de manipulation de masse Noam Chomsky synthétisé par Sylvain Timsit )

« Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

Dans un passé proche, le moindre réfrigérateur, améliorait notre quotidien.

Nos outils contemporains, en temps réel, ont la possibilité de nous fournir des sources rapides, utiles, « éclairantes ». Outils indéniables : tout dépend ce que l'on met dedans, comment ils sont utilisés.

Pourtant, de plus en plus fréquemment, dés que l'on veut consulter une source sur internet, on doit supporter une pub, voir deux. Notre cerveau totalement ouvert et attentif subit alors une réaction de stress inévitablement !

(Qui n'a pas fait le constat suivant ? Intérieurement cris, jurons qui s'en suivent, inhibés voir exprimés...)

Sans compter le nombre de fois où une page, sans aucun rapport avec le sujet demandé, s'affiche. Les outils, ordinateur avec derniers processeurs : juste à côté du coeur, téléphone portable en mode amplifié dans l'espace public : insupportable, tablette & co, sous prétexte qu'ils soient dans l'air du temps, ces -fabuleux- outils, la façon dont ils sont manipulés, ne justifient pas ce stress.

Parfois même, il y a perte de sens. Sous le prétexte d'une « source » "branchée", "people", cette indécence, ne sert-elle pas malheureusement à renforcer l'ignorance crasse et fière de l'être d'une majorité de personnes dans l'opinion ? (cf les "Une" lamentables de certains serveurs ou "fournisseurs" dit d'accès internet) . En quoi doit-on supporter, "tolérer" l'intolérable ? Notamment, dans les transports en commun, quand des "génies" imposent leur ectoplasme sonore **, médiatiquement mais injustement qualifié de "musique", alors qu'il ** n'est que stress, obsession en mode beat booté amplifié, vide de sens et d'émotion.

cf 8 ième point / Encourager le public à se complaire dans la médiocrité *

« Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte… »

INFORMATION étymologie

« De formo (« faire, former, travailler ») avec la préposition locative « dans », « sur » : former, façonner, fabriquer / former dans l’esprit, imaginer, se représenter, tracer le portrait de /ébaucher, esquisser, crayonner / peindre, décrire/ former, instruire." artibus aliquem ad humanitatem informare" , Cicéron : instruire quelqu'un pour qu'il soit un homme cultivé.

La "fonction" du et des spectacles

Comme « outil » de propagande : afin de faire croire à une pseudo art, une pseudo culture. Tout en faisant le plus possible oublier une Culture qui tend vers l'universalité, l'Histoire et celle de la culture. Afin que l'opinion oublie le sens, le contenu, de possibles analyses concernant la violence du système économique que l'on sait.

cf 6 ième point / Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion *

« Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l'analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements… »

Conséquences :

- créations de peudo artistes sans saveur, sans aucune conscience de leurs responsabilités vis à vis du public.

- opinion majoritairement influençable, parfois même désespérément prévisible, entraînée à suivre les campagnes médiatiques, publicitaires, de la petite politique politicienne.

- mort d'une conscience humaine, politique, philosophique, résistante. Dans un trop grand nombre de domaines artistiques aussi.

cf 3 ième point / La stratégie de la dégradation

« Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement. »

Dans la chanson, constat de ce qui se passe en 2014 en comparaison avec un des courants de la chanson "vivante" (terme inventé par Allain Leprest), dites "à texte" des années 1960-70,  dans les années 1980-2010, malgré des Noirs Désirs, (malgré le drame que l'on sait, Bertrand Cantat, pourtant plume talentueuse), 1990 Zebda (son auteur Magyd Cherfi - les médias ont achevé ce groupe non par hasard) Allain Leprest (dans la filiation des plus grands), Juliette (reprend "les haineux" texte de Pierre Dac, censuré sous Sarkosy) Michèle Bernard...

