jeudi 4 février 2016

Sujet du Merc. 10 Février 2016 : PEUT-ON SE PASSER D’ÉPICURE ?



                               PEUT-ON   SE  PASSER   D’ÉPICURE ?

Les piqûres, ça fait mal, ou pas. Mais c’est très matériel et concret, dans notre corps. Et aussi dans notre tête. Concernant Épicure, c’est pareil parce que sa pensée est la philosophie même qui vise au moindre trouble de l’âme comme niveau de structuration ultime de la matière corporelle. Épicure, c’est une telle simplicité qu’elle est … verticale. A nous d’avoir la modestie et la force d’âme de la rejoindre dans le quotidien de temps présents troublés.

Remettre les pieds sur terre. Ne « perdre ni la tête ni la boule ». Se doter de principes et critères fermes pour que les choses les plus simples ne soient plus les plus difficiles à comprendre et à accepter. N’est-ce pas le maître mot pour des hommes dans l’attente d’un toujours plus au-delà des limites dans un temps de confusion des esprits, de déclin cognitif et moral, de perte de civilisation ? Aujourd’hui, contre cela il y a deux choses : 
1) la clarté d’Epicure, sa théorie de la nature pour « secourir les hommes qui se transmettent leur angoisse comme une épidémie » et 

2) simplement que philosopher, c’est apprendre à vivre en plénitude ; tandis que craindre, attendre et espérer dieu ou la mort détourne des joies de la vie réelle. La question dès lors est de savoir si notre vie collective tout autant que le bonheur personnel et collectif, exempt de souffrances inutiles liées aux passions ou aux opinions fausses, passent par cette philosophie du réel ?

Reconnaître le réel, n’est-ce pas d’abord accepter la nature telle qu’elle est ? Plutôt que de lui plaquer nos schémas mentaux et vouloir croire que le monde, et les hommes, s’y conforment.  Le premier choix pratique et éthique n’est-il pas de rechercher des connaissances qui soient vraies parce que vérifiables ? C’est la démarche des sciences qui, permettant de toujours mieux fonder notre connaissance, affermit tant notre confiance que notre assurance. Cette démarche concrète toujours renouvelée de vérité et de progrès est à l’antipode des affirmations spiritualistes ou idéalistes sans preuve, autres noms de l’illusion. Les mondes imaginaires qu’elles créent de toute pièce sont un déni du réel conduisant aux conflits idéologiques, à la servitude et la misère morale personnelles ou collectives, et jusqu’ aux crimes et hécatombes de l’histoire.

Les sciences confirment l’hypothèse d’Épicure du caractère physique (non spiritualiste) de la nature constituée d’éléments inaccessibles à nos sens, les atomes insécables (donc  finis, limités), et du vide comme complément nécessaire pour qu’ils puissent se mouvoir. En effet, le mouvement et le changement sont partout présents. C’est une prosaïque et banale simplicité puisque sans mouvement tout serait immobile et éternellement fixe. Littéralement, il ne se passerait rien et le temps n’existerait pas, même comme support du réel.  L’espace serait parfait et uniforme, constitué d’éléments identiques également distants et attirés entre eux sans la moindre hétérogénéité qui induirait un quelconque déplacement ou déclinaison produisant un choc au hasard, une rencontre, un quelque chose qui se passe librement, un évènement suivi d’autres occurrences en chaîne similaires. C’est l’irruption conjointe du temps et de l’espace reliés en espace-temps. 
A l’opposé, le monde figé des Idées de Platon est un phantasme pré-supposant l’antériorité d’un pur Esprit absolu dont la matière sous toutes les formes qu’elle prend constituerait l’ombre et l’irréelle apparence, un dérisoire épiphénomène soumis à la reconnaissance a priori par l’esprit  d’un ordre intelligible comme réminiscence d’un modèle idéal pré-existant. On perd pied et on marche sur la tête !

Les atomes d’Épicure et des sciences se rencontrant au hasard indiquent une liberté étrangère à un ordre antérieur, véritable providence découlant de quelconques hiérarchie ontologique, monisme, déterminisme, nécessitarisme, finalisme, providentialisme et autres théologies idéaliste, spiritualiste ou même astrale. Au contraire, ne se forme-t-il pas librement de proche en proche des formes ou des structures en combinaisons aléatoires de plus en plus complexes d’éléments premiers ? 
Dans leur diversité et les fonctions spécifiques ainsi apparues, ces formes progressivement ne structurent-elles pas entre elles le monde dans toute sa pluralité ? Celui-ci ne pouvait donc pas exister préalablement tel quel, être le résultat d’une cause première structurant un ordre préétabli déterminé par une quelconque puissance ou esprit ex nihilo, issu du néant. Car « rien ne vient de rien ». Croire le contraire serait s’exempter de toute vérification par l’expérience et relèverait d’une foi sans fondement.

