samedi 25 mai 2013

Sujet du 28 Mai 2013 : "celui qui ne connait pas l'histoire est condamné à la revivre" K. Marx



 "celui qui ne connait pas l'histoire est condamné à la revivre" K. Marx


Stéphane Courtois est connu pour son obsession anti-communiste, mais aussi pour des sorties médiatiques à la rigueur scientifique absolument incontestables.
Ainsi il déclarait  à propos de Missak Manouchian, mort en héros, le 21  février 1944  au Mont Valérien : « Manouchian fut une erreur de casting ».
Sur Raymond Aubrac il tient pour preuve qu’il fut un agent soviétique du fait qu’il a hébergé Hô Chi Minh  lorsque celui-ci vint en France en 1946. Dans son bilan des « crimes du communisme » qu’il livre dans son « livre noir », il dresse un scandaleux parallèle  entre le communisme et le nazisme  et il invoque clairement l’idée d’un tribunal de Nuremberg pour juger les responsables. Il y à là une préoccupation tout à fait maniaque qui m’interroge réellement. Evoquer Nuremberg à tort et à travers cache peut être un autre enjeu… Il y a dans cette attitude particulièrement sournoise  une volonté de banalisation, et même d’acceptation de ce qui est le drame inédit de l’humanité : le nazisme et sa théorisation de la  « solution  finale » Hier encore le Courtois masqué que débusque fort à propos  Alexis Corbière, n’hésitait pas a qualifier l’œuvre de la révolution française de génocide vendéen, un autre plumitif aigri osait lui, ce propos hallucinant : « les armées républicaines préfiguraient  les einzatsgruppen nazis »
Une chose m’apparaît comme de plus en plus claire, cette campagne  lancinante, continue, piquante ne doit rien au hasard.  Banaliser l’horreur est une méthode pour faire accepter l’insupportable. Faces aux périls qui montent tout autour de notre planète, face à la criante injustice qui maintien l’humanité courbée, les enjeux de mémoires constituent le pan le plus important de la bataille idéologique que mènent les réactionnaires de tous poils ! C’est cette impolitesse avec la raison qui permet à Le Pen de qualifier l’histoire des chambres à gaz  de détail de l’histoire… A manier le concept de  génocide en gros, on termine toujours par autoriser toutes les souffrances en détail.
Impolis avec la raison, discourtois avec la loi, car se sont les  mêmes qui prient dans la rue contre la légalité républicaine, grossiers avec l’histoire et sa complexité, incorrects avec l’honneur de ceux qui sont morts pour idéal humaniste et qui sont confondus avec les bêtes nazies,  les troupes de la réaction sont sur tous les fronts.
La goujaterie, la grossièreté, l’insolence malhonnête et malotrue  de ces laquais est le signe  de la besogne qu’ils accomplissent pour le compte de ceux qui prospèrent de la souffrance des femmes et des hommes.
La grande Bourgeoisie de  la finance et de la rente ne s’abaisse pas à de telles vilénies, elle  délègue cette campagne au bon soin de loufiats domestiqués, enjôlés de l’ivresse de la gloire médiatique. Il s’agit, au moment où le gouvernement dit de la gauche  se présente sur le « reculoir » de lancer une campagne de grande puissance  afin de s’assurer que le chômage qui explose, la misère qui ronge, l’exploitation des salariés qui pour la première fois depuis des siècles  regagne du terrain ne fassent à nouveau aspirer les travailleurs et les opprimés du monde entier à la société socialiste.
Briser le lien qui donne sens à nos combats : De la sortie de l’esclavage à la révolution soviétique en passant par la grande révolution Française, l’insulter, le meurtrir, le tordre, le salir, confondre sciemment la victime et le bourreau, le juste et le nazi, c’est préparer le terrain à la plus grande vague réactionnaire que les possédants entendent imprimer sur notre histoire contemporaine. 
« S’ils évoquent le ciel, c’est pour usurper la terre». Robespierre
Alain Bousquet

