samedi 3 décembre 2016

Sujet du Mercredi 07/12/2016 : Qu'est ce que la dialectique ?

                        Qu'est ce que la dialectique ?


La dialectique est une méthode de pensée et d’analyse du monde – du monde naturel comme de la société humaine. C’est une façon d’observer l’univers qui part du principe que tout est dans un état constant de flux et de changement. Mais ce n’est pas tout. La dialectique explique que le changement et le mouvement impliquent des contradictions et ne peuvent exister qu’à travers des contradictions. Les choses n’évoluent pas suivant une ligne régulière et ininterrompue, mais suivant une ligne qui est ponctuée par des périodes de changement soudain et explosif. Pendant de telles périodes, les changements lents et cumulatifs (changements quantitatifs) subissent une rapide accélération au cours de laquelle la quantité se transforme en qualité. La dialectique est la logique de la contradiction.

Lorsque nous contemplons le monde qui nous entoure, il nous apparaît au premier abord comme un immense et étonnamment complexe enchaînement de phénomènes, un enchevêtrement apparemment infini de changements, de cause et d’effets, d’actions et de réactions. La force motrice de l’investigation scientifique est précisément la volonté de jeter une lumière rationnelle sur ce labyrinthe déroutant, de le comprendre pour le conquérir. On cherche des lois qui nous permettent de séparer le particulier du général, l’accidentel du nécessaire, et de comprendre les forces qui donnent naissance aux phénomènes auxquels nous sommes confrontés. Comme l’écrit le physicien et philosophe anglais David Bohm :

« Dans la nature, rien n’est constant. Tout est dans un état de transformation permanente, de mouvement et de changement. Cependant, nous découvrons que rien ne surgit de nulle part, sans rapport avec ce qui existait préalablement. De la même façon, rien ne disparaît sans laisser de traces, c’est-à-dire sans contribuer à des phénomènes existant ultérieurement. Cette caractéristique générale du monde peut être exprimée par un principe qui résume les conclusions d’un vaste domaine d’expériences diverses et qui n’a jamais été contredit par quelque observation ou expérience – scientifiques ou non – que ce soit, à savoir que toute chose dérive d’autre chose et donne lieu à encore autre chose. »


Le terme « dialectique » désigne originellement la méthode qui consiste à chercher la vérité par voie de discussion, grâce au jeu des questions et des réponses : c'est cette méthode qui est mise en œuvre, par l'intermédiaire du personnage de Socrate, dans les Dialogues de Platon.   
La philosophie moderne, depuis Hegel, donne à la dialectique une signification nouvelle : non pas celle d'une méthode liée à la pratique du dialogue, mais celle d'un mouvement qui est le mouvement même de la réalité.

Mais dans l’histoire des idées philosophiques comme celle des hommes, il s’est toujours trouvé des individus soucieux d’éliminer ou de dissimuler les progrès de la pensée.
Nul ne doit ou ne devait contredire les dogmes et les croyances et très rapidement la philosophie fut mise au service exclusif de la théologie, des théories fixistes. Tout était immuable et la simple logique servait « d’argument » ».
Inutile de démontrer ce qui est « révélé » !
Au fond la démonstration devint, et pour longtemps ….. Inutile.

Mais Descartes bousculât 15 siècles de dogmatique pour proposer une « Méthode » visant à expliquer la nature. Ne pouvant s’opposer frontalement aux concepts déistes, fixistes, sa philosophie reste néanmoins le grand tournant de la réflexion philosophique; le premier grand coup asséné à la philosophie idéaliste, à la métaphysique.

Avant d’aborder la méthode dialectique, voyons les principes de base de la conception métaphysique.


Premier caractère de la méthode métaphysique : Le principe d'identité.
 Il consiste à préférer l'immobilité au mouvement et l'identité au changement en face des événements.

De cette préférence, qui constitue le premier caractère de cette méthode, découle toute une conception du monde. On considère l'univers comme s’il était figé. Il en sera de même pour la nature, la société et l'homme. Ainsi on prétend souvent : « II n'y a rien de nouveau sous le soleil », ce qui veut dire que, depuis toujours, il n'y a eu aucun changement, l'univers étant resté immobile et identique. On entend aussi souvent par là un retour périodique aux mêmes événements. Dieu a créé le monde en produisant les poissons, les oiseaux, les mammifères, etc., et depuis rien n'est changé, le monde n'a pas bougé. On dit aussi : « Les hommes sont toujours les mêmes », comme si les hommes depuis toujours n'avaient pas changé.

