vendredi 4 mai 2018

Sujet du Mercredi 09/05 : « On ne peut vaincre la nature qu’en lui obéissant » F. Bacon


          « On ne peut vaincre la nature qu’en lui obéissant » F. Bacon

« Le véritable ancêtre du matérialisme anglais et de toute science expérimentale moderne, c’est Bacon. La science basée sur l’expérience de la nature constitue à ses yeux la vraie science, et la physique sensible en est la partie la plus noble. Il se réfère souvent à Anaxagore et ses homoioméries, ainsi qu’à Démocrite et ses atomes. D’après sa doctrine, les sens sont infaillibles et la source de toutes les connaissances. La science est la science de l’expérience et consiste dans l’application d’une méthode rationnelle au donné sensible. Induction, analyse, comparaison, observation, expérimentation, telles sont les conditions principales d’une méthode rationnelle.
Parmi les propriétés innées de la matière, le mouvement est la première et la plus éminente, non seulement en tant que mouvement mécanique et mathématique, mais plus encore comme instinct, esprit vital, force expansive, tourment de la matière (pour employer l’expression de Jacob Boehme). Les formes primitives de la matière sont des forces essentielles vivantes, individualisantes, inhérentes à elle, et ce sont elles qui produisent les différences spécifiques. (K. Marx, la Sainte Famille)

Qui était F. Bacon :  
 
 « C’était un homme instruit dans toutes les branches du savoir, à l’esprit si complexe qu’il surpassait de loin celui de ses contemporains. Homme politique, érudit, philosophe, homme de science, juriste, essayiste, auteur de masques et divertissements, sa personnalité était si riche, si diverse qu’elle devait déconcerter ses contemporains… Francis avait la ferme conviction que le savoir ne doit pas être l’apanage des seuls érudits, mais être dispensé à tous les hommes. Il entendait montrer que de grandes richesses attendent le lecteur dont l’esprit n’est pas obscurci par l’enseignement du passé mais avide d’explorer un monde nouveau de pensées à l’image de ses contemporains impatients de franchir les océans pour découvrir les terres situées au-delà de l’horizon. »
Daphné du Maurier, « L’escalier en colimaçon » (sur la vie des frères Bacon)
En plus d’avoir fait carrière en droit et en politique, Francis Bacon a contribué à la science, à la philosophie, à l’histoire et à la littérature. Adversaire de la scolastique, il est le père de l’empirisme. Sa réflexion sur les erreurs des savants le conduit a formulé la célèbre doctrine des idoles de l’esprit (Idoles du Théâtre, Idoles de la Tribu, Idoles de la Caverne, et Idoles du Forum). Il écrit dans le Novum Organum que la difficulté que rencontre l’esprit humain dans son effort pour connaître la nature, c’est qu’il tend à projeter sur elle ses propres constructions (qu’il appelle des « anticipations »). D’après Bacon, donc, l’erreur scientifique vient de ce que l’esprit humain tend spontanément à déformer la réalité, au lieu de la refléter fidèlement.
Francis Bacon est le père de l’empirisme sous sa forme moderne. Il pose le premier les fondements de la science moderne et de ses méthodes, qu’il conçoit comme entreprise collective - ce qui le distinguera de la recherche solitaire prônée en grande partie par Descartes dans le Discours de la méthode - fondée sur l’observation des faits naturels, des arts et techniques et la recherche des causes naturelles.
Il projeta d’écrire un ouvrage intitulé Instauratio magna, qui devait comprendre six parties : la revue des sciences, la méthode nouvelle, le recueil des faits et des observations, l’art d’appliquer la méthode aux faits recueillis, les résultats provisoires de la méthode, les résultats définitifs ou philosophie seconde. De ces six parties, deux seulement ont été exécutées (De dignitate et augmentis scientiarum et le Novum Organum, qu’on peut traduire par « Nouvel instrument » ou « nouvelle logique » -, son ouvrage le plus célèbre). Il ne reste sur les autres parties que des ébauches incomplètes.

Bacon est considéré comme le père de la philosophie expérimentale : l’idée fondamentale de tous ses travaux est de faire, comme il le dit, une restauration des sciences, et de substituer aux vaines hypothèses et aux subtiles argumentations qui étaient alors en usage dans l’école l’observation et les expériences qui font connaître les faits, puis une induction légitime, qui découvre les lois de la nature et les causes des phénomènes, en se fondant sur le plus grand nombre possible de comparaisons et d’exclusions.
Le De dignitate et augmentis scientiarum (« De la dignité et de l’accroissement des savoirs ») établit une classification des sciences de son époque, et signale leurs lacunes, et le Novum Organum expose une méthode pour guider l’esprit et avancer dans les sciences et dans la connaissance.
Dans son étude des faux raisonnements, sa meilleure contribution concerne la doctrine des idoles. Il écrit ainsi dans le Novum Organum par opposition à celle d’Aristote) que la connaissance nous vient sous forme d’objets de la nature, mais que l’on impose nos propres interprétations sur ces objets.
D’après Bacon, nos théories scientifiques sont construites en fonction de la façon dont nous voyons les objets ; l’être humain est donc biaisé dans sa déclaration d’hypothèses. Pour Bacon, « la science véritable est la science des causes ». S’opposant à la scolastique réduite à l’interprétation des textes classiques, il soutient l’« interprétation de la nature », où l’observation directe des faits enrichit le savoir. Il cherche ainsi une voie moyenne entre l’accumulation empirique des faits, sans tentative de les mettre en ordre, et le raisonnement théorique ne procédant qu’à partir de principes et de déduction :

« Les empiriques, semblables aux fourmis, ne savent qu’amasser et user ; les rationalistes, semblables aux araignées, font des toiles qu’ils tirent d’eux-mêmes ; le procédé de l’abeille tient le milieu entre ces deux : elle recueille ses matériaux sur les fleurs des jardins et des champs ; mais elle les transforme et les distille par une vertu qui lui est propre : c’est l’image du véritable travail de la philosophie, qui ne se fie pas aux seules forces de l’esprit humain et n’y prend même pas son principal appui. [...] C’est pourquoi il y a tout à espérer d’une alliance intime et sacrée de ces deux facultés expérimentale et rationnelle ; alliance qui ne s’est pas encore rencontrée. »
Bacon, à travers la phrase « On ne commande la nature qu’en lui obéissant » met en évidence l’affinité entre la connaissance théorique et l’opération technique et pratique (Novum Organum, I, 124), ce qui lui vaudra, à tort, d’être accusé d’utilitarisme par certains historiens des sciences. La connaissance est un pouvoir car il permet d’agir sur l’objet étudié de façon à obtenir ce que l’on veut de lui. Il ajoute que la technique et la science sont complémentaires, car la science permet de concevoir des inventions, comme la connaissance de la lumière permet de fabriquer des microscopes, et qu’elle permet une mise en ordre des faits observés, mais que la technique permet d’explorer les faits, un microscope servant ainsi à de nouvelles découvertes.
On lui doit également plusieurs concepts d’ordre médicinaux et moraux, comme le concept d’euthanasie.
« Ce ne sont pas des ailes qu’il faut ajouter à l’entendement, précisait-il, mais du plomb. »déclare Francis Bacon
Et à la veille de sa mort, il écrivait à ses enfants :

« Mon temps approche de son terme, mes fils… Secouez les chaînes qui vous oppriment, soyez vos propres maîtres… Je vous donne cet unique conseil : n’attendez pas de grandes choses de mes découvertes, attendez-en de meilleures des vôtres… »

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