dimanche 9 avril 2017

Sujet du Merc. 12/04/2017 : EN QUOI LA PEUR CONDITIONNE-T-ELLE NOS CHOIX ?




EN QUOI LA PEUR CONDITIONNE-T-ELLE NOS CHOIX ?

La peur est l'une des émotions les plus fondamentales chez l'être humain. Elle est inscrite dans les profondeurs du cerveau reptilien et fait partie intégrante de l'instinct de conservation.

Étudions par exemple, le problème de la peur chez Spinoza.
Étant admis que nous ne tendons pas vers une chose parce que nous la jugeons bonne, mais que nous la jugeons bonne parce que nous tendons vers elle, on peut dire que « chacun juge ainsi ou estime selon son affection quelle chose est bonne, quelle est mauvaise, quelle est meilleure, quelle est pire, quelle, enfin, est la meilleure ou la pire ». L'évaluation de l'intérêt ne procède donc pas de la raison et le jugement de valeur est purement affectif.
Si, en effet, chacun juge selon son affection, de la chose comme bonne ou mauvaise, cette affection « par laquelle l'homme est disposé de telle sorte qu'il ne veut pas ce qu'il veut mais veut ce qu'il ne veut pas », s'appelle la peur.
La peur n'introduit-elle pas ainsi une dimension stratégique de calcul d'intérêt qui se phénoménalise comme une anxiété ?
Dans « l'Ethique », Spinoza ne dit-il pas qu'une chose quelconque peut par accident être cause d'espoir ou de crainte ? Dans la mesure où nos évaluations sont d'abord imaginaires, la vie psychique se déroule sur fond d'interprétations et peut donner lieu à un délire d'interprétations.
La crainte de la mort est la plus terrible des passions, qui finit par nous empêcher de vivre. Épicure, dans sa lettre à Ménécée, traite aussi bien de cette question-là et prétend que la mort n'est qu'absence de sensation et que par conséquent il ne faut pas la craindre puisqu'on ne souffrira plus alors et qu'il faut donc apprécier notre vie pleinement.

Il se peut alors que le remède soit pire que le mal, dans la mesure où certains ont recours à l'espoir de l'immortalité comme durée après la mort...

La superstition résulte là d'une attitude réactive reposant sur la crainte qui est aux antipodes de la vertu. Pour un superstitieux, faire le bien ce n'est que fuir le mal, en se faisant guider par la peur...
De plus, la superstition ne procède-t-elle pas d'une pratique pédagogique ? Les superstitieux sont des « éducateurs » qui, au lieu de guider les hommes vers la raison, cultivent la crainte et le calcul propre à la peur, en stigmatisant les vices au lieu d'enseigner la vertu. De telle manière que nous commençons par craindre le mal selon le calcul d'intérêt de la peur, pour espérer parvenir à un bien, l'immortalité, qui, n'étant qu'une illusoire assurance de conservation ne fait que nous empoisonner la vie.
Pour Spinoza, c'est la connaissance qui constitue le seul remède contre la peur, car en prenant connaissance des causes qui nous déterminent nous nous libérons de la crainte engendrée par l’ignorance. C'est précisément là que la philosophie de Spinoza situe la liberté. Elle peut à certains égards être comparée à une thérapie intellectuelle contre la peur. Grâce à une telle philosophie, nous prenons le pouvoir de ne plus être soumis à la peur en apprenant que nos choix sont déterminés par la pure nécessité et la pure réalité.

La peur conditionne aussi nos choix sur le plan collectif et le résultat est en général plutôt désastreux. La venue au pouvoir d'un dictateur par exemple, comme dans le cas de l'Allemagne en 1933, est liée à la peur collective d'un peuple. Hitler a été, pour le peuple allemand, une sorte de chaman censé exorciser ses peurs les plus profondes issues d'un complexe d'infériorité par rapport à la France et à l'Angleterre. Animés par la peur, les hommes ne sont pas libres de leurs choix car être libre c'est avant tout être l'auteur de ses propres actes. La peur empêche le libre choix de ses actes et de ses pensées car la raison et la volonté sont alors annihilées.

Voici quelques citations pouvant donner lieu à des pistes de réflexion supplémentaires sur le sujet :

- « C'est parfois la peur de la mort qui pousse les hommes à la mort » - Épicure

- «  Tous nos actes visent à écarter de nous la souffrance et la peur » - Épicure

- « Nos doutes sont des traîtres et nous privent souvent de ce que nous pourrions gagner de bon parce que nous avons peur d'essayer. » - W. Shakespeare

- « On mesure l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il est capable de supporter » - E. Kant

dimanche 2 avril 2017

Sujet du Merc. 05 Avril 2017 : AVONS-NOUS BESOIN D’HOMMES PROVIDENTIELS



AVONS-NOUS BESOIN D’HOMMES PROVIDENTIELS
Providence. Action par laquelle Dieu conduit les événements et les créatures vers la fin qu'il leur a assignée. Dieu, en tant qu'ordonnateur de toutes choses. (Avec une majuscule.) L'origine aussi BIEN latine que chrétienne du mot renvoie à l'intervention d'une puissance extérieure à l'homme, à laquelle l'origine divine confère inéluctabilité et transcendance.
Quelle est la définition d’un «homme providentiel»?
C’est un personnage qui apparait dans les périodes de crises, et qui se présente comme le sauveur ultime chargé d’une sorte de mission historique ou divine, à savoir résoudre d’un coup de baguette magique tous les problèmes qui se posent à la société à un moment donné.