Ces expressions courantes sont le reflet de cette conception qui est profondément enracinée en nous, dans notre esprit, et pouvoirs et clergés exploitent cette erreur a fond.
Comme nous préférons voir l'identité dans les choses, c'est-à-dire les voir restant elles-mêmes, nous disons par exemple : « La vie c'est la vie, et la mort c'est la mort. » Nous affirmons que la vie reste la vie, que la mort reste elle-même, la mort, et c'est tout.
Nous habituant à considérer les choses dans leur identité, nous les séparons les unes des autres. Dire « une chaise, c'est une chaise » est une constatation naturelle, mais c'est mettre l'accent sur l'identité et cela veut dire en même temps : ce qui n'est pas une chaise, c'est une autre chose.
Il est tellement naturel de dire cela que le souligner paraît enfantin. Dans le même ordre d'idées, nous dirons : « Le cheval est le cheval, et ce qui n'est pas le cheval est autre chose. » Nous séparons donc bien d'un côté la chaise, de l'autre le cheval et nous faisons ainsi pour chaque chose. Nous faisons donc des distinctions, séparant rigoureusement les choses les unes des autres, et c'est ainsi que nous sommes amenés à transformer le monde en une collection de choses séparées.

Deuxième caractère de la méthode métaphysique : Isolement des choses.

Ce que nous venons de dire semble tellement naturel que l'on peut se demander : pourquoi dire cela ? Nous allons voir que, malgré tout, cela était nécessaire, car ce système de raisonnement nous entraîne à voir les choses sous un certain angle.
C'est encore dans les conséquences pratiques que nous allons juger le deuxième caractère de cette méthode.
Dans la vie courante, si nous considérons les animaux et si nous raisonnons à leur propos en séparant les êtres, nous ne voyons pas ce qu'il y a de commun entre ceux de genres et d'espèces différents. Un cheval est un cheval et une vache, c'est une vache. Entre eux, il n'y a aucun rapport.
C'est le point de vue de l'ancienne zoologie, qui classe les animaux en les séparant nettement les uns des autres et qui ne voit aucun rapport entre eux.
C'est là un des résultats de l'application de la méthode métaphysique.
Les conclusions pratiques d'un tel raisonnement, c'est qu'un savant doit rester un savant et n'a pas à mêler sa science à la philosophie et à la politique. Il en sera de même pour le philosophe et l'homme d'un parti politique.
Même erreur quand on parle de l'homme en l'isolant des autres hommes, de son milieu, de la société.

Troisième caractère : Divisions éternelles et infranchissables.

Après avoir donné notre préférence à considérer les choses comme immobiles et ne changeant pas, nous les avons classées, cataloguées, créant ainsi entre elles des divisions qui nous font oublier les rapports qu'elles peuvent avoir les unes avec les autres.
Cette façon de voir et de juger nous entraîne à croire que ces divisions existent une fois pour toutes (un cheval, c'est un cheval) et qu'elles sont absolues, infranchissables et éternelles. Voila le troisième caractère de la méthode métaphysique.

Mais prudence, car  ce  n'est pas simplement par le fait d'introduire des divisions que l'on est métaphysicien, c'est par la manière, la façon dont on établit les différences, les rapports qui existent entre ces divisions.
« II y a toujours eu » et « il y aura toujours », c'est là une façon métaphysique de raisonner. On classe pour toujours les choses indépendamment les unes des autres, et on établit entre elles des cloisons, des murs infranchissables.
Quelles sont les conséquences pratiques de ce troisième caractère, qui établit entre les choses des barrières définitives ? C'est qu'entre un cheval et une vache il ne peut y avoir aucun lien de parenté. Il en sera de même pour toutes les sciences et pour tout ce qui nous entoure. Nous verrons plus loin si cela est juste, mais il nous reste à examiner quelles sont les conséquences de ces trois différents caractères que nous venons de décrire.

Quatrième caractère: Opposition des contraires.

