Textes mis à la disposition du public dans le cadre des rencontres du café philosophique de Montpellier. Tous les Mercredis, 19H00, Salons du Grand Hôtel du Midi - La Comédie - Montpellier.
lundi 1 août 2016
mardi 26 juillet 2016
Sujet du Merc. 27/07 : Nos convictions morales sont-elles fondées sur l'expérience ?
Nos convictions morales sont-elles fondées sur l'expérience ?
La
variété des comportements observé historiquement et géographiquement conduit à
l'idée que les convictions morales dépendent des époques et des habitudes plus
ou moins partagées. Ainsi ce qui paraissait moralement juste il y a quelques
siècle, voire quelques générations, paraît aujourd'hui inacceptable. Or la
morale prétend à l'universalité comme l'exprime le caractère catégorique et
intemporel des tables de la loi par exemple. Face à cette contradiction il
semble nécessaire de se poser la question de savoir si nos convictions morales
sont fondées sur l'expérience.
Comment
penser la diversité des convictions morales et la prétention à l'universalité
et à l'intemporalité de la morale ? Qu'est-ce qui « fonde » nos
convictions morales si ce n'est pas l'expérience ? Et qu'entend-on
précisément par « expérience » ? Comment articuler l'expérience
qui constitue la partie vivante, subjective en perpétuelle construction de
notre existence et le caractère apparemment théorique, universel et figé de la
morale ?
I
On pourrait penser que les convictions morales sont fondées sur l'expérience
1°)
C'est évidemment par l'expérience que nous nous faisons tout d'abord une idée
du bien et du mal. Le bien et le mal sont d'abord ce qui fait du bien et ce qui
fait du mal, autrement ils sont synonyme de plaisir et de déplaisir, de
sensation de satisfaction et de souffrance. Par exemple on fait comprendre à
l'enfant que c'est mal de tirer les cheveux d'un camarade en lui disant :
« si je te tirai toi aussi les cheveux serais-tu content ? ».
Toute la difficulté de la morale est alors de passer d'une expérience
individuelle parce que corporelle à l'altruisme qui est la condition de la moralité.
Ce qui fait le lien c'est l'empathie qui est inscrite dans la nature de tout
être sensible comme le montre Rousseau :
« La
pitié est un sentiment naturel qui, modérant dans chaque individu l'activité de
l'amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l'espèce.
C'est elle qui nous porte sans réflexion au secours de ceux que nous voyons
souffrir ; c'est elle qui, dans l'état de nature, tient lieu de lois, de
mœurs et de vertu, avec cet avantage que nul n'est tenté de désobéir à sa douce
voix ; c'est elle qui détournera tout sauvage robuste d'enlever à un
faible enfant, ou à un vieillard infirme, sa subsistance acquise avec peine, si
lui-même espère pouvoir trouver la sienne ailleurs ; c'est elle qui, au
lieu de cette maxime sublime de justice raisonnée : Fais à autrui comme tu
veux qu'on te fasse, inspire à tous les hommes cette autre maxime de bonté
naturelle bien moins parfaite, mais plus utile peut-être que la
précédente : Fais ton bien avec le moindre mal d'autrui qu'il est possible.
C'est, en un mot, dans ce sentiment naturel, plutôt que dans des arguments
subtils, qu'il faut chercher la cause de la répugnance que tout homme
éprouverait à mal faire, même indépendamment des maximes de l'éducation.» Jean-Jacques
Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi
les hommes, 1755.
