lundi 23 septembre 2013

Sujet du Mercredi 25 septembre 2013 : Je n'ai plus d'argent, donc je ne suis plus.



Je n’ai plus d’argent, donc je ne suis plus.
       

Existât-il un âge d’or sans argent ? Peut être mais ce qui le remplaçait, comportait déjà en germe le problème du manque d’argent. En effet dans une société de troc, j’ai ceci je te l’échange contre cela, il faut quand même avoir quelque chose à échanger. Donc le problème du manque d’avoir, dévalorisant la qualité de l’être, allant même dans ses extrêmes jusqu’à la néantisation (mourir de faim, de froid) semble exister depuis longtemps même si l’on peut se prendre à rêver d’un âge d’or où une communauté d’hommes partage sans discrimination ce qu’elle a (un abri, à manger) ce que certains appellent le communisme primitif.       
Personne n’a une preuve irréfutable de cet état. Il suffit à contrario de penser au fait avéré de cannibalisme (je n’ai plus rien donc je n’ai plus qu’à manger l’autre avant qu’il ne me mange). C’est d’ailleurs ce qui se passe encore de nos jours de façon métaphorique : celui qui n’a plus le choix pour survivre que d’attaquer d’une manière ou d’une autre, l’alter pas égal du tout et ses possessions (par la ruse, le vol, la mendicité, la soumission, au mieux la collaboration (encore que cela dépend du contexte)). La résistance et l’autarcie restent réservées à des héros. Alors en effet tout semble dire que si je n’ai plus d’argent, je ne peux donc plus avoir ce qui me permet de vivre socialement je perds peu à peu les qualités de mon être : j’étais timide je deviens agressif, j’étais propre je deviens sale, j’étais policé je deviens brute, je soudain est un autre comme dirait Rimbaud.
Mon être se dégrade jusqu’à disparaître dans le néant social ou dans des postures monstrueuses qui font de moi un intouchable un infréquentable, qui fait peur au passant argenté et sans soucis. Je meurs ou je deviens un être de survie un être qui n’a plus rien.
Bien sûr d’autres comportements humains peuvent nous interroger, comme l’ascétisme qui lui semble révéler l’être en se débarrassant de l’avoir et en vivant avec le moins possible, mais c’est ici un acte volontaire et cela change tout.         
Cela se passe aussi dans des cultures où cela a un sens ; dans la notre ce qui a un sens c’est de posséder, avoir et être se confondent et il est clair que si je n’ai rien je ne suis rien.
Un autre cogito est il possible ?  quelle est la valeur social du cogito de Descartes ? Ne sommes nous que ce que nous avons ?

mercredi 18 septembre 2013

Sujet du mercredi 18/08/2013 : "Tout est bruit pour celui qui a peur" Sophocle.



« Tout est bruit pour celui qui a peur » (Sophocle)  
    
        
Proposition 1 :
Qui, enfant n’a pas frémi au bruit du tonnerre ou d’une porte qui claque. Ce n’est que plus tard, en apprenant l’origine des phénomènes naturels que l’on peut se soustraire à la peur.
C’est en apprenant les causes que l’on dissipe les croyances en des forces surnaturelles.
Le bruit c’est un son, mais un son particulier, difficile  à analyser de prime abord. Et les efforts des hommes ont été de tout temps de comprendre ce qui se présente comme incompréhensible.
Le bruit indésirable, inconnu, surprenant, suscite la peur aujourd’hui encore et pas seulement pour les enfants. La société tout entière est remplie de « bruit de fond » ou tout se mélange. Nous avons encore des dieux et construisons des maisons pour ces dieux, preuve s’il en fallait que l’angoisse veille, que l’irrationnel domine.
Mais l’irrationnel est aussi scientiste, ici un trou dans la couche d’ozone, là du réchauffement climatique, ici des glaciers qui fondent, là des aliments synthétiques, alors pour conjurer le sort : taxe carbone, tri sélectif.
Dans le bruit du monde l’alerte doit être permanente. L’homme doit être comme un agneau apeuré. Les relais de télévision ont remplacé sur les collines les croix christiques, mais le message est le même : croyants continuez à croire, il n’y a rien à vérifier, rien à faire, il faut subir. Endurez le bruit dont vous êtes les seuls responsables.
Et le nouveau prêtre politicien/présentateur/journaliste/politologue/futurologue de propager la peur. Le mouton social, tel l’enfant apeuré, ne demande pas qu’on explique, il veut survivre.
Mieux vaut survivre dans la peur (qui donne une explication (fausse) du bruit) que ce vacarme assourdissant de menaces.
Alors je trie, je roule propre, je culpabilise, je paye des taxes pour le bonheur des hommes de demain.
J’ai peur, mais je suis bon. Je me soumets, sans bruit.

