lundi 22 mai 2017

Sujet du 24/05/2017 : PEUT-ON AVOIR LA CONSCIENCE TRANQUILLE ?



PEUT-ON AVOIR LA CONSCIENCE TRANQUILLE ?

« Avoir la conscience tranquille » est une expression très connue. C'est, semble-t-il, ne pas avoir l'esprit perturbé par quelque chose. Lorsque quelqu'un dit « Je n'ai pas la conscience tranquille » c'est qu'il est bouleversé par des choses qu'il a faites, subies ou apprises.

Il existe deux niveaux de conscience :          

        La conscience première (ou spontanée) qui est l'impression plus ou moins claire qu'a l'esprit de ses états. Et       

        La conscience seconde (ou réfléchie) qui est la capacité proprement humaine de faire retour sur cette première impression. 

La conscience réfléchie permet l'analyse et le jugement. « Ce qui élève l'homme par rapport à l'animal, c'est la conscience qu'il a d'être un animal. Du fait qu'il sait qu'il est un animal, il cesse de l'être » (Hegel). Par cette conscience nous nous constituons comme sujets distincts de nos états psychologiques. La conscience, par cette possibilité de réfléchir, est donc toujours conscience de soi en même temps que conscience de quelque chose.
La conscience est la fonction vitale d'adaptation au milieu changeant dans lequel on évolue. Elle nous libère de la force des choses qu'elle s'efforce de connaître pour mieux les transformer. 

La conscience nous dicte nos devoirs et nous fait éprouver remords ou satisfactions quant à nos actes passés. Kant ne disait-il pas : « La conscience est la raison pratique représentant à l'homme son devoir ; »        

Mais est-ce que l'on peut avoir la conscience tranquille, être en paix avec soi-même sans être troublé par les remords ou les regrets et surtout par les désirs ou passions ?
Durant l'enfance par exemple, nous ne sommes préoccupés par aucune responsabilité, car elle apparaît lorsque nous devenons autonomes vers 16 ou 18 ans, quand on commence à être indépendant d'esprit.    
Durant l'enfance on baigne dans une période d'innocence, de naïveté, de construction de soi et on ne se préoccupe pas des problèmes qui nous entourent. Nous pouvons donc penser que le fait de ne pas avoir de responsabilités, ni de devoirs permettrait d'avoir la conscience tranquille...Mais ce n'est pas si simple. C'est le fait de comprendre nos actes et d'avoir conscience d'eux qui permet d'être en paix.       

Ce sont ensuite nos désirs et nos passions qui peuvent influencer le fait d'avoir ou non la conscience tranquille.
On peut avoir la conscience tranquille lorsque nos désirs ne sont pas trop importants et ne sont pas trop impossibles à réaliser. Il est donc nécessaire d'apprendre à connaître les limites de nos capacités émotionnelles et sentimentales pour pouvoir être serein (maîtrise de soi).     

Avoir la conscience tranquille n'est-ce pas au fond cette « ataraxie »que proposent les philosophes antiques ? Peut-on, par conséquent, être en paix, n'avoir pas l'esprit troublé par nos remords et regrets mais surtout par nos désirs et passions ?
Mais au fond, est-ce possible si l'on considère ce qu'est la conscience ? (voir au début du philo piste)      

S'ouvre alors la question de la nature de la conscience. Si, comme le dit Husserl « toute conscience est conscience de quelque chose  », n'est-ce pas dans sa nature de n'être, en tant que conscience, jamais en repos ?        

C'est le conflit que chacun peut connaître en prenant conscience de l'écart entre les normes qu'il a intégrées, propres à la société particulière dans laquelle il vit et celles qui président au respect de la dignité de chacun. N'est-ce pas cette prise de conscience de la différence entre morale particulière et éthique qui nous perturbe ?
En ce sens que dans la vie concrète les injonctions d'une morale ne traitent généralement pas toute personne comme une « fin » mais le plus souvent comme un « moyen » (Kant).

mardi 16 mai 2017

Sujet du Mercredi 15/05/2017 : Les sens nous coûtent trop cher



             Les sens nous coûtent trop cher.



Il y a sens et sens. Comme il y a coûter et coûter. Car coûter a au moins deux sens : celui qui indique un payement (cette sono coûte cher) et celui qui relève d'une cause (cette musique hard me coûte ma tranquillité).
Ayons donc du sens pratique, et même du bon sens : chaque fois que nous prendrons un sens unique, il y aura au moins un double sens. Et quand ça part dans tous les sens ? Sous l'empire des sens, suffit-il d'être sensible ou faut-il, en plus, être sensé ? Nous tenons là une question philosophique essentielle (pour ne pas dire essencielle) qui émerge depuis cette polysémie autour même du mot sens, mot dont l'un des sens est censé nous éclairer sur la problématique suivante :

- Notre connaissance n'est-elle possible que par nos sensations ? N'est-elle due qu'à l'empirisme sensualiste ? Ou bien notre intuition sensible n'est-elle pas précédée, à priori dans notre esprit, par un fondement qui organiserait l'expérience et aiderait à la structuration et à la conceptualisation de la représentation du monde qui nous constitue et qui nous entame ?