"Refusons le sabordage du français", par Claude Hagège

Un article du Monde   25/05/2013

La France n'est certes que la source historique, et non la propriétaire exclusive de la langue française, que partagent avec elle, à travers le monde, les soixante-dix-sept Etats et gouvernements constituant ensemble l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Du moins jusqu'ici. Car le projet de loi Fioraso, qui veut imposer, en faveur de l'anglais, une très large extension des exceptions au principe du français langue de l'enseignement, des examens et des concours, pourrait avoir pour conséquence, du fait de la valeur symbolique d'un acte de sabordage du français par la France officielle elle-même, un doute croissant quant à la légitimité de la promotion de cette langue par les autres pays francophones. Heureusement, quelques espoirs subsistent : le directeur du Salon du livre du Beyrouth me disait, à la fin d'octobre 2009, en un français aussi classique que sa voix était sereine et teintée d'ironique mépris : "Laissez là vos alarmes : si la France torpille le français, d'autres pays seront toujours là pour le revigorer et galvaniser sa diffusion !"
On se demande, pourtant, d'où peut bien venir, en France, cet acharnement contre la langue française. De la monarchie à la République, surtout aux heures les plus tragiques de cette dernière, tout illustre ce dicton : "C'est par sa langue que vit une nation." Les dirigeants de la nation française sont-ils donc saisis d'une pulsion d'autodestruction ? A supposer que tel ne soit pas le cas, tout francophone lucide ne peut qu'adresser aux gens de pouvoir à Paris et aux intellectuels malvoyants qui les inspirent, le message suivant : "N'entendez-vous pas s'esclaffer les étudiants étrangers que votre exorbitante et naïve assurance prétend attirer dans vos universités et vos écoles par un enseignement en anglais, alors qu'il n'y est pas langue maternelle ? Ne voyez-vous pas que les mieux informés d'entre eux commencent à avoir pitié de votre dérisoire servilité face aux mécanismes du profit, et à se demander quelle déplorable aliénation vous torture, alors qu'ils respectaient jusqu'ici la culture et la langue françaises ? Allez-vous protéger enfin vos tympans contre les sirènes des universitaires liés par des conventions avec des établissements anglophones, et qui n'ont pas encore compris que c'est en utilisant le français qu'ils accroîtront le prestige de leurs travaux, et non en mordant le sol devant l'anglais ?"
Le français est depuis le XIIIe siècle une langue à vocation internationale, d'abord européenne, puis levantine, puis mondiale. Il est aujourd'hui la seule langue, avec l'anglais, qui soit présente sur les cinq continents. Chaque réunion de l'OIF montre que la promotion du français encourage celles de toutes les autres langues des pays membres. Madrid, Lisbonne-Brasilia, et maintenant Pékin dressent, face à la résistible domination de l'anglais, l'arme irrésistible de la diversité. Et c'est à ce moment même que la France, qui possède une longue antériorité historique dans l'illustration de sa langue, devrait sacrifier cette dernière aux pauvres pièges de l'argent ? !
Il est encore temps de réagir devant le burlesque en passe de devenir le consternant. Il est encore temps de se mobiliser avant qu'un projet de loi porteur du cancer ne soit proposé à la représentation nationale. Une partie grandissante du public bien informé est en train de se déprendre du vertige de l'américanisation déguisée en mondialisation. L'Académie française, elle aussi, dénonce un projet suicidaire.
Quant aux masses françaises, abreuvées de sous-culture américaine, elles ne manifestent aucun désir de substituer l'anglais au français dans l'enseignement en France. Ce sont donc les forces vivantes et majoritaires du pays que l'on insulte en plaçant l'anglais sur un piédestal dont il n'a que faire, surtout venant du gouvernement français. Battons-nous pour notre langue ! Car même si l'enjeu est aussi d'éviter, par solidarité civique, aux autorités de sombrer dans le grotesque en même temps que dans l'indignité, c'est de notre identité qu'il s'agit. Il n'est plus temps de clore nos paupières : nous sommes en guerre !

La guerre culturelle au festival de Cannes : un article de Manuel de Dièguez

Un article de Manuel de Dièguez :

Avec quelles complicités de l'Etat le festival de Cannes a-t-il pu projeter un film qualifié de français, Jimmy P., psychothérapie d'un Indien des plaines, mais parlant anglais, tourné aux Etats-Unis et produit par une entreprise américaine ?