    Proposition 2 : Qui, enfant n’a pas été apaisé par un bruit étrange, jamais entendu jusque là. Plus tard, on appellera cela une berceuse ou toute autre appellation qui fera taire le vagissement et les cris du jeune enfant.
Paradoxe, ce son qui pour le jeune être est un bruit (il n’a aucune notion musicale) c'est-à-dire un son comme un autre parmi des milliers d’autres arrive à l’apaiser.
Paradoxe apparent peut être. Serions-nous naturellement sensibles à une harmonie naturelle que retranscrirait la musique ?
Mais ce paradoxe par un retournement dialectique peut à son tour devenir le « bruit du monde », la justification de son chaos – apparent -.
Que nous déversent à longueur de journée les médias de masse ? si ce n’est une sorte de purée dite culturelle, dans laquelle s’expriment une envie du passé, des sentiments à l’eau de rose, de la violence extrême, des rapports humains codifiés par une certaine vision économique et morale de l’homme tels que décrits par Hobbes et Smith…
Et ce bruit là justifie tout, la trahison, la mièvrerie, la brutalité, le règne de l’avoir, celui de la marchandise.
Et ce bruit là apaise l’homme moderne. Il s’y reconnait. C’est comme si c’était lui qui l’avait fait, voulu, créé.
Au bruit de terreur de la Proposition 1 est venu se superposer un tas de bruits aux couleurs chatoyantes. Rien de mieux qu’une rave-party ou une boite de nuit pour ....... communiquer.
Jamais peut être l’humanité « (dite « développée ») n’aura eu à sa disposition autant de bruits pour fuir les réalités, pour s’abstraire de la connaissance, pour s’anéantir dans la soumission.

Nos contemporains ont peur. Ils ont peur des orages et des portes qui grincent. Mais plutôt que d’en faire des hommes adultes le système économique dominant (et qui veut dominer) génère un bruit de fond : des berceuses pour tous les goûts qui proviennent d’on  ne sais où. Mais au fond qu’importe. Que les hommes continuent à ignorer les causes qui les chagrinent car - s’ils n’avaient plus peur - que de chômeurs chez les nouveaux clercs de l’obscurantisme ! (Ainsi parlaient le Vatican, la Banque Centrale et Halliburton).

Sujet du 11/09/2013 : Les certitudes sont elles nécessaires ?

« On peut mesurer l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il peut supporter. »Emmanuel Kant

Certitude : adhésion ferme, motivée et inébranlable que nous donnons à la connaissance. Selon Lamennais, "l'infaillible assurance de percevoir actuellement le vrai, de le connaître et de le posséder". La certitude serait donc un phénomène purement subjectif. Envisagée en elle-même, la certitude est absolue et sans degrés : on n'est pas plus ou moins certain ; la certitude est ou elle n'est pas. En cela elle se distingue de la croyance, qui peut équivaloir en certains cas à la certitude, mais qui est susceptible de s'amoindrir et de s'effacer; de la probabilité, qui admet des degrés à l'infini; et du doute, état d'hésitation de l'esprit qui reste comme suspendu entre l'affirmation et la négation.

Bien qu'il ne s'agisse pas  forcément de remettre en question certaines certitudes mathématiquesou physiques, (même s'il n'y a pas si longtemps, la terre était plate et au centre de l'univers, ndlr), ni même de nier les évidences mêmes pour finir par divaguer dans le scepticisme, qu'en est-il de nos certitudes morales ?

Combien de choses, d’événements, reposent sur la certitude ? L'effet placebo, les miracles, le fanatisme religieux, les génocides, les accidents de la route... ?

Quel serait notre «modus vivendi» si, par exemple, nous n'avions pas la certitude d'être mortels ?Les certitudes sont-elles forcément un bien du fait qu'elles découlent de notre « cogito » ? Le monde animal vit sans avoir de certitude. Ne vit-il pas en meilleur accord avec sa nature, et donc avec la nature en son ensemble ? Si ne pouvons raisonnablement toutes les abandonner sous peine de sombrer dans la folie, comment savoir celles qu'il faut savoir conserver et celles que nous nous devons de rejeter ?

