lundi 10 juin 2013

Sujet du Mercredi 19/06 : COMMENT REFRENER LA SATISFACTION DE NOS DESIRS ?



COMMENT  REFRÉNER  LA  SATISFACTION  DE  NOS  DÉSIRS ?

L’animal satisfait instantanément ses instincts ce qui lui procure les plaisirs liés à l’assouvissement de sa nature. En cela l’animal n’a pas de désirs. Il est parfaitement conforme à ce qu’il est et se réalise d’emblée comme tel. C’est un être complet en soi. Limité, sans plus.

On ne peut pas dire que ce soit le cas de l’homme qui lui n’est jamais pleinement satisfait. Il désire toujours. Parce qu’incomplet il fait toujours un retour réflexif sur lui-même et pense sans cesse aller plus loin. Il n’est pas fini, il est même assez mal fini et est en quelque sorte contre-nature car sans nature complète. Il naît en effet gravement prématuré et inachevé et le reste tout au long de sa vie tant il est dans une recherche illimitée de lui-même en formation dans le rapport social aux autres, avec et grâce à eux. Si bien qu’il ne peut vraiment s’accomplir. Ne serait-ce que pour cette raison constitutive, il ne saurait se contenter d’assouvir instantanément ses désirs en plaisirs pleins et entiers puisque cela lui est impossible du fait même qu’étant incomplet il est toujours en devenir. Il lui faut donc sans cesse tendre à se constituer avec les autres une surnature compensatoire. Ils inventent alors ensemble une culture, laquelle supplée à leur manque originaire.
S’interrogeant nécessairement sur ce déficit et sur ce qu’ils sont et ne sont pas, les hommes demeurent toujours comme dépourvus quoi qu’ils fassent… En recherche permanente, ils placeront au centre de toute culture, qu’il leur faut inventer pour compenser leur manque, une croyance (doxa) en un ou plusieurs « objet » qui les dépasse. Inaccompli dans leur première nature (animale et pulsionnelle), ils ne peuvent vivre sans cette seconde nature ou institution qu’il créent pour s’y projeter.

La constitution infantile de l’humanité rend nécessaire la fabrication de cet irréel qui devient un nouveau réel où sensation et entendement ne s’accordent pas. Cela peut offusquer mais il demeure que, l’homme étant fini et même toujours mal fini et comme tel sujet à l’hubris et au pathos, il accède alors à l’infini. En effet, si comme les animaux il s’était suffi à lui-même, il n’aurait pas eu besoin d’aller toujours voir ailleurs s’il y était sans néanmoins jamais pouvoir se trouver. La fiction pour lui est donc vitale. L’homme est en effet un corps inabouti auquel se greffent les fictions qui lui permettent d’halluciner ce dont il a besoin pour vivre. On comprend cette nécessité de structuration sans bornes où se trouve l’homme comme sujet en manque de nature instinctuelle accomplie.

Cette structure, cette construction de soi de l’individu et du collectif humains comme illusion nécessaire ne peut que se délégitimer au cours de l’histoire et doit donc sans cesse être ré-édifiée. C’est ce qui a permis le passage de la croyance religieuse (la doxa) au politique par l’accès à la pensée discursive, critique, rationnelle et réflexive (le logos). Cet accès n’a pu se faire que par une discipline, une ascèse exigeante et continue impliquant une privation, un « moins-jouir » par le report de la satisfaction du désir de déboucher rapidement sur des réponses, une solution définitive qui, par définition, ne saurait exister qu’en rapport avec une nature animale qui, loin s’en faut, n’est pas tout l’apanage de l’humain.
Le conditionnement actuel à la soumission aux pulsions par la démocratie de marché libérale libertaire du laisser-faire («il est interdit d’interdire») conduit à un pseudo assouvissement des désirs par la satisfaction rapide dans les plaisirs toujours renouvelés d’objets marchands de consommation. Cette possibilité de satisfaction des pulsions instinctives n’est cependant qu’illusoire pour les raisons déjà citées. Son incitation illimitée en cours, mais contraire à la condition d’humanité, conduit à de mortifères écarts de la psychè d’individus saisis d’angoisses lancinantes dont on observe aujourd’hui les effets dans le délitement du logos et de la « cité ». La passion des plaisirs commandée par la démocratie libertaire de marché n’est que celle de l’intérêt égoïste illusoire d’individus isolés face à leur versant animal et par là privés du nécessaire accès à la surnature de la culture et de la civilisation. La barbarie vient alors régner tant à l’intérieur des individus que dans leur rapport aux autres.