2°)
La moralité pour devenir conviction doit alors passer de la sensation (directe
ou indirecte) à l'idée abstraite. Ce passage se fait par la raison et réside
alors dans un intérêt bien compris. Épicure précise qu'il s'agit d'opérer un
calcul :
Epicure, Lettre
à Ménécée : « d’une part, le plaisir est reconnu par nous
comme le bien primitif et conforme à notre nature et c’est de lui que nous
partons pour déterminer ce qu il faut choisir et ce qu il faut éviter ; d
autre part, c’est toujours à lui que nous aboutissons, puisque ce sont nos
affections qui nous servent de règle pour mesurer et apprécier tout bien
quelconque si complexe qu’il soit. Mais, précisément parce que le plaisir est le
bien primitif conforme à notre nature, nous ne recherchons pas tout plaisir, et
il y a des cas où nous passons par-dessus beaucoup de plaisirs, savoir
lorsqu’ils doivent avoir pour suite des peines qui les surpassent et, d'autre
part, il y a des douleurs que nous estimons valoir mieux que des plaisirs
savoir lorsque après avoir longtemps supporté les douleurs, il doit résulter de
là pour nous un plaisir qui les surpasse. Tout plaisir, pris en lui-même et
dans sa nature propre est donc un bien, et cependant tout plaisir n’est pas à
rechercher pareillement, toute douleur est un mal, et pourtant toute douleur ne
doit pas être évitée »
Et
c'est justement l'expérience qui permet d'effectuer ce calcul de manière
pertinente.
3°)
A l'inverse l'immoralité serait liée à l'ignorance, au manque de connaissance
et d'expérience. C'est ainsi que Socrate défend l'idée que « nul n'est
méchant volontairement ». Le méchant est celui qui, faute
d'expérience, n'envisage pas, ou mal, les conséquences de ses actes.
------------------- Pourtant si
l'origine de nos convictions morales est à chercher dans l'expérience cela ne
signifie que ce soit l'expérience qui « fonde » la moralité. Comment
atteindre une morale commune si nos convictions morales sont déterminées par
des expériences toujours singulières ?-----------------------------
II
L'expérience constitue l'origine des convictions morales mais elle ne les fonde
pas
1°)
Si fonder c'est légitimer, établir en droit, et non pas seulement en fait,
alors il faut distinguer l'origine chronologique et le fondement logique d'une
chose. Ce n'est pas parce qu'on a toujours pensé de telle ou telle façon qu'une
conviction morale est légitime. De la même façon, en science, ce n'est pas
parce qu'on a toujours fait l'expérience que la Terre était immobile que notre
conviction que le Soleil tourne autour est légitime. C'est exactement cette
distinction entre origine chronologique et fondement logique qu'opère Kant. Or
il observe que l'expérience ne peut produire, au niveau individuel, que des habitudes
et, au niveau collectif, que des coutumes. Mais elle ne garantit pas la
légitimité d'une conviction. Le fondement ne peut être que rationnel. Ainsi le
commerçant qui sert honnêtement ses clients agit conformément au devoir, mais
ses motivations sont celles de l’intérêt, et non du devoir moral. Ce type
d’action se range dans celui de l'expérience, de l'intelligence éventuellement
mais pas de la moralité. La moralité désigne une action faite en voulant
accomplir son devoir :
“Une
action accomplie par devoir tire sa valeur morale non pas du but qui doit être
atteint par elle, mais de la maxime d’après laquelle elle est décidée”
Or
la démonstration logique permettant de fonde une conviction est celle-ci :
puis-je universaliser la maxime de mon action ? Cette règle de l’universalité
est ce qu'on appelle le formalisme. Une conviction et une action sont morale
lorsque qu’on peut appliquer une règle formelle. Kant remonte ainsi au
fondement a priori de la morale, c'est-à-dire indépendant de l'expérience. Cf impératif
catégorique vs impératif hypothétique. Il n’y a qu’un seul impératif
catégorique, et sa formule générale est celle-ci : “Agis uniquement d’après
la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi
universelle”
3°)
La pratique met pourtant en évidence la difficulté de s'en tenir à un tel
formalisme. En effet de nombreuses situations sont moralement acceptables ou
non en fonction de la formulation de la maxime d'universalisation. Et plus
encore, le cas de conscience place le sujet moral fasse à l’impossibilité de
trancher parce que le raisonnement conduit à des contradictions ou à une
égalité. C'est ce qu'illustre le cas de l'inspecteur Javert dans Les
misérables de Victor Hugo. Dans le chapitre intitulé « Javert
déraille », il n'arrive pas à concilier son devoir de policier qui est
d'arrêter Jean Valjean et son devoir d'homme qui est ne ne pas nuire à l'homme
qui lui a sauvé la vie. Le comportement altruiste de cet ancien forçat
contredit tous ses principes et le met face à un dilemme moralement
indécidable. --------- Mais si les principes de la moralité
semblent indépendants de l'expérience, la pratique et la réalité de la moralité
semblent bien, quant à elles liées à l'expérience. --------------------
III
Pourtant c'est bien à l'expérience qu'il faut revenir pour rendre la moralité
effective
1°)
L'histoire et donc l'expérience voient apparaître de nouveaux objets, de
nouvelles réalités qui imposent de réviser nos convictions morales → médecine,
robotique, OGM, mondialisation, etc.
