dimanche 21 septembre 2014

Sujet du Merc. 24 Sept. 2014 : Mais où est la vérité ?




 NOTE  : LA VERSION ILLUSTRÉE DE CE PHILOPISTE EST PARVENUE DAN SON INTÉGRALITÉ AUX ABONNES DE LA LISTE DE DIFFUSION DU CAFÉ PHILO

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                     MAIS OU EST LA VÉRITÉ ?

« La philosophie est écrite dans ce livre gigantesque qui est continuellement ouvert à nos yeux (je parle de l’univers), mais on ne peut le comprendre si d’abord on n’apprend pas à comprendre la langue et à connaître les caractères dans lesquels il est écrit. », Galilée.


1. L’intitulé semble mal posé.         

N’y a-t-il pas une vérité pour chaque « objet » plutôt qu’une seule et unique vérité générale ? En corollaire, y a-t-il une vérité immuable et irrévocable ? Les idéologues, les croyants, les idéalistes et Platon vont se récrier car eux, ils y croient à « La Vérité ».
La croyance fausse en une vérité absolue, telle que celle de D(d)ieu – Y(y)ahvé, A(a)llah, le P(p)ère, etc., ne consiste-t-elle pas à passer sous silence le fait que celui qui peut tout ne peut pourtant pas une seule chose : la contradiction ? Sinon il serait absurde pouvant à la fois tout et son contraire et donc absolument rien. Les divers « Livres sacrés » qu’il a dictés contiennent maintes contradictions internes et entre eux, tout en contredisant aussi le réel, le livre de la nature. Les voies des seigneurs dieux restent impénétrables pour les hommes. On s’accordera avec Epicure : les hommes ne doivent en rien se préoccuper d’eux.
A l’opposé, les relativistes et postmodernes n’affirmeront-ils pas qu’on n’est jamais sûr de rien ? Pourtant par cette affirmation ne se contredisent-ils pas eux-mêmes ? L’inanité du relativisme n’est-elle pas ainsi établie ? Ceux qui s’y complaisent se condamnent à la confusion mentale et morale.
Voilà donc pour le relativisme : il n’y a pas de vérité qui tienne sauf, en tout illogisme, précisément cette affirmation-là. Et voilà aussi pour l’idéalisme et les croyances fausses qui peuvent tout, même l’illogisme de la contradiction. Entre ces deux écueils logiques et antinomiques l’un de l’autre se situe une vérité « seulement » scientifique ou philosophique.

2.     « Mais où précisément se situe cette vérité-là ? » demande l’intitulé du philo-piste.

Poincaré l’explique dans un texte limpide de la fin du 19ième siècle qui ramène toute vérité à des principes fondamentaux s’appuyant sur des faits avérés, sachant que les faits ne suffisent pas par eux-mêmes et qu’il faut en outre à partir d’eux conduire sa raison suivant une méthode pertinente. « Affirmer que la Terre tourne n’a aucun sens. Ou plutôt, les deux propositions « la Terre tourne » et « il est plus commode de supposer que la Terre tourne » ont un seul et même sens. ». C’est ce qu’il définit comme critère de vérité ; ici celle de la rotation de la Terre.
Mais qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Il explique que « … cette vérité que la Terre tourne est à mettre sur le même pied que le postulat d’Euclide, par exemple. Est-ce là rejeter la vérité que la Terre tourne ? Pas du tout. Mais il y a mieux. Dans le même langage on dira que les deux propositions «  le monde extérieur existe » ou «  il est plus commode de supposer qu’il existe » ont un seul et même sens. Ainsi, l’hypothèse de la rotation de la Terre conserverait le même degré de certitude que l’existence même des objets extérieurs ».  Poincaré nous ramène ici à la vacuité de ceux qui, à l’instar du philosophe métaphysicien Berkeley, doutent que le monde (et ultimement eux-mêmes) puisse exister. Pour rester logiques avec eux-mêmes ils devraient essayer de passer à travers les murs ou d’échapper à la gravité en sautant par la fenêtre. Leur repère, référentiel ou point de vue - ou même leur vue de l’esprit la plus pure – ne sont qu’une conception du monde propre à leur esprit.
« …Une théorie physique est d’autant plus vraie qu’elle met en évidence plus de rapports vrais. A la lumière de ce nouveau principe, examinons la question qui nous occupe. Non, il n’y a pas d’espace absolu. » Ce qui signifie que le mouvement n’a de sens que par rapport à un repère ainsi qu’on le constate sur un navire par l’immobilité apparente à bord de tout objet au repos alors que le navire se déplace par rapport au rivage ; ou encore lorsque sur une bicyclette on observe le mouvement circulaire de la pipette, mouvement qui ne reste pas du tout circulaire lorsqu’il est vu par un badaud dont le point de vue ou référentiel n’est précisément pas le même  que celui du cycliste.

