dimanche 21 septembre 2014

Sujet du Merc. 24 Sept. 2014 : Mais où est la vérité ?




 NOTE  : LA VERSION ILLUSTRÉE DE CE PHILOPISTE EST PARVENUE DAN SON INTÉGRALITÉ AUX ABONNES DE LA LISTE DE DIFFUSION DU CAFÉ PHILO

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                     MAIS OU EST LA VÉRITÉ ?

« La philosophie est écrite dans ce livre gigantesque qui est continuellement ouvert à nos yeux (je parle de l’univers), mais on ne peut le comprendre si d’abord on n’apprend pas à comprendre la langue et à connaître les caractères dans lesquels il est écrit. », Galilée.


1. L’intitulé semble mal posé.         

N’y a-t-il pas une vérité pour chaque « objet » plutôt qu’une seule et unique vérité générale ? En corollaire, y a-t-il une vérité immuable et irrévocable ? Les idéologues, les croyants, les idéalistes et Platon vont se récrier car eux, ils y croient à « La Vérité ».
La croyance fausse en une vérité absolue, telle que celle de D(d)ieu – Y(y)ahvé, A(a)llah, le P(p)ère, etc., ne consiste-t-elle pas à passer sous silence le fait que celui qui peut tout ne peut pourtant pas une seule chose : la contradiction ? Sinon il serait absurde pouvant à la fois tout et son contraire et donc absolument rien. Les divers « Livres sacrés » qu’il a dictés contiennent maintes contradictions internes et entre eux, tout en contredisant aussi le réel, le livre de la nature. Les voies des seigneurs dieux restent impénétrables pour les hommes. On s’accordera avec Epicure : les hommes ne doivent en rien se préoccuper d’eux.
A l’opposé, les relativistes et postmodernes n’affirmeront-ils pas qu’on n’est jamais sûr de rien ? Pourtant par cette affirmation ne se contredisent-ils pas eux-mêmes ? L’inanité du relativisme n’est-elle pas ainsi établie ? Ceux qui s’y complaisent se condamnent à la confusion mentale et morale.
Voilà donc pour le relativisme : il n’y a pas de vérité qui tienne sauf, en tout illogisme, précisément cette affirmation-là. Et voilà aussi pour l’idéalisme et les croyances fausses qui peuvent tout, même l’illogisme de la contradiction. Entre ces deux écueils logiques et antinomiques l’un de l’autre se situe une vérité « seulement » scientifique ou philosophique.

2.     « Mais où précisément se situe cette vérité-là ? » demande l’intitulé du philo-piste.

Poincaré l’explique dans un texte limpide de la fin du 19ième siècle qui ramène toute vérité à des principes fondamentaux s’appuyant sur des faits avérés, sachant que les faits ne suffisent pas par eux-mêmes et qu’il faut en outre à partir d’eux conduire sa raison suivant une méthode pertinente. « Affirmer que la Terre tourne n’a aucun sens. Ou plutôt, les deux propositions « la Terre tourne » et « il est plus commode de supposer que la Terre tourne » ont un seul et même sens. ». C’est ce qu’il définit comme critère de vérité ; ici celle de la rotation de la Terre.
Mais qu’est-ce que cela peut bien signifier ? Il explique que « … cette vérité que la Terre tourne est à mettre sur le même pied que le postulat d’Euclide, par exemple. Est-ce là rejeter la vérité que la Terre tourne ? Pas du tout. Mais il y a mieux. Dans le même langage on dira que les deux propositions «  le monde extérieur existe » ou «  il est plus commode de supposer qu’il existe » ont un seul et même sens. Ainsi, l’hypothèse de la rotation de la Terre conserverait le même degré de certitude que l’existence même des objets extérieurs ».  Poincaré nous ramène ici à la vacuité de ceux qui, à l’instar du philosophe métaphysicien Berkeley, doutent que le monde (et ultimement eux-mêmes) puisse exister. Pour rester logiques avec eux-mêmes ils devraient essayer de passer à travers les murs ou d’échapper à la gravité en sautant par la fenêtre. Leur repère, référentiel ou point de vue - ou même leur vue de l’esprit la plus pure – ne sont qu’une conception du monde propre à leur esprit.
« …Une théorie physique est d’autant plus vraie qu’elle met en évidence plus de rapports vrais. A la lumière de ce nouveau principe, examinons la question qui nous occupe. Non, il n’y a pas d’espace absolu. » Ce qui signifie que le mouvement n’a de sens que par rapport à un repère ainsi qu’on le constate sur un navire par l’immobilité apparente à bord de tout objet au repos alors que le navire se déplace par rapport au rivage ; ou encore lorsque sur une bicyclette on observe le mouvement circulaire de la pipette, mouvement qui ne reste pas du tout circulaire lorsqu’il est vu par un badaud dont le point de vue ou référentiel n’est précisément pas le même  que celui du cycliste.