De
plus les grands principes moraux semblent insuffisants pour régler la
particularité des cas, le caractère concret et complexe des situations. C'est
toute la différence entre la morale et l'éthique puisque cette dernière
recommande d'opérer un savant calcul afin d'effectuer le meilleur choix
(ex : l'euthanasie qui est interdite par la morale qui commande de ne pas
tuer et qui peut être recommandée par l'éthique en fonction des situations, des
seuils de souffrance, de la volonté des patients, des probabilités de
rémission, etc). Dans le cas de l'éthique c'est bien 'expérience qui fonde la
conviction.
2°)
Il serait illusoire de penser que les consciences soient séparées les unes des
autres, individuelles et enfermées dans leur subjectivité. Comme l'ont montré
Marx (« Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur
existence, mais leur existence sociale qui détermine leur conscience. La
conscience est, en quelque sorte, un produit social » ou le sociologue
Bourdieu les déterminismes s'étendent des pratiques, aux idées jusqu'aux
convictions, y compris morales. C'est ainsi l'histoire produit du droit qui
légitime et inscrit dans le marbre ce qui n'était l'objet de conviction que de
quelques-uns. Idées d'égalité des femmes et des hommes, de fin de
l'esclavagisme, de droit des enfants, de respect de l'animal constituent des
avancées éthiques liées à des expériences communes dont l'histoire rend compte.
3°)
Enfin l'expérience c'est ce dont on fait l'épreuve. C'est ainsi que la vertu
morale n'est pas seulement quelque chose qui s'enseigne mais quelque chose qui
se pratique. Aristote met ainsi en évidence que la morale n'est pas seulement
affaire de conviction mais d'exercice qui permet de former un caractère
vertueux.
«En
menant une existence relâchée les hommes sont personnellement responsables
d’être devenus eux-mêmes relâchés ou d’être devenus injustes ou intempérants,
dans le premier cas par leur mauvaise conduite, dans le second en passant leur
vie à boire ou à commettre des excès analogues : en effet, c’est par l’exercice
des actions particulières qu’ils acquièrent un caractère du même genre qu’elles”
(Aristote,Ethique à Nicomaque)
L'expérience
des actions vertueuses constituent ainsi, par sédimentation, un caractère
vertueux.
In :
www.intelligo.fr
lundi 18 juillet 2016
lundi 11 juillet 2016
Sujet du Mercredi 13/07 : Vive l’anarchie ? Ou l’ordre du monde pour Anaximandre.
Vive l’anarchie ?
Ou l’ordre du monde pour Anaximandre.
Ou l’ordre du monde pour Anaximandre.
Ce sujet traitera du rapport d'Anaximandre avec la pensée religieuse, l'ordre du cosmos et celui de la cité.
L’anarchie
(du grec ἀναρχία / anarkhia,
composé de an, préfixe privatif : absence
de, et arkhê, hiérarchie, commandement)
désigne l'état d'un milieu social sans gouvernement, la situation d’une société
où il n’existe pas de chef, pas d’autorité unique, autrement dit où chaque
sujet ne peut prétendre à un pouvoir sur l’autre. Il peut exister une organisation,
un pouvoir politique ou même plusieurs, mais pas de domination unique ayant
un caractère coercitif. L’anarchie peut, étymologiquement, également être
expliquée comme le refus de tout principe premier, de toute cause première, et
comme revendication de la multiplicité face à l’unicité.