Réfréner la satisfaction rapide des désirs re-devient alors une nécessité. La culture en est le moyen ; l’outil, l’éducation à l’accès au discours rationnel et réflexif afin de pouvoir s’affirmer comme sujet critique et autonome en rapport avec les autres. Pour assurer à chacun cet accès et faire société, une refondation de l’école est nécessaire sur le modèle de la scholè grecque dont l’objet premier était l’apprentissage de la maîtrise de soi et du contrôle des passions par divers exercices et enseignements; et certes pas par l’abandon au bon-vouloir et «génie» de l’immature animal contemporain.

Mais en pratique que faire aujourd’hui ? C’est à vous de le dire. Néanmoins en voici des bribes. Tout d’abord et en contradiction avec le dogme libéral, seule une institution peut promouvoir et défendre la chose publique et le bien commun contre les intérêts particuliers privés parce que c’est le seul cadre possible permettant le complet développement de l’être-soi libéré (le sujet) de tout accaparement. Cette institution, qui ne peut être que l’Etat, mettra fin à la transformation des services publics (école, santé, etc.) en entreprises devant à toute force dégager des profits croissants. Ensuite ne faut-il pas envisager de revenir sur : 1) le dogme libéral du « laisser-faire », 2) l’application du principe d’illimitation de l’économie marchande aux autres économies (politique, symbolique, sémiotique, psychique), 3) la logique de l’efficacité à court terme et de l’exténuation du vivant et de l’environnement, 4) l’accaparement de la femme et sa mise à l’écart du logos, 5) le rejet de l’éthique ou de la dignité de tout homme tenu comme fin et jamais comme moyen (Kant). On trouverait d’autres mesures à instaurer mais sans doute moins cruciales.

Ne voit-on pas enfin qu’entre le laisser-faire illimité actuel du pathos consommatoire et l’abandon à une croyance (doxa) qu’elle nous dépasse ou soit banale et à laquelle on s’abandonnerait par facilité, l’édification de soi avec les autres dans une civilisation digne des hommes ne peut aboutir que par la rigueur et l’ascèse d’une pensée critique.


Sujet du Mercredi 12/06 : « Se croire vertueux et intègre parce que l’on est esclave. » Alexandre Marius Jacob



« Se croire vertueux et intègre parce que l’on est esclave. » Alexandre Marius Jacob