 Le scénario, tourné par M. Arnaud Desplechin, met en scène deux étrangers, un Indien, d'un côté, que la guerre de 1940 à 1945 a gravement déséquilibré et que les psychanalystes du Nouveau Monde ne parviennent ni à guérir, ni même à soigner, parce qu'ils ne comprennent goutte à sa culture, et, de l'autre un acteur français censé imiter le fort accent hongrois d'un psychanalyste franco-américain, né juif roumain, György Dobó, mais qui abjura la religion juive, se fit baptiser catholique et prit le nom de Georges Devereux. A ce titre, le film le présente en personnage non moins étranger que l'Indien à la mentalité du pays d'accueil dans lequel il exerça son art jusqu'à sa mort en 1985. Ce polyglotte parlait le roumain, le hongrois, l'allemand, l'anglais, le français, mais il apprit également le maltais et le mohave, ces Indiens dont les mœurs et la sexualité firent l'objet de sa thèse de doctorat d'anthropologie à l'université de Berkeley.
Les autorités françaises d'aujourd'hui savent-elles que Georges Devereux avait fondé aux Etats-Unis, il y a une soixantaine d'années, une école de psychanalyse hyper superficielle, l'ethnopsychiatrie, qui avait connu une vogue passagère en raison de l'usage politique auquel son acéphalie la conduisait fatalement. Le sujet sain d'esprit se trouvait parfaitement immergé dans la société de l'endroit, tandis que le malheureux déviant se trouvait dangereusement guetté par la névrose et ressortissait aux soins attentionnés du faux disciple du grand Viennois. A ce compte, le spécimen à son aise sous le régime franquiste ou qui se portait comme le pont neuf sous les régimes nazi, stalinien ou sous l'inquisition géocentriste de l'Eglise du XVIe siècle permettait à l'ethnopsychiatrie américaine de s'épanouir à l'ombre de la sociologie mondiale, cette discipline de la neutralisation internationale des cerveaux et de la mise à égalité de toutes les cultures sous le bouclier d'une acéphalie universelle.
Naturellement, huit ans seulement après la paix de 1945 - le scénario nous transporte dans l'Amérique de 1953 - le Nouveau Monde passait encore pour l'Eldorado de la démocratie mondiale sur une planète libérée du nazisme. Mais, de nos jours, il est bien évident que l'expansionnisme cinématographique américain a le plus grand intérêt à retrouver les présupposés et les méthodes de l'ethnologie de Georges Devereux, tellement cette discipline est devenue pain bénit pour une thérapie politique enracinée dans le salut par la médiation du mythe de la Liberté. L'orthodoxie marxiste l'avait si bien compris qu'elle soignait au titre de malades mentaux les opposants au collectivisme rédempteur. L'eschatologique religieuse cadenasse nécessairement l'hérésie dans l'enceinte d'une nosologie déclenchée par le Diable et dont la foi brisera les barreaux. La pestifération et la malédiction vont de pair avec une incroyance dont le statut se partage entre le péché et la folie.
2 - La démocratie sous le regard de l'ethnopsychiatrie
C'est dire que les organisateurs du festival de Cannes sont tombés de bonne foi et en toute innocence dans la même catéchèse que Mme Nougayrède.
- Le journal Le Monde et la vassalisation de l'Europe, 4 mai 2013
Car l'honnêteté intellectuelle de Georges Devereux est au-dessus de tout soupçon, ce qui montre d'autant mieux que la méconnaissance des fondements anthropologiques du sacré se révèle la candide alliée des catastrophes qu'entraîne l'alliance de la sincérité messianique avec la naïveté politique. C'est pourquoi, et dans le même temps, le public du festival a applaudi de tout cœur et à tout rompre le producteur américain Harvey Weinstein, grand homme d'affaires, mais qui a chaleureusement approuvé l'initiative de Mme Aurélie Filippetti de tenter de sauver le cinéma européen de son naufrage dans une zone de libre échange artificiellement nivelée par la sociologie réductrice de notre temps. H. Weinstein rappelle que l'Amérique n'a acheté aucun "Western spaghetti", parce qu'il est "improductif de faire deux fois la même chose" et que la copie ne vaut pas l'original. Rome ville ouverte ou Le voleur de bicyclette, ajoute Weinstein, n'auraient pas été tournés si l'engloutissement du cinéma du Vieux monde dans un commerce international de marchandises indifférenciées avait conduit, dès la Libération, les identités nationales à l'anéantissement.
3 - Mme Filippetti face à l'OTAN culturel
Il est des thèmes cinématographiques à double ou à triple fond : si, deux siècles après Atala de Chateaubriand, l'Indien pur sucre d'Arnaud Desplechin est tombé malade d'une guerre messianique, donc inspirée par l' esprit de croisade de la démocratie mondiale et si le prophète de la nouvelle religion, qui s'appelle la Liberté, mène le combat désintéressé que l'on sait pour le triomphe universel de la Justice et de la Vérité sur les cinq continents, bref, si le nouvel apostolat est pathogène en diable, il est à parier que la guérison de notre "dernier des Abencérage" lui a fait retrouver la royaume du Beau et du Bien. Du reste, la sortie de ce film béatifique coïncide avec la conversion de l'université française à l'enseignement en anglais de la physique, de la chimie et des mathématiques, ce qui préfigure la neutralisation politique et culturelle de l'Europe par le relais de la neutralisation cinématographique.