On peut dire par analogie :
« Les deux propositions contradictoires « la Terre tourne » et « la Terre ne tourne pas » ne sont donc pas plus vraies l’une que l’autre. Affirmer l’une plus que l’autre serait admettre l’existence de l’espace absolu ». Plutôt que celle d’espaces relatifs ayant chacun un référentiel distinct. A ce stade on ne peut donc toujours pas décider qu’est vrai soit que la Terre tourne soit qu’elle ne tourne pas.
« … Mais si l’une des propositions nous révèle nombre de rapports vrais que l’autre nous dissimule, on pourra néanmoins la regarder comme plus vraie que l’autre, puisqu’elle a un contenu plus riche. A cet égard aucun doute n’est possible : voilà le mouvement diurne des étoiles et le mouvement diurne des autres corps célestes, et d’autre part l’aplatissement de la Terre, la rotation du pendule de Foucault, la giration des cyclones, les vents alizés, que sais-je encore ? Pour Ptolémée, tous ces phénomènes n’ont entre eux aucun lien ; pour Copernic, ils sont engendrés par une même cause. En disant, la Terre tourne, j’affirme que tous ces phénomènes ont un rapport intime, et cela est vrai et cela reste vrai bien qu’il n’y ait pas et qu’il ne puisse y avoir d’espace absolu. ». Cela revient à dire qu’il n’y a pas de vérité absolue et que toute vérité philosophique ou scientifique toujours reste discutable.
Poincaré montre de même qu’il en est ainsi pour les phénomènes liés à la révolution annuelle de la Terre autour du soleil (plutôt que celle du soleil et de tout l’univers autour de la Terre) qui peuvent tous être rapportés à une même cause, suggérant un même principe explicatif fondamental, le principe d’inertie pressenti par Galilée selon lequel tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, ne le contraigne à changer d’état.
« Dans le système de Ptolémée, les mouvements des corps célestes ne peuvent s’expliquer par l’action des forces centrales, la mécanique céleste est impossible. Les rapports intimes que la mécanique céleste nous révèle entre tous les phénomènes célestes sont des rapports vrais ; affirmer comme Ptolémée l’immobilité de la Terre, ce serait nier ces rapports, ce serait donc se tromper. » Ces rapports vrais révèlent, outre le principe d’inertie, celui de l’attraction universelle énoncé par Newton. En fait, trois principes de vérité apparaissent : l’impossibilité d’un espace absolu, le principe d’inertie et celui de l’attraction universelle des corps.
Il faut néanmoins noter qu’il serait toujours possible d’expliquer que la Terre est immobile et que tout tourne autour d’elle, ainsi qu’expliquer tous les phénomènes cités plus haut au titre de « preuves » du contraire. Mais aucun principe directeur général ne pourrait expliquer tout cela. C’est cela même qui en réfute la véracité et qui définit une vérité authentique.
En résumé, aucuns principe ou preuve scientifiques pas plus que philosophiques ne sont indiscutables. Mais que plusieurs phénomènes distincts puissent être ramenés à une cause unique constitue un argument fort :
-   pour prendre cette cause au sérieux
-   et pour explorer si d’autres phénomènes encore inconnus n’en seraient pas également une conséquence.
On conclut qu’une vérité n’a pas le sens que l’opinion la plus répandue lui donne. Elle n’est ni la Vérité absolue des idéalistes et des croyants ; ni une vérité éphémère, ni le « tout se vaut » des relativistes et des post-modernes. Non, elle a un sens du vrai  plus subtil, plus riche et plus profond. Cela se sait au moins depuis Copernic et Giordano Bruno il y a 500 ans. Ou est-ce depuis Epicure il y a 2300 ans ? Ce qui a attiré depuis d’implacables et constantes répressions confinant à la bêtise.
3.   Et pourtant aujourd’hui cela nous pénètre-t-il enfin l’esprit ? Quand nous abordons une question philosophique (ce qui n’a rien que de très commun et quotidien) suivons-nous cette façon de penser ? Allons-nous vers les faits avérés et eux seuls ? Et ensuite recherchons-nous jusqu’au bout le lien le plus général qui explique les phénomènes ? Recherchons-nous systématiquement la cause fondamentale les expliquant tous, le principe explicatif qui les sous-tend ?
Si nous le faisions, et à titre d’exemples, pourrions-nous encore prétendre : 
-   que la matière serait un épiphénomène de l’esprit,
-   que la Terre et les hommes furent un jour créés,
-   qu’une intention guiderait le monde vers une fin, que son agencement si harmonieux n’ait été fait pour le bien des hommes, ou que « derrière tout se trouve une grande intelligence » (Benoît XVI),
-   que la guerre serait inscrite dans une prétendue nature des hommes plutôt que dans des situations particulières de leur devenir,
ou encore que les crises et guerres à répétition tant locales que mondiales ainsi que d’autres phénomènes humains des quelques siècles et décennies passés et à venir ne s’exprimeraient pas par un principe explicatif général sous-jacent tel que, par exemple, le procès d’accumulation illimitée et accélérée du capital ? Mais qu’ils ressortiraient au
contraire de mille autres causes sans liens entre elles ?
Sans rechercher la cause fondamentale ou le principe des choses pourrons-nous un jour sortir des pulsions et préjugés animant la « caverne de Platon » pour débusquer les conditionnements de masse électronique, télévisuel, industriel, éducatif, religieux, publicitaire, bancaire des faiseurs de prodiges ?