Le but étant de donner en pâture du fade, du sans saveur, quitte à conditionner le public dans la direction suivante :

Etre contestataire, résistant, c'est ringard, "as been", voir "68 tard". Surtout faire oublier la fonction des chants Populaires Révolutionnaires, ceux de la Commune entre autres.

cf 9 ième point / Remplacer la révolte par la culpabilité

« Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution ! … »

Dans la culture dite savante : Cette position qu'ont parfois certaines élites, accrochées à leurs privilèges, se croyant au dessus du peuple, cultivant finalement un dédain faussement « distancié » concernant une majorité d'Etres Humains dans quelles mesures certaines élites, ne collaborent-elle pas directement ou indirectement avec les pires mafieux, bien sur, en col blanc ? Irrespect, non responsabilité concernant un large public sont des référents qu'ils ont en commun. Leurs socles étant la "Société du spectacle", médias, show bizz et autre mainstream (qui façonnent d'ailleurs de nouvelles formes d'élites des plus inquiétantes ?). Stephen Zweig lors de la monté d’Hitler en 1933 s'exprimait ainsi : "Le pouvoir a toujours été réservé aux barons, aux princes, aux universitaires. Rien n'a autant aveuglé les intellectuels allemands que l'orgueil de leur culture".

Ajouté à la machine infernale citée plus haut 1, ne pourrait-on entendre -comme un écho- à cette phrase en 2025 ?

samedi 1 mars 2025

Sujet du Merc. 05 Mars 2025 : A QUOI SERT LE VIDE ?

 A  QUOI SERT LE VIDE ?


"La nature a horreur du vide" est une expression tellement ressassée qu'on ne songe même plus à la portée de son contenu. Cela signifie-t-il que dès qu'il y a un soupçon de vide la nature chercherait à le combler ? Possible, mais dans ce cas là il faut admettre qu'il y eu un vide, ou un moment de vide. Et puis faut il entendre "vide" comme absence de molécules d'air ou bien espace entre des objets ? Dans le premier cas l'affaire est simple et les expériences multiples, philosophiquement parlant cela ne nous mène pas loin. Par contre l'espace entre des objets ( aujourd'hui mesurable ) est manifeste, qu'ils se manifeste dans l'air, l'eau, le vide d'air ou tout ce qu'on voudra …

Cette évidence de la "présence" du vide fut pourtant niée jusqu'au XVII° siècle, en référence à Aristote. Aristote, comme la plupart des grecs anciens considérait le monde comme plein, sphérique, immobile et comme il constatait, malgré tout, des mouvements : lune , soleil, marées, la vie humaine il fallait inventer une cause première, un primus motor pour justifier le beau système aristotélicien. Tout étant immuable, l'ordre des sociétés devait l'être lui aussi et la liberté humaine étant incorporée au schéma général la vie des hommes étant incluse dans le destin. La conception physique du monde - sans vide - servait à merveille l'ordre social de la féodalité et des théologiens.

 Mais vint Galilée et pour la première fois la question du vide est posée de manière concrète, expérimentale. "Alors qu’Aristote ne s’intéressait au mouvement dans le vide que pour démontrer que ce dernier ne peut exister, Galilée, lui, se sert du vide pour étudier les lois mathématiques du mouvement. Dans ses Discours sur Deux Sciences Nouvelles, rédigés après sa condamnation par l’Inquisition en 1632, il discute le mouvement dans un vide supposé afin de pouvoir faire abstraction des frottements et de la poussée d’Archimède qui, dans un milieu dense, viennent le contrarier. Le résultat qui intéresse Galilée est que, dans le cas d’une chute dans le vide – que celui-ci se rencontre ou non dans la nature, Galilée ne se prononce pas vraiment – tous les corps sont animés de la même vitesse, quel que soit leur poids. Il mène donc ici une véritable expérience de pensée, et utilise le vide comme cas limite pour étudier les propriétés du mouvement. Ce processus d’abstraction, d’idéalisation du réel est la condition de toute science quantitative, et le cas du mouvement dans le vide joue désormais à ce propos un rôle exemplaire.

 Galilée procède encore à un autre retournement sensationnel. Dans sa discussion sur la résistance des matériaux (l’autre science nouvelle), il semble se référer à l’« horreur du vide » médiévale. Il a en effet appris, dit-il, des fontainiers de Florence qu’aucune pompe, quelle que soit l’ingéniosité des ingénieurs, ne peut faire monter l’eau « un cheveu plus haut que dix-huit brasses » (un peu plus de dix mètres). Eh bien, c’est donc que la nature a « horreur du vide » ... à raison de dix-huit brasses ! Au-delà, la colonne d’eau se brise sous son propre poids. Quoi de plus étranger à la pensée médiévale, de plus moderne que cette quantification d’un « principe » ? L’« horreur du vide » est devenue une « théorie effective », mesurable, quantifiable..." (P. Marage, Physique des particules élémentaires Université libre de Bruxelles ).