(Extrait De La certitude -Émile Durkheim)

Ce qui caractérise les jugements qui provoquent en nous la certitude morale, c'est qu'ils ne sont pas unanimement tenus pour vrais. Pour expliquer cette diversité, il faut bien admettre que ces espèces de jugement sont dépourvues de critérium permettant à l'esprit de distinguer à coup sûr s'ils sont vrais ou faux. Pour les deux autres genres de certitude, ce critérium existait: mais ici, plus de signe objectif qui impose la certitude à l'entendement. De là, la diversité des opinions.
Mais alors, comment se produit cette certitude? Évidemment, la cause n'en peut pas être purement logique. En effet, quand on est moralement certain, on n'a pas besoin de se prouver ou de prouver auxautres logiquement les jugements que l'on affirme. Si l'on dressait une liste aussi complète que possible des considérations purement logiques qui ont pu agir sur l'esprit de l'architecte dans ses prévisions, on verrait qu'elles ne sont pas en rapport avec la force de l'affirmation. Il en serait de même si nous pesions les motifs purement logiques qui nous ont rangé à telle ou telle opinion politique ou religieuse: nous verrions un grand écart entre leur valeur et notre certitude. Il faut donc admettre dans cette sorte de certitude l'intervention d'éléments psychologiques non logiques, en effet, notre entendement est en perpétuelle relation avec notre volonté, notre sensibilité. Il n'est donc pas étonnant à priori que ces facultés aient de l'influence sur notre certitude. La sensibilité a une affinité plus ou moins vague avec tel ou tel parti; cette tendance est expliquée par notre tempérament, notre éducation, nos habitudes, l'hérédité. Elle provoque la volonté qui agit alors sur l'entendement, dirige dans un sens seulement les regards de notre esprit, le détourne des motifs qui pourraient nous incliner dans un autre sens: l'entendement ne voyant que les raisons d'un seul côté, affirme ou nie avec certitude.
Cette dernière n'est donc plus produite par l'action du jugement sur l'esprit, mais au contraire de l'esprit sur le jugement. Voilà pourquoi elle est essentiellement personnelle: c'est que la sensibilité, la volonté sont les facultés personnelles par excellence. Si l'entendement seul y agissait, étant commun àtout le monde, il donnerait à tous les mêmes opinions; mais la sensibilité varie d'un individu à l'autre, et d'un moment à l'autre. Nous n'avons pas tous mêmes passions, mêmes habitudes, même tempérament, ni même degré d'énergie volontaire. Voilà pourquoi les opinions varient.
Mais d'autre part notre sensibilité, notre volonté sont ce qu'il y a de plus personnel en nous: et voilà pourquoi nous tenons tant à nos jugements de certitude morale. On meurt pour sa foi, non pour un théorème; nos différences de sensibilité, de volonté, produisent l'infinie diversité de ces sortes d'opinions.
Nous avons déjà dit que la certitude morale était bien plus fréquente qu'elle ne semble. Nous pouvons à présent nous expliquer pourquoi: nous croyons par certitude morale à tout jugement qui ne présente pas l'évidence mathématique ou physique. Or la première ne peut se produire que dans la mathématique, car là seulement on peut établir une identité absolue, les termes présents étant aussi simples et dépourvus de qualités qu'il est possible. Cette homogénéité ne se trouve que dans les choses mathématiques. Là seulement peut donc s'appliquer le critérium de l'identité
Reste l'évidence du fait. Mais ce critérium n'est légitime que si nous nous bornons à constater le fait sans l'interpréter. Or, les jugements sans interprétation sont presque impossibles. On ne voit les choses que sous un certain jour qui tient à l'esprit. Enfin, ces jugements, quelque fréquents qu'ils puissent être, sont par leur nature même peu instructifs et peu féconds. Par conséquent il n'y a qu'un très petit nombre de jugements qui puissent être l'objet d'une certitude universelle: on a ceux seulement des mathématiques, et parmi les jugements physiques, ceux qui se bornent à constater un fait. La majorité des jugements ne peut donc être jugée ni avec le critérium mathématique, ni avec le critérium physique: ce sont des jugements de certitude morale.
Il ne suit pas de là que le scepticisme ait gain de cause dans la majeure partie des cas; nous avons établi que le plus souvent, la vérité est très difficile à trouver, parce qu'on n'a pas de critérium objectif,mais non introuvable. En la poursuivant avec notre tempérament, nos instincts, nos passions, nous la voilons bien par là; mais ce côté personnel disparaît peu à peu sous l'influence de la discussion, qui encomparant les diverses opinions humains, montre ce qu'elles ont de commun, ce qu'elles ont d'objectif. Le contingent de la vérité personnelle grandit ainsi à mesure que la discussion devient plus libre et plus complète.
L'intervention de la sensibilité, de la volonté ne sont [sic] donc pas un obstacle infranchissable à la vérité. Ce sont elles, d'autre part, qui nous permettent d'acquérir des idées nouvelles; il n'y a donc pas lieu de regretter un état où l'esprit pourrait sans recherche distinguer la vérité de l'erreur à une étiquette évidente mise sur les jugements.
Tout ce qui ressort de cette théorie, c'est qu'il faut être, sinon sceptique, du moins tolérant, à l'endroit des opinions de certitude morale. Puisque la vérité n'est pas évidente par elle-même, il ne faut pas en vouloir à ceux qui ne pensent pas comme nous.