Quand viennent les temps difficiles, quand subrepticement la confusion devient reine, quand les usages deviennent de trop sales habitudes et que le peuple gronde en espérant changer la donne, que les barbares sont à nos portes, alors que chacun craindra son voisin, on se met à espérer… Il viendra ! Celui-là même qui dépasse déjà sa nature simplement humaine, dont le charisme efface toute contradiction, l’homme qui tombe à pic est invoqué contre la déroute, la banqueroute, contre le gâchis organisé par quelques sommes d’égoïsmes… Il est le surhomme, le héros, le demi-dieu tant attendu… Qui est-il ? D’où vient-il ? Ce formidable personnage annonçant des temps nouveaux, et parfois leurs fins ?
C’est la providence qui nous l’envoie ! Le retour du fils prodigue ! D’ailleurs ce qui est providentiel est prévu. On verra dans la providence le fait qu’une force supérieure veille au grain. Il s’agirait dans ce cas, d’un petit coup de pouce bienveillant, dont l’issue viserait à aider l’humanité, face au mal menaçant l’harmonie universelle. Pour faire simple, quand la balance penche du côté des emmerdements, dieu appuie sur le plateau des bonnes surprises pour relancer la machine à bonheur. Telle est la providence divine, c’est dans le contrat, le service après-vente vous envoie quelqu’un, c’est prévu. Prévu, parce que la providence signifie la prévoyance chez les romains ; providentia de pro et videre, soit « voir avant » ou prédire. Dieu, ou quiconque dans son rôle, connaissant l’alpha et l’oméga, voit l’avenir puisqu’il maîtrise toute les dimensions possibles, dont celle du temps, et tisse la réalité que nous habitons, telles des marionnettes traversant un décor.
Sommes-nous prédestinés ? Tout est-il consigné à l’avance, serions-nous de simples sujets de la destinée ou alors, nageons-nous en plein casino ? Dans ce dernier cas, si aucune conscience de quelque nature ne contrôlait quoique ce soit, nos parcours ne résulteraient que d’un enchaînement de combinaisons imprévues, donc à l’opposé de la providence. Par conséquent à l’origine, quand on parlera d’homme providentiel, on y verra en premier lieu une assertion religieuse, ou tout au moins transcendantale…

… Mais voyez-vous, ce qui est vraiment pervers, c’est que l’Homme providentiel est une figure de l’adversité. Il se présente en général comme un champion contre la maltraitance que l’humanité s’inflige à elle-même, un recours contre la peur. Pas de sauveur quand il n’y a rien ni personne à sauver ; donc l’homme providentiel s’exprime les pieds dans la merde et nous propose de sortir du caniveau. Il est par conséquent un archétype cyclique, puisque les difficultés dépassées grâce à lui, la situation stabilisée, l’ennui guettera, l’ambiance commencera à pourrir, et puis les égos émergeront de ci de là, poussant ceux qui n’ont rien d’autre à faire, à tout casser, pour opportunément reconstruire grâce à un nouvel homme providentiel. Il y a comme une malédiction là-dedans, comme un sort jeté à la face d’une humanité prisonnière de ses débordements, de sa puérilité, ayant tendance à se savonner la planche pour mieux glisser à nouveau dans le caca, et ça ne sent pas la rose…(mythe de « l
’éternel » retour) Par conséquent, en plus d’être un archétype héroïque, l’homme providentiel se présente comme un symptôme récurrent de nos faiblesses, une preuve incarnée de notre immaturité collective. D’ailleurs sans erreurs, sans déboires, sans inquiétudes, pourquoi des gens bien préparés à éviter les problèmes, auraient besoin d’un surhomme pour les sauver ? Pas de superman au pays des braves

En fait tout bouge mais rien ne change. On appelle cela l’apocatastase. Si au final, après tant de promesses de jours meilleurs et de révolutions, rien n’évolue, alors l’Homme providentiel constitue une escroquerie universelle. Pourtant, il est un aspect fondamental qui nourrit ce retour de l’Homme providentiel. Quand un climat anxiogène s’impose, que la peur nourrit la peur alors espérer devient une force puissante.
 Il y a un fil rouge entre tous les grands hommes rêvés ou réels, et si on les pare des caractéristiques de leurs prédécesseurs, ce n’est pas un hasard ; ils sont mythiques et leurs apparitions rythment l’histoire collective, lui donnant ses pulsations, un sentiment d’éternité pour ceux qui en écouteront les récits. En cela l’homme providentiel demeure un personnage sacré, l’animateur du changement, le grand prêtre, le passeur vers l’après, le gardien de la porte.