Le renversement opéré par Galilée est d'une conséquence immense en philosophie. Il renoue avec les pensées d'Epicure et de Démocrite leur donnant une nouvelle dimension fondée sur l'expérience scientifique. L'homme n'a plus à spéculer, à s'imaginer des "fantômes" ( voir le sujet sur Spinoza ). Son monde n'est pas figé et lui-même peut utiliser une "liberté" concrète, à condition de se pencher sur les causes (Spinoza) pour jouer de sa liberté, comme les atomes.

La matière constituée de particules en mouvement, s'unit par un ensemble de forces en interaction dans un vide nécessaire et libérateur ( si on enlevait tous les "vides" des particules d'un corps humain, toute la matière tiendrait dans un dé à coudre ! - difficile de bouger !).

Ainsi disparaissent le "vide" et le "plein". La nature n'a horreur de rien du tout. Elle est nature justement parce que le vide est son champ de déploiement, de réalisation. C'est par des transformations dialectiques dans lesquelles les contraires apparents "vide" et "plein" interagissent, que la matière existe.

 C'est par cette même dialectique que l'homme n'a plus a avoir peur du néant, pour peu qu'il considère sa nouvelle amitié avec le vide comme un éveil de sa liberté. Un espace pour se mouvoir.


samedi 22 février 2025

Sujet du Merc.26 Fev. 2025 : "QUE NUL N'ENTRE ICI S'IL N'EST GEOMETRE"

 

"QUE NUL N'ENTRE ICI S'IL N'EST GEOMETRE"

Ce texte figurait parait-il au fronton de l’école de philosophie que créa Platon, école qui s’intitulait « Académie ».

Imaginons un instant qu’à l’entrée du café philo figure cette phrase. Il est probable que beaucoup rebrousseraient chemin. Mais que peut-on entendre par « géomètre » ? Pour Platon, la géométrie, pas plus que les autres sciences mathématiques, n'est une fin en soi, mais seulement un préalable destiné à tester et développer la capacité d'abstraction de l'étudiant. Il s’agissait, pour lui, d’apprendre à dépasser les sensations qui nous maintiennent dans l’ordre du visible (des sens) et du matériel pour s’élever vers un intelligible transcendantal.

Dans ce cadre la géométrie est une science qui n’autorise guère de fantaisies et on comprend peut-être mieux la préoccupation de Platon. Des lignes des courbes, de segments, des angles …. Si toutes les activités humaines pouvaient ainsi être abordées, si la vertu, le courage, la beauté … pouvaient se mesurer pour arriver un absolu de Vertu, Courage, Beauté.

 On est là dans une recherche qui a profondément marquée la philosophie. Aujourd’hui encore certains philosophes posent ainsi les problèmes. Il y aurait – au-dessus – de nos petites contingences des valeurs « en soi ». du Bien, du Mal, du Beau, du Laid, de l’Ethique, etc….

 C’est en ce sens que Platon pose la géométrie comme pivot de l’accès à la connaissance. Mais ce n’est pas à la connaissance du réel auquel s’attache Platon. Rompant avec les traditions philosophiques antérieures qui cherchaient à comprend la nature, la matière, Platon va s’attacher à chercher en tout ce qui transcende ce tout.

Pour lui le réel n’existe pas, au dessus du réel il y a le monde des idées et si, pour reprendre un exemple classique, nous avons des lits ce ne sont que des répliques du lit « premier » qui est le lit de dieu. D’où aussi la haine de Platon pour les arts. Pour reprendre l’exemple ci-dessus Platon acceptait qu’un artisan puisse « reproduire » le lit de dieu pour notre usage, mais qu’un peintre puisse montrer un lit sur un tableau, cela avait une valeur de sacrilège. En effet l’artiste proposait une « idée » du lit, alors que la seule idée possible était l’idée supérieure, celle formulée par le dieu.

 Il ne faut donc pas prendre cette phrase, intitulé du sujet, comme une volonté d’accorder science et philosophie, mais au contraire comme tentative de mathématisation du monde, mais avec un présupposé. Le monde est le résultat d’une idée divine et la géométrie est l’outil donné par dieu (une idée) pour nous faire accéder à la transcendance.

