lundi 17 juin 2019

Sujet du merc. 19/06/2019 : « L’humanité se compose de plus de morts que de vivants » A. Comte


« L’humanité se compose de plus de morts que de vivants » A. Comte

"Il y a plus de morts que de vivants et ce sont les morts qui dirigent les vivants."  Cette citation, attribuée à Auguste Comte, n'existe pas en tant que telle. Il s'agit en réalité d'une sorte de synthèse de plusieurs phrases de celui-ci (l'origine de cette synthèse demeurant un mystère).

 « Le culte des morts, version laïque et républicaine, doit beaucoup à Auguste Comte (1798-1857). Le père du positivisme avait inventé en effet la « religion de l'humanité ». Professant que « l'humanité se compose de plus de morts que de vivants », il avait peaufiné un calendrier commémorant tous les génies du genre humain, les héros disparus du progrès universel. 

Leur exemple nous éduque et, par le souvenir que nous en gardons, ils demeurent immortels. « Les vivants sont toujours, et de plus en plus, dominés par les morts », écrit Auguste Comte. Cette doctrine a modelé une partie de la culture commémorative de la IIIe République, au point qu'on oublie ses liens directs à la biographie de ce philosophe. Amoureux de Clotilde de Vaux, Auguste Comte la voit trépasser dans ses bras un an seulement après leur chaste rencontre. Il ira désormais chaque semaine sur sa tombe, au lieu d'aller à l'Opéra. Il lui écrit presque quotidiennement, et finit par décider qu'elle est plus vivante ainsi ». (R P Droit).

« Si les reproches que Comte adresse à l’individualisme sont parfaitement audibles aujourd’hui, en revanche sa façon de considérer la religion comme étant le meilleur antidote à l’égoïsme a quasiment ruiné sa réputation. Il la décrit comme "un état de pleine harmonie propre à l’existence humaine" et il lui reconnaît une vertu qu’il dénie aux philosophies critiques du XVIIIe siècle : celle de soumettre les existences individuelles à une règle commune, celle d’unifier les individualités disparates et par là même d’engendrer une harmonie sociale.  
   
Mais quand on regarde dans le détail, il ne s’agit nullement de promouvoir la croyance en Dieu. Il s’agit d’inventer un culte de l’Humanité qui viendrait se substituer avantageusement à "l’insuffisance fiction du Christ".
Pour se représenter ce que Comte appelle l’Humanité, il faut imaginer deux axes perpendiculaires comme en géométrie analytique : l’axe des abscisses (l’axe des x) et celui des ordonnées (l’axe des y). L’axe des x représenterait le lien avec les générations passées (valeurs négatives) ou avec les générations futures (valeurs positives) et l’axe des y représenterait le lien avec nos contemporains. L’axe des x serait donc celui du temps et l’axe des y celui de l’espace. En d’autres termes, l’axe des x serait celui de la transmission intergénérationnelle et l’axe des y celui de la solidarité avec nos contemporains.     
      
On peut dire aussi que l’axe des y celui du lien avec les vivants et que l’axe des x serait celui du lien avec nos ascendants et nos descendants. Comte formule cette idée ainsi :
"Les vivants sont toujours, et de plus en plus, gouvernés nécessairement par les morts : telle est la loi fondamentale de l’ordre humain."     
 
Ce commerce avec les "morts" (puisque c’est le mot assez cru qu’emploie Comte) semble assez proche du culte des ancêtres tel qu’il est pratiqué par exemple en Asie, mais Comte lui donne une motivation et une coloration particulière : il s’agit de penser notre dette vis-à-vis de ceux qui nous ont précédés et qui nous ont transmis un héritage sans lequel nous ne pourrions pas vivre aujourd’hui. Pour illustrer son propos, Comte donne l’exemple du langage : personne ne peut se targuer d’avoir inventé sa propre langue, elle nous a été intégralement transmise par les générations qui nous ont précédés.  
 
Ne perdons pas de vue toutefois que la transmission intergénérationnelle n’est que l’une des deux dimensions de l’Humanité, celle qui représentée par l’axe des abscisses sur le schéma. L’autre dimension, symbolisée par l’axe des ordonnées, est la solidarité avec les vivants. Chacun des axes est une droite (à une dimension) mais l’ensemble des deux définit une surface (à deux dimensions).   
    
C’est cette surface qui constitue l’Humanité (avec un H majuscule). Comte l’appelle également le "Grand-Être" et il dote ce Grand-Être sinon d’une nature transcendante au sens philosophique du terme, du moins d’une prééminence telle que toute activité humaine doit lui être subordonnée. 

Pour Comte, c’est l’oubli métaphysique du Grand-Être qui est à l’origine de ce qu’il appelle la "crise occidentale". (JP Gaborieau)


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