Oui ou non les cartes bleues débitent-elles nos comptes de l’argent qui y serait supposément en dépôt, alors qu’il ne nous appartient plus une fois qu’il y est versé ? L’agresseur est-il Poutine ou l’Occident ? Quelle authenticité accorder à une vidéo d’égorgement par un incertain Etat islamiste ? Ou encore la fiole brandie par un préposé noir étatsunien contenait-elle le prétendu « anthrax » du pays d’Ali Baba et des quarante voleurs ; etc. ?
4.   Si pour penser les phénomènes humains ou pour simplement philosopher nous adoptions une hypothèse de recherche de vérité inspirée du texte de Poincaré, il nous resterait néanmoins encore à choisir une méthode pertinente et efficace pour mettre cette recherche en œuvre. Deux éléments sont nécessaires à toute recherche philosophique ou scientifique : une analyse critique qui détermine si les faits sont avérés ou pas, et une « grille de lecture » pertinente de ces faits.
Voici une proposition d’outil pour penser vrai : quatre éléments constituent une « grille de lecture » philosophique de tout « objet » traité dont il faut établir les relations qui les relient entre eux. Le schéma ci-dessous est utile à cet égard. Au terme d’un long, tenace et exigeant procès de questionnement, de recherche, d’analyse et de synthèse, sur lequel des quatre points situerons-nous l’espoir de vérité ? Sachant que toute vérité ne sera néanmoins jamais indiscutable :

les discours « autorisés »   ce qui se dit autour de nous
de locuteurs à auditeurs      (par les gens) et comment
                             O      O
                             O      O
ce qui est, la réalité effective     la question posée,
                                                   La recherche

5.      Finalement, peut-on penser que lors de toute question que nous nous poserons à l’avenir nous saurons saisir :
   -   tant le sens particulier de ce qu’est une vérité « seulement » philosophique
    -   que la méthode pour mettre en œuvre ce sens précis de la vérité ?
>   Sans ces deux éléments il est certain que nous perpétuerons simplement des opinions ou croyances fausses contraires à tous élément, situation ou problème du réel qui se posent à nous.
>   En corollaire, nous n’aurons dès lors que peu de prise sur ceux-ci pour agir ensemble de façon pertinente et efficace. N’est-ce pas ainsi que se posent :
1) la possibilité de comprendre le monde qui nous entoure et
2) celle de ne pas se sentir impuissant à agir collectivement pour l’améliorer et pour en résoudre les dilemmes qui souvent se révèleront alors plus apparents que réels ?














lundi 15 septembre 2014

Sujet du Merc. 17/09 : Du regard.



                                             DU REGARD.