Il découle de tout ce que nous venons de voir que lorsque nous disons : « La vie, c'est la vie ; et la mort, c'est la mort », nous affirmons qu'il n'y a rien de commun entre la vie et la mort. Nous les classons bien à part l'une de l'autre en voyant la vie et la mort chacune pour elle-même, sans voir les rapports qui peuvent exister entre elles. Dans ces conditions, un homme qui vient de perdre la vie doit être considéré comme une chose morte, car il est impossible qu'il soit à la fois vivant et mort, puisque la vie et la mort s'excluent mutuellement.
En considérant les choses comme isolées, définitivement différentes les unes des autres, nous arrivons à les opposer les unes aux autres.
Nous voilà au quatrième caractère de la méthode métaphysique, qui oppose les contraires les uns aux autres et qui affirme que deux choses contraires ne peuvent exister en même temps.
La vie, celle des êtres vivants, n'est possible que parce qu'il y a une lutte perpétuelle entre les cellules et que, continuellement, les unes meurent pour être remplacées par d'autres. Ainsi, la vie contient en elle de la mort. Pensons donc que la mort n'est pas aussi totale et séparée de la vie que le pense la métaphysique, car sur un cadavre toute vie n'a pas complètement disparu, puisque certaines cellules continuent à vivre un certain temps et que de ce cadavre naîtront d'autres vies.


QU’EST-CE QUE LA DIALECTIQUE ?

Parmi les travaux manuels, certains sont simples, d'autres sont plus compliqués.
Les mains et les doigts sont pour nous des instruments de travail. Mais la pensée est aussi un instrument de travail. Et si nos doigts ne font pas toujours un travail de précision, il en est de même de notre cerveau.
Dans l'histoire du travail humain, l'homme, au début, ne savait faire que des travaux grossiers. Le progrès dans les sciences a permis des travaux plus précis.
Il en est exactement de même pour l'histoire de la pensée. La métaphysique est cette méthode de pensée qui n'est capable, comme nos doigts, que de mouvements grossiers (comme de clouer les caisses ou de tirer les tiroirs de la métaphysique).
La dialectique diffère de cette méthode parce qu'elle permet une plus grande précision. Ce n'est rien d'autre qu'une méthode de pensée de grande précision.
L'évolution de la pensée a été la même que celle du travail manuel. C'est la même histoire, et il n'y a aucun mystère, tout est clair dans cette évolution.
Pour la dialectique, le but est d’acquérir une méthode de pensée ,et nous devons donc acquérir la souplesse, la précision de la méthode dialectique.

Première loi : le changement dialectique
Ce que l’on entend par le mouvement dialectique.
La première loi de la dialectique commence par constater que « rien ne reste là où il est, rien ne demeure ce qu'il est ». Qui dit dialectique dit mouvement, changement. Par conséquent, lorsqu'on parle de se placer au point de vue de la dialectique, cela veut dire se placer au point de vue du mouvement, du changement : lorsque nous voudrons étudier les choses suivant la dialectique, nous les étudierons dans leurs mouvements, dans leur changement.
Si nous voulons étudier la pomme en nous plaçant du point de vue dialectique, nous nous placerons du point de vue du mouvement ; non pas du mouvement de la pomme lorsqu'elle roule et se déplace, mais du mouvement de son évolution. Alors nous constaterons que la pomme mûre n’a pas toujours été ce qu'elle est. Auparavant, elle était une pomme verte. Avant d'être une fleur, elle était un bouton ; et, ainsi, nous remonterons jusqu'à l'état du pommier à l'époque du printemps. La pomme n'a donc pas toujours été une pomme, elle a une histoire ; et, aussi bien, ne restera-t-elle pas ce qu'elle est. Si elle tombe, elle pourrira, elle se décomposera, elle libérera ses pépins, qui donneront, si tout va bien, une pousse, puis un arbre. Donc la pomme n'a pas toujours été ce qu'elle est et ne restera pas non plus toujours ce qu'elle est.
Voilà ce que l'on appelle étudier les choses du point de vue du mouvement. C'est l'étude du point de vue du passé et de l'avenir. En étudiant ainsi, on ne voit plus la pomme présente que comme une transition entre ce qu'elle était, le passé, et ce qu'elle deviendra, l'avenir.