Mais c'est dire également que, soixante ans après sa parution, L'Etranger de Camus entre dans la postérité littéraire et philosophique qui l'attendait; car, pour la première fois, le thème central et explosif de l'aliénation cérébrale des civilisations mourantes débarque dans le cinéma mondial, et cela non seulement le jour de l'inauguration de la plus célèbre messe annuelle du septième art, mais en présence de Mme Aurélie Filippetti. Cette rebelle est d'ores et déjà parvenue à rassembler autour d'elle treize insurgés de poids - tous les ministres européens de la culture, dont ceux de l'Allemagne, de l'Espagne et de l'Italie, donc des Etats les plus dociles de l'OTAN - afin de tenter de sauver l'identité du Vieux Monde face à l'offensive du cinéma américain. C'est dire que l'alliance de la guerre politique avec la guerre des cerveaux a commencé à Cannes et que les historiens retiendront le mois de mai 2013 pour celui du déclenchement des hostilités.
4 - Les Indiens sommitaux
Qu'en est-il du troupeau des intellectuels européens emportés par les flots d'un panculturalisme mondial, mais dans la masse passive desquels on repère quelques têtes résolument placées à l'écart de celles de leurs congénères. Il s'agit d'une insurrection des cerveaux fort distincte de celle de l'Indien et du psychanalyste Devereux, qui s'était fait naturaliser Américain? Selon le scénario d'Arnaud Desplechin, l'Indien du film finit par guérir en ce sens qu'il se trouve docilement réintégré dans la civilisation mondiale de la terreur commerciale. On recense néanmoins quelque deux mille encéphales européens dont le trépas imminent de la civilisation de la pensée critique aiguise les armes et effile le glaive de leur dialectique. Car ces Indiens-là bénéficient maintenant d'une distanciation dont le tragique n'a été pleinement identifié qu'il y a quelque douze décennies par un médecin allemand, un étranger et un malade, lui aussi, un certain Frederick Nietzsche. Pour avoir cerné et étiqueté la spécificité de la pathologie incurable dont souffrait la raison et la logique européennes de l'époque, ce Germain a été conduit à une folie inguérissable et au trépas après un long et douloureux enfermement de onze années dans un asile d'aliénés. Mais sa maladie a conduit les derniers logiciens du Vieux Monde à descendre dans le puits creusé à son insu par Georges Devereux.
Qu'enseignent leurs syllogismes? Que le parallèle entre l'Indien de Sigmaringen et l'Indien du cinéaste français résulte de ce que les deux pathologies ont en commun de passer à tort pour d'origine culturelle, alors que le terme de culture n'a pas le même sens en Europe et en Amérique. Mais le malade allemand avait été nommé professeur de grec à l'Université de Bâle à l'âge de vingt-neuf ans. On doit à la précocité de son génie le débarquement cataclysmique de l'étude philosophique de la maladie mentale dont souffre l'Université européenne - et cette maladie n'est autre que sa cécité à l'égard du génie.
C'est dire que le jeune Allemand a renversé le diagnostic officiel de la folie. C'étaient eux, disait-il, les nouveaux sorbonagres et sorbonicoles à guérir d'une pathologie doctorale déguisée en bonne santé. Il fallait en conclure que l'animal rationale rassemble des masses immenses de spécimens tenus pour savants, mais dont la démence collective leur demeure invisible. Qu'en est-il de la folie des Indiens sommitaux dont la race remonte à Platon?
Nietzsche fut le premier psycho-thérapeute de la civilisation européenne, celui dont le regard de l'extérieur sur l'encéphale de la bête a permis aux descendants du grand Athénien de démontrer qu'un seul cerveau sur dix mille environ se pose sérieusement la question de la vérité. Je me suis fait, ici même, le très modeste écho de ce psychopathologiste; et pour cela, je me suis contenté de rappeler la joute célèbre qui opposa saint Ambroise à Symmaque dans l'enceinte du Sénat de Rome en 384.
- A propos des caricatures de Mahomet - Mort et résurrection de l'Europe de la pensée, 24 février 2006
-
Lettre ouverte à Hubert Védrine sur l'avenir intellectuel et politique de l'Europe, 2 décembre 2002
- A propos d'un athéisme endormi Les troupes de choc du "Connais-toi" sur la piste du "corps" des dieux, 4 mars 2006
5 - Saint Ambroise et Symmaque
Souvenez-vous des chrétiens de l'époque: ils entendaient expulser de force la statue de la Victoire du temple de la démocratie qui avait servi de théâtre à la célébration de tous les triomphes guerriers du peuple romain depuis Romulus. Face à cette profanation d'un millénaire de la mémoire des ancêtres, saint Ambroise faisait valoir un titanesque contrepoids: une grâce particulière du Dieu nouveau l'avait fait bénéficier d'une victoire cérébrale inouïe. Cet ancien préteur allait jusqu'à suggérer que les dieux cachés depuis tant de siècles dans le gosier des oies du Capitole auraient soudainement perdu tellement de leur crédibilité religieuse que, pour sa part, il avait mis la main sur un dieu unique, solitaire et définitif, lequel lui avait tendu une main secourable et avait remplacé sous ses yeux ses rivaux vieillis et exténués par tant d'épreuves. Pour sa part, il adorait désormais le vrai Jupiter, mais il ne s'expliquait encore ni pourquoi ce dieu avait tenu si longtemps à demeurer caché aux yeux de tout le monde ni à quel âge il avait décidé de monter à son tour sur les planches de l'histoire.
A ces observations appuyées de saint Ambroise - il était allé jusqu'à se moquer des dieux - Symmaque, préfet de Rome et ancien consul, n'avait en rien répondu par un examen de la seule question décisive, celle de savoir si les dieux existent ou non. Ce personnage considérable s'était même si peu interrogé sur le vrai et le faux qu'il avait mis toute sa véhémence à faire valoir la sainteté de tous les dieux du monde. Symmaque était "omnibus honoribus defunctus", c'est-à-dire qu'il avait connu tous les honneurs attachés aux fonctions publiques. Mais comment l'éloquence et les plus hautes magistratures enfanteraient-elles des prodiges célestes, comment un long usage des rites cultuels de Rome ferait-il surgir des dieux dans les nues et les rendrait-il respectables à souhait?