Si tu ôtes aux yeux leur regard, tu n'as pas encore fait le noir sur ta vie
des yeux immobiles t'ont déjà vu naître
mille fois ils t'ont scruté dans le silence
à l'instant même où tu doutes de leur présence, ils sont là et se moquent de tes doutes
ils seront là le jour de ta mort
       Alma Abélian

Dans l'amour, dans l'amitié le regard devient une fête des cœurs.   
Sartre


Selon Freud, quand l'homme a accédé à la station verticale, les organes sexuels sont devenus visibles. Pour se protéger d'une excitation sexuelle excessive, un "refoulement organique" a conduit à un transfert de l'olfactif vers le visuel. A la fonction originelle de l'œil s'est ajouté un autre registre, celui de la pulsion scopique. Désormais l'œil sert deux maîtres à la fois : les pulsions du moi et les pulsions sexuelles. L'œil sert deux maîtres à la fois : les pulsions du moi et les pulsions sexuelles.  De même que la bouche peut servir à embrasser, manger ou parler, les yeux peuvent servir à trouver son chemin ou à choisir l'objet amoureux présentant le plus d'attraits. Le regard n’est pas réductible à ce qu’il peut voir ou a fortiori à l’image… c’est tout d’abord par le regard que l’être humain atteste de son humanité auprès d’autrui, dans le regard que celui-ci, en réciprocité, lui accorde. À cette situation humaine et humanisante du regard se rattache un ensemble particulièrement riche de problématiques typiquement philosophiques pour inclure dans leur champ d’investigation la vue, la vision, le visible, l’image, l’écriture ainsi que les productions de l’imagination, comme l’illusion. Les critiques que les philosophes antiques adressaient à l’image et l’idole, ou encore l’élaboration complexe d’une théologie de l’icône s’articulent en définitive à une véritable « politique » du regard, comme exprimant le propre de l’homme. Dans sa République, Platon théorise de manière particulièrement complexe les différents régimes de regards (depuis l’usage ordinaire de la vue jusqu’à la contemplation des formes idéales à partir desquelles se fait la science). Une image toute particulière, l’allégorie de la caverne, est devenue l’emblème sinon le fétiche d’un certain platonisme populaire. L’épais sédiment des reprises scolaires de cette image recèle, comme une caverne son trésor, un mythe, c’est-à-dire un récit performatif dont le thème est justement le dépassement des images et la question de la différence entre imaginer (la jouissance scopique) et savoir (le regard maîtrisé). Désir érotique, désir du beau, désir de savoir sont en continuité et participent aussi au regard.  Ces deux aspects du regard, présence dans le visible et dans le désir, sont ce qui nous intéresse ce soir.  Notre société, nous l’avons souvent répété dans ce lieu, est une société du spectacle. Or, cette société du spectacle est produite avec le déchet de la civilisation, produit du discours du maître: déchet de jouissance dans sa modalité scopique. Ce plus-de-jouir est un plus-de-regard. Il est excessif, impossible à supporter : un commandement de donner à voir, soit de montrer patte blanche, soit de se rendre visible pour être quelqu'un.  Il s'agit en fait plutôt d'une société du scopisme que d'une société du spectacle.  De toute façon, dans la société du scopisme, pour exister, il  faut être vu par l'Autre.  Et ainsi s'instaure le renouvellement du vieux cogito religieux: l'Autre me voit donc je suis". Tous les appareils vidéo, de vision lointaine, de télévision fabriqués à partir du progrès de la science ont été possibles avec l'avènement de cette même science, l'optique physique qui a exclu le regard du monde visible.  Mais ce regard y fait retour de plus en plus comme commandement de la jouissance scopique. Là où le monde réel se transforme en images, les images deviennent plus réelles pour la jouissance du spectateur.  Le show de la guerre filmée, choquant, dans Apocalypse Now, est aujourd'hui banal.  Des orgies de sang, des bacchanales de membres dépecés envahissent notre quotidien avec les "ici et maintenant " des atrocités live.  Ce sont des images du spectacle qui apportent au spectateur la jouissance du regard qui le réveille par une horreur excitante.   Dans la "société scopique", le paradoxe de la jouissance fait que chaque homme vent faire de son prochain un acteur et un spectateur d'un spectacle obscène et féroce à la mesure du surmoi qui surveille et punit.                                                                                                                                      