Malgré des recherches, il semble complexe d’accéder au texte, ou contexte dans lequel cette citation fut créée. Alexandre Marius Jacob fût la personnalité dont M.Leblanc s’est inspiré afin de créer Arsène Lupin.  M.Leblanc le transformait en une sorte d’ « aristocrate » de la cambriole. Aucun rapport avec le Personnage réel existant.En Réalité, la vocation (forte attirance ou inclinaison pour quelque chose        Ce qui est naturellement destiné à quelque chose ou à un lieu) de cette personnalité bien réelle vient de son enfance. Enfance où sa mère fut emprisonnée pour avoir volé un steak alors qu’elle devait nourrir ses enfants et assumer, dans la misère, sans compagnon, les réalités de vie de tous les jours.
A M Jacob, cambrioleur ingénieux et doué du sens de l’humour, fut emprisonné parce qu’il représentait le courant anarchiste illégaliste et incarnait, on s’en doute, un danger pour l’ordre établi de son temps. Il créait un réseau fait d’équipes entraînées au vol sur bonne partie de notre territoire. Ce réseau volait aux très riches pour redistribuer une bonne partie de son butin aux pauvres. 
« Il organise alors sa bande, nommée « Les travailleurs de la nuit. Les principes en sont simples ; on ne tue pas, sauf pour protéger sa vie et sa liberté, et, uniquement des policiers ; on ne vole que les parasites, les patrons, les juges, les militaires, le clergé, jamais les professions utiles, architectes, médecins, artistes… »
« Le bourgeois est un parasite conservateur ; tous ses soins, tous ses désirs, ses aspirations tendent à un même but : la conservation de l’édifice social qui le fait vivre ; alors que le cambrioleur est un parasité démolisseur. Il ne s’adapte pas à la société (…) Il ne travaille pas pour le compte et le profit de Monsieur Fripon et de Madame Fripouille mais pour lui et pour l’avènement d’un monde meilleur » A M Jacob (Souvenirs d’un révolté 105)
« L’ordre social culbute ; ce n’est pas la société représentée par les magistrats et les jurés qui jugent Jacob, chef des voleurs, c’est le chef des voleurs Jacob qui fait le procès de la société »
(François Crucy, dans les colonnes de L’Aurore en date du 13 mai 1905)
«  Ne reconnaissant à personne le droit de me juger, je n’implore ni pardon ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je méprise et que je hais. Vous êtes les plus forts ! Disposez de moi comme vous l’entendez ; envoyez-moi au bagne, à l’échafaud, peu m’importe »  (Alexandre Marius Jacob 1905) 
- Sous un angle, la condition d’esclave peut motiver une croyance (ici, sans doute, une conviction, espérons non récupérée) selon laquelle il n’est plus question de négocier avec un ordre établi quel qu’il soit.
Contrairement aux propos de certains « spécialistes » dont la vocation et l’intention première sont de noyer le poisson, au fond, selon les circonstances et les réalités historiques, nous sommes poussés par les évènements et les conditions d’existences des plus révoltantes.  En effet, dans une situation d’esclavage sous toutes ses formes, nous n’avons plus rien à perdre finalement…



Se croire (synonyme de s'estimer, s'imaginer, se tenir pour, se trouver), vertueux (capacité de faire du bien) et intègre (d’une grande honnêteté…pour ne pas se désintégrer) parce que notre condition est celle d’esclave. Repérer cela, importe dans nos sociétés dites « modernes » où, de façons plus fourbes, nous devenons parfois esclaves de nous-mêmes.
Sortir de toutes formes d’esclavages, au fond, c’est peu à peu prendre conscience de sa dignité d’être humain vivant. « 
Il importe de rappeler que ce n'est pas la souffrance qui donne du sens à la vie, mais la vie qui donne du sens à la vie et éventuellement à la souffrance » Bertrand Vergely
En espérant que la souffrance en question ne soit pas le seul moteur d’une vie individuelle et collective.







Cela renvoie, aussi, à une intégrité avec soi et les autres, une des vertus principales…Parfois même, la conviction qu’il faille rejoindre toutes formes de résistances, qu’elles soient celles des Communes de Paris, mais aussi celles de Lyon et Marseille, qu’elles soient celles dans les maquis (entre 1939 et 1945 compris), qu’elles soient sans faire de bruit, celles anonymes au coin d’une rue, dans une presse indépendante (de plus en plus rare)…sur la toile…
Cette prise de conscience de sa condition et surtout, celle qu’ensemble il importe de se nourrir de certaines valeurs…sont sans comparaison possible avec les « valeurs » marchandes et autres cotations en bourse voir fluxs financiers…
Alexandre Marius Jacob, dans les conditions du bagne où il était emprisonné, malgré des ennuis de santé, étudiait le droit et défendait la condition de ses semblables avec efficacité. « Que l’apôtre des pauvres repose en paix. Il volait les riches pour donner aux pauvres. A sa façon, Alexandre Marius Jacob était un précurseur la solidarité » Canard enchaîné



