mercredi 18 septembre 2013

Sujet du 11/09/2013 : Les certitudes sont elles nécessaires ?

« On peut mesurer l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il peut supporter. »Emmanuel Kant

Certitude : adhésion ferme, motivée et inébranlable que nous donnons à la connaissance. Selon Lamennais, "l'infaillible assurance de percevoir actuellement le vrai, de le connaître et de le posséder". La certitude serait donc un phénomène purement subjectif. Envisagée en elle-même, la certitude est absolue et sans degrés : on n'est pas plus ou moins certain ; la certitude est ou elle n'est pas. En cela elle se distingue de la croyance, qui peut équivaloir en certains cas à la certitude, mais qui est susceptible de s'amoindrir et de s'effacer; de la probabilité, qui admet des degrés à l'infini; et du doute, état d'hésitation de l'esprit qui reste comme suspendu entre l'affirmation et la négation.

Bien qu'il ne s'agisse pas  forcément de remettre en question certaines certitudes mathématiquesou physiques, (même s'il n'y a pas si longtemps, la terre était plate et au centre de l'univers, ndlr), ni même de nier les évidences mêmes pour finir par divaguer dans le scepticisme, qu'en est-il de nos certitudes morales ?

Combien de choses, d’événements, reposent sur la certitude ? L'effet placebo, les miracles, le fanatisme religieux, les génocides, les accidents de la route... ?

Quel serait notre «modus vivendi» si, par exemple, nous n'avions pas la certitude d'être mortels ?Les certitudes sont-elles forcément un bien du fait qu'elles découlent de notre « cogito » ? Le monde animal vit sans avoir de certitude. Ne vit-il pas en meilleur accord avec sa nature, et donc avec la nature en son ensemble ? Si ne pouvons raisonnablement toutes les abandonner sous peine de sombrer dans la folie, comment savoir celles qu'il faut savoir conserver et celles que nous nous devons de rejeter ?

(Extrait De La certitude -Émile Durkheim)

Ce qui caractérise les jugements qui provoquent en nous la certitude morale, c'est qu'ils ne sont pas unanimement tenus pour vrais. Pour expliquer cette diversité, il faut bien admettre que ces espèces de jugement sont dépourvues de critérium permettant à l'esprit de distinguer à coup sûr s'ils sont vrais ou faux. Pour les deux autres genres de certitude, ce critérium existait: mais ici, plus de signe objectif qui impose la certitude à l'entendement. De là, la diversité des opinions.
Mais alors, comment se produit cette certitude? Évidemment, la cause n'en peut pas être purement logique. En effet, quand on est moralement certain, on n'a pas besoin de se prouver ou de prouver auxautres logiquement les jugements que l'on affirme. Si l'on dressait une liste aussi complète que possible des considérations purement logiques qui ont pu agir sur l'esprit de l'architecte dans ses prévisions, on verrait qu'elles ne sont pas en rapport avec la force de l'affirmation. Il en serait de même si nous pesions les motifs purement logiques qui nous ont rangé à telle ou telle opinion politique ou religieuse: nous verrions un grand écart entre leur valeur et notre certitude. Il faut donc admettre dans cette sorte de certitude l'intervention d'éléments psychologiques non logiques, en effet, notre entendement est en perpétuelle relation avec notre volonté, notre sensibilité. Il n'est donc pas étonnant à priori que ces facultés aient de l'influence sur notre certitude. La sensibilité a une affinité plus ou moins vague avec tel ou tel parti; cette tendance est expliquée par notre tempérament, notre éducation, nos habitudes, l'hérédité. Elle provoque la volonté qui agit alors sur l'entendement, dirige dans un sens seulement les regards de notre esprit, le détourne des motifs qui pourraient nous incliner dans un autre sens: l'entendement ne voyant que les raisons d'un seul côté, affirme ou nie avec certitude.
Cette dernière n'est donc plus produite par l'action du jugement sur l'esprit, mais au contraire de l'esprit sur le jugement. Voilà pourquoi elle est essentiellement personnelle: c'est que la sensibilité, la volonté sont les facultés personnelles par excellence. Si l'entendement seul y agissait, étant commun àtout le monde, il donnerait à tous les mêmes opinions; mais la sensibilité varie d'un individu à l'autre, et d'un moment à l'autre. Nous n'avons pas tous mêmes passions, mêmes habitudes, même tempérament, ni même degré d'énergie volontaire. Voilà pourquoi les opinions varient.
Mais d'autre part notre sensibilité, notre volonté sont ce qu'il y a de plus personnel en nous: et voilà pourquoi nous tenons tant à nos jugements de certitude morale. On meurt pour sa foi, non pour un théorème; nos différences de sensibilité, de volonté, produisent l'infinie diversité de ces sortes d'opinions.
Nous avons déjà dit que la certitude morale était bien plus fréquente qu'elle ne semble. Nous pouvons à présent nous expliquer pourquoi: nous croyons par certitude morale à tout jugement qui ne présente pas l'évidence mathématique ou physique. Or la première ne peut se produire que dans la mathématique, car là seulement on peut établir une identité absolue, les termes présents étant aussi simples et dépourvus de qualités qu'il est possible. Cette homogénéité ne se trouve que dans les choses mathématiques. Là seulement peut donc s'appliquer le critérium de l'identité
Reste l'évidence du fait. Mais ce critérium n'est légitime que si nous nous bornons à constater le fait sans l'interpréter. Or, les jugements sans interprétation sont presque impossibles. On ne voit les choses que sous un certain jour qui tient à l'esprit. Enfin, ces jugements, quelque fréquents qu'ils puissent être, sont par leur nature même peu instructifs et peu féconds. Par conséquent il n'y a qu'un très petit nombre de jugements qui puissent être l'objet d'une certitude universelle: on a ceux seulement des mathématiques, et parmi les jugements physiques, ceux qui se bornent à constater un fait. La majorité des jugements ne peut donc être jugée ni avec le critérium mathématique, ni avec le critérium physique: ce sont des jugements de certitude morale.
Il ne suit pas de là que le scepticisme ait gain de cause dans la majeure partie des cas; nous avons établi que le plus souvent, la vérité est très difficile à trouver, parce qu'on n'a pas de critérium objectif,mais non introuvable. En la poursuivant avec notre tempérament, nos instincts, nos passions, nous la voilons bien par là; mais ce côté personnel disparaît peu à peu sous l'influence de la discussion, qui encomparant les diverses opinions humains, montre ce qu'elles ont de commun, ce qu'elles ont d'objectif. Le contingent de la vérité personnelle grandit ainsi à mesure que la discussion devient plus libre et plus complète.
L'intervention de la sensibilité, de la volonté ne sont [sic] donc pas un obstacle infranchissable à la vérité. Ce sont elles, d'autre part, qui nous permettent d'acquérir des idées nouvelles; il n'y a donc pas lieu de regretter un état où l'esprit pourrait sans recherche distinguer la vérité de l'erreur à une étiquette évidente mise sur les jugements.
Tout ce qui ressort de cette théorie, c'est qu'il faut être, sinon sceptique, du moins tolérant, à l'endroit des opinions de certitude morale. Puisque la vérité n'est pas évidente par elle-même, il ne faut pas en vouloir à ceux qui ne pensent pas comme nous.

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