Le panoptique de Bentham  : Cette structure du regard dans le Panoptique de Bentham, une figure architecturale employée au début du XIXème siècle pour surveiller les prisonniers, dont le modèle a été aussi employé pour les fous, les malades, les écoliers et les ouvriers.  Il s'agit d'une construction  composée d'une tour centrale et d'un édifice circulaire.  Le surveillant est dans la tour sans que personne ne le voie tandis que les prisonniers sont dans l'édifice circulaire dans des cellules transparentes, baignées de lumière pour que la visibilité soit totale. Le panoptique dissocie la paire voir-être vu et fait du sujet un être non-voyant qui est pris tout le temp par le regard de l'Autre.  Par cet artifice, il présentifie le regard à la fois totalisateur (et totalitaire) et particularisé pour chacun.  Michel Foucault nous a montré dans Surveiller et punir que le Panoptique est le modèle de notre société disciplinaire qui, pour contrôler les individus, doit les rendre visibles à tout moment tandis que son Oeil est invisible pour faire régner l'objet regard.  Ils font tous tache dans le tableau de la norme.
C'est par le regard que les êtres doués de conscience, les pour soi, dirait Hegel, sont en relation. Se sentir regardé, c'est d'emblée savoir qu'il n'y a pas au monde que des objets, des choses. Il y aussi d'autres sujets. Le regard est révélation de l'existence d'autrui et cela ne va pas sans difficulté car l'expérience du regard est fondamentalement ambiguë. Les mythes soulignent qu'il n'est inoffensif ni pour le regardant, ni pour le regardé. On doit à Sartre une célèbre analyse où il établit qu' « autrui m'est présent partout comme ce par quoi je deviens objet ». Autrui dont le regard me révèle l'existence est un autre sujet et le propre de tout sujet est de se poser par rapport à des objets. Mon expérience d'autrui est donc celle de mon objectivation. Pour Sartre le regard est objectivant par nature. Il me fait exister comme « un dehors », il me réifie, il m'anéantit dans ma dimension de transcendance, me réduisant à la facticité qu'il perçoit. "S'il y a un Autre, quel qu'il soit, où qu'il soit, quels que soient ses rapports avec moi sans même qu'il agisse autrement sur moi que par le pur surgissement de son être, j'ai un dehors, j'ai une nature; ma chute originelle c'est l'existence de l'autre, et la honte est - comme la fierté - l'appréhension de moi-même comme nature, encore que cette nature même m'échappe et soit inconnaissable comme telle. Ce n'est pas, à proprement parler, que je me sente perdre ma liberté pour devenir une chose, mais elle est là-bas, hors de ma liberté vécue, comme un attribut donné de cet être que je suis pour l'autre. Je saisis le regard de l'autre au sein même de mon acte, comme solidification et aliénation de mes propres possibilités". L'Etre et le Néant. Au fond, le regard d'autrui est une véritable épreuve, il me destitue de ma liberté originelle. D'où la formule de Huis clos : « l'enfer c'est les autres ». Dans le regard d'autrui, je suis mis en situation de rompre l'intimité de moi avec moi-même, de prendre une distance me permettant d'accéder à la conscience de moi-même. Sartre n'hésite pas à dire qu' « autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même ». L'Etre et le Néant. Pour avoir une image de moi-même, il faut passer par l'autre. Il le montre en analysant l'expérience de la honte.