Mais lorsque le Jupiter de saint Ambroise connut à son tour de terribles revers aux yeux des nations et des peuples les plus divers - en 410, les barbares avaient non seulement mis Rome à sac, mais perpétré un massacre mémorable de citoyens fraîchement baptisés - il apparut que les neuf mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf pour dix mille des cerveaux étrangers à la question du vrai et du faux avaient si bien laissé cette petite difficulté en jachère qu'ils retournaient maintenant à toute allure et en rangs serrés se pelotonner sous le sceptre des idoles qu'ils avaient laissé s'endormir un instant dans leur tête. Il fallait en conclure que la question de la complexion psychique, de l'identité cérébrale et de l'éthique politique des campeurs de l'Olympe dépendaient seulement du rappel de leurs succès à la guerre et qu'ils se contentaient de le rappeler rudement à leurs fidèles momentanément devenus négligents ou tombés dans une coupable inattention à leur égard.
6 - Les chrétiens et la question de la vérité
La question du vrai et du faux demeurait-elle aussi absente de l'encéphale de saint Ambroise que de celui de Symmaque ? Pour l'apprendre, écoutez le plus illustre élève de l'évêque de Milan, un certain saint Augustin , qui mit vingt ans à prouver, non point que le nouveau Jupiter n'existait évidemment pas davantage hors de l'encéphale de ses adorateurs que l'ancien, mais que la seule énigme à résoudre était de découvrir pour quelles raisons, dans sa bonté et sa sagesse infinies, le nouveau souverain du cosmos avait cru bon de laisser les barbares saccager tout leur content la capitale de l'empire le plus illustre qui eût jamais paru sous le soleil et pourquoi ses propres fidèles méritaient de se trouver exterminés par le glaive des païens. Et puis, les tueurs étaient-ils devenus dévots sans seulement s'en douter, ou bien était-ce en tant que pécheurs qu'ils accomplissaient les saintes volontés du nouveau Zeus?
Deux millénaires plus tard, la distanciation intellectuelle des cerveaux sommitaux évoqués ci-dessus ne les a pas fait sortir de l'auberge; mais la question de la vérité s'est déplacée vers un nouveau centre de gravité du monde. Certes, la multitude des animalia rationalia continue de toréer ferme dans l'arène de la cécité mentale de Symmaque, et c'est non moins unanimement qu'autrefois que cette masse immense se demande seulement si les trois dieux actuels sont culturellement adaptés aux territoires qu'ils sont chargés de cultiver ou s'ils les laissent désespérément en friche.
7 - De la survie de la civilisation européenne
Mais, parallèlement au jardinage exclusivement culturel du sacré qui permet à une espèce acéphale de laisser merveilleusement de côté la question centrale de l'existence ou de l'inexistence de ses trois Jupiter, le théâtre du vrai et du faux est devenu celui de la survie ou de la mort de la civilisation européenne. Car la cécité intellectuelle du Vieux Monde d'aujourd'hui le fait courir à l'abîme à un train d'enfer, si je puis dire, et cela sans que l'infime minorité des Indiens de Nietzsche aient conquis la plus petite chance de se faire mieux entendre qu'en 1883. Car toute l'humanité ne songe plus qu'à se procurer des recettes de cuisine; et personne ne tourne seulement un instant la tête du côté du gouffre vers lequel le navire court à toute vapeur. Cette disposition de l'encéphale des aveugles plonge le pourcentage des cerveaux cogitants répertoriés par l'Indien de Bâle dans un état para-pathologique tel qu'il leur devient de plus en plus lourd de combattre jour après jour pour leur propre santé mentale. Car aussi longtemps que l'unanimité de la folie qui frappe cette espèce condamnait seulement quelques Robinson à peser dans leur coin l'encéphale des Symmaque, des saint Ambroise et des saint Augustin, la question pouvait demeurer relativement inoffensive.
Je m'explique : certes, dira-t-on, des centaines de millions d'êtres humains croient dur comme fer qu'ils boivent physiquement le sang toujours frais et mangent bien crue la chair éternelle d'un ressuscité, certes, d'autres milliards de spécimens de cette espèce lisent jour et nuit un livre dicté par l'ange Gabriel à l'un des leurs sur cette terre, certes, un troisième Jupiter conduit ses adorateurs à reconquérir, l'arme au poing, une terre censée leur avoir été remise en mains propres par leur ciel il y a plus de deux millénaires de cela. Mais pour les têtes bien portantes recensées par Nietzsche, résidait dans la victoire tardive qui leur avait du moins permis de mettre leur charpente à l'abri des flammes: après des siècles de combat pour la survie de leur ossature, la majorité en folie avait cessé de brûler toute vive la frange des animaux de sens rassis.
Mais maintenant, une humanité plus plongée dans les ténèbres que jamais travaille au suicide des Etats et à la dissolution des nations, parce que d'immenses troupeaux courent à l'abattoir sous la houlette de leurs bergers aveugles, sourds et muets; et l'on cherche en vain les Indiens du cinéaste français qui auraient lu Symmaque, saint Ambroise et saint Augustin.
8 - Les nouvelles hallucinations