lundi 2 septembre 2013

Sujet du Mercredi 4 septembre : Comment envisager un collectif heureux ?



Comment envisager un collectif heureux  ?  
 un exemple de réflexion sur ce thème :
  
 
Épicurevoulait donner une forme concrète à son enseignement. Il ne s'est pas contenté de rédiger des ouvrages philosophiques ou thérapeutiques. Il a créé de toute pièce une nouvelle institution originale aux abords de la ville d'Athènes. Ce fut le Jardin, ainsi nommé en raison du caractère volontairement naturel, voire agreste de ce lieu retiré, peuplé d'arbres, de fleurs et d'amis philosophes vivant en communauté. Il avait acheté un petit terrain qui serait un lieu de méditation, d'étude, de conversation et d'exercices divers, dont nous ne savons malheureusement pas grand chose. Il est permis de penser que l'école avait développé une série de pratiques psychophysiques destinées à soigner le corps et l'âme, selon l'esprit du fondateur. 

Philosophie concrète, appliquée, soucieuse de santé et de sérénité, asile de retrait et de pratique philosophique intégrale. Ce jardin devint célèbre dans tout le monde antique et bientôt de paisibles et généreux Jardins essaimèrent dans tout le monde méditerranéen, comme en témoigne encore, deux siécles plus tard, le mur de Diogène d'Oenanda couvert d'inscriptions épicuriennes, de même que la célèbre villa romaine d'Herculanum. Bien des siècles plus tard on trouvera un lointain écho de cette entreprise dans la fameuse Abbaye de Thélème, de Rabelais. Rappelons enfin que Epicure était nommé : celui qui a le plus d'amis et que son nom même "epikouros" veut dire : celui qui soigne.

La philosophie qui sous-tend le jardin est la suivante : il est impossible de modifier dans l'immédiat le caractère désastreux de la civilisation hellénistique. La politique n'est pas de la compétence du sage, qui n'est ni un dictateur, ni un tyran, ni un élu, ni un conseiller du prince. A la différence du Stoïcien qui pense pouvoir agir sur le gouvernement (voire Sénèque)  et infléchir la politique dans le sens d'une universalité humaniste, l'épicurien opte pour le local contre le général. Il n'attend pas une improbable révolution pour vivre intensément dans le moment présent: le bonheur ne saurait attendre, toute l'œuvre du maître répète inlassablement cette leçon de bon sens. "Nous mourons tous affairés au lieu de goûter la vie heureuse" .

Le Jardin sera un lieu clos, ouvert aux amis philosophes, à tous les amis philosophes, qu'ils soient anciens banquiers, ouvriers, artisans, mères de famille, instruits ou non, et les anciennes prostituées elles-mêmes trouveront ici un refuge et un accueil, à la seule condition de s'ouvrir à la vraie philosophie. Pensez donc! Non seulement des femmes  - pour l'époque c'est une révolution - mais des prostituées!  Ce retrait est volontaire, pensé, assumé comme tel : exchorèsis, c'est à dire, retrait du "chœur", du groupe, du troupeau, de la tribu des insensés qui courent après la gloire, la fortune, le pouvoir et tous les plaisirs non naturels et non nécessaires. La volupté sexuelle n'est ni recherchée ni condamnée: elle est à sa place, naturelle, sans être vraiment nécessaire. 

L'ami philosophe met la liberté éthique au dessus de l'amour, qui entraîne trop souvent dépendance et maladie de l'âme. 
La philosophie est d'abord une école de bien-être, de sérénité et de plaisir sous la gouverne de la pensée. Le Jardin est à sa manière une école, une université, un asile, un lieu thérapeutique de libre examen, de sagesse et d'amitié. 

