dimanche 3 juin 2018

Sujet du Merc. 06/06/2018 : L’individualisme est-il nécessairement opposé au bien commun ?


L’individualisme est-il nécessairement opposé au bien commun ?


Ma réponse intuitive à cette question est oui. Quoi de plus anodin que de penser spontanément et sans réflexion aucune, qu’une société où l’individu prime sur le groupe nuira nécessairement au bien commun ? C’est donc pour cela que j’ai soumis cette réflexion à ma raison, au-delà de mon intuition, car il est clair que l’intuition humaine ne va pas toujours (si ce n’est jamais) dans le sens de l’entendement.

Avant de commencer précisons que l’individualisme peut se cliver en individualisme universel (assimilé à l’égoïsme) et méthodologique (l’individu participe à un tout sans en avoir réellement conscience). Idem pour le bien commun, il se separe en biens communs exclusifs (exemple: les matières premières) et biens communs non exclusifs (exemple: l’air que l’on respire).

Quelques notions sémantiques semblent indispensables, pour clarifier le sens de la question posée. L’individualisme peut prendre plusieurs définitions, selon les auteurs et courants de pensées :

·         La primauté des droits, libertés et valeurs morales de l’individu sur celles de la société.

·         La satisfaction personnelle, en tout point, vaut plus que celle de la société, selon le courant anarchiste où le bien de l’individu n’est qu’une prémisse au bien commun. Nous pouvons citer Max Stirner : l’égoïsme c’est le bien commun.

Il ne faut cependant pas assimiler l’individualisme à une forme de nihilisme de la société où l’individu vivrait en auto-autarcie, qui est une position tout bonnement impossible à soutenir, l’homme étant un être social par nature. Il va seulement à l’encontre du collectivisme qui prétend pouvoir comprendre la société comme une entité en soi sans se préoccuper des individus qui la compose.


Dans l’évolution et l’histoire de la société, nous pouvons observer certains systèmes politiques qui pourront enrichir notre réflexion. Le despotisme par exemple, où un seul individu est chargé du bien commun général mais également les régimes communistes totalitaires du 20ème siècle, où l’individu étant réduit au néant, le bien commun s’effondrait avec lui. La démocratie et nos systèmes politiques actuels pourront aussi servir de base de réflexion.


En effet, L’après seconde guerre mondiale a fait apparaitre au grand jour les travers de l’individualisme combinée au capitalisme « 2.0 ». Depuis on observe un réel problème, à savoir que les individus et même les nations agissent en ne songeant qu’à leurs biens personnels (ou nationaux), sans songer aux potentiels dégâts écologiques, économiques, humains, que sais-je encore, de leurs comportements à l’échelle planétaire (cela soulève une autre question : l’individualisme national est-il nécessairement opposé au bien mondial ?).

L’individualisme anarchiste quant à lui, pose la question de la responsabilité individuelle, étant donné que toute forme d’autorité ou d’entité savante est niée, la responsabilité n’est plus reléguée et n’est imputable qu’aux individus.

On ne peut que soutenir, dans une morale utilitariste, que la « mort » de l’individu ou au contraire son expression telle qu’il ne pense plus qu’à lui seul apparaissent comme nuisibles. Si l’écrasement de l’individu entrave le bien commun, l’individualisme extrême, lui aussi l’impacte négativement (lutte des classes, dégâts environnementaux, pays du tiers monde, jusqu'à la méconnaissance de ce que l’individu cautionne selon ses actes/achats).

Nous touchons là à un autre problème qui est celui de la désinformation croissante de nos sociétés où nous n’avons jamais eu accès à autant de connaissances (Big Data) tout en sachant réellement si peu de choses. Mais je m’égar. Observons plutôt notre système économique et politique actuelle.

Nos démocraties, bien que mathématiquement, elles n’ont de démocratique que le nom (selon le principe de Condorcet), peuvent être assimilées à des tyrannie de la norme (selon Tocqueville), où la société l’emporte donc sur l’individu.

A contrario, notre économie est basée sur la division du travail, dont les célèbres précurseurs sont les philosophes classiques dont Adam Smith. Elle repose donc sur la spécialisation à l’extrême dans un domaine, où l’individu, tout en travaillant uniquement dans son champ de compétence très spécifique, pour gagner son argent, sert toute la société. Ici, c’est la somme d’actions individuelles qui contribue au bien de l’économie générale. Néanmoins, le néolibéralisme est fortement critiqué pour favoriser la lutte des classes et le pillage des ressources naturelles.

Soulignons également que pléthore d’études récentes dans le domaine de la sociologie du travail ont établis des corrélations importantes entre le bien de l’individu et son appartenance au groupe d’un côté et la productivité et l’ambiance collective d’une entreprise de l’autre. Ici, on retrouve le bien de l’individu comme un prélude au bien commun.

J’aimerais pour terminer, injecter un peu de notre époque moderne dans le débat qui va suivre. À l’heure des nouvelles technologies (réseaux sociaux, intelligence artificielle, algorithme de surveillance), de la surveillance de masse sous prétexte de sécurité nationale, nos libertés individuelles ont profondément régressé, pour - nous dit-on - notre bien commun, notre sécurité collective. Or, nous savons que ces arguments sont factices, que les preuves en faveur de la surveillance de masse pour la protection manquent cruellement, selon plusieurs rapports de L’ONU et les témoignages de certains lanceurs d’alertes comme Edward Snowden. En réalité, il apparaît que ces programmes servent en grande partie à « espionner » les concitoyens pour cerner leurs modes de vies et habitudes de consommations.

Mais allons au-delà du duel qui « oppose » individu et société car en réalité ils ne s’opposent pas vraiment ; l’individu ne pouvant « exister » sans la société et réciproquement.
La régression croissante, voire la mort de la « liberté individuelle » ne serait-elle pas la prémisse à une nouvelle forme de totalitarisme technologique et futuriste comme le décrit Orwell dans 1984 ?

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