dimanche 27 août 2017

Sujet du Merc.30/08 : D’où vient le silence ?



                                         D’où vient le silence ?

Dans une définition mécaniste, le silence aurait comme hypothétique stabilité et cohésion simplement l’absence totale de vibration sonore (mouvement de molécules) en dehors de tout sujet qui l’appréhende. Mais, s’il n’est que néant, on peut alors prétendre que le silence ne préexista qu’au bruit primordial et continuel qui le remplaça : le Big Bang !
Il apparait que la question se porte sur le silence en tant qu’objet appréhendé par le sujet (perceptions sensorielles, communication, état de l’être).
Intuitivement, nous pouvons d’ores et déjà présumer que le silence se définit en négatif, au sens physique comme au sens linguistique, comme une sorte de vide. S’il est seulement une absence, a-t-il un point de départ ?
 Est-il issu d’une intentionnalité ?
Afin d’entrevoir son origine, ce qui le détermine, ce qui provoque son apparition en tant que phénomène, il conviendra de définir ce que peut être le silence et ses différentes facettes.


Le silence en nous : le silence intérieur

Comme absence d’être (Vide intérieure)
Le silence semble être vécu comme un vide angoissant, comme si en faisant silence, on perdait une plénitude, un tout et que l’on était alors confronté à un abîme. Si l’homme moderne a vite tendance à réduire le silence au vide, au rien, c’est justement ce soi-disant « vide » du silence qu’il nous faut interroger. Car dans ses Pensées Pascal nous dit le contraire : c’est dans le divertissement que l’homme se perd et dans le silence qu’il se trouve – au silence revient une épaisseur d’être, une valeur ontologique. « Il y a une éloquence du silence qui pénètre plus que la langue ne saurait faire. ». Or par ce silence, Pascal n’évoque pas quelque chose d’extérieur à l’homme mais une réalité qui serait constitutive de son être spirituel.

Comme absence de trouble (Ataraxie)
À de rares exceptions près, le silence n’est pas un fait de nature. Pas plus la campagne que la ville ne sont le domaine d’un silence que nul ne devra attendre pour penser. Il ressort que le seul véritable silence est intérieur : il est un exercice de maîtrise de soi que la pratique de toute discipline de l’esprit et d’introspection (notamment la philosophie) peut apporter, permettant alors au sage de faire usage du silence comme d’un mode intuitif de communication alternatif à la parole.

Comme absence de pensée (Méditation)
Notre silence intérieur n’est pas, de par notre éducation, notre mode de vie, notre culture, une chose naturelle et facilement atteignable. Les méthodes pour le faire advenir tournent toutes autour de la relaxation avec cette notion difficile de méditation. Dans cette perspective, le silence est un but à atteindre par une intention et un effort : une action. On peut en déduire que le silence vient d’un travail intérieur consistant à faire cesser le « bruissement » de nos pensée et peut-être atteindre la plénitude de l’esprit seul, dans sa plus pure essentialité. 


Le silence en notre dehors : le silence extérieur

Comme absence de son Le silence absolu est une notion dépendant de la perception. Il n'est défini que par la psycho acoustique, dont un des premiers objectifs a été de déterminer les limites physiques de l'audition humaine. L'acoustique, branche de la physique qui s'occupe de la vibration des particules d'un milieu élastique, ignore ces limites. L'absence totale de vibration supposerait qu'il n'existe aucune agitation moléculaire. Cette condition n'est remplie que dans le vide ou à la température zéro absolu (−273,15 °C).

Comme absence de bruit
Il a été constaté que les nuisances sonores peuvent avoir un effet physique observable sur notre cerveau en entraînant des niveaux élevés d’hormones de stress. Le corps réagit à ces signaux, même lorsqu’il est endormi. L’effet que la pollution sonore a sur la performance cognitive a été abondamment étudié. Il a été constaté que le bruit nuit beaucoup à l’exécution des tâches au travail et à l’école. Il peut aussi être la cause d’une augmentation des erreurs de décision et de la diminution de la motivation. Les fonctions cognitives les plus largement affectées par le bruit sont l’attention lors de la lecture, la mémoire et la résolution de problèmes. Le silence semble avoir l’effet inverse. Il libère les tensions dans le corps et le cerveau et reconstitue les ressources cognitives.
 
Comme absence de note
En solfège, les silences sont les signes qui indiquent un arrêt de la production de sons musicaux pendant une durée spécifiée.
Le silence fait partie intégrante de la musique, il en est un élément constitutif.
Comme conséquence, ou comme préparation du son, la qualité d'écoute du silence engendre la musicalité et la qualité du mouvement. « La musique est le silence entre les notes » - Claude Debussy, « La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu'encadrer ce silence. » - Miles Davis
Comme absence de parole
Dans le langage ordinaire, "silence" et "parole" sont utilisés de façon ambiguë. Si la parole peut-être la manifestation des excès ou débordements typiquement mentaux ou passionnels, le silence prédisposant à la paix, met celui qui s’y adonne à l’abri des épreuves des oppositions ou contradictions des jugements ou critiques hâtives tout en évitant les fautes dites involontaires dont la pratique vicieuse finit par corrompre et rendre malfaisant. Souvent associé à une ascèse, le silence s’enrichit d’une signification sacrificielle. 