Voyez le sort de la pensée politique: n'est-il pas hallucinant que, depuis soixante dix-ans, personne ne voie seulement la mort passer à un train d'enfer sur les arpents d'une civilisation occupée par cinq cents forteresses, garnisons et camps retranchés de l'étranger, n'est-il pas hallucinant que personne ne voie seulement qu'une monnaie unique ne saurait régler durablement les échanges commerciaux entre des Germains disciplinés et des Latins dépensiers, n'est-il pas hallucinant que personne ne voie seulement qu'une volonté ferme et partagée ne naîtra jamais d' une Europe de cantons suisses artificiellement amalgamés, n'est-il pas hallucinant que Paris et Berlin ne parviendront à s'agglutiner que si, à l'image de Zurich et de Berne, le Vieux Monde se retirait de l'histoire vivante et se proclamait neutre à perpétuité, n'est-il pas hallucinant qu'à l'image des écrivains helvètes, qui ne peuvent se trouver édités sérieusement qu'à Berlin, Paris ou Rome, l'écrivain gaulois d'aujourd'hui se fait baptiser sur les fonts baptismaux de l'anglo- américain, n'est-il pas hallucinant que la littérature française ne se collète plus avec la "comédie humaine" au sein d'une société assiégée, encerclée étouffée par son silence sur l'occupation militaire de ses hectares, n'est-il pas hallucinant que les civilisations agonisantes ne voient même plus sur quel théâtre la tragédie se déroule, à la manière dont l'empire romain ignorait qu'on ne retourne pas avec nonchalance au règne des sénateurs du temps des guerres puniques après un siècle de présence d'une garde prétorienne sur le forum, n'est-il pas hallucinant que la classe dirigeante d'une civilisation luttât contre l'asphyxie de ses exportations et l'étranglement de sa production industrielle sans seulement se poser la question du prix du travail et de l'impossibilité de revenir à la charrue de Cincinnatus sous Tibère ?
9 - Le trépas du mythe de l'immortalité
Quel est donc le diagnostic du funèbre qu'attend une civilisation quand le corbillard passe à bride abattue sur le triple territoire du commerce, de la politique et de la pensée, sinon de se poser à nouveaux frais la question de la pesée de l'encéphale de l'espèce? Car les cerveaux intéressés par la connaissance du vrai et du faux sont tout proches de connaître une distanciation qui les rendra contemplatifs de l'inexorable et en fera les cinéastes de la fatalité.
Comparons le naufrage de l'élite intellectuelle de l'empire romain avec celui d'aujourd'hui. La Grèce vaincue avait produit de brillantissimes encyclopédistes. Mais s'ils éduquaient l'empire à courir d'un bout à l'autre du monde latin, du moins s'adressaient-ils en grec à leurs auditoires, parce que toute l'intelligentsia de l'époque n'accédait au vrai savoir que dans la langue d'Athènes. Rien de tel aujourd'hui: ou bien un cinéma artificiellement qualifié de français s'exerce à valoriser son folklore auprès des Indiens ou des Hongrois du Nouveau Monde, comme il est rapporté plus haut, ou bien nos cinéastes se cantonnent dans nos villages et tournent en rond dans leur dialecte. Faut-il imiter la fierté de Sparte, qui se réduisit à quelques bicoques ratatinées au bord de l'Eurotas plutôt que de jouer à Rome les doublures rabougries de la Lacédémone engloutie des ancêtres? Les sophistes en vadrouille n'ont rien créé sous la domination romaine, parce que seuls les peuples souverains demeurent intellectuellement féconds. Mais les Spartiates demeurés sédentaires et réduits au rang des Indiens d'Amérique, n'ont rien produit non plus.
10 - Demain, le génie de l'Europe de Personne
Tel est le choix de l'Europe face à l'inexorable. La fatalité du trépas l'attend à la fois dans les studios du Nouveau Monde et à Perpignan. Mais alors, n'est il pas temps d'enfanter une distanciation nouvelle entre l'homme et l'animal, n'est-il pas temps d'apprendre à regarder de haut et de loin la bête semi rationnelle dont l'intelligence embryonnaire n'ose pas encore se poser la question de la vérité, n'est-il pas temps de lancer la foudre d'un regard sommital sur un bimane infirme, n'est-il pas temps de se poser la question de la véritable nature d'un encéphale encore en gestation et qui se cherche depuis des millénaires sans jamais trouver sa véritable assise, mais qui se révèle si proche de rencontrer, au plus secret de lui-même, le Dieu du vide et de l'infini qu'il est à lui-même dans l'univers de Personne?
En vérité, le miracle d'une mutation radicale du regard de l'humanité sur elle-même s'est produit une première fois il y a seize siècles, mais au prix d'un millénaire et demi d'engloutissement des Lettres, des sciences et des arts : le christianisme a enfanté un regard tellement nouveau de notre espèce sur elle-même que l'âme du latin en a été changée. La langue de saint Augustin n'est pas encore celle de l'absence de Dieu et du silence de l'univers, mais elle respire déjà tout autrement et le souffle auquel elle obéit est inconnu de saint Ambroise et de toute la littérature classique. Seul le français pourrait retrouver l'alliance augustinienne de l'esprit critique avec l'élévation intérieure des mystiques de la nuit, seul le français pourrait fonder la spiritualité d'une espèce devenue consciente du silence de l'éternité.
Si tous les dieux extérieurs se révèlent faits de main d'homme, quelle revanche, pour une civilisation condamnée à quitter l'histoire volubile et bruyante, d'y rentrer armé d'une autre cervelle et de reprendre la tête de l'aventure de la pensée dans un nouvel univers ! Saint Augustin se riait du petit Dieu qui avait créé un monde de pacotille et qu'on n'avait pas vu se colleter avec la création de l'espace et du temps. La spiritualité à construire sur le trépas du colosse ridicule de la Genèse attend de l'Europe de l'esprit la fécondation du néant par le néant, du vide par le vide, de l'infini par l'infini - une mystique du trépas de l'éternité des ossatures nous attend.
Le 25 mai 2013