 Alors que, comme nous l’avons vu avec Anaximandre, deux siècles plus tôt

( voir philopiste : «  Anaximandre ou la fin du mythe » ), la géométrisation du cosmos avait permis de développer une philosophie d’explication du monde fondée sur le rejet d’une « naissance », d’une création et un projet d’organisation sociale prenant en compte isonomie et contradiction; avec Platon nous assistons à une reprise en main de la pensée mythique, une remise en cause de toute la philosophie de la nature et une conception politique basée sur l’inégalité et le « mensonge nécessaire ».

 Le monde grec avait changé en deux siècles. Une oligarchie et une monarchie s’étaient peu à peu imposées aux hommes. Athènes avaient fait la guerre et son pouvoir déclinait. Une pensée nouvelle s’avérait nécessaire.

Platon allait être le penseur de cette époque. En réaction à la décadence rien de tel qu’une dose de croyances revues et corrigées. En réaction à la philosophie de la nature, elle qui partait du réel pour en tirer des lois et transformer ce réel, quoi de plus logique que de nier le réel et d’en revenir « au bon vieux temps » celui des mythes et des explications cosmologiques fondées sur de la pure spéculation :

Pour Platon, le monde s’appuie sur cinq éléments essentiels : le Feu, l’Air, l’Eau, la Terre et l’Univers. En réaction à l’idée d’un univers incréé, le dieu créateur ressuscite « Ainsi, le Dieu a placé l'air et l'eau au milieu, entre le feu et la terre, et il a disposé ces éléments les uns à l'égard des autres, autant qu'il était possible dans le même rapport, de telle sorte que ce que le feu est à l'air, l'air le fût à l'eau, et que ce que l'air est à l'eau, l'eau le fût à la terre. De la sorte, il a uni et façonné un Ciel à la fois visible et tangible." (Platon – Le Timée)

La philosophie va désormais se tourner vers la métaphysique. Les choses « en soi », les concepts à majuscules (Vérité, Beauté …) vont dominer le débat théologico-philosophique. Les atomistes comme Epicure, Démocrite… ne purent s’imposer face à une philosophie qui proposait aux puissants un tel corpus idéologique. Il faudra un Spinoza, puis un Descartes pour voir commencer à émerger une pensée différente. 18 siècles pour un renouveau de la pensée philosophique.

samedi 15 février 2025

Sujet du Merc. 19 février 2025 : ET SI ON PARLAIT DE DIDEROT (1713-1784).

 

ET SI ON PARLAIT DE DIDEROT (1713-1784)

« Ne veuille pas être philosophe par contraste avec l’homme, sois rien d’autre qu’un homme pensant ; ne pense pas comme un penseur (…) pense comme un être vivant, réel, tel que tu es exposé aux vagues vivifiantes et réconfortantes de l’océan, pense dans l’existence, dans le monde, comme un membre de ce monde, et non dans le vide l’abstraction, telle une monade esseulée, tel un dieu indifférent, un monarque absolu – et c’est alors que tu peux espérer que tes idées forment un tout où s’unissent l’être et le penser » 

            (Feuerbach cité par Marx en épigraphe à « La philosophie épicurienne).

Je trouve que cette conception du philosophe définit parfaitement Diderot « le Philosophe » comme on l’appelait en son temps.

Et si on parlait de Diderot ? Ou mieux, si on relisait Diderot ? Le philosophe de La lettre sur les aveugles, des Pensées sur l’interprétation de la nature, le penseur politique de L’Histoire des deux Indes, l’athlète qui a pris à bras le corps la fabrication de l’Encyclopédie à laquelle il a donné des articles tels que  Autorité politique (« Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres »), et encore : le conteur du Supplément au voyage de Bougainville, du Neveu de Rameau et de Jacques le Fataliste. (Ah ! mais c’est de la littérature diront les dieux indifférents à toute œuvre d’imagination). Et que dire alors du Paradoxe sur le comédien, et du Diderot des Salons, fondateur de la critique d’Art et de l’esthétique moderne ? (voir son article sur Chardin et ses réflexions sur le sublime qui n’ont rien à envier à celles de Kant,  dans le Salon de 1763). Et de l’épistolier amoureux des Lettres à Sophie Volland ? Mais c’est encore de la « littérature » !