Comme absence de langage
Le langage, c'est-à-dire la faculté de communiquer linguistiquement, est considéré comme un privilège de l'humanité. Peut-on alors d'une façon générale choisir de renoncer radicalement et définitivement à la communication linguistique ? Ou y a-t-il du moins des sujets sur lesquels il vaut mieux se taire, ou des circonstances dans lesquelles il vaut mieux s'abstenir de communiquer ? Le langage peut-il nous trahir ? Le silence traverse énigmatiquement toute civilisation fondée sur la parole et l’écriture, préparant l’homme à la réalité dans tout ce qu’elle a d’indicible ou d’incommunicable. Le silence se tient aux limites de l’expérience humaine qu’il contribue à structurer. Mais le silence n’est pas le degré zéro de la parole, il se construit : on fait silence. En tant que tel, il entretient une relation étroite avec la notion grecque de sophrosyne (sôphrosunê), cette sagesse fondée sur la retenue, la mesure et l’ordre. 

Comme absence de possibilité d’expression
On peut également être contraint au silence par la censure ou obligé au silence par un secret ou un serment. Dans les deux cas, il s’agit de silence, mais pas du même silence. Plus étrangement, il prend sens dans l’omerta qui est une loi en vigueur dans la mafia et qui a pour but d’interdire de faire des révélations, même à ses complices.
La Majorité Silencieuse : L'expression semble avoir été employée la première fois par les Gaullistes, d'abord en mai 68, puis lorsque Georges Pompidou demande à la majorité silencieuse de s'exprimer. L'expression pointe le fait qu'en société, selon l'adage célèbre : « qui ne dit mot consent ».
Ainsi la personne qui ne s'exprime pas, qui ne sait pas, qui ne veut ou ne peut se faire entendre risque d'être victime de son silence « apparent ».

Mais aussi, comme intention de signifier
Le silence permet de commémorer (minute de silence), de garder un secret, de respecter la parole de l’autre et de promettre de ne pas la trahir, c’est-à-dire de ne pas divulguer ses confidences secrètes. Il rend possible d’écouter les autres, de leur prouver que l’on montre de l’attention à leur discours, et du respect à leur personne, en elle-même, par l’écoute.
Celui qui se tait s'adresse à lui-même un discours : la solution du problème c'est dire qu'un discours intérieur existe dans celui qui renonce à parler et que son silence peut très bien dire quelque chose c'est à dire provoquer une surprise chez l'auditeur et l'amener à interpréter le silence.

Le Silence a du sens
Ces différents exemples nous permettent de constater que le silence a du sens, et même plusieurs, et qu’il touche à de nombreux domaines. Il n’est donc pas le néant. De la minute de silence à l’omerta, ces significations peuvent se montrer étranges et diverses, mais on se rend compte qu’il a tout de même le pouvoir d’exprimer quelque chose, sans bruit et sans parole certes. Puisque le silence permet de se concentrer, de réfléchir, puisqu’il est capable de donner des significations mais sans parole ; il y aurait alors un langage non verbal, sans communication de vive voix. Le silence aurait donc une profondeur.
Mais les pensées ne 
peuvent pas être séparées des mots. Réfléchir, comprendre, raisonner, donner son avis, prononcer un discours, c’est se servir du langage. Le silence, c’est l’absence d’émission sonore, mais le langage c’est la faculté de signifier extérieurement ce que le sujet qui parle sent, ou pense. Ainsi, sans émission sonore, comment quelque chose d’intérieur à un sujet peut-il être dit ? Le silence a-t-il toujours un sens s’il n’est pas accompagné de parole ? Qu’est-ce que la pensée sans le langage ? 

On croit ordinairement il est vrai, que ce qu'il y a de plus haut, c'est l'ineffable… Mais c'est là une opinion superficielle et sans fondement ; car en réalité, l'ineffable c'est la pensée obscure, la pensée à l'état de fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu'elle trouve le mot. Ainsi, le mot donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie
Hegel, Philosophie de l'esprit

En revanche, l’esprit et la pensée ne sont pas qu’un, mais multiples et parfaitement dissociables. C’est uniquement lors de cette rupture, quand la pensée s’efface que s’établit le vrai silence intérieur. Un silence capital en recherche philosophique car si le silence extérieur permet de mieux écouter sa ou ses pensées, le silence intérieur permet de mieux écouter les « pensées » extérieures, à travers le ressenti de nos sens.
 
Interroger le silence c’est aussitôt se confronter à ses apories, c’est achopper sur l’ambivalence même du terme. Car si l’on peut fuir le bruit et rechercher le calme, on peut aussi être effrayé par « le silence éternel de ces espaces infinis » - Pascal. S’agit-il alors du même silence ? Qu’il concerne l’introspection, l’expression ou encore le champ politique avec le silence comme restriction de la parole, Le sujet semble vaste.

Explorons les pistes.

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