La contingence de la déclinaison ou déviation spontanée du mouvement des atomes ne réduit pourtant pas la liberté à une hasardeuse spontanéité, car son apparition dépend du domaine (de validité) où elle s’applique. Il ne s’agit pas d’un mécanisme systématique, mais d’une nouveauté propre à chaque niveau de structuration du réel qui se construit progressivement par auto-évolution en un monde en perpétuel changement. Outre l’affirmation des atomes, du vide et du mouvement tous intangibles, Epicure pose trois principes sûrs.   

1) Tout d’abord, il reconnaît la vérité de toute sensation au plan où la nature s’appréhende elle-même sensiblement. A la base, n’est-ce pas tout ce dont on dispose ? Epicure accède ainsi à la dialectique de la nature où tout s’explique par des combinaisons interactives toujours plus complexes d’atomes simplement caractérisés par leur conformation et leur mouvement.  Il accueille chaque phénomène à son niveau propre d’apparition. Jusqu’à l’esprit ou … âme. Les mutations ne ressortent-elles pas de processus continus ?

2) Ensuite Epicure sait que la sensibilité n’est pas dans les atomes pas plus que la raison dans les sensations, mais dans les formes de leurs unions spécifiques. Et que, 3) tout matériel en sa constitution, l’esprit domine cependant le corps proprement dit. L’admission de la contingence explique la genèse progressive des lois causales de la nature en échappant au règne de la nécessité. La déclinaison se transforme progressivement en liberté quand la prise de conscience s’en rend maîtresse. Ce processus comporte ainsi les germes d’une dialectique parce qu’il enveloppe la raison sans la couper des racines sensibles et sans l’y réduire. Cette philosophie de la nature bâtie sur des causes et des lois naturelles sert de fondement solide à l’éthique. « Elle intègre dans le processus évolutif la pleine disposition de l’esprit de lui-même dans la conscience que l’homme a de lui-même» (G. Rodis-Lewis) pour tendre à se réaliser pleinement dans le bonheur par l’absence de trouble ou ataraxie. 

Ainsi Epicure donne-t-il « un fondement à la modération des désirs à partir des conditions du bien-être qui est d’abord corporel ». Philosopher devient une méthode pour rétablir la santé de l’âme. Les conditions de notre équilibre moral sont l’élimination des craintes sans objet, la modération des désirs, la règle du plaisir maximum qui conduit à éviter certains plaisirs pour les maux qu’ils entraînent. » 

Cette philosophie s’achève sur le refus d’un inexorable destin, ce qui conduit à reconnaître la liberté. En conclusion, elle invite à méditer constamment ces principes dont le premier d’entre eux s’applique à rétablir la vérité des sensations, base de toute notre assurance et confiance en nous. C’est l’autre nom de la paix de l’âme. La régulation des mœurs (comportements) qui nous tient dans nos limites assure, si pas leur absence, du moins un minimum de troubles.  Ce qui est le but de la philosophie.
Quelles autres propositions peuvent mieux valoir pour conduire nos vies ? Je vous le demande. Ainsi que d’en apporter les preuves factuelles ou, à tout le moins, une argumentation probante. 

Pour y aider, des points-clé sont proposés dans l’encadré que la construction de votre argumentaire essayera d’invalider. Essayez-vous y un peu.

1.     L’atomisme .  Il comprend trois points vérifiés par les sciences et dont la contradiction implique l’absurdité.   
11) Ce qui est, c’est les atomes. Ce sont des éléments finis insécables parce que, si une division infinie existait, la réalité se disperserait en une « poussière » inconsistante qui contredirait le donné. 
22) Par ailleurs, ce qui est ne peut être une unité immobile et constante qui exclurait d’office le non- être. En effet, on constate le mouvement ou changement. C’est un fait incontestable. Il n’y a donc pas que l’être mais aussi le non-être. Ce qui revient à reconnaître le pluralisme du monde : face aux atomes il y a le vide intangible et immatériel qui seul permet leur mouvement. 
33) Les atomes n’étant pas tous identiques, la moindre hétérogénéité entre eux provoque une interaction spontanée qui introduit une déviation aléatoire de parcours (liberté) qui se propage de proche en proche, provoquant des combinaisons d’atomes multiples et évolutives de plus en plus complexes et spécifiques. On voit  

 a) que ce hasard n’a rien de contingent, mais traduit simplement l’indifférence des mouvements qui de toute éternité agitent les atomes (champ gravitationnel) et
 b) que le principe « rien ne vient de rien » s’impose absolument et exclut l’absurdité qui fait surgir tout de n’importe quoi (le non spécifique), ou d’une puissance ou du néant par création ex nihilo. L’être ne suffit pas, encore faut-il en même temps le non-être.