jeudi 16 mai 2013

Sujet du Mercredi 22 Mai : Doit-on croire à la mondialisation ?

Doit-on croire à la mondialisation ?




La prophétie du sociologue canadien Mc. Luhan est en train de se réaliser : le « village planétaire » se parcourt en quelques heures et communique en temps réel grâce aux technologies de l’information et de la communication qui ont contribué à « raccourcir les distances », à rendre proche les choses lointaines. Il est reculé le temps où 90% des biens que consommait un paysan du Moyen âge étaient disponibles dans un cercle de rayon de 5 kilomètres autour de son habitat. L’interdépendance de nos politiques, de nos décisions et la mobilité des hommes, des idées, des données offrent par la réalité des situations ainsi créées une véritable mutation dans un processus d’internationalisation des économies. Les souverainetés des Etats s’inscrivent alors dans un vaste mouvement fait de multipolarisation et de multilatéralisation. Nous vivons plus que jamais dans le cadre de cette économie monde chère à Fernand Braudel avec plusieurs centres et plusieurs périphéries.

Les économies des différents pays relèvent désormais d’un vaste mouvement de mondialisation. Phénomène récent ? Pas tout a fait peut-être.



De l’internationalisation à la mondialisation



La mondialisation semble apparaître comme étant l’aboutissement, à l’échelle de la planète, d’un mouvement de globalisation qui se réfère plutôt à la création de marchés et d’entreprises couvrant de vastes territoires, elle-même découlant d’une démarche d’internationalisation qui plonge ses racines dans la nuit des temps. En fait, « l’intégration croissante des parties constituant le tout de l’économie mondiale donne à celle-ci une dynamique propre, échappant de plus en plus au contrôle des Etats et portant atteinte à certains attributs (…) tels le contrôle monétaire et la gestion des finances publiques » [J.Adda, La mondialisation des économies, p8]

Les échanges entre pays remontent à la plus haute antiquité. Les Phéniciens sillonnaient la Méditerranée, les Romains pratiquaient le commerce mais aussi les délocalisations d’activités afin de réduire déjà les coûts de production par l’utilisation d’une main d’œuvre bon marché et la recherche d’économie d’échelle. Avec le Moyen âge, ce sont les foires qui se développent, les grandes routes commerciales qui se dessinent, des villes qui s’affirment, à Venise la route des épices et à Gènes celle de la soie. Vers la fin du XVème siècle la naissance des grandes compagnies maritimes assure le développement du capitalisme marchand et des grandes puissances coloniales. D’ailleurs, comme le souligne Fernand Braudel dans « La dynamique du capitalisme », bien avant le XX ème siècle, l’exportation de capitaux était une réalité quotidienne pour Florence dés le XIII ème  puis pour Anvers et Gènes au XVI ème    . Au XVIII  ème, les capitaux couvraient l’Europe et le Monde.

Plus récemment entre 1870 et 1913, dans le contexte du « pacte colonial » éclairé notamment en 1885 par la conférence de Berlin qui partage l’Afrique entre les grandes puissances, ces dernières avaient porté à un haut niveau le commerce international et l’investissement à l’étranger . Ainsi le ratio exportation / PIB est supérieur ou très voisin, à la veille de la première guerre mondiale, de celui atteint en 1973 au Japon, aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en France et en Allemagne et le stock d’investissement direct à l’étranger représente en 1913, 9% de la richesse mondiale soit autant qu’en 1989. Aujourd’hui les investissements à l’étranger sont de l’ordre de 2000 milliards de dollars, soit un chiffre multiplié par 40 sur les 40 dernières années. C’est donc finalement davantage l’ampleur du phénomène actuelle qui peut surprendre que la mondialisation en elle-même.



La mondialisation des économies : du G7 au G20.



Longtemps, l’essor du commerce a été le fait, jusqu’au début des années 80, des pays de la « triade » : Amérique du Nord, Europe occidentale, Japon qui concentraient les 2/3 des imports/exports mondiales. Désormais, des pays que l’on qualifie d’émergents mais qui en réalité retrouvent une place qui était simplement la leur il y a plusieurs décennies, affirment leur puissance économique voire même politique à l’échelle souvent de leur continent et, contrecarrent les pays du nord anciennement industrialisés. Le G20, en succédant au G7 rassemble alors 80% du PIB mondial et représente les 2/3 de la population planétaire. La libéralisation et l’ouverture de l’ensemble des économies soutiennent leurs expansions respectives.

Toutefois, le modèle économique à l’échelle mondiale repose surtout et de plus en plus sur des firmes multinationales qui réunissent à elles seules ¼ de la richesse internationale et 1/3 des exportations mondiales. Dépassant les analyses traditionnelles ricardiennes de l’échange international, les firmes avancent, dans ce concert d’internationalisation croissante, l’argument de la recherche de rendement croissant et d’économie d’échelle. Comment ? Par l’innovation et la conquêtes de marchés, conséquence directe d’un transport qui a pu voir ses coûts baisser constamment depuis la révolution industrielle, occasionnant aussi bien la mobilité des facteurs de production que des situations de « concurrence monopolistique ».

Cette course en avant, cette quête de marchés entretiennent les tensions internationales et plongent les Etats dans une concurrence inévitable pour attirer les capitaux et les investissements porteurs d’emplois.



Libéralisation, le maitre mot sur lequel repose la mondialisation ?  



Au-delà de cette évolution qui semble quasiment mécanique quand elle apparaît comme l’ultime étape d’un processus dérivant de l’internationalisation des économies puis de leur globalisation, nous pouvons relever quelques faits majeurs qui ont provoqué un tel changement.

