samedi 26 septembre 2015

Sujet du Merc 30/09/2015 : Périssent les faibles et les ratés : premier principe de notre amour des hommes" Nietzsche



                     Périssent les faibles et les ratés :
premier principe de notre amour des hommes" Nietzsche

      "Qu’est-ce qui est bon ? — Tout ce qui exalte en l’homme le sentiment de puissance, la volonté de puissance, la puissance elle-même.       
Qu’est-ce qui est mauvais ? — Tout ce qui a sa racine dans la faiblesse. 
Qu’est-ce que le bonheur ? — Le sentiment que la puissance grandit — qu’une résistance est surmontée.
Non le contentement, mais encore de la puissance, non la paix avant tout, mais la guerre ; non la vertu, mais la valeur (vertu, dans le style de la Renaissance, virtù, vertu dépourvue de moraline).
Périssent les faibles et les ratés : premier principe de notre amour des hommes. Et qu’on les aide encore à disparaître !" Nietzsche  in "le crépuscule des idoles".

Provocation pour les uns, ironie noire pour les autres. Il y a peu d'auteurs pour voir dans ces quelques lignes autre chose que ce qu'elles disent vraiment. C'est qu'en France, tout particulièrement, Nietzsche est non pas à la mode. Il est la mode.
 Le retour de Nietzsche a été préparé par la génération libérale-libertaire de Mai 68. Celle-ci, formellement «émancipatrice» dans les mœurs autant que profondément répressive dans son appareil d'État, devait inventer un Nietzsche à sa mesure. Un Nietzsche inaccessible, à la nonchalance ivoirine, innocent par définition de tout, et d'abord de tout ce qu'il a pu écrire lui-même. Un Nietzsche «attentionné aux vieilles dames fragiles» comme dit l'inénarrable Onfray. 

Ce retour de Nietzsche par la gauche morale n'est pas une passade; il a une fonction; on peut le déceler à la réhabilitation des thèmes suivants:
          Dépréciation de l'entendement et de la raison, primat de l'émotionnel et de l'intuitif sur le rationnel, lutte contre la pensée causale et systématique (jugée «plate» ou «répressive» !)
          Différentialisme et interprétations ethnicistes des phénomènes sociaux (notamment en géopolitique)
          Abandon de la connaissance des rapports réels, recours au mythe, survivance involontaire de références théologiques
          Dandysme et pseudo-aristocratisme, fuite dans la subjectivité «sublime, forcément sublime », agenouillement systématique devant les références littéraires (goût de l'écriture en «fragments» que l'on cite comme arguments d'autorité)
          Réduction de la connaissance à la seule utilité technique (pragmatisme). 

La déclaration nietzschéenne de ce soir s'inscrit dans cette "contre-philosophie", résolument réactionnaire et anti-Lumières. Ni ironie, ni provocation, dans cette citation. mais pour ceux qui en douteraient, continuons un moment avec Nietzsche :

" Le malade est un parasite de la société. Arrivé à un certain état il est inconvenant de vivre plus longtemps. L'obstination à végéter lâchement, esclave des médecins et des pratiques médicales, après que l'on a perdu  le sens de la vie, le droit à la vie, devrait entraîner, de la part de la société, un mépris profond. Les médecins, de leur côté, seraient chargés d'être les intermédiaires de ce mépris, -ils ne feraient plus d'ordonnances, mais apporteraient chaque jour à leurs malades une nouvelle dose de dégoût ... Créer une nouvelle responsabilité, celle du médecin, pour tous les cas où le plus haut intérêt de la vie, de la vie ascendante, exige qu'on écarte et que l'on refoule sans pitié la vie dégénérescente -par exemple en ce qui concerne le droit de procréer, le droit de naître, le droit de vivre ...»
«Les races épurées sont toujours devenues plus fortes et plus belles. - Les Grecs nous présentent le modèle d'une race et d'une culture ainsi épurées: et il faut espérer que la création d'une race et d'une culture européennes pures réussira également un jour
«[En Europe] la race soumise a fini par y reprendre la prépondérance, avec sa couleur, la forme raccourcie du crâne, peut-être même les instincts intellectuels et sociaux: -qui nous garantit que la démocratie moderne, l'anarchisme encore plus moderne et surtout cette prédilections pour la Commune, la forme sociale la plus primitive, que partagent aujourd'hui tous les socialistes d'Europe, ne sont pas dans l'essence, un monstrueux effet d'atavisme - et que la race des conquérant et des maîtres, celle des aryens, n'est pas en train de succomber, même physiologiquement? ...»  
«Projetons nos regards à un siècle en avant. Admettons que mon attentat contre deux millénaires de contre-nature et de profanation de l'humanité réussisse. Ce nouveau parti, qui sera le parti de la vie et qui prendra en main la plus belle de toutes les tâches, la discipline et le perfectionnement de l'humanité, y compris la destruction impitoyable de tout ce qui présente des caractères dégénérés et parasitaires, ce parti rendra de nouveau possible la présence sur cette terre de cet excédent de vie, d'où sortira certainement de nouveau la condition dionysienne .»
«L'homme des époques de décomposition qui mélange toutes les races, qui porte en lui l'héritage d'une ascendance hétérogène, c'est-à-dire des instincts et des jugements de valeur contradictoires, souvent plus que contradictoires et presque incessamment en lutte les uns avec les autres et qui ne lui laissent que rarement le repos - cet homme des civilisations tardives et des lumières rompues sera généralement un faible.»
«Dans la notion de l'homme bon, on prend parti pour tout ce qui est faible, malade, mal venu, pour tout ce qui souffre de soi-même, pour tout ce qui doit disparaître. La loi de la sélection est contrecarrée ».

Nietzsche qui se pensait "inactuel", n'est au fond que l'idéologue de l'époque du colonialisme, celle de Drumont et Galton, du racisme au nom de la civilisation, de l'eugénisme au nom de la pureté de la race; de la stérilisation forcée  des " délinquants chroniques, idiots, imbéciles et voleurs" ( Loi de l'Indiana en 1907).
Sur bien d'autres points, qu'il faudrait aborder dans d'autres rencontres du café philo, nous constaterions que Nietzsche est le combattant acharné de l'esprit des Lumières et on comprendrait  mieux, peut être, à lire et décortiquer ses propos très souvent charmeurs sur le plan littéraire, le jugement que D.Lusurdo (université d'Urbino - Italie ) : Nietzsche : "le plus grand penseur parmi les réactionnaires et le plus grand réactionnaire parmi les penseurs" (D. Losurdo - in "Nietzsche, philosophe réactionnaire"


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