Diderot me semble toujours répondre aux inquiétudes de notre temps, à celle, fondamentale sur la nature de l’homme et sur sa place dans la cité. Générosité, enthousiasme, véhémence et jeunesse d’esprit. (voilà des mots pas très « philosophiquement corrects », mais voyez Feuerbach). Surtout, absence totale de pharisaïsme, liberté de réflexion et de comportement, modernité d’écriture. Diderot n’est pas un homme de système, il ne pense pas dans le vide des abstractions, il est l’homme de l’individu et des originaux, voire des marginaux, sans jamais perdre de vue les intérêts de la cité et de l’espèce. Il est l’inventeur du matérialisme biologique, il a défini, un siècle avant Claude Bernard la méthode expérimentale en trois temps (observation, hypothèse, vérification par l’expérience). Pourfendeur du totalitarisme qu’il nomme despotisme : c’est l’intimité d’une autocrate (voir ses Mélanges pour Catherine II) qui fit décidément de lui un démocrate convaincu, même s’il se préoccupe moins du régime, de la forme du gouvernement, que du fonctionnement des institutions et de l’économie. Mais surtout, et en son temps c’était risqué, contempteur impitoyable de l’obscurantisme et de l’intolérance religieuse (voir La Religieuse dont Jacques Rivette fit un film interdit à la projection dans les années soixante, ou encore l’article Célibat qui dénonce le célibat des prêtres)  Enfin il est - ce que ne devraient pas oublier tous ceux qui se disent philosophes- un  éveilleur de consciences.

 

Diderot est d’abord un analyste, un esprit encyclopédique, curieux, critique, ouvert à tout, un clerc au sens noble du terme. Il s’est intéressé à des domaines que la philosophie a toujours du mal à appréhender : les sciences expérimentales, la physique, la chimie, la biologie surtout, juriste, historien du droit, fondateur même de la sociologie. Mais il s’intéresse aussi à l’art, à la peinture, au théâtre, à la technique romanesque (il est avec Jacques le Fataliste, l’inventeur du « Nouveau roman »). C’est une sorte de Léonard de Vinci de la philosophie.

Elève de la nouvelle philosophie expérimentale anglaise dont il a fait la clé du savoir de son temps et l’âme de son Encyclopédie, sa pensée, pour faire court, repose sur un matérialisme , explication de l’homme et du monde par le seul jeu des lois de l’organisation biologique et chimique, sans avoir recours à une « âme », et dont le corollaire est un athéisme cohérent qui dépasse de beaucoup l’anticléricalisme primaire et manichéen.  La Lettre sur les aveugles ( qui lui vaudra un petit séjour à l’ombre) est la première étape de son évolution (dépassement du déisme voltairien), qui aboutira à l’explosion fulgurante d’une vision qui annonce le transformisme (Darwin), et toute la génétique moderne bien au-delà des matérialismes antérieurs et préfigurant les matérialismes postérieurs (les marxistes se réclameront de Diderot).. Ce sera Le rêve de d’Alembert, sommet de son œuvre philosophique qui pose des questions essentielles sur la conscience de l’unité du moi, sur le génie comme don de la nature, tout comme la bienfaisance ou la malfaisance. Il ose alors(1769) justifier une libération de la sexualité  qui est pure obéissance à la nature. La satisfaction des impulsions individuelles n’a d’autre limite que le souci de l’intérêt collectif. Quelle morale, demande-t-il, peut laisser subsister le matérialisme ?

L’homme Moral, pour Diderot est tout aussi déterminé par les lois universelles que l’homme physique ou l’animal. Il a affronté toute sa vie ce problème : Les mots de Bien et de mal n’ont de valeur que relative, il n’y a plus aucun mérite ni aucune vertu, ni non plus aucune scélératesse, la responsabilité disparaît, et avec elle la liberté (voir Le Neveu de Rameau et Jacques le Fataliste). Filiation spinoziste !  « Le mal et le bien n’indiquent rien de positif dans les choses considérées en soi et ne sont rien d’autre que des manières de penser » lit-on dans l’Ethique. Comment alors fonder les rapports humains à l’intérieur de la cité ? Sur la sociabilité, sur la tolérance ?

