dimanche 7 mai 2017

Sujet du Merc. 10/05/2017 : L’artiste est-il un producteur comme les autres ?



L’artiste est-il un producteur comme les autres ? 

Il est nécessaire de préciser que le thème de ce sujet n’EST PAS une réflexion sur l’esthétique (qu’est que le beau, le laid ? Etc …..).        
 
Je remercie donc les intervenants de ne pas perdre de vue le terme de « producteur » entendu ici au sens strict : celui qui produit une marchandise (matérielle ou « de l’esprit »)
.
Dans notre société le mot « artiste » a plusieurs fonctions parfois quasi religieuses ou en tout cas mystérieuses, fréquemment triviales pour qui est friand de la « star’ac » ou « the voice ».Mais même si on se fie à ces distinctions (il y en à d’autres …) est-il possible de dire que les uns et les autres ne produisent …. « Rien » - On comprend mieux ici le refus du traitement esthétique du sujet qui, s’il en restait à ce seul critère, s’enliserait dans ceux à qui « ça » plait et ceux à qui « ça ne plait pas » -

Pour une approche contradictoire : 

  • d'un côté l'artiste est un travailleur spécialisé comme un autre. Sa production est unique ;
  • de l'autre, il est l'esquisse d'un individu complet, apte à développer un pouvoir créatif qui reste bridé chez la masse des autres personnes.
L’artiste s’insère, comme tous les êtres humains de son temps dans des processus de production mais les objets qu’il produit ont une double caractéristique :

  1. ils sont inclus dans un processus de création d’une marchandise particulière : littérature, peinture, musique, cinéma …..
  2. ils semblent s’en détacher par leur unicité (alors que les marchandises « classiques » sont reproductibles à l’infini).
Point à éclaircir immédiatement : le fait de dire « apte à développer un pouvoir créatif » ; qui semblerait valider la thèse des « génies ». Le génie comme concept a cela de pratique qu’il écarte la réflexion sur l’origine du soi-disant génie  (nous avions examiné cela lors du café philo sur « Avons-nous besoin d’hommes providentiels »). 

Pour notre part nous considérons que l'art est une activité sérieuse, pas un simple délassement, qui requiert qualification et formation de haut niveau (en ce sens, on peut juger que « faire entre autres de la peinture » empêche de devenir Raphaël, bien au contraire, le travail en atelier est la condition de son talent et de sa capacité à répondre aux commandes qui lui sont faites.   ). A ce titre, on peut le rapprocher de ce que serait le travail libéré de l'aliénation.

C’est sur la base de ces considérations que nous pourrons dès lors juger les « artistes »- kleenex de la télé. Et c’est ici que se clôt le débat de savoir si ce qu’ils « produisent » est « esthétique » ou pas. Là n’est pas l’ESSENTIEL.

Mais demeure le caractère « marchand » de l’œuvre d’art. De quelle marchandise s’agit-il donc ? Pour John M. Keynes le  marché de l’art est autoréférentiel et autoréalisateur, conduisant au déséquilibre et non à l'équilibre : aujourd'hui l'instabilité du marché de l'art contemporain est connue ! Mais ce que les libéraux oublient (dans leur frénésie à tout marchandiser – même l’art -), c’est que le marché de l'art n'en est jamais totalement un en raison de l'incertitude foncière qui pèse sur la valeur de l'œuvre. 
Si l'on abandonne le point de vue de l'économiste et du collectionneur fortuné, on peut dire que cette incertitude, loin d'être un défaut, est précisément ce qui révèle que l'œuvre (la production, la « marchandise ») n'est jamais complètement ni seulement une marchandise. 
       
Ce statut complexe offre à l'artiste des marges de manœuvre, une certaine liberté qui lui permettent, le cas échéant, de se détacher de cette logique marchande, voire de la critiquer, de la donner à voir tout en s'en détachant 

Si l'activité artistique et culturelle n'est pas, ne peut pas être complètement, intégrée au fonctionnement des circuits classiques de la marchandise, son degré de résistance et sa portée critique sont fonctions directes des choix qui sont ceux des créateurs eux-mêmes. Mais par ailleurs, et plus fondamentalement encore, cette situation offre un angle de vue sur le travail en général. 

Si la force de travail peut se vendre dans le domaine de l’art comme marchandise, elle n'est pas produite comme marchandise et résiste par définition à sa complète colonisation par le marché. 

Au fond le travail si particulier de l’artiste rend visibles, en les grossissant, certains traits qui sont ceux du travail et des activités salariées de l’ensemble des producteurs dans la société.

Peut-être cela nous permet-il d’envisager une autre définition de la richesse : une fois les besoins égoïstes de quelques-uns abolis, avec leurs rapports de production et d’échange privatisés, qu'est-ce que la richesse, sinon l'universalité des besoins, des capacités, des jouissances, des forces productives des individus, universalité engendrée dans l'échange universel ? Sinon le plein développement de la domination humaine sur les forces de la nature, tant sur celles de ce qu'on appelle la nature que sur celles de sa propre nature ? Sinon l'élaboration absolue de ses aptitudes créatrices ?

( Sources : I. Garo - L'or des images - 2013.   Hegel : Esthétique : 1835


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