2.     Les quatre principes ou critères de l’épicurisme .

-    Les trois premiers sont :  
 1)  les sensations immédiatement reçues par les sens et donc objectives, 
2)  leur accumulation, par des expériences répétées des sens, en notions communes (les noms, la langue) et  
 3) les affections qui, prolongeant en nous les mêmes sensations répétées, ne sont pas davantage qu’elles restreintes à une subjectivité sans réalité véritable, le sentiment de bien-être ou de malaise gouvernant avec justesse notre attitude pratique. « Il faut se référer aux sensations et affections ; là est notre confiance la plus solide. » (Epicure). Elles engagent une adhésion de notre part mais ne sont pas une simple croyance. Elles s’imposent avec l’évidence de l’objectivité dans une situation complexe où la réalité de l’objet senti tient la place principale, mais où il faut tenir compte des circonstances, non moins objectives, qui ont pu la modifier pendant le trajet et de la plus ou moins bonne disposition de notre organe récepteur. 

Ainsi la vue perçoit objectivement la rame brisée lorsqu’elle est plongée dans l’eau, tout comme le toucher la sent droite. L’une et l’autre sont justes et vraies : leurs perspectives ne sont pas illusion mais effet réel des sens.  Une réflexion va se surajouter aux deux sensations pour discerner la réalité. Tout comme l’opinion fausse ou juste que nous avions mêlée dans l’un ou l’autre cas (rame droite ou brisée), sans nous en rendre compte.

-   Le quatrième critère est lié à la projection représentative de la pensée réflexive. Ah, voilà qui se corse, mais ne peut être ignoré. C’est l’âme toujours corporelle qui - à partir de cette attente instinctive des hommes ainsi que des notions qui ont émergé des expériences - passe à leur mise en question et s’élance à la recherche d’une réponse qui permette d’articuler le réel. La pensée ordonne le réel progressivement et d’abord instinctivement, comme le montre la genèse naturelle du langage primitif. C’est l’aube de la raison et du langage qui ne sont dans la nature qu’avec et par nous (et non a priori). Le raisonnement s’ébauche, se perfectionne.

Mais, dès que le raisonnement s’écarte de la nature d’où la pensée émergeait à peine, la première possibilité d’erreur apparaît. La pensée risque de s’y perdre et de plonger l’âme dans le trouble. Ce que la philosophie d’Épicure tend précisément à contrecarrer. Il faut donc dégager un nouveau critère de vérité face à l’incertitude qui émerge à ce niveau d’évolution du substrat corporel, pour apprendre à raisonner. La raison issue de l’expérience se projette au-delà en toute sécurité, pourvu que l’on accepte que la non-confirmation par l’expérience de notre attente équivaut au contraire de celle-ci. « Si tu rejettes simplement toute sensation issue de l’expérience et ne fais pas la différence entre l’opinion que tu te fais, l’objet de ton attente et ce qui est maintenant présent selon tant ta sensation, tes affections que toute projection représentative de ta réflexion, alors tu bouleverseras aussi les autres sensations par cette opinion fausse, et ainsi tu rejetteras tout critère.» (Épicure).

Pourtant cette conclusion n’est pas toujours vraie. Ce que reconnaît l’induction épicurienne. Les sciences peuvent éliminer certaines explications et en proposer d’autres à tester. Il s’en suit que cette incertitude consubstantielle au réel ne peut troubler notre assurance morale puisqu’il faut et il suffit de bien en déterminer les limites (minimalisme, domaine de validité) et de subordonner toutes les hypothèses à l’atomisme, sans laisser aucune place au mythe. 

La science est ainsi la condition de la sagesse. « Le sage est celui qui sait, et qui sait exactement dans quelle mesure il sait ou ne sait pas.  La démarche épicurienne débouche sur une éthique qui n’affaiblit pas l’assurance morale car il enveloppe la raison, capable de discerner la continuité entre l’atome matériel et ses plus subtiles combinaisons (âme), sans méconnaître les acquisitions progressives de la nature à chaque niveau de complexité.» (G. Rodis-Lewis). Sciences et sagesse nous tiennent dans nos limites et assurent l’absence de trouble de l’âme. On ne « perd pas la boule ». C’est l’ataraxie, la sérénité ou le bonheur, but de la philosophie. Epicure, c’est une joie sereine.