L’aboutissement de la pensée politique de Diderot, parallèlement à l’aboutissement de sa pensée philosophique pourrait alors se définir comme un stoïcisme lucide qui distingue ce qui ne dépend pas de nous- organisation biologique, déterminisme des lois de la nature et du milieu économique et social, - et ce qui dépend de nous : volonté de respecter son prochain, de favoriser son confort et son épanouissement (donc son bonheur) par la diffusion des Lumières. Morale stoïcienne et épicurienne du bonheur donc. Le bonheur individuel ; « accidentel », renvoie en nous à la nature, à la satisfaction des besoins et des désirs du corps, il n’est pas du ressort des lois. Le bonheur collectif est celui du citoyen qui, comme chez Spinoza obéit aux lois de la cité (c’est le double code exprimé dans les Mélanges pour Catherine II et dans les Observation sur le Nakaz).

 Enfin lisons ou relisons cette extraordinaire Histoire des deux Indes, dernier mot du philosophe sur le colonialisme, pour voir à quel point Diderot reste d’actualité. Procès des conquérants barbares, des esclavagistes (on est dans les années 1770-80), dénonciation des exploitants des mines d’Amérique. Œuvre indignée qui n’en reste pas là. Ultime réflexion sur le dialogue (illusoire, pipé) amorcé dans le Supplément au voyage de Bougainville, entre l’homme sauvage et l’homme civilisé dont le 18ème siècle  (et nous-mêmes aujourd’hui ?) n’est jamais arrivé à se dépêtrer.

 

Petite anthologie arbitraire de citations :

Lettre sur les aveugles (1749) :

« Si jamais un philosophe aveugle et sourd de naissance fait un homme à l’imitation celui de Descartes, j’ose vous assurer, Madame, qu’il placera l’âme au bout des doigts. »                                   

Pensées sur l’interprétation de la nature (1753) :

« Et je dis : heureux le géomètre en qui une étude consommée des sciences abstraites n’aura point affaibli le goût des beaux arts, à qui Horace et Tacite seront aussi familiers que Newton, qui saura découvrir les propriétés d’une courbe et sentir les beautés d’un poète, dont l’esprit et les ouvrages seront de tous les temps, et qui aura le mérite de toutes les académies ! Il ne se verra point tomber dans l’obscurité. »

« Il n’y a qu’un seul moyen de rendre la philosophie vraiment recommandable aux yeux du vulgaire : c’est de la lui montrer accompagnée de l’utilité. Le vulgaire demande toujours : à quoi cela sert-il ? et il ne faut jamais se trouver dans le cas de lui répondre : à rien.

« De même que dans les règnes animal et végétal un individu commence pour ainsi dire, s’accroît, dure, dépérit et passe, n’en serait-il pas de même pour des espèces entières. »

Le rêve de d’Alembert (1769) :

« Nous sommes des instruments doués de sensibilité et de mémoire. Nos sens sont autant de touches qui sont pincées par la nature qui nous environne. »

« Le monde commence et finit sans cesse ; il est à chaque instant son commencement et sa fin ; il n’en a jamais eu d’autre, et n’en aura jamais d’autre. Dans cet immense océan de matière, pas une molécule qui ressemble à une molécule, pas une molécule qui se ressemble à elle-même un instant. Il n’y a rien de solide que de boire, manger, vivre, aimer et dormir. »

« Qu’est-ce qu’un être ? La somme d’un certain nombre de tendances. La vie est une suite d’actions et de réactions. (…) Naître, vivre et passer, c’est changer de forme. »

« Et par la raison seule qu’aucun homme ne ressemble parfaitement à un autre, nous n’entendons jamais précisément, nous ne sommes jamais précisément entendus. »

Le Neveu de Rameau (1770)

« Quoi qu’on fasse on ne peut se déshonorer quand on est riche »

Supplément au voyage de Bougainville (1771)

« Hier en soupant tu nous a entretenus de magistrats et de prêtres. Mais dis-moi, sont-ils maîtres du bien et du mal ? Un jour on te dirait : » tue », et tu serais en conscience obligé de tuer ; un autre jour : « vole » et tu serais tenu de voler ; ou : « ne mange pas de ce fruit » et tu n’oserais en manger ; je te défends ce légume ou cet animal », et tu te garderais d’y toucher. »

Lettre de Monsieur Denis Diderot :

« Il y a à l’heure qu’il est, cinquante mille fripons qui disent ce qui leur plaît à dix-huit millions d’imbéciles; mais grâces à ma petite poignée de philosophes, la plupart de ces imbéciles là ou ne croiront pas ce qu’on leur dira, ou s’ils le croient ce sera sans le moindre péril pour moi. »

Mélanges pour Catherine II (1774)

« L’intolérance, surtout celle du souverain, donne de l’importance aux choses les plus frivoles.

