dimanche 5 mars 2017

Sujet du 08/03/2017 : L’utopie : une nécessité pour demain ?

L’utopie : une nécessité pour demain ?

En grec « utopia » signifie « lieu qui est nulle part ». D’emblée l’utopie est sous le sceau du rêve, de quelque chose d’irréel, d’irréalisable. Utopie semble dès ses origines appartenir au domaine de l’impossible. C’est un lieu, donc un tangible mais qui n’a pas de place. Cependant, Thomas More dans le cadre d’un récit, représente l’utopie par une île où règne une stricte égalité, une propriété collective des moyens de production, une absence de monnaie. Observons que ce récit a été imaginé en 1516 par Thomas More qui dénonçait le mouvement en Angleterre d’enclosure consistant à privatiser la terre, ce qui a supprimé l’accès à la terre à de nombreux paysans et a été à l’origine d’une famine. L’Utopia de Thomas More, auteur qui fût décapité pour s’être opposé au Roi Henri VIII, résonne comme « un autre monde est possible ».

Dans un premier temps je propose que nous réfléchissions à la notion « d’Utopie ». Thomas More conçoit une Utopie dans ses moindres détails comme une organisation précise d’une société humaine. Qu’en est-il ? L’utopie est-elle une représentation détaillée d’une réalité souhaitée ou juste une esquisse dessinée à grands traits. L’utopie est-ce un programme, un projet ou juste des valeurs agrégées ?

Il nous faudra aussi différencier ou pas l’utopie du rêve, de la croyance. Ainsi je crois en la bonté des hommes, donc à quelque chose que je déclare comme réel, que je crois exister au moment où je m’exprime. Or l’utopie semble renvoyer à un objet qui n’existe pas, qui est souhaité. L’utopie appartient au domaine du possible souhaitable, la croyance affirme l’existence de quelque chose. Mais alors la réalisation d’une utopie condamne-t-elle celle-ci à sa mort ?

Par ailleurs, l’utopie est associée à une idée, un projet qui repose sur des valeurs, des notions d’égalité, de bonheur, parfois d’amour. Mais alors pourquoi un tel dédain aujourd’hui vis-à-vis de l’utopie ? Nous entendons souvent dire « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Mais si nous supprimons les bonnes intentions, que devient l’enfer ? Deviendrait-il pour autant meilleur ?

Ensuite, le terme « nécessaire » devrait apporter un éclairage supplémentaire. Ne faut-il pas prendre le terme nécessité au sens fort, au sens philosophique ou spinoziste ? Nécessité signifie alors la « condition pour », le préalable à ce que cette chose puisse « exister ». Autrement l’utopie serait la condition pour qu’un demain puisse être. 
Sans utopie pas de demain, pas d’existence à venir. Ceci nous invite à explorer les liens entre « exister » et utopie.  L’étymologie d’exister, «  ex- ister » qui signifie  « se tenir hors ». L’utopie, cet « hors » qui cherche sa place, serait-ce une condition à « l’exister » ? L’utopie serait-elle une sorte « d’appel de l’être », un appel à transcender notre « nature humaine ». 

Et si l’utopie était consubstantielle à la condition humaine, le propre de l’homme, ce qui fait notre humanité ? Mais alors le mépris actuel pour l’utopie, exercé au nom d’un pragmatisme sonnant et trébuchant, serait-ce  un déni de notre condition humaine ?


Christophe baudet 

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