lundi 12 octobre 2020

Sujet du 14/10/2020 : La guerre est-elle la continuation de la politique par d’autres moyens ?

 

La guerre est-elle la continuation de la politique
par d’autres moyens ?

 Le rabâchage habituel sur la guerre c’est qu’elle est née de la « nature humaine », cette fameuse (fumeuse) « nature humaine » qui nous enseigne (matraque) que l’homme est égoïste et violent …. depuis toujours. Alors avant d’aller plus loin il semble utile de jeter à la poubelle des croyances ce qui doit y être jeté : tout discours non scientifique (c’est à dire non adossé à des faits) qui fait « l’air ambiant » de tout discours sur la guerre.

En 2004 un anthropologue, R Brian Ferguson écrit « La guerre, selon les anthropologues, est un type de violence potentiellement mortelle entre deux groupes, quels que soient la taille de ces groupes et le nombre de victimes. Mais dans quelle mesure une définition aussi large de la guerre ou, plus précisément, des cas de conflits dans les sociétés humaines primitives peut-elle éclairer la genèse et les enjeux des guerres modernes et des conflits qui ont éclaté en Iraq, au Kosovo, au Rwanda, au Vietnam ou encore en Corée ? »
( Naissance de la guerre – Mensuel N° 373)

De nombreux autres anthropologues étazuniens dont, Lawrence H. Keeley, archéologue de l'université de l'Illinois, Steven A. LeBlanc, archéologue à l'université de Harvard déclarent : « La guerre est semblable au commerce et aux échanges. C'est quelque chose que font tous les hommes. », « tout le monde a fait la guerre à toutes les époques », pourquoi ? : pour eux, les peuples primitifs ne furent jamais de « vrais conservateurs ». Ils dégradaient leurs ressources, et lorsque la population augmentait, ils manquaient de nourriture, ce qui déclenchait des guerres, bref,  du Malthus, à la sauce ethnographique !

Et R B Ferguson de conclure :  «Si la guerre était courante dans les temps anciens préhistoriques, les abondants vestiges archéologiques devraient en contenir les traces. Or, il n'en est rien. La collecte des données archéologiques, en revanche, est riche d'enseignements. Elle révèle que la guerre n'a pas toujours existé : elle est apparue il y a moins d'une dizaine de milliers d'années, à des dates très différentes selon les continents et les régions Et nous ne sommes pas dans un cas où « l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence ».

Le cadre étant posé reste à savoir pourquoi la guerre est née à l’aube du néolithique (- 7000 en ce qui concerne l’ouest européen). Plusieurs facteurs peuvent être mis en corrélation : climat tempéré, passage du stade cueilleurs-chasseurs nomades à celui d’éleveurs agriculteurs sédentarisés, accroissement de la population, développement inégal des moyens de production de nourriture, pré-organisation en micro cités (naissance du politique et du religieux comme associé du politique) …….

Alors, foin des fables et mythes ambiants sur notre prétendue « nature humaine » agressive ! L’archéologie, l’anthropologie entre autres sciences nous renvoient une image de notre histoire bien différente.

Pour que la guerre apparaisse il faut certaines conditions historiques, tout comme pour le moteur à explosion ou la fission de l’atome. La guerre, telle que nous la connaissons nait avec le politique, avec la gestion d’un territoire, des ressources, d’humains, réunis pour la première fois en grand nombre (plus qu’une tribu primitive).

C’est ainsi que Carl von Clausewitz (1770-1831) pourra déclarer dans une formule synthétique :  « La guerre n’est que la simple continuation de la politique par d’autres moyens. ... car le dessein politique est le but, la guerre est le moyen, et un moyen sans but ne se conçoit pas. »

Grand militaire et grand théoricien de la guerre, Clausewitz raisonne aussi, et c’est là sa pertinence, en dialecticien. Il ne subordonne pas la politique à la guerre ou l’inverse. Pour lui le phénomène « guerre » est un des éléments d’un processus général comme le montre assez bien A D Beyerchen :  « l'interprétation non linéaire de Clausewitz nous oblige à approfondir notre compréhension de sa maxime sur les rapports entre guerre et politique. L'idée que « la guerre est simplement le prolongement, par d'autres moyens, de la politique » est souvent comprise comme consacrant le privilège d'un continuum d'ordre temporel: d'abord, la politique établit les objectifs, puis vient la guerre, avant que la politique ne reprenne les commandes au moment où le conflit prend fin. Toutefois, dans une telle perspective, la politique est traitée comme quelque chose d'extérieur à la guerre: c'est un artifice produit par un modèle séquentiel linéaire. La politique est une affaire de pouvoir, et les boucles rétroactives qui mènent de la violence au pouvoir comme du pouvoir à la violence sont un aspect intrinsèque de la guerre. Cela ne signifie pas simplement que les considérations politiques pèsent toujours sur les commandants militaires, mais que la guerre est par définition un sous-ensemble de la politique et que tout acte militaire aura des conséquences politiques, indépendamment du fait que celles-ci aient été voulues ou non, voire même qu'elles soient sur le coup évidentes »

Au fond il est nécessaire de comprendre la guerre et de ne pas en faire « une acte de folie des hommes ». Il faut, au contraire, la réhabiliter comme fait politique, moyen politique. C'est-à-dire pratique humaine liée à des conditions concrètes, une situation concrète.

Si nous observons alors quelques éléments des guerres modernes :

1      la décision d'entrer en guerre dépend de la poursuite d'un intérêt propre à ceux qui prennent effectivement la décision. Un conflit peut être relié au problème des ressources alimentaires de base, mais il peut tout aussi bien éclater à propos de biens accessibles uniquement à l'élite. La décision dépend du rapport entre le coût de la guerre et d'autres risques potentiels, menaçant la vie et le bien-être. Et de manière plus définitive, de la position dans la hiérarchie politique interne : Présidents, dirigeants favorisent souvent la guerre, car la guerre favorise les dirigeants.

2        Bien sûr, ceux qui poussent à la guerre ne font jamais état de leurs propres intérêts. Les arguments qu'ils invoquent sont ceux de dangers et de bénéfices collectifs. Ceux qui prônent la guerre la définissent toujours en termes de valeurs élevées à défendre, qu'il s'agisse de la nécessité de répliquer à des actes malveillants, de défendre la seule vraie religion ou de promouvoir la démocratie. C'est comme cela que l'on convainc les indécis et que l'on construit un engagement émotionnel. Et toujours, c'est l'autre camp qui, d'une manière ou d'une autre, a amené la guerre.

Ces roulements de tambour requièrent bien entendu en préalable des manipulations cyniques, dont les mass média sont les vecteurs. (Algérie, Vietnam, Iraq …)

Intérêts réels et intérêts symboliques s’entremêlent car la guerre requiert de la chair humaine.

Apprécier Clausewitz c’est balayer les mythes creux sur la guerre et mettre la politique aux postes de commande.

C’est balayer l’irrationnel apparent (et ressassé par tous les manuels d’histoire). Clausewitz est certainement un des auteurs qui permet de penser le politique dans sa version apparemment inavouable et soi disant « incompréhensible » : la violence institutionnalisée.

Du même mouvement si la guerre est un moyen de la politique elle doit être accessible à la raison. A ce titre a nous de reprendre la politique en main et de cesser d’user de ce moyen. La guerre est née d’un stade social de l’humanité. Il n’y a aucune raison que ce « moyen » de la politique perdure sauf à penser et dire que l’histoire serait un « éternel retour ». Un destin tragique auquel l’humanité serait rivé à jamais.

              Blog du café philo  http://philopistes.blogspot.fr/

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