Anaximandre ( vers -610, à – 546 de notre ère ) est né à Milet sur
les rivages de la Turquie actuelle, c'est-à-dire à la confluence de l’Orient où
les Babyloniens avaient fortement développés une astronomie très élaborée et de
l’Occident encore tout imprégné de mythes fondateurs qui font intervenir une
substance première, infinie, immortelle et divine enveloppant et gouvernant
toute chose : l’Arché.
Anaximandre va reprendre ce terme
d’arché,
mais, première rupture, il va écrire en prose alors que toutes les explications
du monde précédentes étaient en style poétique. De la théogonie on va passer à
ce qui va devenir la conception grecque de l’univers pour des siècles.
Désormais on rentre dans la
période de « l’histoire à travers la
physique ». Au lieu de chercher une origine, une source, au
cosmos ; un « primus motor »
comme dira plus tard Aristote,
Anaximandre va désormais utiliser le terme arché
dans un tout autre sens. Pour lui point d’origine première ( de création
dirions nous aujourd’hui ), l’origine est perpétuelle, et elle peut
continuellement donner naissance à ce qui sera. La cause complète de la
génération de tout sera nommée apeiron (infini ou illimité). Il n’y a plus de point originel dans le
temps. La matière s’organise selon l’apeiron ,
cette organisation est présentée par lui comme une séparation de contraires : » « Ce d’où il y a génération des entités, en cela
aussi se produit leur destruction, selon la nécessité, car elles se rendent les
unes aux autres justice et réparation de leur injustice, selon l’assignation du
Temps.[] ».
Anaximandre rompt de
manière radicale avec le mythe en ce sens qu’il démythifie la démarche généalogique
de création de l’univers. Dès lors la
porte s’ouvre sur une nouvelle géométrisation du monde. A la question que se
posait Thalès qui faisait reposer le monde (et la Terre) sur l’élément eau mais
se demandait comment son océan tenait dans l’espace, Anaximandre répond que la
terre flotte en équilibre au centre de l’univers et il ajoute que si elle
demeure en repos à cette place, sans avoir besoin d’aucun support c’est parce
qu’à égale distance de tous les points de circonférence céleste, elle n’a
aucune raison d’aller en bas plutôt qu’en haut, ni d’un coté plutôt que de
l’autre. Pour la première fois le cosmos est placé dans un espace mathématisé
constitué par des relations purement géométriques.
Mais les intuitions et réflexions
d’Anaximandre sont l’écho de la nouvelle organisation sociale de la polis grecque. Comme le remarque J.P
Vernant :« Les éléments se
définissent, en effet, par leur opposition réciproque ; il faut donc qu'ils se
trouvent toujours les uns par rapport aux autres dans une relation d'égalité), ou comme Aristote le dira
ailleurs, en égalité de puissance.
On notera que l'argumentation aristotélicienne implique un changement
radical dans les rapports du pouvoir et de l'ordre. La basileia, la monarchia qui,
dans le mythe, fondaient l'ordre et le soutenaient, apparaissent, dans la
perspective nouvelle d'Anaximandre, destructrices de l’ordre. L'ordre n'est plus hiérarchique; il consiste dans le
maintien d'un équilibre entre des puissances désormais égales, aucune d'entre
elles ne devant obtenir sur les autres une domination définitive qui
entraînerait la ruine du cosmos. Si l'apeiron
possède l'arché et
gouverne toute chose, c'est précisément parce que son règne exclut la
possibilité pour un élément de s'emparer de la dunastéia. La primauté de l'apeiron
garantit la permanence d'un ordre égalitaire fondé sur la réciprocité
des relations, et qui, supérieur à tous les
éléments, leur impose
une loi commune. ».
Ainsi la nouvelle organisation
spatiale des hommes en cités, elles mêmes géométriquement structurées donne t
elle naissance tout à la fois à une vision du cosmos non mythique,
mécanique ; et une conception de la vie en commun ou l’ordre n’est plus
divin mais humain, plus imposé par le destin, mais réglé par la volonté des
hommes : « Le lien, pour
nous si paradoxal, qu'Anaximandre établit entre l'absence de " domination
", la centralité, la similarité, autorise la comparaison avec un texte
politique d'Hérodote où nous retrouvons le même vocabulaire et la même
solidarité conceptuelle. Hérodote raconte qu'à la mort du tyran Polycrate.
