lundi 26 novembre 2018

Sujet du Merc. 28 Novembre 2018 : « Croire n’est pas une chose libre » D’Holbach


              « Croire n’est pas une chose libre » D’Holbach

Paul Henri Dietrich, baron d'Holbach (1723 - 1789) est, grâce au salon qu'il anime, l'une des grandes personnalités de la vie parisienne. Sa formation aux sciences naturelles lui permet de collaborer à l'Encyclopédie pour des articles de chimie et de minéralogie. Paul Henri Dietrich, baron d'Holbach est sans aucun doute le philosophe le plus hardi de l'athéisme, usant de tout ce que la science de l'époque peut apporter comme arguments au matérialisme et au déterminisme.                                                                                   
La citation qui sert, ce soir, de sujet est tirée de « Le philosophe militaire » 1768. Cet ouvrage va circuler sous le manteau car la censure est redoutable.     
           
Au-delà de la critique du religieux et de ses invraisemblances, la portée de l’œuvre de d’Holbach est immense en Europe et pas seulement à cause de ce texte. D’Holbach, membre éminent des Lumières, met en avant la nécessite de l’argumentation fondée sur la raison et les faits.

Il est le premier (depuis Epicure et les matérialistes antiques) à reprendre le flambeau de la critique des illusions, et pas seulement religieuses, qui assurent la domination des puissants. Ainsi écrira-t-il :

«Celui qui dès son enfance s'est fait une habitude de trembler toutes les fois qu'il entend prononcer certains mots, a besoin de ces mots et a besoin de trembler; par là même il est plus disposé à écouter celui qui l'entretient dans ses craintes, que celui qui tenterait de le rassurer ». (in le bon sens puisé dans la nature).         
                                                                        *    *    *
«  Si ayant l'honneur de vous voir, mon Révérend Père, je me plaignais d'avoir trouvé un grand embarras sur le pont Notre-Dame, vous me croiriez aisément. Si je disais qu'il y a eu vingt personnes de blessées, vous pourriez me croire, malgré votre étonnement. Si j'ajoutais que de ces vingt personnes cinq ont eu l'exil droit crevé, cinq l'oeil gauche, cinq le bras cassé, et cinq la jambe, vous commenceriez alors à ne point me croire du tout. Mais que serait-ce donc si j'ajoutais encore que j'ai soufflé sur tous ces gens-là et qu'ils ont été guéris ?

Que serait-ce si je vous disais que j'ai pris un carrosse d'une main et que je l'ai enlevé pour laisser passer les autres, et si je concluais de là que vous me devez du respect, de la considération, une obéissance aveugle, à moi et à tous ceux qui porteront un tel habit ?

Acquiesceriez-vous à mes lois ? Vous rendriez-vous à mon témoignage, sous le faux et vain prétexte que vous m'avez bien cru lorsque je vous ai parlé de l'embarras que j'avais rencontré ? Certainement vous me traiteriez de fou. Et si votre patience allait jusqu'à me répondre, vous me diriez que vous avez cru ce qui était croyable et non ce qui est une fable, que vous avez cru ce que vous n'aviez aucun intérêt de soupçonner de faux, et non ce qu'il vous serait onéreux de croire sans fondement et sans profit pour vous.

