dimanche 23 octobre 2016

Sujet du JEUDI 27/10 : La philosophie peut-elle conduire à dieu ?

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              La philosophie peut-elle conduire à dieu ?

Le monde physique a pu d'abord inspirer à l'humain de la terreur. Cependant la nature, lui assure aussi son existence. Comment ne ressentirait-il donc pas à l'égard des dieux, pour leurs bienfaits, de la reconnaissance et de l'ardeur?  Mais Dieu évoque un besoin tout autre qu’une explication des réalités du monde. Il se réfère au besoin de transcendance, à notre constat de l’imperfection de notre capacité de compréhension, à l’évidence de notre finitude face à l’infini.

Dieu peut être considéré du point de vue des religions supposées révéler l’homme à lui-même, et de celui de la philosophie, où l'humain, ne s'aidant que de sa propre raison, fait effort pour dégager l'idée de Dieu. 

Tandis que les religions polythéistes de l'Antiquité s'arrêtent  à la divinisation des causes secondes de la nature , la philosophie, dès son berceau, s'efforce de s'élever à la conception d'un être et d'une cause première.
L'école ionienne d’Anaximène, d’Anaxagore, et de Thalès de Milet s’engage dans la recherche du principe matériel de toutes choses. Puis, Socrate donne non seulement sa démonstration de l'existence de Dieu, mais aussi de sa Providence, action divine en vue d’une fin. Les péripatéticiens d’Aristote croient s'élever réellement au-dessus de l'humain, en définissant Dieu par l'intelligence, comme si l'intelligence n'était pas encore chose humaine.  Platon, lui, considère tantôt Dieu comme l'essence suprême, tantôt il voit en Dieu la cause du mouvement, l'ordonnateur de la matière réduite au moindre rôle.

Les épicuriens pensaient que la forme humaine, étant la plus parfaite, devait appartenir aux dieux qui possèdent toute perfection, et les stoïciens, intéressés par le savoir des affaires divines et humaines, se faisaient un Dieu matériel, d'une matière le plus possible épurée et spiritualisée. Enfin, les néo-platoniciens en vinrent à concevoir Dieu comme supérieur et à l'intelligence et à l'intelligible. L'humain cette fois semblait dépassé, et on se flattait d'avoir atteint Dieu.

Dans le monde latin, la pensée de Saint Augustin est une étape décisive dans la constitution d’une véritable philosophie chrétienne. Et Anselme, Père de la preuve ontologique déclare « On ne peut pas penser que Dieu n’existe pas ». A partir du 13ème  siècle, la synthèse de l’aristotélisme et des Pères de l’Église, opérée par Thomas d'Aquin,  guide la destinée philosophique du christianisme.

Au 17ème siècle, Descartes inaugure  la réflexion libre de toute autorité religieuse ou politique et la méditation personnelle, pensant, dans son rationalisme,  que tout esprit bien conduit peut parvenir à la connaissance. Son doute méthodique le conduit à la pensée de son existence « je pense donc je suis » puis à l’existence de Dieu, à partir de l’infini qui est en nous. Spinoza lui-même défend la doctrine du salut par la connaissance de Dieu. Grace l’analyse de l’âme humaine, des affections et des passions, et par une éducation concrète, l’individu reconnaîtra en lui-même, au fond de sa pensée, la présence même de Dieu.

Au 18ème siècle, Kant pense que le but n’est pas d’étendre notre  connaissance du monde mais d’approfondir la connaissance de l’homme, et que la loi morale est la possibilité la plus profonde de notre être, conduisant à la liberté, notre destination véritable. Plus tard, Nietzsche refuse la morale chrétienne dite « morale d’esclave » et compte faire, avec le désespoir le plus profond, l’espoir le plus invincible par la volonté et l’imagination. « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! » fait-il dire à l’insensé … « Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des dieux— ne fût-ce que pour paraître dignes d'eux ? »

On voit ainsi que l’idée de Dieu a toujours intéressé les philosophes et qu’ils ont, pour la plupart, multiplié ce que Kant appellerait les pseudo-preuves de son existence :