Maiandrios, désigné par le défunt pour prendre après lui le pouvoir, convoque tous les citoyens à
l'assemblée et leur annonce sa décision d'abolir la tyrannie: " Polycrate,
leur dit·il en substance, n'avait pas mon approbation quand il régnait en
despote sur des hommes qui étaient ses semblables ... Pour ma part je dépose l'arché es méson, (au
centre), et je proclame pour vous l'isonomia.
".
Le cas d’Anaximandre équivaut
pour le monde antique à la rupture que produisirent Copernic et Galilée à
l’aube de la Renaissance face à la féodalité déclinante.
Les idées des hommes ne naissent
pas de nulle part, Anaximandre, comme Copernic et Galilée vécurent à des
périodes d’intenses mutations sociales et économiques. Le problème pour nous,
2500 ans plus tard, n’est il pas temps de renouer avec cette philosophie
là ? Celle qui dénonçait l’ordre
comme fatalité ; l’injustice comme destin, et la Cause de Tout comme ayant
source les mythes (littéralement mensonges,
fables). Nous faut-il encore prendre le marteau pour frapper sur les idoles
afin de nous rappeler qu’elles sonnent creux ?
Les
citations sont extraites de : Les origines de la pensée grecque, J.P.
Vernant PUF
Prochain sujet :
Mercredi
27 Juillet 2016
Sommes-nous reliés ?
lundi 4 juillet 2016
Sujet du Merc. 06 Juill. 2016 : L'obsolescence programmée est-elle nécessaire ?
L'obsolescence programmée est-elle nécessaire ?
C'est un mécanisme discret, mais non moins implacable, il est
le principe majeur qui règle l'horloge économique. De grès ou de force, nous y
participons. Je veux parler de l'obsolescence programmée.
S'il est beaucoup de choses qui dépérissent et se
transforment dans la nature, certains hommes ont
jugé bon de chronométrer ce que nous croyons posséder.
Nous allons essayer de comprendre comment une société capable
d'envoyer des satellites autour de Mars, ne peut plus fabriquer un micro-onde
qui dure plus de trois ans.
1/ La forme et les effets de l'obsolescence programmée.
L’obsolescence
programmée se définit par l’ensemble des techniques par lesquelles un
producteur à réduit délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter
le taux de remplacement.
Il nous faut déjà comprendre qu'à chaque cycle de vie d'un
produit, correspond une transaction.
Un objet coûtant 1 000
avec une durée de vie de 10 ans rapporte moins que dix objets coûtants
chacun 300 sur une même durée.
La chose est simple. Entre 1 000 ou 3 000... le choix est vite fait, si vous
raccourcissez la durée de vie d'un produit, vous augmentez le nombre de
transactions, donc le nombre de plus-values, donc la taxation totale.
Le consommateur lui, croit faire une affaire à court terme.
Mais sur dix ans, il devra fournir plus de
temps de travail pour obtenir le même service...
L'autre effet non négligeable de ce procédé est d'éviter la
saturation des marchés avec un stock d'invendu dans les bras.
Si vous avez 100 consommateurs qui ont chacun un frigo, vous
aurez du mal à leur en vendre un second avant 10 ans. Baissez la qualité des
matériaux, vous en revendrez dans deux ans. Vous maintiendrez ainsi
artificiellement une certaine forme d'activité. (revenus récurrents)
On comprend alors que l'obsolescence programmée est
nécessaire pour obtenir une croissance du capital industriel et financier. Elle
est un élément fondamental de la croissance du marché.
Il permet de rembourser les emprunts et les investissements,
ces derniers doivent à tout prix être remboursés, sous peine de faillite.
Elle permet une redistribution d'une partie des richesses
vers la population salariée, mais celle-ci dépense une part non négligeable de
ce qu'elle gagne dans des produits à obsolescence programmée.
Quoi de plus symbolique pour résumer ce système, que la
voiture que les employés doivent utiliser pour travailler ?