En précisant bien que la sagesse n'est pas solitaire, égoïste et individualiste, mais partagée, développée, enrichie dans l'amitié réciproque et inconditionnelle. A sa manière le Jardin est une contre-société dans la société. 

Un exemple de vie sociale paisible contre la frénésie ambiante. Un modèle de vie simple, naturelle, frugale et absolument somptueuse dans sa pauvreté volontaire. 

La philosophie intégrale, sans religion. Exemplarité d'un lien social sans aliénation.

dimanche 25 août 2013

Sujet du mercredi 28/08/2013 : Faut-il laïciser la laïcité ?



Faut-il laïciser la laïcité ?

Sacralisée par les uns, diabolisée par  les autres, falsifiée ou dévoyée par beaucoup, confuse ou déroutante pour les plus sincères, la laïcité est l’objet récurrent de passions et de pulsions françaises depuis plus d’un siècle.
Passée  la grande tempête de 1905 (la « Séparation »), le débat laïque, après la Libération, portait essentiellement sur la question scolaire (comme en 1959 ou  1984). Mais, depuis les années 2000, il s’est transformé en interrogation plus générale sur  la cohésion républicaine, l’identité et  la nationalité, l’intégration et la citoyenneté, les questions sociétales (cellules souches, mariage, fin de vie). Non sans arrière-pensées politiciennes et électoralistes (2007, 2012) !
Les rivalités géopolitiques multipolaires, assorties de  la remise en cause de «l ’hyperpuissance américaine » (H. Védrine), sur fond de crises (financière, économique, sociale, démocratique, environnementale), de quête du sens, d’inégalités et d’injustices accrues, la « présence » du (des) peuple(s) « musulman(s) », ont donné prétexte à des irritations et des crispations identitaires et à une instrumentalisation politique du fait religieux face à un mouvement laïque affaibli, hésitant ou accommodant.
En effet,  « Ouverte, positive, apaisée, assouplie, exigeante, tolérante, plurielle, nouvelle… » ?, que de qualificatifs pour habiller (ou voiler !)  la laïcité ! 
Ainsi, dans un environnement complexe et imprévisible, l’honnête homme du XXIème siècle ne sait plus, si j’ose dire, à quel saint se vouer !
C’est pourquoi, à rebours des dogmatismes de tous poils, dégagé des contingences du manichéisme ambiant et de la médiacratie, un effort conceptuel et critique s’impose, seul à même d’éclairer toute pratique citoyenne conséquente.

Il est vrai que l’homme s’est fait par l’outil, le langage et le feu, mais aussi par le mythe et le rituel. Le croire et le sacré traversent l’histoire. L’humanité a ceci de commun qu’elle s’est toujours interrogée sur les grands mystères existentiels. La diversité des réponses, la variété des options spirituelles et des éthiques de vie  ne posent problème que lorsque l’une d’entre elles prétend imposer son credo à toutes les autres. « Là où il y a un élu, il y a un exclu.» (R. Debray)
Si la religion, pur témoignage spirituel (Spinoza) et interprétation métaphysique longtemps dominante, est  l’«expression de la misère réelle » et la  « protestation » contre celle-ci (Marx), c’est lorsqu’elle régente la vie civile au nom d’une vérité révélée et établit des liaisons dangereuses avec la politique (« Un roi, une loi, une foi ») que les choses se gâtent (Merci, Théodose, 380). Voici la « persécution juste » (Saint Augustin) et  la « Guerre des Dieux » (M. Weber). L’intolérance et la mort sont  au rendez-vous. Tuez les infidèles ou les impies ! L’histoire, jusqu’à ce jour, et longuement, en témoigne (n’est-ce pas, Chevalier de la Barre, 1766 ?...).