L’intolérance, surtout celle du souverain, devient source d’accusations et de calomnies

L’intolérance, surtout celle du souverain, devient un motif d’exclusion et une raison d’avancement aux places où on ne devrait arriver que par le mérite

L’intolérance rétrécit les esprits et perpétue les préjugés. »

Observations sur le Nakaz (1774)

« Je n’aime point à faire une chose de fanatisme d’une chose de raison. Je n’aime point à faire une chose de foi d’une chose de raison.(…) Le prêtre dont le système est un tissu d’absurdités tend secrètement à entretenir l’ignorance ; la raison est l’ennemi de la foi, et la foi est la base de l’état, de la fortune et de la considération du prêtre. »

Le philosophe dit beaucoup de mal du prêtre ; le prêtre dit beaucoup de mal du philosophe ; mais le philosophe n’a jamais tué de prêtre, et le prêtre à beaucoup tué de philosophes. »

Je crois que les mœurs sont les conséquences des lois ; un peuple sauvage à des mœurs lorsqu’on y observe les lois naturelles, l’humanité, la douceur, la bienfaisance, la fidélité, la bonne foi etc. Un peuple policé a des mœurs lorsqu’on y observe généralement les lois naturelles et civiles. »

« Je veux que la société soit heureuse ; mais je veux l’être aussi ; et il y a autant de manières d’être heureux que d’individus. Notre propre bonheur est la base de tous nos vrais devoirs. »

Contribution à l’Histoire des deux Indes (1781)

« Jamais un homme ne peut-être la propriété d’un souverain, un enfant la propriété d’un père, une femme la propriété d’un mari, un domestique la propriété d’un maître, un nègre la propriété d’un colon. »

« Le fanatisme de religion et l’esprit de conquête, ces deux causes perturbatrices du globe. »

« On n’arrête point les progrès des lumières ; on ne les ralentit qu’à son désavantage. La défense ne fait qu’irriter et donner aux âmes un sentiment de révolte et aux ouvrage le ton du libelle ; et l’on fait trop d’honneur à d’innocents sujets lorsqu’on a sous ses ordres deux cents mille assassins et que l’on redoute quelques pages d’écriture. »

« Jamais les tyrans ne consentiront librement à l’extinction de la servitude, et pour les amener à cet ordre de choses, il faudra les ruiner ou les exterminer. Mais cet obstacle surmonté, comment élever de l’abrutissement de l’esclavage au sentiment et à la dignité de la liberté, des peuples qui y sont tellement étrangers qu’ils deviennent impotents ou féroces quand on brise leurs fers. »

« On a dit que nous étions tous nés égaux : cela n’est pas. Que nous avions tous les mêmes droits : j’ignore ce que c’est que des droits où il y a inégalité de talents ou de force, et nulle garantie, nulle sanction. (…) Il y a entre les hommes une inégalité originelle à laquelle rien ne peut remédier ; tout ce qu’on peut obtenir de la meilleure législation, ce n’est pas de la détruire ; c’est d’en empêcher les abus. »

 

"Concluons, nous, que l’étude de la nature n’est point superflue, puisqu’elle conduit l’homme à des connaissances qui assurent la paix dans son âme, qui affranchissent son esprit de toutes vaines terreurs, qui l’élèvent au niveau des dieux, & qui le ramènent aux seuls vrais motifs qu’il ait de remplir ses devoirs. Les astres sont des amas de feu. Je compare le Soleil à un corps spongieux, dont les cavités immenses sont pénétrées d’une matière ignée, qui s’en élance en tous sens. Les corps célestes n’ont point d’âme : ce ne sont donc point des dieux" - DIDEROT, Encyclopédie – Art. Epicurisme.

Sujet du Merc 02 Avril 2025 : Et si on parlait de rien ?

                                  Et si on parlait de rien ? Rien ce n’est pas grand-chose. Parfois c’est moins que ça. Au café philo nous...