EN 2012, UNE VOITURE COUTE EN
MOYENNE 4 350 € PAR AN
Sur la base d'un parcours annuel moyen de 12 800 km, le prix de revient annuel d'une voiture en
2012 est de 0,34 x 12 800 = 4 350 € par an. Soit 4 350 / 12 = 362 € par mois
Source : lexpansion.com
Sur la base d'un parcours annuel moyen de 12 800 km, le prix de revient annuel d'une voiture en
2012 est de 0,34 x 12 800 = 4 350 € par an. Soit 4 350 / 12 = 362 € par mois
Source : lexpansion.com
Si vous considérez que le salaire médian d'un célibataire est
de 1 474 € par mois ( source salairemedian.com
) alors vous comprendrez que le salarié moyen dépense près de 25 % de son temps
de travail rien que dans sa voiture. ( 362 / 1474 x 100 = 24,5 % )
2/ Les enjeux et les solutions
Se dessinent alors deux organisations humaines radicalement
opposés l'une à l'autre.
L'une basée sur une économie de marché, où l'on ne crée pas des
produits pour satisfaire les besoins humains, mais pour rembourser les
investissements solvables. Où le but est d'accroître sans cesse le nombre de
marchandises en circulation pour augmenter la masse monétaire.
( l'avoir est une fin, l'Homme un Moyen )
L'autre sur des communautés organisées orientée vers « l'économie
de nécessité » , où l'on produit seulement ce dont on a besoin, et ce de la façon
la plus durable possible.
( l'avoir est un moyen, l'Homme une fin )
L'enjeu est de taille car, appelons les choses par leurs
noms, il s'agit d'un processus de mise en
esclavage de la population mondiale.
·
D'un gaspillage de temps et d’énergies humaines,
qui, utilisées à meilleur escient pourraient considérablement améliorer notre
mode de vie.
·
D'une dilapidation extrême des réserves
minérales et biologiques nécessaires à notre survie.
·
D'une pression démographique de plus en plus
importante sur ces ressources de plus en plus rares.
( voir exemple des élans pour comprendre le processus en
cours )
L'île a une superficie de 357 km2
La population de ces animaux culmine à 6 000 têtes en 1963.
Les deux années suivantes, quasiment tous meurent, car sans
prédateur, ils se multiplièrent et mangèrent toute la nourriture qui leurs étaient
comestibles.
Et la population se
stabilise à une quarantaine d'individus. Toutefois, depuis les années 1980, il
n'y a plus de rennes sur l'île.
J'espère sincèrement me tromper et faire une corroboration
abusive, que l'être humain ne reproduira pas les mêmes schémas que les rennes
de cet exemple.
Humblement, je propose quelques pistes de solutions, elles
seront peut-être insuffisantes, mais je souhaite vraiment qu'au cours de ce
café philo, soient abordés les moyens à mettre en œuvre pour sortir de ce
piège.
·
1/ Ne plus considérer le monde de façon
strictement matérialiste et promouvoir une approche sensible du monde. Une
raison pure sans cœur mène au nihilisme.
Je pense que si ce ne sont pas les raréfactions des
ressources qui nous contraignent, c'est une approche différente du monde qui
nous permettra de changer nos comportements.
·
2/ La chose fabriquée devrait se limiter à nos
besoins et non à l'accumulation.
·
3/ Que l'objet soit utile et dure le plus
longtemps possible, nos anciens se souviennent que leurs biens étaient fait
pour durer.
·
4/ Que l'objet puisse être transformé
·
5/ Tenter, dans la mesure du possible, d'obtenir
l'indépendance alimentaire : soit par sa production propre si l'on peut,
soit par un réseau de petits producteurs. S'éloigner progressivement des
réseaux de grande distribution.
·
6/ Peut-être nous faudra t-il réfléchir à la
fonction argent, car ceci semblerait être la clef de voûte de la distinction
entre économie de plus-value et économie de nécessité.
Sources ouvrages : L'être
contre l'avoir ( Francis Cousin ) -
Crise économique ou crise de sens (
Michel Drac )
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