« [...] La honte dans sa structure première est honte devant quelqu'un. Je viens de faire un geste maladroit ou vulgaire: ce geste colle à moi, je ne le juge ni ne le blâme, je le vis simplement [...]. Mais voici tout à coup que je lève la tête: quelqu'un était là et m'a vu. Je réalise tout à coup toute la vulgarité de mon geste et j'ai honte. [...] J'ai honte de moi tel que j'apparais à autrui. Et par l'apparition même d'autrui, je suis mis en demeure de porter un jugement sur moi-même comme sur un objet, car c'est comme objet que j'apparais à autrui. Mais pourtant cet objet apparu à autrui, ce n'est pas une vaine image dans l'esprit d'un autre. Cette image en effet serait entièrement imputable à autrui et ne saurait me « toucher ». Je pourrais ressentir de l'agacement, de la colère en face d'elle comme devant un mauvais portait de moi, qui me prête une laideur ou une bassesse d'expression que je n'ai pas; mais je ne saurais être atteint jusqu'aux moelles: la honte est, par nature, reconnaissance. Je reconnais que je suis comme autrui me voit. » Sartre. L'Etre et le Néant
             Tout ce qui vient d'être dit montre assez l'ambiguïté de cette notion de regard. S'il peut être structurant, s'il est fondamental dans les échanges intersubjectifs, son champ sémantique nous dit également qu'il peut être redoutable, pouvant hypnotiser, pétrifier, méduser, fusiller, transpercer... Il apparaît ensuite que cet œil est plus souvent mauvais que bon. On sait le nombre de traditions où il s'agit de se garder du "mauvais œil".  «  Le regard a souvent été considéré par les Anciens comme un rayon...émis par le feu de l'œil en direction de l'objet... Peut-être est-on en droit de supposer... un lien direct entre l'œil rond des Cyclopes et la fonction que leur assigne Hésiode de maîtres du feu métallurgique, fabricateurs de la foudre... pour le service de Zeus. " On sait aussi combien cet œil est inquisiteur, pénétrant, castrateur et quelle difficulté il y a pour y échapper. Versant imaginaire du Surmoi: œil de la Conscience, œil de la Police, œil de Dieu... Caïn, meurtrier de son frère et poursuivi jusqu'à la fin, comme le dit le célèbre vers de Victor HUGO: L'œil était dans la tombe et regardait Caïn. ».

lundi 8 septembre 2014

Sujet du Merc. 10 Septembre : l'instantané comme temps.

                                                    L’instantané comme temps.

Epicure et ses amis, nous ont légué le concept ;« tout vient du ventre ». Le temps viendrait il du ventre ?
L’humanité avait elle besoin du temps ? Et pourquoi  aurait elle eu besoin de celui –ci ?      La nécessité  du ventre lui imposât elle  le temps ?
Dans  l’Amazonie profonde vie une tribut de chasseur-cueilleurs ; « La tribu Pirahãs (ceux qui marchent droit)» pour eux le temps se vit au présent, il n’y a pas de passé ni de futur. Ils ne comptent pas et ils n’ont pas de vocabulaire pour décrire les nombres. Les Pirahãs ; font de courtes siestes ; allant de quinze minutes à deux heures , le jour comme la nuit , mais dorment rarement une nuit entière. Ils ne se projettent pas dans le passé, ni le futur.
Aucune fiction ou mythologie n’a été découverte chez eu  part les chercheurs .
Ils ne conçoivent pas , et n’acceptent pas  un quelconque concept de création du monde ; ils pensent que «tout a toujours été ainsi ».
Ils défient les théories dominantes en linguistique et relance la réflexion sur le lien entre langage et culture.
Serait-ce là , le temps de l’âge d’or des ; « propagandistes du patriarcat" dans l’antiquité grecque où l’homme vivait au présent, au paradis ?
Ovide : nous parle de ce temps, de l’âge d’or, qui céda la place à l’âge d’argent, qui fut celui de la domination de Jupiter ou  Zeus.
Il nous dit que Zeus est le créateur du temps : « le temps solaire », mais avant celui-ci, il y eu le temps lunaire ; « avec la triple déesse" (la déesse de la fécondité) , la dame blanche , Europe ( pleine lune) , etc ....la nature étant divinisée dans sa totalité .
Depuis le triptyque du temps lunaire, on peux aisément remarquer, que toutes les époques se sont déclinées en triptyque ; passé, présent ,futur .
Le temps lunaire,  désignation générale : Déméter se décline en triptyque : Chorée, Perséphone, Hécate :  la jeune vierge, la nymphe, la vieille femme.

Le temps solaire : Poséidon Zeus Hadès. Le christianisme : la Trinité, le père, le fils et le saint d'esprit.