3.      Contre-arguments justifiant l’atomisme et ses principes.

-  Le rôle de dieu : la combinaison du principe « rien ne vient de rien » et de l’explication scientifique minimaliste du « il faut et il suffit » infirme l’hypothèse d’une cause première (dieu-x ou esprit) de l’ordre a priori du monde car rien ne justifie un « commencement » vu que si  dieu ou l’esprit se suffit en plénitude, quelle nouveauté a pu l’inciter à désirer changer ? Et encore, le modèle pour engendrer les choses et les hommes, d’où lui est-il d’abord venu ? Et comment la nature aurait-elle été préparée à notre intention par lui tant elle se présente comme déficiente pour nous ? Il ne faut donc pas se préoccuper de dieu, qu’il existe ou pas, car il n’est rien pour nous.
-   Notre  mort n’est pas à craindre : elle est privation de nos sensations et, dès lors, nous ne la percevons pas. Une fois qu’on n’est plus, on n’est privé de rien. Vivant, il ne faut donc pas se préoccuper de la mort ni de l’au-delà d’elle, par la «belle espérance» et le souci dans cette vie de « l’âme immortelle » (Platon) ou par le « philosopher, c’est apprendre à mourir » de Montaigne. En effet par ces voies, vie et philosophie deviennent troubles sans fin en une médiation de la mort et le mépris du corps et du sensible. Il ne faut donc pas se préoccuper de notre mort car elle n’est rien pour nous. « Mieux vaut un bonheur limité mais présent et effectif, qu’une vaine aspiration qui plus est nous détourne de cette vie. »
-   Les conceptions spiritualistes et idéalistes de l’âme sont battues en brèche parce que d’abord physique, comme « épiphénomène de la matière », l’âme périt avec la mort du corps. La disparition simultanée, comme unité, des sensations (corps) et de la sensibilité (âme) fait que la mort ne peut se dire à la première personne, comme voudrait le prétendre son contraire « je pense donc je suis » ; non plus qu’elle ne peut se vivre. De la naissance à la mort, l’âme suit le même développement et les mêmes guérisons que le corps ; elle évolue avec lui. L’expérience montre que l’esprit (âme) n’entre pas tout achevé dans le corps à la naissance et qu’il ne survit pas à la mort du corps comme parcelle d’un esprit universel immortel qu’il rejoindrait pour, plus tard et tel quel, réinvestir un autre corps. La sensibilité de l’âme est parfois partiellement abolie quand un membre s’achemine vers la mort : si elle était incorporelle, l’âme ne pourrait pas pâtir. Pas plus qu’agir.

*  On ne peut plus éviter Epicure ni l’excellent livre de poche (à prix modéré) « Epicure et son école » de Geneviève Rodis-Lewis.


dimanche 31 janvier 2016

Sujet du Mercrec. 03 Fev. : Le fanatisme est-il une peur de la vérité ?



                           Le fanatisme est-il une peur de la vérité ? 
 
Il s'agit ici de vous interroger sur le fanatisme et son rapport à la vérité. Qu'est-ce que le fanatisme ? C'est l'attitude de soumission intellectuelle à un dogme ou une croyance qui conduit l'individu à une sorte de perte de toute capacité de discernement. Le fanatisme est évidemment très dangereux, il s'accompagne généralement de violence et de mépris à l'égard de l'autre. Toutefois, est-ce seulement par peur de la vérité que l'on peut être conduit au fanatisme ?..     

            Le fanatisme réunit en son sein l'illusion, l'intolérance et l'enthousiasme. Le fanatique vivra dans l'illusion, il sera donc dans l'erreur sans en avoir conscience, prendra le vrai pour le faux et le réel pour l'imaginaire ou l'idéal. On parle à ce propos notamment de fanatisme religieux ou politique, la réalisation d'un idéal est visée alors même qu'elle s'oppose à la réalité. Ainsi les hommes dits fanatiques sont aveuglés par un idéal qui s'oppose à la réalité à tel point qu'ils considèrent cette réalité comme étant une erreur ou devant être changée. La vérité alors se trouve du côté de l'idéal et non du côté de la réalité. Le fanatique, le religieux enthousiaste ou l'homme politique zélé, a pour but de la réaliser et pour ce faire doit faire de son idéal une réalité qui remplacera la réalité existante. D’autre part le fanatisme a pour caractéristique d’être intolérant c'est-à-dire que la seule cause qui vaille est la sienne et toute personne ne se ralliant pas à sa cause est un ennemi et est dans l'erreur. Enfin le zèle est inhérent au fanatique. Ce dernier est un passionné, il n'agit pas avec sa raison mais avec son coeur, c'est la conviction, qui l'anime, qui oriente ses actions. Ces trois caractéristiques du fanatisme nous permettent de mieux cerner l'écart qu'il y a entre le fanatisme et la vérité. En effet la définition de la vérité s'oppose trait pour trait à la définition du fanatisme. La vérité s'oppose à l'illusion puisque cette dernière est une erreur inconsciente et que loin de rechercher la réalisation d'une autre réalité, la vérité s'accorde avec la réalité présente. D'autre part la vérité, pour être, doit pouvoir recevoir l'assentiment de tous, elle ne peut donc être le privilège de quelques uns. Enfin la vérité est en accord avec la raison humaine et s'oppose aux passions qui ont tendance à plonger l'homme dans l'erreur. Cette opposition justifie-t-elle une identification du fanatisme à une peur de la vérité ? 