- D’un autre côté, la condition d’esclave permet elle de se croire vertueux et intègre pour autant ?  "Liberté implique responsabilité. C'est là pourquoi la plupart des hommes la redoutent."George Bernard Shaw
Quand les esclaves cautionnent leurs maîtres, ils reproduisent les schémas dominants, apparence et du mépris vis-à-vis d’autrui, parfois même aux dépends des personnes de leur propre condition. Ainsi qu’en est-il des supposées  « valeurs » « intègres » défendues ?
La croyance ici ne vient, en aucun cas, d’une énergie vivante et subversive mais bien d’une fascination démesurée à la faveur imbécile et régressive du chef, du père sublimé, des  « stars », des « dominants » de ce monde en conformité avec une manipulation intensive et massive.
Quand certains partis se targuent de défendre des « valeurs » morales, conventionnelles soit disant « vertueuses et intègres », quoique conservatrices et rétrogrades qu’en est il ? Bien souvent, ces valeurs rétrogrades se limitent aux frontières des normes convenues.
"Quand on ne sait pas qui on est, on est ravi qu’une dictature vous prenne en charge." B. Cyrulnik
« …comme Darwin, je crois descendre du singe et non du chien.  Or, on n’a jamais vu un singe lécher la main qui le frappe ou qui va le frapper » A M Jacob 1905  (voir frapper psychologiquement ou manipuler).



Cela pourrait interroger, par ailleurs, les notions de compromis ou de compromission.



Etre ? Se croire ? « Vertueux et intègres » dans un monde de plus en plus superficiel ? Ne sommes nous pas esclaves de multiples pièges qui nous illusionnent, nous trompent, jouant parfois même avec nos valeurs et notre intégrité ?
Ce qui est complexe par des temps décidément très relatifs, où les pervers narcissiques sont admirés par leur « intelligence » stratégique et manipulatrice de l’opinion et d’autrui.
« A l’endroit, à l’envers », de la citation d’Alexandre Marius Jacob, par ces temps d’un tel cynisme médiatique entre autre, les compromis ne sont parfois que des promesses avec particules…à la…

lundi 3 juin 2013

Sujet du Mercredi 7 juin : "Du corps par le corps avec le corps depuis le corps et jusqu'au corps" A Artaud