La république française laïque : liberté, égalité,  fraternité

La liberté : passé
L'égalité : présent
La fraternité : futur

La liberté dans la maîtrise de l'espace est le premier jalon et la condition fondamentale pour que puisse être mis au monde un présent d'égalité entre les hommes qui leur permettra, ayant remplis ces conditions, d'accéder à la fraternité (la paix entre les hommes)

Notre présent, celui que nous vivons est-il réellement un présent ? S’inscrit-il dans les triptyques des frontons des mairies ? A toutes les époques, pour que leur verbe puissent se faire chair, les sociétés ont eu besoin de s'inscrire dans un espace où elles régulent les échanges entre les hommes dans le temps.
L'instantané comme temps ouvrirait il une autre ère dans le cheminement de l'humanité, dans sa marche vers son émancipation de la nature ?
Ce concept de vouloir tout à l'instant pour passer instantanément à un autre désir sans avoir eu le loisir de découvrir le désir précédent ne conduit il pas a avoir de multiples quantités de vie, c'est à dire …aucune ?

L'histoire de l'humanité donnerait à penser que les hommes ayant le pouvoir dans l'organisation sociale, par jalons successifs, se sont évertués à observer la nature dans toutes ses dimensions en essayant de l'imiter dans sa structure. La manière de se procurer leur alimentation servant souvent de modèle organisationnel.

Le temps permettrait de maitriser l'espace dans lequel une communauté humaine évolue. Quand une partie de cette communauté n'a plus d'espace, elle n'a plus besoin de temps. Les esclaves devenaient des êtres qui avaient perdu la maitrise de leur espace, et par là même le temps ne leur appartenait plus. Leurs maitres devenaient les dépositaires de leurs temps et jouissaient de leur espace.

L'homme "moderne" a inventé la fission de l'atome pour la production d'énergie et la destruction. Dans cette fission les atomes confinés dans un espace donné se retrouvent dans un chaos dans lequel ils se consument mutuellement jusqu'à leur complète transformation.

La "modernisation" qui nous est imposée serait elle calquée sur le temps nucléaire ? : Evoluer dans un espace confiné pour obtenir de  nous un maximum d'énergie dans un minimum de temps et consommer les hommes en faisant d'eux des atomes, n'ayant plus d'énergie à libérer, et de liens entre eux ?

Serions-nous dans le temps de la barbarie, dans des espaces confinés, maitrisés, sécurisés par les spécialistes de la "chose" ?

Si ces chaos se libéraient de leurs confinements, ne pourraient ils pas emporter l'humanité dans son ensemble à sa perte ?

L'instantané comme temps ramène l'homme, qui n'a plus d'espace temps, au  niveau de la bête, "la bête immonde" de B. Brecht, un être qui ne raisonne plus. Ses sens sont éduqués pour les besoins de l'écoulement des marchandises en stock. Son espace s'est réduit à un siège et un petit écran, son temps est l'instant qui peut se résumer à la paralysie de l'être mis à part ses pouces préhenseurs.

Il n'y a que du continu, l'homme n'est plus une communauté, il vit seul, comme un atome et se bat pour son minuscule territoire.

La perte de cette infime "empire sur soi" ne serait elle pas le début de notre libération ?


lundi 1 septembre 2014

Sujet du Merc. 03 Sept. : Le changement ça fait peur.



                     Le changement, ça fait peur.

On dénonce dans des conférences au niveau national des choses qui ne fonctionnent pas. Les politiques ne font rien pour que cela change car mécontenter le peuple qui n'accepterait pas un changement nuisant à leur confort pour leur profit. Seule la gravité de la situation viendra se substituer à la motivation défaillante. Tout sauf le changement où vive les chaines dorées !        

 Que devons nous perdre pour que le courage de changer nous prenne? La peur du changement conduit à chercher un chef, un guide avec les inconvénients de laisser son pouvoir à autrui

Le changement c'est perdre le lien avec une habitude.

Quelles catégories ?

Les salauds : pour ne pas avoir à subir des taches ingrates ou dures on aliène par un pouvoir sur les autres (l'argent ou la force ) les petites mains en chine ou ailleurs qui sont nos esclaves

Les morts vivants :
On reporte le problème à plus tard et plus tard… on est mort ! On est soulagé de ne pas avoir pris de décisions, d'avoir changé!  La génération suivante se débrouillera avec !

Les lâches :         
ou "moutontruches"  qui font métro, boulot, dodo, vacances, automobile, télé, football, sécurité sociale, retraite, longues études, pour finir caissière!


L'essentiel étant comme Jean Gabin le dit dans un de ses films : "touche pas au grisbi."

À moins que le courage de changer, dans ce monde individualiste, tourné vers soi, rende le  changement difficile ?

L'Égoïsme et la soumission seraient-il ennemi du changement ?

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