Pourquoi le fanatisme devrait-il craindre la vérité ? La vérité est objet de crainte pour le fanatisme puisqu'elle est en mesure de saper ses fondements. Elle peut dénoncer l'illusion sous-jacente. Mais si la vérité est accessible comment le fanatisme peut-il exister ? Comment peut-on préférer l'illusion à la vérité ? La vérité serait rendue inacceptable par la discordance de nos aspirations avec la réalité. Le fanatisme alors serait une façon de compenser l'impuissance de la réalité à répondre à nos attentes, une façon de la fuir dans l'attente d'une autre réalité que nous aurions le devoir de bâtir. Nous retrouvons alors la troisième caractéristique du fanatisme à savoir le zèle. Les passions, en son sein, peuvent se manifester librement, elles en sont même le moteur. La volonté de changer ce qui est, ce qui nous entoure, permet de donner à l'action une fécondité particulière. La vérité, qui est en accord avec la réalité, trouve dans le fanatisme un adversaire de taille qui tend à la remplacer par une autre vérité, celle d'un idéal à construire. Mais ce remplacement est un leurre puisque la vérité fanatique est une illusion, elle ne permet au fanatique que de se réfugier dans un monde imaginaire. Ainsi nous sommes en face de deux impasses. La première réside dans l'inanité de la volonté fanatique à vouloir changer la réalité. La deuxième réside dans la possible discordance entre nos aspirations et la réalité.


  Le fanatisme a foi dans une vérité.    

1-
Le fanatique défend sa vérité.   « Il leur suffit de trouver une hypothèse quelconque sur une matière donnée, et les voilà tout feu tout flamme pour elle, s'imaginant qu'ainsi tout est dit. Avoir une opinion, c'est bel et bien pour eux s'en faire les fanatiques et la prendre dorénavant à cœur en guise de conviction. Y a-t-il une chose inexpliquée, ils s'échauffent pour la première fantaisie qui leur passe par la tête et ressemble à une explication; il en résulte continuellement, surtout dans le domaine de la politique, les pires conséquences. » Nietzsche Humain trop humain §635   
 
2- Comment une erreur devient une vérité ou de la naissance d'une illusion. C'est une superstition intéressante que la foi puisse transporter les montagnes, qu'un certain degré élevé de conviction transforme les choses conformément à cette loi, que l'erreur devienne vérité pourvu qu'il ne s'y trouve pas un grain de doute : c'est-à-dire que la force de la foi comble le manque de connaissance ; le monde devient tel que nous nous le représentons.

Est-ce que le fanatique philosophe ? Ou bien écoute-t-l ses passions ? Où est la place de la vérité dans les dogmes fanatiques ?


vendredi 22 janvier 2016

sujet du Merc. 27/01 : « C’EST QUE PHILOSOPHER NE PERMET PAS QU’ON NE FASSE QU’ASSURER, QU’IMAGINER, QU’ALLER ET VENIR ARBITRAIREMENT PAR LA PENSÉE EN RAISONNANT » (Hegel, 1820)



      « C’EST  QUE PHILOSOPHER  NE PERMET  PAS  QU’ON  NE  FASSE QU’ASSURER, QU’IMAGINER,  QU’ALLER  ET  VENIR  ARBITRAIREMENT PAR  LA  PENSÉE  EN  RAISONNANT » (Hegel, 1820)

Que nous dit Hegel ? Quel sens véhiculent ces paroles de 1820 sur le philosopher ? Que serais-je, que serions-nous, que seraient les « philosophes » postérieurs à lui face à son énoncé lapidaire, mais vrai, à prétendre que philosopher permettrait de ne faire qu’assurer des choses de manière arbitraire ou de tout simplement les imaginer ? Et que serions-nous de le faire en allant et en venant par la pensée au gré de la fantaisie du moment, tout en raisonnant ? (Pourvu qu’en la circonstance raisonner soit encore assuré…). La question est là, simple et modeste, mais … verticale. Malgré cela, elle paraît pourtant triviale à ceux qui l’écartent, par inconscience ou par mauvaise foi. Mais elle demeure. Est-ce philosopher le moins du monde que de n’avoir comme critère que sa conscience, son bon vouloir ou l’humeur du moment ? Non. Malgré cela souvent ne le fait-on pas quand même ?

Depuis le début du 19ième siècle jusqu’à ce jour, la dérive de la philosophie a consisté à élever au rang de vérité « ce que moi, je trouve là dans ma conscience. ». Je m’imagine que «  l’assurance que moi, je trouve là dans ma conscience un certain contenu (est) l’assise fondamentale de ce qui est donné comme vrai. ». Cela consiste à croire que la conscience intuitive immédiate qu’acquiert un philosophe (ou que j’acquiers) lui (me) suffit à dire la vérité sur le monde. Quelle illusion !