On peut dire par analogie :
« Les deux propositions contradictoires « la Terre tourne » et « la Terre ne tourne pas » ne sont donc pas plus vraies l’une que l’autre. Affirmer l’une plus que l’autre serait admettre l’existence de l’espace absolu ». Plutôt que celle d’espaces relatifs ayant chacun un référentiel distinct. A ce stade on ne peut donc toujours pas décider qu’est vrai soit que la Terre tourne soit qu’elle ne tourne pas.
« … Mais si l’une des propositions nous révèle nombre de rapports vrais que l’autre nous dissimule, on pourra néanmoins la regarder comme plus vraie que l’autre, puisqu’elle a un contenu plus riche. A cet égard aucun doute n’est possible : voilà le mouvement diurne des étoiles et le mouvement diurne des autres corps célestes, et d’autre part l’aplatissement de la Terre, la rotation du pendule de Foucault, la giration des cyclones, les vents alizés, que sais-je encore ? Pour Ptolémée, tous ces phénomènes n’ont entre eux aucun lien ; pour Copernic, ils sont engendrés par une même cause. En disant, la Terre tourne, j’affirme que tous ces phénomènes ont un rapport intime, et cela est vrai et cela reste vrai bien qu’il n’y ait pas et qu’il ne puisse y avoir d’espace absolu. ». Cela revient à dire qu’il n’y a pas de vérité absolue et que toute vérité philosophique ou scientifique toujours reste discutable.
Poincaré montre de même qu’il en est ainsi pour les phénomènes liés à la révolution annuelle de la Terre autour du soleil (plutôt que celle du soleil et de tout l’univers autour de la Terre) qui peuvent tous être rapportés à une même cause, suggérant un même principe explicatif fondamental, le principe d’inertie pressenti par Galilée selon lequel tout corps persévère dans l’état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n’agisse sur lui, ne le contraigne à changer d’état.
« Dans le système de Ptolémée, les mouvements des corps célestes ne peuvent s’expliquer par l’action des forces centrales, la mécanique céleste est impossible. Les rapports intimes que la mécanique céleste nous révèle entre tous les phénomènes célestes sont des rapports vrais ; affirmer comme Ptolémée l’immobilité de la Terre, ce serait nier ces rapports, ce serait donc se tromper. » Ces rapports vrais révèlent, outre le principe d’inertie, celui de l’attraction universelle énoncé par Newton. En fait, trois principes de vérité apparaissent : l’impossibilité d’un espace absolu, le principe d’inertie et celui de l’attraction universelle des corps.
Il faut néanmoins noter qu’il serait toujours possible d’expliquer que la Terre est immobile et que tout tourne autour d’elle, ainsi qu’expliquer tous les phénomènes cités plus haut au titre de « preuves » du contraire. Mais aucun principe directeur général ne pourrait expliquer tout cela. C’est cela même qui en réfute la véracité et qui définit une vérité authentique.
En résumé, aucuns principe ou preuve scientifiques pas plus que philosophiques ne sont indiscutables. Mais que plusieurs phénomènes distincts puissent être ramenés à une cause unique constitue un argument fort :
-   pour prendre cette cause au sérieux
-   et pour explorer si d’autres phénomènes encore inconnus n’en seraient pas également une conséquence.
On conclut qu’une vérité n’a pas le sens que l’opinion la plus répandue lui donne. Elle n’est ni la Vérité absolue des idéalistes et des croyants ; ni une vérité éphémère, ni le « tout se vaut » des relativistes et des post-modernes. Non, elle a un sens du vrai  plus subtil, plus riche et plus profond. Cela se sait au moins depuis Copernic et Giordano Bruno il y a 500 ans. Ou est-ce depuis Epicure il y a 2300 ans ? Ce qui a attiré depuis d’implacables et constantes répressions confinant à la bêtise.
3.   Et pourtant aujourd’hui cela nous pénètre-t-il enfin l’esprit ? Quand nous abordons une question philosophique (ce qui n’a rien que de très commun et quotidien) suivons-nous cette façon de penser ? Allons-nous vers les faits avérés et eux seuls ? Et ensuite recherchons-nous jusqu’au bout le lien le plus général qui explique les phénomènes ? Recherchons-nous systématiquement la cause fondamentale les expliquant tous, le principe explicatif qui les sous-tend ?
Si nous le faisions, et à titre d’exemples, pourrions-nous encore prétendre : 
-   que la matière serait un épiphénomène de l’esprit,
-   que la Terre et les hommes furent un jour créés,
-   qu’une intention guiderait le monde vers une fin, que son agencement si harmonieux n’ait été fait pour le bien des hommes, ou que « derrière tout se trouve une grande intelligence » (Benoît XVI),
-   que la guerre serait inscrite dans une prétendue nature des hommes plutôt que dans des situations particulières de leur devenir,
ou encore que les crises et guerres à répétition tant locales que mondiales ainsi que d’autres phénomènes humains des quelques siècles et décennies passés et à venir ne s’exprimeraient pas par un principe explicatif général sous-jacent tel que, par exemple, le procès d’accumulation illimitée et accélérée du capital ? Mais qu’ils ressortiraient au
contraire de mille autres causes sans liens entre elles ?
Sans rechercher la cause fondamentale ou le principe des choses pourrons-nous un jour sortir des pulsions et préjugés animant la « caverne de Platon » pour débusquer les conditionnements de masse électronique, télévisuel, industriel, éducatif, religieux, publicitaire, bancaire des faiseurs de prodiges ?