« Le vrai mystère du monde est le visible et non l’invisible »
Oscar Wilde –  Le portrait de Dorian Gray –
Les philosophes ont souvent préféré méditer sur l’âme et ses passions, faire des enquêtes sur l’en­tendement humain, ou encore critiquer la raison pure, plutôt que se pencher sur la réalité du corps et sur la finitude de la condition humaine. Pourtant, même si le corps a souvent été considéré comme un fardeau en­travant la connaissance et la vertu, aucune philosophie n’a jamais pu faire l’économie de sa présence. C’est dans et avec son corps que chacun de nous naît, vit, meurt c’est dans et par son corps qu’on s’inscrit dans le monde et qu’on rencontre autrui. Il suffit d'expliquer le corps pour comprendre l'esprit car l'esprit n'est qu'une propriété de la matière. Cette option matérialiste forte conduit soit à éliminer du vocabulaire philo­sophique et scientifique le mot «esprit», soit à faire de l'esprit un épiphénomène des processus neuronaux. On aboutit alors à une naturalisation de l'homme, de la pensée, de la subjectivité dont il convient de mesu­rer les enjeux.
Il s’agit tout d’abord de nous interroger sur le corps en tant que tel. Nous avons l’habitude de penser le corps en référence à autre chose comme s’il ne se suffisait pas à lui-même : en référence à l’âme dans la perspective d’une ontologie, en référence à la conscience dans la perspective d’une philosophie du sujet, en référence à l’esprit dans la perspective d’une philosophie de la connaissance. Le corps est presque toujours le corps par rapport à son autre qui lui donne consistance et le pense comme un objet. Corps de l’âme, corps dans la conscience, corps comme corrélat d’un esprit qui le connaît. Peut-on penser le corps tout seul? C’est ce à quoi le sujet de ce soir vous invite à vous pencher, sujet qui cherche à mettre au défi de penser de façon cohérente le corps dans son isolement. Et si le corps se suffit à lui-même, la conséquence n’est-elle pas que nous pourrions tout aussi bien nous passer des notions d’âme, de conscience ou d’esprit ? Ou tout au moins, renverser la situation et comprendre en quoi ce sont ces notions qui ne peuvent être pen­sées en dehors du corps.
Des questions s’imposent alors: Comment passe-ton du corps entendu au sens de ce qui est corporel, de la matière indifférenciée, au corps physi­que qui a une forme et une unité et enfin au corps en tant qu’organisme vivant ? Comment penser la vie du corps vi­vant ? Bien évidemment, c’est dans cette perspective que prend sens la métaphore du corps appliqué au domaine poli­tique. Qu’est-ce qu’un corps politique ? Dans quelle mesure l’analogie du corps politique avec le corps vivant est-elle légitime ou bien une mystification idéologique ? Nos auteurs de référence seront : Lucrèce, Aristote, Descar­tes, La Mettrie, Condillac, Diderot, Sade et Kant.
Nous sommes parvenus à l’organisme vivant. Il nous faut passer à cet organisme pensant et doté de conscience qu’est l’homme. Comment penser les rapports du corps et de la conscience? Le fait d’avoir un corps est-il pour l’homme un obstacle à l’épanouissement de sa rationalité ? Nous nous souvenons tous du Phédon et du corps défini comme « le tombeau de l’âme ». Certes, mais il y a des façons de penser plus pacifiquement les rapports du corps et de l’esprit, de les comprendre comme une complémentarité, une ex­pression mutuelle. Nous aurons ici l’aide de Platon, Descartes, Spinoza, Hegel, Nietzsche et Bergson.
Nous sommes parvenus à l’organisme vivant.Il nous faut passer à cet organisme pensant et doté de conscience qu’est l’homme. Comment penser les rap­ports du corps et de la conscience? Le fait d’avoir un corps est-il pour l’homme un obstacle à l’épanouisse­ment de sa rationalité ? Nous nous souvenons tous du Phédon et du corps défini comme « le tombeau de l’â­me ». Certes, mais il y a des façons de penser plus paci­fiquement les rapports du corps et de l’esprit, de les comprendre comme une complémentarité, une expres­sion mutuelle.

Nous aurons ici l’aide de Platon, Descar­tes, Spinoza, Hegel, Nietzsche et Bergson.
Mais c’est sans doute une impasse de penser les rapports du corps et du spirituel en nous comme si notre corps n’était pas d’emblée un corps animé d’intentions (donc d’une volonté de nature spirituelle) et comme si notre esprit n’était pas un esprit d’emblée incarné. Nous ten­terons donc d’analyser l’être au monde de notre corps pour nous comprendre comme un corps situé dans un monde et approfondir l’expérience de notre être au monde en tant que corps.

C’est désormais vers le corps vécu et non vers le concept du corps que nous nous tournerons pour en analyser les implications. Corps vécu aussi dans le monde politique à travers une analyse du pouvoir comme maîtrise des corps. C’est bien sûr vers la tradition phénoménologique, vers Husserl, Merleau-Ponty et Sartre que nous nous tournerons avant de terminer par un parcours des analyses de Foucault. 