C'est sans doute parce que nous avons récemment par trop versé dans le sensualisme démagogique et érigé des doctrines vite perverties comme l'hédonisme ou l'épicurisme mal compris, en livrant la recherche de la vérité aux seules voies des satisfactions sensitives et des plaisirs sensuels, que nous avons déjà payé très cher nos prétentions à connaître le réel par les seules sensations, fussent-elles intenses, pleines et même dopées de sensationnel.  

En déclassant trop rapidement l'intelligence au profit du sensitif, en valorisant outre mesure le jugement sensible au détriment de l'analyse intelligible, en tournant le dos à l'abstraction rationnelle pour avantager le " je ne crois que ce que je vois " (qui n'est rien d'autre qu'un prétexte fallacieux pour tenter de légitimer d'autres croyances), on paye encore plus cher le prix des conséquences de ces changements de sens vers l'illusoire et la tromperie.      

Car ce n'est évidemment pas un progrès humain que de se complaire dans l'état animal en pensant que l'utilisation du système sensoriel et neuronal ne se justifie que pour obtenir la satisfaction des instincts basiques et des besoins charnels fondamentaux. Même si cet usage s'accompagne de quelques colorations esthétisantes ou artistiques plus ou moins sensibilisatrices et d'un supposé sens moral généralement subordonnés à un égoïsme et un individualisme ridiculement revendiqués.       

Retrouvons donc un début de sens en redécouvrant précisément nos sens, au sens physiologiste de ce mot.    

Oui les cinq sens nous coûtent déjà cher lorsque nous les utilisons dans leur fonctionnalité organique normale. Voir clair, bien écouter, toucher juste, goûter fin, sentir bon : cela a un prix. Ils nous coûtent évidemment encore plus cher quand ils sont affaiblis de pathologies limitant leurs spectres de perception ou lorsque nous voulons les forcer, artificiellement, au-delà de leurs limites intrinsèques (voir dans l'infra-rouge ou entendre des ultra-sons par exemple).        
           
Mais là où les sens coûtent le plus cher, c'est lorsqu'on s'abuse en leur prêtant une trop grande fiabilité. Car nos sens nous trompent puisqu'on peut très facilement les leurrer, justement par de nombreux dispositifs (ex : les illusions d'optique) qui doivent à l'intelligence humaine d'avoir pu les dépasser.

Dépasser les sens : voilà enfin qui a du sens ! (il n'est même pas besoin d'inventer un sixième sens qui n'est autre qu'une diversion douteuse pour bifurquer vers l'irrationnel ou la métaphysique, déviances qui ont coûté déjà tellement cher à l'humanité).       

Dépasser les sens, c'est essayer de décrire la nature avec un esprit et un langage qui structurent l'espace et le temps, c'est à dire avec l'appui de la science mathématique, la recherche des lois physiques, des causalités et des déterminismes, tenter de déchiffrer la complexité avec objectivité, méthode, conscience, détachement et… une grande modestie. Bref, essayer de se convaincre que la connaissance rationnelle du monde réel est indispensable à quiconque veut donner le moindre début de sens à sa propre démarche de vérité et de liberté, qu'elle soit individuelle ou collective.     

Cela nous éviterait, au moins, de perdre le peu de sens qu'il nous reste dans le totalitarisme de la subjectivité ou dans l'alibi qui prévaut souvent chez les utilisateurs de la puissance magique de l'intuition, attributs évidemment réservés de préférence à ceux qui ont été touchés par la grâce. Comme, par exemple, le philosophe Bergson quand il déclare : " Nous appelons intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'unique et par conséquent d'inexprimable ". 

Décidément, il y a des sens qui nous coûtent tellement cher qu'on a du mal à les exprimer. Comment pourrait-on éviter que des illuminés ne s'engouffrent dans les sens interdits ?


dimanche 7 mai 2017

Sujet du Merc. 10/05/2017 : L’artiste est-il un producteur comme les autres ?



L’artiste est-il un producteur comme les autres ? 

Il est nécessaire de préciser que le thème de ce sujet n’EST PAS une réflexion sur l’esthétique (qu’est que le beau, le laid ? Etc …..).        
 