Pourtant, cette dérive est aujourd’hui très répandue parmi les philosophes de métier. Beaucoup d’entre eux croient qu’il suffit « d’aller et de venir arbitrairement par la pensée en raisonnant », de publier ensuite ce qu’ils pensent, puis de figurer en tête de gondoles télévisuelle et radiophonique mercantiles, pour enfin venir pérorer dans salons et cafés tels Deleuze, Derrida, Foucault, Ferry ou Lévy, Sponville ou Onfray et tutti quanti. A cette aune, chacun d’entre nous se croira un jour autorisé à imaginer que son ressenti, pensé ou pas, vaut vérité. Et qu’il le vaut dès lors au même titre que celui du voisin. Chacun se prendra pour la poule aux œufs d’or qui en pond un chaque jour ou à chaque fois qu’il ouvre le bec. On ouvrira l’œuf, on le trouvera vide. Ce relativisme où tout est vrai au point que tout s’annule conduit au néant ; dans lequel le nihilisme fonde la raison du plus sophiste, du plus roué, du plus adroit. La loi du plus fort des riches et des puissants a alors tout loisir de s’imposer en douceur (Tocqueville), après avoir généralisé le désarroi cognitif et chaudement encouragé les pulsions les plus débridées de réification. Y sommes-nous rendus ?

On peut lutter de deux manières contre cette dérive mortifère qui consiste à « penser » que ce que nous croyons est vrai, pourvu que nous en soyons convaincus (« con-vaincus », oui, ainsi que juste démontré). Et d’ainsi tuer toute pensée, dans l’œuf. 
 
1°.   La première manière consiste à soumettre « ce que je trouve là dans ma conscience » à des vérifications : y a-t-il des arguments, ou des faits, qui viennent conforter mes certitudes, ou mes opinions, ou qui semblent au contraire les contredire ? C’est la méthode de Karl Popper, célèbre philosophe des sciences contemporain. Qu’il faut lire pour le dénoncer. Il recommande d’avancer pour commencer l’une ou l’autre hypothèse, même à volonté (on reconnaît notre époque), à savoir une réponse (!) à la question qu’on se pose, et ensuite de la tester par des observations ou des expériences (là, ça va déjà un peu mieux). Nous adoptons souvent cette démarche pernicieuse à plus d’un égard :   1)  Elle permet de seulement espérer conforter ou écarter nos opinions préconçues, considérées comme une hypothèse dont on essaye de tester la pertinence. Outre la perte de temps presque certaine qu’elle implique -- car, le plus souvent, l’hypothèse s’avère fausse --, elle exclut entretemps la considération d’autres hypothèses, elles aussi plausibles et presqu’à coup sûr meilleures.   2)  A cela il faut ajouter que cette façon de procéder, parce qu’elle nécessite souvent un long travail de recherche, imperceptiblement enferme l’esprit dans le cadre restreint de l’hypothèse retenue qui elle, à la longue, se convertit alors souvent en dogme confinant petit à petit à un totalitarisme de la pensée, des intérêts ainsi acquis et des actes pour les promouvoir.  3)  La philosophie et la science alors disparaissent, ainsi qu’il s’est avéré par l’absence de découvertes fondamentales dans ces domaines depuis l’instauration de cette démarche.

2°.   La deuxième manière consiste précisément à ne pas faire d’hypothèse mais, au contraire, à mettre entre parenthèses nos convictions et toutes nos opinions en général ; et à nous informer le plus complètement et le mieux possible sur ce que nous cherchons à expliquer, à savoir l’objet philosophique en question. Avant de parler ne faut-il pas « connaître son affaire » ? Faisons-nous souvent cela : un peu, beaucoup, pas du tout ? Ou faisons-nous surtout ce que Hegel stigmatise comme inacceptable ? Newton n’annonçait-il pas : « Hypotheses non fingo », « Je n’échafaude pas d’hypothèse » ? Comme lui, dirons-nous, « je me contente d’expliquer les faits observés, sans émettre de suppositions supplémentaires, lesquelles n’ont aucun caractère de nécessité » et apparaîtraient de ce fait comme arbitraires et gratuites ?
Cette deuxième manière est celle qui a fait le succès des sciences modernes, tant naturelles qu’humaines. Elle fut initiée par des débats argumentés à la charnière des 6ième et 5ième siècles dans la Grèce antique à la faveur d’une crise sociale et civilisationnelle majeure, peut-être similaire à la nôtre aujourd’hui (pensons-y), qui déboucha sur la démocratie. Celle-ci  correspondit à un esprit de sédition et de refus d’obéissance politique radicalement nouveau qui, écartant les « on-dit » des mythes, les rites, les dieux et les croyances vaines parce que fausses, engendra la philosophie puis, peu après, la science en une démarche commune de recherche de vérités. Elle perdura jusqu’à Hegel et Marx, mais infiniment moins par la suite. Hegel dénonça cette dérive pernicieuse. Marx s’engage lui aussi sans a priori dans l’étude philosophique et scientifique de la société et de la nature de la monnaie, accumulant une somme d’informations, d’observations et d’arguments dont il tire les concepts abstraits et les lois qui expliquent les phénomènes concrets du réel. Puis, en retour, il les vérifie sans cesse et, ensuite, les améliore par de multiples et nouvelles observations encore plus pertinentes. Prenons-en de la graine, ainsi que de ceux qui le précédèrent pendant deux millénaires et demi ?