 

samedi 25 mai 2013

Sujet du 28 Mai 2013 : "celui qui ne connait pas l'histoire est condamné à la revivre" K. Marx



 "celui qui ne connait pas l'histoire est condamné à la revivre" K. Marx


Stéphane Courtois est connu pour son obsession anti-communiste, mais aussi pour des sorties médiatiques à la rigueur scientifique absolument incontestables.
Ainsi il déclarait  à propos de Missak Manouchian, mort en héros, le 21  février 1944  au Mont Valérien : « Manouchian fut une erreur de casting ».
Sur Raymond Aubrac il tient pour preuve qu’il fut un agent soviétique du fait qu’il a hébergé Hô Chi Minh  lorsque celui-ci vint en France en 1946. Dans son bilan des « crimes du communisme » qu’il livre dans son « livre noir », il dresse un scandaleux parallèle  entre le communisme et le nazisme  et il invoque clairement l’idée d’un tribunal de Nuremberg pour juger les responsables. Il y à là une préoccupation tout à fait maniaque qui m’interroge réellement. Evoquer Nuremberg à tort et à travers cache peut être un autre enjeu… Il y a dans cette attitude particulièrement sournoise  une volonté de banalisation, et même d’acceptation de ce qui est le drame inédit de l’humanité : le nazisme et sa théorisation de la  « solution  finale » Hier encore le Courtois masqué que débusque fort à propos  Alexis Corbière, n’hésitait pas a qualifier l’œuvre de la révolution française de génocide vendéen, un autre plumitif aigri osait lui, ce propos hallucinant : « les armées républicaines préfiguraient  les einzatsgruppen nazis »
Une chose m’apparaît comme de plus en plus claire, cette campagne  lancinante, continue, piquante ne doit rien au hasard.  Banaliser l’horreur est une méthode pour faire accepter l’insupportable. Faces aux périls qui montent tout autour de notre planète, face à la criante injustice qui maintien l’humanité courbée, les enjeux de mémoires constituent le pan le plus important de la bataille idéologique que mènent les réactionnaires de tous poils ! C’est cette impolitesse avec la raison qui permet à Le Pen de qualifier l’histoire des chambres à gaz  de détail de l’histoire… A manier le concept de  génocide en gros, on termine toujours par autoriser toutes les souffrances en détail.
Impolis avec la raison, discourtois avec la loi, car se sont les  mêmes qui prient dans la rue contre la légalité républicaine, grossiers avec l’histoire et sa complexité, incorrects avec l’honneur de ceux qui sont morts pour idéal humaniste et qui sont confondus avec les bêtes nazies,  les troupes de la réaction sont sur tous les fronts.
La goujaterie, la grossièreté, l’insolence malhonnête et malotrue  de ces laquais est le signe  de la besogne qu’ils accomplissent pour le compte de ceux qui prospèrent de la souffrance des femmes et des hommes.
La grande Bourgeoisie de  la finance et de la rente ne s’abaisse pas à de telles vilénies, elle  délègue cette campagne au bon soin de loufiats domestiqués, enjôlés de l’ivresse de la gloire médiatique. Il s’agit, au moment où le gouvernement dit de la gauche  se présente sur le « reculoir » de lancer une campagne de grande puissance  afin de s’assurer que le chômage qui explose, la misère qui ronge, l’exploitation des salariés qui pour la première fois depuis des siècles  regagne du terrain ne fassent à nouveau aspirer les travailleurs et les opprimés du monde entier à la société socialiste.
Briser le lien qui donne sens à nos combats : De la sortie de l’esclavage à la révolution soviétique en passant par la grande révolution Française, l’insulter, le meurtrir, le tordre, le salir, confondre sciemment la victime et le bourreau, le juste et le nazi, c’est préparer le terrain à la plus grande vague réactionnaire que les possédants entendent imprimer sur notre histoire contemporaine. 
« S’ils évoquent le ciel, c’est pour usurper la terre». Robespierre
Alain Bousquet

