dimanche 2 septembre 2018

Sujet du 05 Sept. 2018 : L’inégalité des hommes est-elle un obstacle à l’égalité des citoyens ?


L’inégalité des hommes est-elle un obstacle à l’égalité des citoyens ?

« Je conçois dans l'espèce humaine deux sortes d'inégalité ; l'une que j'appelle naturelle ou physique, parce qu'elle est établie par la nature, et qui consiste dans la différence des âges, de la santé, des forces du corps, et des qualités de l'esprit, ou de l'âme, l'autre qu'on peut appeler inégalité morale, ou politique, parce qu'elle dépend d'une sorte de convention, et qu'elle est établie, ou du moins autorisée par le consentement des hommes. Celle-ci consiste dans les différents privilèges, dont quelques-uns jouissent, au préjudice des autres, comme d'être plus riches, plus honorés, plus puissants qu'eux, ou même de s'en faire obéir.

On ne peut pas demander quelle est la source de l'inégalité naturelle, parce que la réponse se trouverait énoncée dans la simple définition du mot.
On peut encore moins chercher s'il n'y aurait point quelque liaison essentielle entre les deux inégalités ; car ce serait demander, en d'autres termes, si ceux qui commandent valent nécessairement mieux que ceux qui obéissent, et si la force du corps ou de l'esprit, la sagesse ou la vertu, se trouvent toujours dans les mêmes individus, en proportion de la puissance, ou de la richesse : question bonne peut-être à agiter entre des esclaves entendus de leurs maîtres, mais qui ne convient pas à des hommes raisonnables et libres, qui cherchent la vérité ».            
(Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1754) INTRODUCTION par Jean-Jacques Rousseau)
Voici, en quelques lignes magistrales, planté le cadre général de la définition de l’origine de l’inégalité entre les hommes. D’autant plus magistrales que l’intuition de Rousseau est désormais solidement étayée par les faits mis en évidence par l’archéologie préhistoire ( P. Clastres, M. Pathou-Matis…).
Finis les palinodies des théoriciens de « l’éternelle nature humaine »  leurs « dans la nature, c’est la loi du plus fort » , « c’est la guerre de tous contre tous », « l’homme est un loup pour l’homme » (Hobbes – 1651). Théoriciens anciens ou avatars contemporains comme R. Girard et son « désir mimétique » qui expliquerait la violence et la guerre de tous contre tous par le désir de vouloir posséder les mêmes choses que son voisin.
Et pourtant tout ce fatras qui ne repose que sur des présupposés – PAR SUR DES FAITS – a la faveur de tous nos chers médias et pollue encore et peut être plus que jamais l’enseignement universitaire. Mais peut-être est-ce un signe des temps que de vouloir se raccrocher à des thèses aujourd’hui scientifiquement anéanties. Toute société a besoin de clercs pour dispenser ses « idéaux ». Hier Hobbes, aujourd’hui R. Girard, encensé grossièrement par son académicien de compère, M. Serres qui le qualifie de nouveau «nouveau Darwin des Sciences humaines » !. Pour paraphraser R. Pommier, je dirais, que lorsqu’une société prend des allumés pour des phares, il y a du souci à se faire.
Mais bon, sortons du marigot. Inégalités il y a. Comment ces inégalités peuvent-elles agir sur « l’égalité des citoyens » (deuxième terme du sujet).
Le terme de citoyen (au sens moderne) apparait dans la constitution française de 1789. Il est utile de rappeler que le titre de la constitution de l’époque est : Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Éclaircissons immédiatement cette subtilité : qu’est-ce que l’homme et qu’est-ce que le citoyen ?
Les hommes : « Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale …… ont résolu d'exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme ….. afin que les actes du pouvoir législatif, et ceux du pouvoir exécutif……tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous ».
Le citoyen : « afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous ».
Il y a donc deux sujets en un, l’homme qui fait partir du « corps social » se soumet aux droits et devoirs émis par les institutions. Et le citoyen forme nouvelle du « sujet féodal » qui peut réclamer, contester, se plaindre, mais sur « des principes simples et incontestables ».
L’Art. 7 de la constitution est très clair sur cette séparation et toute la rigueur qu’elle impose aux citoyens : « Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable par la résistance. »
Dans la nouvelle société (qui est encore la nôtre) les choses sont claires, l’homme est protégé mais le citoyen récalcitrant est « coupable de résistance ».
Au fond tout change mais rien ne change. L’Etat reste le garant de la propriété privée (Art 2), de l’exercice de la religion (Art 10), le maître de la force publique (Art 12) et le collecteur des impôts (Art 14).
La grande innovation idéologique issue de 1789, d’une révolution unanimement qualifiée de « bourgeoise » (361 parlementaires au service de l’Etat ou des collectivités territoriales avant 1789, Parmi les élus de la noblesse, 255 sont des militaires, les entrepreneurs (93) et gros propriétaires terriens (53) atteignent le nombre de 146   ….., aucun ouvrier, aucun paysan) c’est, au nom de grands principes moraux hérités des Lumières, d’avoir créé l’illusion d’un « Etat pour tous ». De fait la loi était la même pour tous, mais les inégalités sociales perduraient et …… perdurent !    
Notons qu’un des premiers actes législatifs de la jeune révolution fut de voter la loi le Chapelier interdisant les groupements d’associations ouvrières.
L’illusion démocratique et  sa structure : l’état républicain, allait désormais rythmer une évolution lente qui de Bonaparte à La Commune de Paris vit se succéder restaurations et régimes autocratiques. Ce n’est que sur les cadavres de la « semaine sanglante » que Mr A. Thiers put enfin concrétiser les ambitions d’une classe qui avaient broyé hommes et citoyens, paysans et ouvriers, dans de multiples conflits de conquête en Europe depuis « l’épopée (sanguinaire) napoléonienne » jusqu’aux crimes de masse de Mai/Juin 1871.
Jouant sur les termes qui voudraient que le citoyen soit celui qui vit dans la « cité » et  - au sens large - la nation (concept hérité des grecs);  et le  concept « droits de l’homme », on entend encore, les mêmes qu’en 1789, nous claironnant que nous sommes libres car citoyens de la patrie des droits de l’homme.
Il ne faut pas « résister », car libres de voter, nous pouvons choisir ….. nos maîtres ? L’égalité des citoyens ne se conçoit - pour celui qui détient le pouvoir - que devant les urnes. Mais si on fait les comptes qui est mort dans les champs, les mines, les usines ? Qui aujourd’hui au nom de ce bel idéal des « droits de l’homme » meurt dans les usines-monde du Bengladesh ou d’Indonésie ….. ? Qui, par millions a péri dans les tranchées de 14-18 et les guerres contre le nazisme ou l’impérialisme japonais ? Des citoyens, voyons ! Des hommes aussi…. Mais pas n’importe quel homme pas n’importe quel citoyen. Pas d’enfants Rothschild, Krupp, De Wendel, pas d’actionnaires Total, L’Oréal, Bayer, Ford, pas les procureurs du régime de vichy, réintégrés à la Libération. Pas les tortionnaires de la police française réintégrés eux aussi. Deux siècles après 1789, après des millions de « citoyens » invités au festin macabre des urnes où en est « le bonheur de tous » de cette révolution bourgeoise ?
Peut-être serait-il temps – entre autres - de mettre en pratique la sage réflexion de Sade : « Je vous demande maintenant si elle est bien juste la loi qui ordonne à celui qui n'a rien de respecter celui qui a tout » .

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