lundi 10 août 2015

Sujet du Merc. 12/08 : UN PEUPLE, EST-CE UNE RICHESSE ?



UN  PEUPLE,  EST-CE  UNE  RICHESSE ?  

On définira un peuple de façon radicalement différente selon qu’on en fait partie ou pas. Vu de l’extérieur, il est la seule ressource à exploiter. De l’intérieur, il se voit lui-même comme une entité humaine en devenir qui se construit en permanence à chaque instant par l’acte commun et volontaire de chacun d’une relation de don de soi à l’autre et aux autres. Cette relation permanente est à la fois mutuelle et réciproque. Son enjeu est le bien commun en tant qu’il s’oppose à la recherche d’intérêts particuliers de classe ou, plus simplement, personnels. Telles sont les conditions nécessaires à l’établissement et au maintien dans le temps de toute communauté humaine authentique. C’est son caractère éminemment politique (Aristote).

A l’extrême opposé, un peuple désigné par certains comme ressource à exploiter signe leur volonté de sa dissolution par celle-là même du lien politique de ses membres entre eux. En ce sens, un peuple non souverain n’est plus. Il signe ainsi sa propre déchéance de prééminence vitale en reliquat d’objet à exploiter.

A ce titre, l’intitulé du sujet est explicite en ce qu’il utilise le verbe « être » d’état figé, tout en l’associant au pronom neutre « ce » qui désigne un peuple comme pur objet ressource, par opposition à une entité vivante en devenir perpétuel et reproductible par elle-même. A cet égard, le peuple défini et traité comme objet est en réalité nié en tant que peuple vivant, alors que précisément c’est parce qu’il est vivant et humain qu’il est la seule richesse véritable.
En effet, « Il n’y a de richesse que d’hommes » (Jean Bodin, 16ième siècle). Ce qui signifie que tout ce qui est en dehors d’eux n’est que ressources diverses qui ne deviennent effectives que si précisément les hommes les mettent en œuvre à chaque instant puisqu’elles ne peuvent en effet se réaliser que de cette façon. Pour eux, pour leur bien commun !
 
A ce titre, s’approprier la richesse de vie d’un peuple -- tout en le définissant à son endroit par son contraire opposé pour l’en convaincre de manière fausse et sophistique comme objet inerte et ressource morte -- est une imposture absolue qui a été continument perpétrée avec plus ou moins de bonheur au cours de l’histoire par des maîtres autoproclamés par coups de force et ruse à l’insu relatif du peuple volontairement assez ignorant qui, en outre, par nonchalance se laisse berner et flouer en mettant en sommeil jusqu’à la conscience qu’il devrait avoir de soi. Il se renie ainsi lui-même et signe sa propre déchéance à l’état de ressource vivante et reproductible à l’infini qui se livre elle-même à une exploitation extérieure sans limite. Sauf à enfin se révolter en renversant la vapeur.
Actuellement à son paroxysme, mais présent depuis des siècles, l’instrument pacifique mais mortifère de ce subterfuge n’est-il pas un argent de nature très particulière puisque reproductible à l’infini en contradiction flagrante avec sa nature d’objet inerte ! Ceci alors que l’argent devrait au contraire comme à son origine représenter les valeurs sans cesse régénérées qui lient entre eux les membres d’un peuple pour faciliter leurs rapports mutuellement réciproques. Mais, actuellement, l’argent s’est mué en son contraire absolu par l’entremise de gentils organisateurs fort bien avisés travaillant à leur strict intérêt.

Cet argent-là est aujourd’hui fondé sur la croyance métaphysique fausse, mais universellement acceptée sans broncher tant par notre peuple que par ailleurs, que l’objet inerte qu’il est nécessairement possède simultanément -- par subterfuge, tour de passe-passe et pure magie (ah, la pensée magique !)-- le pouvoir, parfaitement antinomique à sa nature, de la vie qui est de se multiplier sans fin par ses propres moyens. Le prêt d’argent à intérêts composés et sans rémission est l’instrument qui réalise cette imposture paroxystique et prive un peuple de sa vie et tout bonnement de son existence même (Solon d’Athènes, Aristote).

Celle-ci lui est comme excisée jusqu’à la moelle par l’intérêt composé sur l’argent qui par là-même dispose d’un pouvoir d’autoreproduction infini et ainsi, de purement inerte, acquiert vie tandis qu’un peuple s’en voit spolié par mise sous perfusion permanente de sa force vive au profit de quelques exploiteurs parfaitement avisés qui, à cet effet, s’échinent en outre à promouvoir l’ignorance de ce peuple et la destruction de la raison (Nietzsche) par mille petits cadeaux empoisonnés de veulerie populiste.

Philosopher sert-il alors à un peuple à se dégager de pareille nasse mortifère et à enfin  faire peuple qui renaît et se retrouve pour s’affirmer lui-même libre,
cette fois en connaissance de cause (Spinoza) ?

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