"Refusons le sabordage du français", par Claude Hagège

Un article du Monde   25/05/2013

La France n'est certes que la source historique, et non la propriétaire exclusive de la langue française, que partagent avec elle, à travers le monde, les soixante-dix-sept Etats et gouvernements constituant ensemble l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Du moins jusqu'ici. Car le projet de loi Fioraso, qui veut imposer, en faveur de l'anglais, une très large extension des exceptions au principe du français langue de l'enseignement, des examens et des concours, pourrait avoir pour conséquence, du fait de la valeur symbolique d'un acte de sabordage du français par la France officielle elle-même, un doute croissant quant à la légitimité de la promotion de cette langue par les autres pays francophones. Heureusement, quelques espoirs subsistent : le directeur du Salon du livre du Beyrouth me disait, à la fin d'octobre 2009, en un français aussi classique que sa voix était sereine et teintée d'ironique mépris : "Laissez là vos alarmes : si la France torpille le français, d'autres pays seront toujours là pour le revigorer et galvaniser sa diffusion !"
On se demande, pourtant, d'où peut bien venir, en France, cet acharnement contre la langue française. De la monarchie à la République, surtout aux heures les plus tragiques de cette dernière, tout illustre ce dicton : "C'est par sa langue que vit une nation." Les dirigeants de la nation française sont-ils donc saisis d'une pulsion d'autodestruction ? A supposer que tel ne soit pas le cas, tout francophone lucide ne peut qu'adresser aux gens de pouvoir à Paris et aux intellectuels malvoyants qui les inspirent, le message suivant : "N'entendez-vous pas s'esclaffer les étudiants étrangers que votre exorbitante et naïve assurance prétend attirer dans vos universités et vos écoles par un enseignement en anglais, alors qu'il n'y est pas langue maternelle ? Ne voyez-vous pas que les mieux informés d'entre eux commencent à avoir pitié de votre dérisoire servilité face aux mécanismes du profit, et à se demander quelle déplorable aliénation vous torture, alors qu'ils respectaient jusqu'ici la culture et la langue françaises ? Allez-vous protéger enfin vos tympans contre les sirènes des universitaires liés par des conventions avec des établissements anglophones, et qui n'ont pas encore compris que c'est en utilisant le français qu'ils accroîtront le prestige de leurs travaux, et non en mordant le sol devant l'anglais ?"
Le français est depuis le XIIIe siècle une langue à vocation internationale, d'abord européenne, puis levantine, puis mondiale. Il est aujourd'hui la seule langue, avec l'anglais, qui soit présente sur les cinq continents. Chaque réunion de l'OIF montre que la promotion du français encourage celles de toutes les autres langues des pays membres. Madrid, Lisbonne-Brasilia, et maintenant Pékin dressent, face à la résistible domination de l'anglais, l'arme irrésistible de la diversité. Et c'est à ce moment même que la France, qui possède une longue antériorité historique dans l'illustration de sa langue, devrait sacrifier cette dernière aux pauvres pièges de l'argent ? !
Il est encore temps de réagir devant le burlesque en passe de devenir le consternant. Il est encore temps de se mobiliser avant qu'un projet de loi porteur du cancer ne soit proposé à la représentation nationale. Une partie grandissante du public bien informé est en train de se déprendre du vertige de l'américanisation déguisée en mondialisation. L'Académie française, elle aussi, dénonce un projet suicidaire.
Quant aux masses françaises, abreuvées de sous-culture américaine, elles ne manifestent aucun désir de substituer l'anglais au français dans l'enseignement en France. Ce sont donc les forces vivantes et majoritaires du pays que l'on insulte en plaçant l'anglais sur un piédestal dont il n'a que faire, surtout venant du gouvernement français. Battons-nous pour notre langue ! Car même si l'enjeu est aussi d'éviter, par solidarité civique, aux autorités de sombrer dans le grotesque en même temps que dans l'indignité, c'est de notre identité qu'il s'agit. Il n'est plus temps de clore nos paupières : nous sommes en guerre !

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