Cette série d’éléments peut s’interpréter comme à la fois des causes mais aussi des conséquences alimentant dans ce cas une véritable spirale « mondialisatrice ». Nous pouvons en conséquence être tenté d’expliquer plus précisément la mondialisation par :

1.     L’explosion des marchés financiers suite aux réformes impulsées par Reagan dans les années 80. Trois termes illustrent cette période : désintermédiation, décloisonnement, déréglementation. D’une façon générale, dans pratiquement tous les pays, le financement de l’économie a évolué d’une situation où les crédits bancaires dominaient à celle où les marchés financiers puis monétaires les ont progressivement dépassés. La primauté des marchés financiers sur le marché des biens et services, associée à l’interconnexion des places boursières dans le monde, accentue les interdépendances tout en créant des risques systémiques forts.

2.     L’effondrement des systèmes politiques à économie centralisée et planifiée, symbolisé par la chute du mur de Berlin en 1989, qui a contribué à l’instauration d’un nouvel ordre mondial et qui tourne le dos à la bipolarisation établie au lendemain de 1945.

3.     L’avènement de l’Organisation Mondiale du Commerce en 1995 qui consolide les acquis du GATT puis les surpasse, entretenant par la même cette nouvelle configuration politique post guerre froide renforçant la globalisation néo-libérale et très imprégnée du modèle de développement économique des Etats-Unis.

4.     la convergence des modèles de consommation de masse avec l’émergence d’un socio style mondial. Une finale de coupe du monde de football a désormais un retentissement planétaire, elle intéresse des milliards d’individus. Avoir douze ans aujourd’hui débouche sur des habitudes de vie, des réflexes souvent identiques quel que soit son lieu d’habitation.

5.     Des intégrations régionales, à l’image de l’Union Européenne, qui touchent tous les continents, qui amenuisent l’autorité relative des Etats les composant par la perte de l’efficacité des politiques nationales et l’affirmation des questions économiques.





Tout cela a été rendu possible par le formidable courant de libéralisation qui parait avoir inspiré tous les points précédemment cités.

Une question se pose toutefois :

Ce mouvement de mondialisation est-il irréversible ? Autrement dit : quels sont les facteurs potentiellement limitant ?



Le mieux n’est-il pas l’ennemi du bien ?



L’émergence d’un marché mondial nous a souvent été exposée d’une part comme inéluctable mais aussi et surtout d’autre part comme finalement un facteur de bien être, de prospérité pour l’ensemble des citoyens du monde aux motifs que le libre échange est présenté comme un élément  de gain en pouvoir d’achat, comme synonyme de paix dés lors qu’échanger devrait permettre d’éviter les tensions antérieures connues entre Etats soit donc la guerre. Or que constatons-nous ?

1.     Que des tensions politico militaires demeurent un peu partout sur la planète : Moyen Orient, Afrique, Asie voire même en Amérique du Sud.

2.     Que les inégalités s’accentuent aussi bien à l’intérieur de chaque pays, qu’entre les pays. Les 1200 premières grosses fortunes du monde concentrent l’équivalent du revenu de 3,5 milliards d’individus les plus pauvres.

3.     Que la question de la gestion des ressources est posée à partir du moment où nos modes de vie reposent sur de féroces appétits de consommation.

4.     Qu’après 40 années de keynésianisme et d’Etat providence, bon nombre de compromis sociaux sont mis à mal dans les pays développés : chômage, retraite, exclusion…



Dans ces conditions est-il toujours possible de trancher entre pour ou contre la mondialisation ?

Le problème se pose-t-il réellement en ces termes ?

A-t-on les moyens et la possibilité de choisir ?



Soyons donc plus modestes, évitons de tomber dans des approximations et des approches manichéennes et essayons de faire appel au bon sens.
Dés lors n’est-il pas raisonnable :

1.     de demander plus de régulation, plus de réglementation devant les turbulences financières, monétaires et économiques ? Avec par exemple des taux de change reposant davantage sur une véritable unité de compte reconnue internationalement. Comment concilier l’inconciliable triangle de Mundel c’est-à-dire : stabilité des taux de change, autonomie des politiques monétaires et libre circulation des capitaux ?

2.     de ne pas maintenir artificiellement l’emploi dans des secteurs que l’on sait déjà parfaitement être condamnés au détriment de secteurs d’avenir à forte valeur ajoutée ?

3.     D’éviter peut-être de soumettre toute chose à l’unique loi de la valeur, de sortir de la tutelle des marchés financiers, de faire attention à ce que les principes de concurrence ne dominent pas ceux d’organisation ?

4.     De tout mettre en œuvre pour échapper au délitement des tissus sociaux ?





Les objectifs ne manquent bien sûr pas, leurs réussites dépendent de notre faculté à dépasser certains antagonismes, certaines peurs, certaines craintes comme la crainte de l’autre, de l’étranger. Il convient de ne pas ranimer les querelles d’autrefois, de ne pas désigner automatiquement le voisin comme coupable de notre incapacité à faire les bons choix et de prendre les décisions qui s’imposent. A ce propos, conservons à l’esprit cette citation de Mark Twain lorsqu’il dit :

« L’Histoire ne se répète pas, mais elle rime parfois »


Par Philippe Mallaroni








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