lundi 15 juillet 2013

Sujet du mercredi 17 Juillet : "ALLONS-NOUS VIVRE SIMPLEMENT POUR SIMPLEMENT VIVRE ?" (Gandhi)



En 2013 les hommes occupaient la cité. Mais comment le faisaient-ils ? Toute la question était là.
A l’ombre ou au soleil, les terrasses des cafés et celles des restaurants étaient partout, équipées de brumisateurs ou braséros. La pléthore en tout régnait en maître, la démesure était reine, nous exultions d’illimitations polymorphes. Partout hommes et femmes faisaient bombance et ripaille (tandis que d’autres s’échinaient au travail ou croupissaient dans le besoin). A toute heure, une belle hubris hédoniste dévorait l’espace social et le rapport aux autres. A toute heure le débraillé de l’orée des culs nus, l’exubérance gestuelle et verbale emplissaient l’espace visuel et sonore. Sous tous rapports et à tous égards la fête et « la bonne vie » égayaient nos existences. La vie en ce temps-là était comme « la bonne fille » et « la fille bonne » alliant le pire et le meilleur, deux démesures opposées qui ne s’annulaient pas mais, par leurs effets contraires, assuraient la déliquescence schizoïde de l’esprit et de l’âme s’exprimant par une multitude de troubles délétères. Nous étions en ces temps à la hauteur de tous nos désirs et plaisirs à foison. L’argent de leur réalisation semblait ne jamais pouvoir tarir.
Authentiques « épicuriens », nos concitoyens enchantaient la cité. Nos déchets innombrables, vestiges quotidiens de l’abondance consommatoire, constituaient pour nous moins un souci qu’un don gracieux aux goélands récemment venus de la mer à tire-d’aile bénévoles. L’opinion partagée, notre doxa, voulait que nous fêtions également dès que s’en présentait l’occasion l’hubris du « mariage pour tous », de l’ultradécibel de « l’orgueil homosexuel » (la « gay pride » états-unienne) et de la jubilation du solstice estival de toutes les musiques cacophoniques. Au milieu du forum de la cité ouvert à toutes les libertés, trois ondines de pierre onctueusement dénudées et alanguies sur de la mousse trempaient un pied gracile dans un frai ruisseau municipal.
A la même heure sur les rivages méridionaux de la mer commune, le pays ne menait-il pas du haut des cieux chaque année, oui chaque année sans que nous ne levions le sourcil, l’hubris d’une nouvelle et sanglante guerre de destruction zénithale afin que nous soyions alimentés en énergie et en minerais rares soutenant l’hubris de nos gadgets électroniques divers ? Accaparés par la « bonne vie » plutôt que « la vie bonne », nous ne nous en offusquions pas, même le temps d’un bref éclair. Aucune lueur de conscience ne nous habitait déjà plus, toute pensée critique un tant soit peu rationnelle de la mort de masse sciemment perpétrée nous avait quittés, augurant de l’acceptation cinq années plus tard en 2018 de sa dramatique réalisation parmi nous, contre nous, en nous et sur nous.
Nous étions en 2013 … Mais étions-nous alors tous allés à pied par les chemins de France camper devant les parlements et les lieux de pouvoir tels des Gandhi modernes, des paysans sans terre indiens et français d’alors ou tels des quidams patients et résolus des « places Tahrir » pour tarir la démesure des pouvoirs et des actions illégitimes et criminelles ? Nous appliquions-nous alors à vivre une existence simple faite du nécessaire et de quelques autres plaisirs naturels assurant le moins de troubles possible dans nos vies, en acceptant certains pour éviter les pires qui sont maintenant devenus les nôtres ? Faisions-nous il y a cinq ans les tris nécessaires, passions-nous nos choix de vie au tamis des valeurs éthiques les plus simples, celles qui montrent que le plaisir le plus grand est celui de l’absence de trouble physique ou moral, l’assurance d’un équilibre humain de l’agir sobrement en toute justice pour chacun ?
Le plaisir de la vie sobre et frugale ne s’atteint-il pas par la connaissance de nos limites et de celles de la nature qui nous entoure et soutient nos existences ? Cela n’implique-t-il pas une certaine discipline et une ascèse, ne serait-ce que pour accéder à la pensée rationnelle nécessaire à la maîtrise de soi et à la compréhension de la vie et du monde ? La jubilation n’est-elle pas dans une vie faite de tempérance, de tranquillité et d’autosuffisance en amitié avec les autres loin des croyances fausses et des passions néfastes de la démesure et de l’hubris ?
Le but et la conséquence ultime de la philosophie ne seraient-ils pas la jubilation d’ « une vie simple pour tous afin que nous puissions tous simplement vivre dignement » (Gandhi) ?

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