Je remercie donc les intervenants de ne pas perdre de vue le terme de « producteur » entendu ici au sens strict : celui qui produit une marchandise (matérielle ou « de l’esprit »)
.
Dans notre société le mot « artiste » a plusieurs fonctions parfois quasi religieuses ou en tout cas mystérieuses, fréquemment triviales pour qui est friand de la « star’ac » ou « the voice ».Mais même si on se fie à ces distinctions (il y en à d’autres …) est-il possible de dire que les uns et les autres ne produisent …. « Rien » - On comprend mieux ici le refus du traitement esthétique du sujet qui, s’il en restait à ce seul critère, s’enliserait dans ceux à qui « ça » plait et ceux à qui « ça ne plait pas » -

Pour une approche contradictoire : 

  • d'un côté l'artiste est un travailleur spécialisé comme un autre. Sa production est unique ;
  • de l'autre, il est l'esquisse d'un individu complet, apte à développer un pouvoir créatif qui reste bridé chez la masse des autres personnes.
L’artiste s’insère, comme tous les êtres humains de son temps dans des processus de production mais les objets qu’il produit ont une double caractéristique :

  1. ils sont inclus dans un processus de création d’une marchandise particulière : littérature, peinture, musique, cinéma …..
  2. ils semblent s’en détacher par leur unicité (alors que les marchandises « classiques » sont reproductibles à l’infini).
Point à éclaircir immédiatement : le fait de dire « apte à développer un pouvoir créatif » ; qui semblerait valider la thèse des « génies ». Le génie comme concept a cela de pratique qu’il écarte la réflexion sur l’origine du soi-disant génie  (nous avions examiné cela lors du café philo sur « Avons-nous besoin d’hommes providentiels »). 

Pour notre part nous considérons que l'art est une activité sérieuse, pas un simple délassement, qui requiert qualification et formation de haut niveau (en ce sens, on peut juger que « faire entre autres de la peinture » empêche de devenir Raphaël, bien au contraire, le travail en atelier est la condition de son talent et de sa capacité à répondre aux commandes qui lui sont faites.   ). A ce titre, on peut le rapprocher de ce que serait le travail libéré de l'aliénation.

C’est sur la base de ces considérations que nous pourrons dès lors juger les « artistes »- kleenex de la télé. Et c’est ici que se clôt le débat de savoir si ce qu’ils « produisent » est « esthétique » ou pas. Là n’est pas l’ESSENTIEL.

Mais demeure le caractère « marchand » de l’œuvre d’art. De quelle marchandise s’agit-il donc ? Pour John M. Keynes le  marché de l’art est autoréférentiel et autoréalisateur, conduisant au déséquilibre et non à l'équilibre : aujourd'hui l'instabilité du marché de l'art contemporain est connue ! Mais ce que les libéraux oublient (dans leur frénésie à tout marchandiser – même l’art -), c’est que le marché de l'art n'en est jamais totalement un en raison de l'incertitude foncière qui pèse sur la valeur de l'œuvre. 
Si l'on abandonne le point de vue de l'économiste et du collectionneur fortuné, on peut dire que cette incertitude, loin d'être un défaut, est précisément ce qui révèle que l'œuvre (la production, la « marchandise ») n'est jamais complètement ni seulement une marchandise. 
       
Ce statut complexe offre à l'artiste des marges de manœuvre, une certaine liberté qui lui permettent, le cas échéant, de se détacher de cette logique marchande, voire de la critiquer, de la donner à voir tout en s'en détachant 

Si l'activité artistique et culturelle n'est pas, ne peut pas être complètement, intégrée au fonctionnement des circuits classiques de la marchandise, son degré de résistance et sa portée critique sont fonctions directes des choix qui sont ceux des créateurs eux-mêmes. Mais par ailleurs, et plus fondamentalement encore, cette situation offre un angle de vue sur le travail en général. 

Si la force de travail peut se vendre dans le domaine de l’art comme marchandise, elle n'est pas produite comme marchandise et résiste par définition à sa complète colonisation par le marché. 

Au fond le travail si particulier de l’artiste rend visibles, en les grossissant, certains traits qui sont ceux du travail et des activités salariées de l’ensemble des producteurs dans la société.

Peut-être cela nous permet-il d’envisager une autre définition de la richesse : une fois les besoins égoïstes de quelques-uns abolis, avec leurs rapports de production et d’échange privatisés, qu'est-ce que la richesse, sinon l'universalité des besoins, des capacités, des jouissances, des forces productives des individus, universalité engendrée dans l'échange universel ? Sinon le plein développement de la domination humaine sur les forces de la nature, tant sur celles de ce qu'on appelle la nature que sur celles de sa propre nature ? Sinon l'élaboration absolue de ses aptitudes créatrices ?

( Sources : I. Garo - L'or des images - 2013.   Hegel : Esthétique : 1835


                                                             SUJETS A VENIR



Mercredi 17 Mai 2017

1114                Les sens nous coutent trop cher.

Mercredi 24 Mai 2017

1115               Peut-on avoir la conscience tranquille ?

Mercredi 31 Mai 2017

1116        Comment peut-on savoir que l’on pense par soi-même ?

Mercredi 07 Juin 2017

1117                          2 + 2 = 5  (G.  Orwell)

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