Oui ou non les cartes bleues débitent-elles nos comptes de l’argent qui y serait supposément en dépôt, alors qu’il ne nous appartient plus une fois qu’il y est versé ? L’agresseur est-il Poutine ou l’Occident ? Quelle authenticité accorder à une vidéo d’égorgement par un incertain Etat islamiste ? Ou encore la fiole brandie par un préposé noir étatsunien contenait-elle le prétendu « anthrax » du pays d’Ali Baba et des quarante voleurs ; etc. ?
4.   Si pour penser les phénomènes humains ou pour simplement philosopher nous adoptions une hypothèse de recherche de vérité inspirée du texte de Poincaré, il nous resterait néanmoins encore à choisir une méthode pertinente et efficace pour mettre cette recherche en œuvre. Deux éléments sont nécessaires à toute recherche philosophique ou scientifique : une analyse critique qui détermine si les faits sont avérés ou pas, et une « grille de lecture » pertinente de ces faits.
Voici une proposition d’outil pour penser vrai : quatre éléments constituent une « grille de lecture » philosophique de tout « objet » traité dont il faut établir les relations qui les relient entre eux. Le schéma ci-dessous est utile à cet égard. Au terme d’un long, tenace et exigeant procès de questionnement, de recherche, d’analyse et de synthèse, sur lequel des quatre points situerons-nous l’espoir de vérité ? Sachant que toute vérité ne sera néanmoins jamais indiscutable :

les discours « autorisés »   ce qui se dit autour de nous
de locuteurs à auditeurs      (par les gens) et comment
                             O      O
                             O      O
ce qui est, la réalité effective     la question posée,
                                                   La recherche

5.      Finalement, peut-on penser que lors de toute question que nous nous poserons à l’avenir nous saurons saisir :
   -   tant le sens particulier de ce qu’est une vérité « seulement » philosophique
    -   que la méthode pour mettre en œuvre ce sens précis de la vérité ?
>   Sans ces deux éléments il est certain que nous perpétuerons simplement des opinions ou croyances fausses contraires à tous élément, situation ou problème du réel qui se posent à nous.
>   En corollaire, nous n’aurons dès lors que peu de prise sur ceux-ci pour agir ensemble de façon pertinente et efficace. N’est-ce pas ainsi que se posent :
1) la possibilité de comprendre le monde qui nous entoure et
2) celle de ne pas se sentir impuissant à agir collectivement pour l’améliorer et pour en résoudre les dilemmes qui souvent se révèleront alors plus apparents que réels ?














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