Cette deuxième démarche consiste donc avant toute chose à progressivement réunir tous les arguments et informations pertinents et juste suffisants sur la question posée. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut éviter que notre jugement ne repose que sur nos idées préconçues ou des vues de l’esprit, si bien qu’en bout de course on n’aura pas avancé d’un pouce (même si dans la foulée nos ébats et débats nous auront défoulés : quelle avancée, on s’est diverti !). A l’opposé de cela, il s’agit toujours de partir de l’observation des propriétés des choses et des faits pour en découvrir par la raison l’organisation fondamentale, les lois ou principes (conceptuels, abstraits) qui les gouvernent.
Il s’agit donc le plus souvent d’oser faire l’effort de s’informer sur les résultats de recherches déjà effectuées sur la question. Ceux-ci sont de deux ordres. 1)  les résultats empiriques ont été pour une grande part vulgarisés sur Internet ou dans des revues périodiques de qualité (La Recherche, Pour la Science, Science et Vie, etc.) disponibles en bibliothèque. 2)  les résultats théoriques sont les lois et principes explicatifs découverts à partir de l’observation des propriétés des choses, à savoir à partir des résultats empiriques. Les principes ou théories scientifiques (philosophie seconde) se trouvent aux mêmes sources et dans des manuels scientifiques. Quant aux théories philosophiques, ou philosophie première, elles sont des cribles ou grilles de connaissance les plus généraux. Ils sont le plus souvent réunis dans des dictionnaires, encyclopédies et manuels philosophiques disponibles dans les mêmes lieux et dans les bibliothèques universitaires.

Comme décrit, il ne reste plus alors qu’à faire ce que philosopher exige. Une question : la structure et le principe d’un café philosophique annonçant ses objets d’attention par un vote démocratique en assemblée au moins un mois à l’avance ne le permet-il pas dans une large mesure ? Mais le cœur est-il à cet impératif ? Cela dépend de nous. Rien que de nous. Il demeure pourtant une chose : contrairement à la plupart de nos contemporains, beaucoup de philosophes nous ont montré à cet égard un chemin exaltant d’intérêt profond et d’amitié pour la connaissance.


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vendredi 15 janvier 2016

Sujet du Mercredi 20 Janvier 2016 : "Le passé m'encourage, le présent m'électrise, je crains peu l'avenir" Sade



      "Le passé m'encourage, le présent m'électrise, je crains peu l'avenir"  Sade

«  Mme de Lorsange : exempte de toutes craintes religieuses, sachant me mettre au-dessus des lois, par ma discrétion et par mes richesses, quelle puissance, divine ou humaine, pourrait donc contraindre mes désirs ? Le passé m'encourage, le présent m'électrise, je crains peu l'avenir ; j'espère donc que le reste de ma vie surpassera de beaucoup encore tous les égarements de ma jeunesse. La nature n'a créé les hommes que pour qu'ils s'amusent de tout sur la terre ; c'est sa plus chère loi, ce sera toujours celle de mon cœur. Tant pis pour les victimes, il en faut ; tout se détruirait dans l'univers, sans les lois profondes de l'équilibre ; ce n'est que par des forfaits que la nature se maintient, et reconquiert les droits que lui enlève la vertu. Nous lui obéissons donc en nous livrant au mal ; notre résistance est le seul crime qu'elle ne doive jamais nous pardonner.
Oh ! mes amis, convainquons-nous de ces principes : dans leur exercice se trouvent toutes les sources du bonheur de l'homme. Allons, mes amis, réjouissons-nous, je ne vois dans tout cela que la vertu de malheureuse : nous n'oserions peut-être pas le dire, si c'était un roman que nous écrivissions.
    - Pourquoi donc craindre de le publier, dit Juliette, quand la vérité même arrache les secrets de la nature, à quelque point qu'en frémissent les hommes ? La philosophie doit tout dire.
 »
Marquis de Sade (1740 - 1814)  -  Histoire de Juliette ou les Prospérités du vice.

De quel temps est Sade ? Du dix huitième siècle ?  De la Révolution française, du dix-neuvième siècle ? Lui le petit féodal victime d’une lettre de cachet qui le jeta en prison, passera treize années de sa vie emprisonné ou à l’asile.
Chacun de nous aurait pu, envisageant le contexte historique, faire dire à un des ses personnages ; et pourquoi pas à Sade lui-même (et c’est notre propos) la phrase de Mme de Lorsange :

« Le passé m’encourage » : lui qui vécut la fin de sa destinée de petit noble en dilapidant sa fortune en représentations théâtrales des pièces de Voltaire, Destouches….. Diderot. Lui qui, soldat du roi, s’enfuit en Italie, par amour, avec sa jeune belle sœur et qui va finir embastillé.
Lui qui sortira de la Bastille un jour de 1789. Son passé ne pouvait que l’encourager à faire face. Les leçons qu’il en tira le feront rentrer de plain pied dans le présent au moment même ou la Grande Révolution allait renverser un vieux monde ancien. L’histoire se fabriquait sous ses yeux au présent.