 Deuxième loi : l’action réciproque
L'enchaînement des processus.
Nous venons de voir, à propos de l'histoire de la pomme, ce qu'est un processus. Reprenons cet exemple. Nous avons cherché d'où venait la pomme, et nous avons dû, dans nos recherches, remonter jusqu'à l'arbre. Mais ce problème de recherche se pose aussi pour l'arbre. L'étude de la pomme nous conduit à l'étude des origines et des destinées de l'arbre. D'où vient l'arbre ? De la pomme. Il vient d'une pomme qui est tombée, qui a pourri en terre pour donner naissance à une pousse, et cela nous conduit à étudier le terrain, les conditions dans lesquelles les pépins de la pomme ont pu donner une pousse, les influences de l'air, du soleil, etc. Ainsi, en partant de l'étude de la pomme, nous sommes conduits à l'examen du sol, en passant du processus de la pomme à celui de l'arbre et ce processus s'enchaîne à son tour à celui du sol. Nous avons ce que l'on appelle : un « enchaînement de processus ». Cela nous permet de comprendre enchaînement et les interactions , fondements de la  loi de l'action réciproque.

Troisième loi : la contradiction
Chaque chose contient à la fois elle-même et son contraire.
Si l'on représente une chose par un cercle, nous aurons une force qui poussera cette chose vers la vie, poussant du centre vers l'extérieur par exemple (expression), mais nous aurons aussi des forces qui pousseront cette chose dans une direction opposée, des forces de mort, poussant de l'extérieur vers le centre (compression).
Ainsi, à l'intérieur de chaque chose coexistent des forces opposées, des antagonismes.
Que se passe-t-il entre ces forces ? Elles luttent. Par conséquent, une chose n'est pas seulement mue par une force agissant dans un seul sens, mais toute chose est réellement mue par deux forces de directions opposées. Vers l'affirmation et vers la négation des choses, vers la vie et vers la mort. Que veut dire : affirmation et négation des choses ?
Il y a, dans la vie, des forces qui maintiennent la vie, qui tendent vers l'affirmation de la vie. Puis il y a aussi dans les organismes vivants des forces qui tendent vers la négation. Dans toutes choses, des forces tendent vers l'affirmation et d'autres tendent vers la négation, et, entre l’affirmation et la négation, il y a contradiction.
Donc la dialectique constate le changement, mais pourquoi les choses changent-elles ? Parce que les choses ne sont pas d'accord avec elles-mêmes, parce qu'il y a lutte entre les forces, entre les antagonismes internes, parce qu'il y a contradiction. Voilà la troisième loi de la dialectique : Les choses changent parce qu'elles contiennent en elles-mêmes la contradiction.

Quatrième loi : transformation de la quantité en qualité ou loi du progrès par bonds

Prenons l'exemple de l’eau. Partons de 0° et faisons monter la température de l'eau de 1°, 2°, 3° jusqu'à 98° : le changement est continu. Mais est-ce que cela peut continuer ainsi indéfiniment ? Nous allons encore jusqu'à 99° mais, à 100°, nous avons un changement brusque : l'eau se transforme en vapeur.
Si, inversement, de 99° nous descendons jusqu'à 1°, nous aurons à nouveau un changement continu, mais nous ne pourrons descendre ainsi indéfiniment, car, à 0°, l'eau se transforme en glace.

De 1° à 99°, l'eau reste toujours de l'eau ; il n'y a que sa température qui change. C'est ce que l'on nomme un changement quantitatif, qui répond à la question : « Combien ? » c'est-à-dire « combien de chaleur dans l'eau ? ». Lorsque l'eau se transforme en glace ou en vapeur, nous avons là un changement qualitatif, un changement de qualité. Ce n'est plus de l'eau ; elle est devenue de la glace ou de la vapeur.
Quand la chose ne change pas de nature, nous avons un changement quantitatif (dans l'exemple de l'eau, nous avons un changement de degré de chaleur, mais non de nature). Quand elle change de nature, quand la chose devient autre chose, le changement est qualitatif.
Nous voyons donc que l'évolution des choses ne peut être indéfiniment quantitative : les choses se transformant subissent, à la fin, un changement qualitatif. La quantité se transforme en qualité. Cela est une loi générale.

Avec la dialectique qui a lentement émergé depuis Descartes en passant par Hegel et Marx, la philosophie dispose d’une outil méthodologique puissant qui lui permet de ne plus se comporter comme une œuvre littéraire, sans conséquence pratique; ou comme un fatras rebutant de mots compliqués. La méthode dialectique ramène  potentiellement la philosophie à ce qu’elle fut à sa naissance : proche des hommes et de leur préoccupations, en leur donnant les outils conceptuels pour comprendre et transformer le réel

( Larges extraits de G. Pollitzer - Principes élémentaires de philosophie)



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