-La preuve ontologique initiée par Anselme : « Je ne cherche pas à comprendre afin de croire, mais je crois afin de comprendre », argumentaire destiné à asseoir la foi sur des raisons philosophique.
-La preuve morale avancée par Socrate, « les humains ne purent se résigner à mourir entièrement. Ils pensèrent que leurs ancêtres survivaient, et qu'une récompense dans un autre monde était réservée à ceux qui l'avaient méritée ».
-La preuve physique, ou téléologique,  de l’histoire humaine en fonction de son but, de sa finalité. Anaxagore le dit expressément, puis tous les philosophes, à l'exception des épicuriens, insistent sur les marques d'un dessein intelligent qui se manifeste dans les choses. La nature doit avoir ses fins comme l'humanité a les siennes.
-La preuve cosmologique attribuée à Platon et Aristote où, par un effort d'abstraction, on considère tout le réel dans sa généralité pure et simple; apparaissant comme chose mobile et changeante, chose périssable, qui n'a pas en soi la raison de son existence. Il ne s'explique que par le principe suprême. On l'appellera premier moteur, ou cause première.

La faiblesse de ces « preuves » a été mise en lumière par Kant.  Si l'on excepte la preuve morale, qui échappa à la critique du philosophe, le défaut commun des autres est l'emploi illégitime qu'elles font des principes de notre connaissance :

Comment donc réussira-t-on, dans la preuve ontologique, à tirer d'une idée une existence? Ou bien l'existence de Dieu se déduit, de la seule idée de Dieu ; mais c'est qu'on l'a introduite déjà et supposée dans cette idée; Ou bien l'on s'en tient à l'idée seule de l'être parfait, et, en la décomposant, on y trouve l'idée de toutes les perfections, entre autres l'idée de l'existence, mais non pas l'existence elle-même.

De même, dans la preuve cosmologique, on se sert indûment du principe de causalité. Celui-ci exige que tout phénomène soit déterminé par un autre phénomène. Or s'il nous permet ou plutôt nous ordonne de remonter la chaîne d'anneau en anneau, il ne nous autorise pas à abandonner tout à coup cette chaîne pour nous jeter en plein suprasensible. Albert Jacquard disait « chaque chose que nous voyons a nécessairement une origine. Parlant de l’univers, nous en déduisons que lui aussi a un début, qu’il a donc été créé. Mais nous commettons une erreur logique consistant à étendre à l’ensemble ce qui est vrai pour chacun des éléments, car tout objet est créé par l’association d’éléments préexistants. » alors pourquoi avoir besoin d’un créateur ?

Quant à la preuve de Dieu par la finalité dans le monde physique, dit  Kant, l'intelligence ordonnatrice, qu'elle nous amène à reconnaître, n'a pas nécessairement créé le monde. Et un accord entre plusieurs dieux expliquerait l'ordre en ce monde aussi bien qu'une divinité unique.  De plus la finalité n'est pas un principe scientifique, donc ne peut démontrer ou prouver que Dieu existe.

A défaut de prouver l'existence de Dieu hors de nous, sommes-nous assurés au moins de son idée en nous-mêmes? Avons-nous de Dieu une idée bien définie? La philosophie moderne oscille toujours entre le même besoin de déterminer Dieu, et un sentiment autrement profond de l'infinité de sa nature.  C'est ainsi qu'on s'embarrasse dans d'inextricables difficultés. Car ou bien, à force de dépouiller Dieu de tout attribut qui rappellerait l'humain, on se trouve finalement en face d'un être irreprésentable pour notre esprit, ou bien ce qu'on lui laisse est toujours emprunté à notre nature humaine.


Toute conception de la divinité vient donc de l'humain, et se trouve, par cela seul, entachée d'un vice d'origine.  L'esprit humain a été formé peu à peu sous la seule action des choses. Le monde n'aurait pas été créé pour répondre aux besoins de l'intelligence humaine; mais cette intelligence, produite par lui, se serait, comme les autres productions, tant bien que mal adaptée au milieu. La philosophie , elle-même issue de l’esprit humain n’ aurait-elle pas eu un rôle fondamental dans la construction de  Dieu, des croyances et des religions ?

  ATTENTION LE CAFE PHILO 
NE  SE DEROULERA PAS MERCREDI MAIS JEUDI !

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