Aux temps de la « postmodernité » ,  les idéologies du « désenchantement du monde » (M. Gauchet,) du « retour du religieux » (« Nietzsche est mort », signé Dieu), du « choc des civilisations » (S. Huntington, 1996), et  de  la « lutte contre le terrorisme » (de B. Clinton à F. Hollande), bousculent considérablement la mentalité laïque. (tout en proclamant, sans rire, la fin des idéologies !)
Le recours fondamentaliste aux textes religieux (N.B. « recours », pas « retour »)  , Bible (Ancien ou Nouveau Testament) et Coran, relève davantage d’intentions politiques profanes, de volonté  de conquêtes de « terres promises » ou de parts de marché, d’oppressions ou de discriminations (notamment à l’égard des femmes). Voici revenus les anathèmes ou les fatwas, (sinon les Croisades !...quoique…).
Le « vivre ensemble » est ainsi mis à mal dans un monde à la fois globalisé et tribalisé. Falsifications et mystifications diverses  sont au rendez-vous qui masquent les enjeux réels de pouvoir et de domination.
Car « le monstre doux » veille (R. Simone ou Tocqueville) ! Sous le regard bienveillant de Mercure et de Mars, figure tutélaire de la pensée unique, il se gave de ce qui fait peur et divise : au menu, « l’autre » sous toutes ses formes, celui qui diffère ou qui déroge, ici et ailleurs. C’est le « temps de cerveau humain disponible » (P. Le Lay, 2004) qu’il chérit, c’est l’alternative d’un autre monde possible qu’il dénie (le « TINA » de M. Thatcher des années 1980), c’est le Mal dont il dénonce « l’Axe » (G.W. Bush, 2002).
Face à cette « douceur totalitaire », ( J. Baubérot), à l’invitation des Lumières, ne faut-il pas « oser penser » (Kant) ?  Pour agir. N’y a-t-il pas urgence ?

L’article premier de la Constitution française de 1958 énonce : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances… »
Principe juridique donc, mais pas seulement : « La notion de laïcité recouvre un idéal universaliste d’organisation de la cité et le dispositif juridique qui, tout à la fois, se fonde sur lui et le réalise. Le mot qui désigne le principe, « laïcité », fait référence à l’unité du peuple, en grec le laos, conçu comme réalité indivisible, c’est-à-dire exclusive de tout privilège. Une telle unité se fonde sur trois exigences indissociables : la liberté de conscience assortie de l’émancipation personnelle, l’égalité de tous les citoyens sans distinction d’origine, de sexe ou de conviction spirituelle, et la visée de l’intérêt général, comme seule raison d’être de l’Etat. » H. Pena-Ruiz.
 Mais que de  parcours chaotiques et de seuils difficilement franchis avant d’en arriver là : car la laïcité a été, et demeure, un mouvement, un combat permanent, une conquête.

Ne faudrait-il pas, alors, hors de tout préjugé, « sous un voile d’ignorance » (?, J. Rawls) pour en comprendre pleinement  le sens :
interroger les voix anciennes, puissantes, qui, de protestations en déviances, lui  ont ouvert le chemin, de Socrate à Spinoza ; celles des Amériques et de l’Europe des Lumières, de Kant à Rousseau, de l’Encyclopédie, qui en bâtirent les fondements philosophiques et politiques incarnés  dans la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen  de 1789 et prépareront dans les consciences, et par la Loi, l’abolition de  l’Ancien Régime (n’en reste-t-il pas encore quelques « modernes » bastions ? n’est-ce pas Olympe de Gouges ?) ; et V. Hugo («l’Eglise chez elle et l’Etat chez lui » », 1850), et  Zola (« J’accuse… », 1898)… ;
les prolonger des réflexions théoriques et politiques actuelles (C. Kintzler, C. Nicolet, H.Pena-Ruiz, J. Baubérot, J.M. Ducomte, G. Corm…) ;
parcourir le processus historique de sécularisation qui, au cours du XIXème siècle, ( J. Ferry, J. Jaurès, A. Briand « tonnant » à la tribune…) aboutit, en France à la Loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 et aussi visiter les autres espaces « laïcisés » (du Mexique à la Turquie, en passant par les Etats-Unis par exemple), ou en voie de l’être ;
apprécier la spécificité de la laïcité de l’école républicaine, lieu singulier de savoir, d’intégration et d’égalité ;
mesurer  les enjeux et les défis de notre temps, y compris dans leur dimension géopolitique et « écologique » (le bien-vivre ensemble sur une « terre qui n’est à personne », Rousseau) ?

En sollicitant ainsi  l’apport de la philosophie, de l’histoire et du droit, en observant le particulier (« l’exception française », sa spécificité comme ses imperfections) et l’universel (sans imposer un quelconque imaginaire occidental ), en situant la place de la question scolaire comme institution fondatrice, le tout au sein d’«un  monde fini » (P. Valéry), n’est-ce pas alors se demander : « De quoi la laïcité est-elle le nom ?» (sans adjectifs), et, hors de tout cléricalisme de la pensée, avec sérénité, en somme, verser au débat une vision laïque de la laïcité ?
Et puis, et enfin, question pratique : « Que faire ? ». Exercice personnel, éthique, spirituel ? Résistance, engagement politique partagé ? …Pour un collectif heureux ?


Henri GIORGETTI

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