Lorsque les raisons de croire ne compensent point par leur poids et par leur nombre la difficulté, l'obscurité et l'invraisemblance de la chose qui est l'objet actuel de la foi, on ne croit point du tout. Quand la différence entre les raisons de réjection et d'admission est légère, elle fait naître le doute et le soupçon. Quand les motifs de crédibilité égalent, par leur force et leur solidité, la difficulté de la chose que l'on propose à croire, il en résulte la simple opinion. » Et quand ces motifs l'emportent déterminément sur ceux d'incrédulité, ils produisent alors la croyance ….
On me dit qu'on vient de voir chez un curieux un tableau d'Appelle : je n'en crois rien. Un autre dit qu'il est de Raphaël et qu'il a coûté cent mille francs : je reste en quelque façon en suspens, parce qu'il est plus aisé que celui qui me parle mente ou se trompe, qu'il n'est aisé que cela soit. Un troisième me dit qu'il l'a vu et qu'il n'a coûté que deux mille écus ; j'acquiesce et je ne nie point le fait, parce qu'il est aisé que cela soit.
Mais si cinquante personnes me disent la même chose, si celui qui possède le tableau m'en assure, si celui qui l'a vendu me le confirme, alors je le croirai pleinement. J'en serai même encore plus fortement convaincu si je vais chez le curieux, si je trouve ce tableau très beau, et si les connaisseurs estiment ce prix, parce qu'il y a plus d'apparence que cela est ainsi qu'il y en a que les gens mentent et se trompent.
Mais après tout je n'en suis pas absolument sûr, très peu de chose pourrait m'en faire douter et me porter même à le nier : si, par exemple, après tout cela le curieux voulait m'engager à l'acheter, et que les gens qui m'ont assuré son prix fussent de ses amis ou liés d'intérêt avec lui.

Mais quand cent mille personnes et cent millions de livres m'assureraient que le Louvre a été bâti en une heure, je le nierais nettement, parce qu'il est plus aisé que tous ces gens-là se trompent qu'il n'est aisé que cela soit ainsi.
Quelque dépense qu'on ait voulu faire, quelque grand que soit le nombre d'ouvriers qu'on ait voulu y mettre, il y a une impossibilité physique; mais je nierais bien plus absolument encore si ceux qui veulent me persuader avaient intérêt à le faire, et si de mon côté j'en avais à ne m'en pas rapporter à eux.          

L'application de tout ceci aux religions est très facile : les suppôts de ces religions n'ont aucune preuve qui égale la difficulté des faits qu'ils proposent à croire. Bien loin de là, les contes qu'ils font sont plus improbables que le bâtiment du Louvre en une heure, et même en une minute. Il est donc bien plus sûr qu'ils mentent ou qu'ils se trompent, qu'il n'est aisé ou possible que ces choses soient réelles ; outre cela : en le faisant croire ils se font souverains, et moi en les croyant je deviens leur esclave. » (Le philosophe militaire, extrait).

L’enjeu de la pensée de d’Holbach sur les religions est considérable. Pour lui, la croyance suppose la foi, elle déteste la philosophie. Elle se caractérise  par la haine de la raison et une obéissance aveugle. 
La vraie philosophie doit donc nécessairement exclure de son champ d’investigation toutes considérations d’ordre théologique. Aux yeux de d’Holbach, la croyance est le contraire de la philosophie, elle incite l’esprit à la soumission et non à l’autonomie. La croyance est indéfendable quand on est philosophe. La foi est également tout le contraire de la raison. En effet, la foi est aveugle, elle ne s’interroge pas, elle ne cherche pas à argumenter, elle est bornée et dogmatique.

La philosophie, au contraire, doit se caractériser par une interrogation permanente, elle se doit de considérer toutes idées avec un regard critique afin de décider après de la validité éventuelle de celles-ci d’après le critère de l’examen des faits par la raison

Paradoxe, peut-être, la philosophie présuppose l’activité de l’esprit, en revanche, la religion encourage l’esprit à être passif.    
 
C’est sur la base des analyses de d’Holbach que Marx  étendra et développera ses thèses sur l’aliénation, forme « laïque » des croyances modernes.  
 
« La philosophie ne s'en cache pas. Elle fait sienne la profession de foi de Prométhée : "En un mot, je hais tous les dieux » » (Marx, thèse de doctorat 1841).

lundi 19 novembre 2018

Sujet du Merc.21/11/2018 : La notion d’identité est-elle consubstantielle à l’idée de nation ?


         La notion d’identité est-elle consubstantielle 
à l’idée de nation ?