Dans le profane justement, l’homme providentiel est un personnage avant tout historique. S’il est historique, il en devient forcément politique. Certes, l’histoire n’est finalement qu’une suite de faits, que l’historien devrait normalement rapporter fidèlement. Le problème c’est que la personnalité du conteur, déteindra sur le récit aussi objectif serait-il. Par ailleurs, on sait que l’histoire sera écrite par les puissants, les vainqueurs, les hussards de la République cherchant à effacer de coupables paradoxes. Souvent le récit du passé est instrumentalisé pour justifier le présent politique, et de futurs passages à l’acte. Pas toujours consciente, cette instrumentalisation fabrique des mythes, des légendes… L’homme providentiel, objet historique par excellence n’y échappe pas. Mais ce qui caractérise justement cet objet est qu’il fait partie de l’histoire de son vivant. Comme il « fait » l’histoire, il la personnifie.
Le
roman national ne s’appuie quasiment que sur des hommes providentiels. Leur service rendu à la nation, ils peuvent par exemple connaître une fin tragique ainsi Vercingétorix primo-résistant étranglé par les romains. Il s’agit alors d’un sacrifice fondateur, en l’occurrence d’une nation : la France selon les historiens républicains 

Mais alors, qui fait l’histoire ?

Rousseau : « Il est très difficile de réduire à l'obéissance celui qui ne cherche pas à commander et le politique le plus adroit ne viendrait pas à bout d'assujettir des hommes qui ne voudraient qu'être libres ».
Dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau avait démontré que si l'on a besoin d'un dirigeant providentiel cela signifie que le pays n'est pas régi par une Constitution légitime, et que si tout peuple a besoin de gouvernants, c'est pour qu'ils soient à son service et non pour qu'il le dirige.

S'il est légitime de penser que toute société humaine requiert un minimum d'organisation, de hiérarchie, presque tous les philosophes ont tenté de penser les relations de l'individu par rapport à cette nécessité de la gestion des affaires courantes.
Deux courants de pensée se sont affrontés et s'affrontent encore sur cette question.

-     Le courant idéaliste de la philosophie, de Platon, en passant par Machiavel, Nietzsche,  considère les individus et les peuples comme des éternels enfants, des mineurs qu'il faut soumettre car incapables d'accéder à ce qu'ils croient être un niveau supérieur de conscience.
-     Et puis il y a
les matérialistes qui d’Epicure en passant par Spinoza, Hegel ou Marx, refusent ce statut n'y voyant qu'une ruse de plus pour maintenir les peuples dans la servitude et la conception métaphysique de la société terrestre jamais idéale et de la "nature humaine" éternelle évidemment !

Les uns ont conduit à la justification des pires dominations et crimes contre l'humanité, laissant dans leur sillage une kyrielle de sous penseurs de la déconstruction, du transhumanisme et autres sous-produits.

Les autres nous ont légué la notion de "docta spes", d’espérance instruite. C'est à dire un appareil d'analyse critique d'une puissance considérable pour peu qu'on veuille bien se l'approprier, c'est à dire ne pas céder à la nonchalance de la pensée faible dont notre époque est si friande : "on peut rien faire ça a toujours été comme ça ce sera toujours comme ça »,  « Il y a des pauvres et des riches, c'est comme ça », « Il y a toujours des guerres et il en sera toujours ainsi », «  Les hommes sont mortels : quelle angoisse ! Autant s'en remettre à des hommes providentiels « …… tant qu'on y est ! Pour nous qui seront toujours ??  les moutons de l'histoire !?, les "chiens heureux" de F. Fukuyama (in La fin de l'histooire et le dernier homme -1992) !?

               « La fatalité triomphe dès que l'on croie en elle. »  Simone de beauvoir

 **          **          **          **        **        **         **         **          **          **         **

Sujets à venir : 



                                Mercredi 12 Avril 2017

  1109                 En quoi la peur conditionne-t-elle nos choix ?

                                Mercredi 19 Avril 2017

  1110                            Voter c’est abdiquer. 

                                Mercredi 26 Avril 2017

  1111               Mais pourquoi Pandore a-t-elle refermée la boite ?

POUR NOUS CONTACTER

  VOUS SOUHAITEZ CONTACTER LES ANIMATEURS DE L'EX CAFE PHILO - MERCI DE NE PAS UTILISER LE FORMULAIRE DE CE BLOG. ECRIVEZ ICI :   philin...