 « Le présent m'électrise » : et quel présent !, la Bastille est abattue, le roi a la tête tranchée. Sade rentre au « comité des Piques » (Vendôme). En Octobre 1793 il prononce le Discours aux mânes de Marat et de Le Peletier lors de la cérémonie organisée en hommage aux deux « martyrs de la liberté ».
Le 15 novembre, délégué à la Convention, il est chargé de rédiger et d'y lire, en présence de Robespierre qui déteste l'athéisme et les mascarades antireligieuses, une pétition sur l'abandon des « illusions religieuses » au nom de six sections :
« Législateurs, le règne de la philosophie vient anéantir enfin celui de l'imposture (…) Envoyons la courtisane de Galilée se reposer de la peine qu’elle eut de nous faire croire, pendant dix-huit siècles, qu’une femme peut enfanter sans cesser d’être vierge ! Congédions aussi tous ses acolytes ; ce n’est plus auprès du temple de la Raison que nous pouvons révérer encore des Sulpice ou des Paul, des Magdeleine ou des Catherine… ». Condamné à la guillotine quelques mois plus tard il en réchappe et est incarcéré puis libéré peu après.
En moins de 6 années comment ne pas être galvanisé par la participation à ces événements révolutionnaires ?

« Je crains peu l'avenir » : dès lors s’ouvre le troisième temps de Sade, celui dont après tout il n’a rien à craindre. Lui qui a échappé à la mort, à la prison. Lui qui n’a jamais cessé d’écrire. De quoi aurait-il donc peur ?
La société le redoute. Ses écrits affolent. Pour qui a-t-il écrit pour que la société le pourchasse ainsi ? Est-il châtié pour son « immoralité » ? De quelle société parle t il ? Qui décrit-il ?
C’est décidé : il est fou, on l’enferme à Charenton. Mais c’est trop peu, on l’envoie au fort de Ham. En 1810, Sade a soixante-dix ans. Mais l’auteur de Justine fait toujours peur aux autorités. Le nouveau ministre de l’Intérieur, le comte de Montalivet, resserre la surveillance : « considérant que le sieur de Sade est atteint de la plus dangereuse des folies ; que ses communications avec les autres habitués de la maison offrent des dangers incalculables ; que ses écrits ne sont pas moins insensés que ses paroles et sa conduite, (…) il sera placé dans un local entièrement séparé, de manière que toute communication lui soit interdite sous quelque prétexte que ce soit. On aura le plus grand soin de lui interdire tout usage de crayons, d’encre, de plumes et de papier. »
Il mourra en 1814.  

EPILOGUE :
"Nous craignons…une prochaine révolution dans le royaume. Plus le peuple s'étend, plus il est dangereux ; plus il s'éclaire, plus il est à craindre : on n'asservit jamais que l'ignorance. Nous allons…supprimer d'abord toutes ces écoles gratuites dont les leçons, se propageant avec rapidité, nous donnent des peintres, des poètes et des philosophes où il ne doit y avoir que des crocheteurs. Quel besoin tous ces gens-là ont-ils donc de talents, et quelle nécessité y a-t-il de leur en donner ? Diminuons bien plutôt leur nombre; la France a besoin d'une vigoureuse saignée, et ce sont les parties honteuses qu'il faut attaquer. Pour parvenir à ce but, nous allons d'abord vivement poursuivre la mendicité : telle est la classe où se trouvent presque toujours les agitateurs. Nous démolissons les hôpitaux, les maisons de piété ; nous ne voulons pas laisser au peuple un seul asile qui puisse le rendre insolent. »
A.D. de Sade - Histoire de Juliette ou les prospérités du vice - extrait.


« Si la leçon de Sade n'a encore à ce jour été entendue que des profiteurs du crime, c'est aux victimes qu'elle est destinée, sauf pour elles à consentir à faire les délices des assassins; une telle œuvre possède, aujourd'hui comme hier, des vertus intactes; elle offre, à qui veut l'entendre, tous les moyens de la rebellion"
C. Carle - La société du crime - 1996 - Editions de la passion.       

« Oui, je suis libertin   (NDLR : du latin « libertinus »,  était employé comme synonyme d'affranchi de la religion) je l'avoue ; j'ai conçu tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n'ai sûrement pas fait tout ce que j'ai conçu et ne le ferai sûrement jamais.
Je suis un libertin, mais je ne suis pas un criminel ni un meurtrier, et puisqu'on me force à placer mon apologie à côté de ma justification, je dirai donc qu'il serait peut-être possible que ceux qui me condamnent aussi injustement que je le suis ne fussent pas à même de contrebalancer leurs infamies par des bonnes actions aussi avérées que celles que je peux opposer à mes erreurs. »  Sade à sa femme – 20 février 1781

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