Qu’est-ce que l’identité ? En dehors de l’aspect administratif de la question (avoir des papiers d’identité) on serait bien en peine de définir ce concept portant si à la mode. Il se crée même des groupes identitaires qui revendiquent une appartenance mythifiée : « nos ancêtres les gaulois » en France, mais aussi le « white power » aux USA.
En ce début de 21nième siècle l’apparition des nouvelles formes éventuelles d’identités sexuelles vient brouiller encore plus le concept. Ainsi on passe du groupe des LGBT à celui des LGBTQQIP2SAA !     
Ce rapide panorama de l’évolution du concept d’identité nous montre en quoi il est plastique et relatif.
En fait un groupe humain organisé a besoin de connaitre les individus en leur affectant une identité (les numéros de sécurité sociale sont uniques) mais identité ne signifie pas uniformité.
Toutefois, par suite de l’évolution des sociétés, depuis en gros le 14ième siècle en Europe, et leur constitution en nations, on parlera plus simplement « d’identité nationale ».

Mais que recouvre à son tour ce concept de nation dont on habille le nouveau sujet/citoyen ? Tout d’abord, toutes les nations sont le fruit de multiples évolutions. Evolution en terme de territoire, de processus économique, de la langue (ou des langues) …. La stabilité d’une nation ne peut être jugée à la seule aune du moment où nous en faisons partie. La stabilité de la nation française est chose récente (1918). Mais si la nation est, au fond, un regroupement territorial, historiquement fluctuante, fondée sur des relations économiques internes et externes elles aussi fluctuantes, on peut imaginer que la question d’identité nationale – soi-disant stable  - est plus un facteur excluant l’autre, en l’occurrence le « non-français » qu’un moyen d’intégration à une communauté. 

Car, qu’est-ce qu’un français ? Quelqu’un qui a une carte d’identité délivrée par l’état qui actuellement symbolise le pouvoir de la nation ? Quelqu’un qui paye ses impôts en France ? etc …. Il y a là une forme de nivellement qui, si on l’examine sur le plan philosophique : universalité de l’être humain, est extrêmement réducteur et peut être utilisé contre cette universalité (par ailleurs proclamée à grand cris par les « droit de l’hommistes »).

Historiquement, l’idée de nation a plus servi à justifier les crimes de guerre qu’à la défense des « droits de l’homme ». La guerre de 14-18 montre bien quel outil idéologique puissant peut devenir un nationalisme simpliste qui a tôt fait de trouver un bouc émissaire anti-français : le boche ! Avec ce détail toutefois que ce ne sont pas tous les français, toute cette nation qui paya le prix du sang, mais bien les plus pauvres comme le faisait remarquer dès 1895 J. Jaurès :
« Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possédera les grands moyens de production et d’échange, tant qu’elle possédera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et le pouvoir… ; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera des guerres armées entre les peuples. »
(Discours du 7 mars 1895 de Jaurès à la Chambre des députés)

On nous dit qu’aujourd’hui qu’il faut « cultiver les différences ». Cette idéologie propagée depuis Mai 68 et les années Mitterrand c’est-à-dire par ce qu’il convenu d’appeler la gauche, ne serait-elle pas au fond – au nom des identités multiples et interchangeables dont nous serions prétendument porteurs – une version améliorée de l’identité « moderne » du monde de la globalisation ? LGBT, LGBTQQIP2SAA, musulmans, juif, arabe, ouigour, breton, baron de caravettes, supporter du Barça ou de Liverpool, nous voilà tous avec « notre identité » enfin retrouvée. 
L’essentiel n’est-il pas là ?  
Ces nouvelles illusions, cette déconstruction de l’universalisme humaniste, ce brouillage des réalités sociales, tout cela ne signe-t-il pas au fond la fin des état-nations ? La mort de l’individu au nom de sa glorification ?

Adieu, langues, cultures, particularités historiques. Tous Mac do, anglophones, connectés, nomades …. Enfin, tous ou presque. Animé par un principe de réalité indéniable le célèbre philanthrope mondialiste G. Soros déclare : "l'Europe a besoin d'une classe ouvrière rom". Les Roms c’est quoi ? Et l’Europe c’est une nation ?


Sujet du Merc.23/10/2019 : LE DISCOURS DE LA MÉTHODE

                                LE DISCOURS DE LA MÉTHODE                                                                De René Desca...